‹ Tableaux de genre et d'histoire: peints per différens maitres; ou, MorceauxChapitre 12 sur 46 · DIDEROT A SON AMI FALGONET · texte numérisé non relu

DIDEROT A SON AMI FALGONET

Oui , je veux vous aimer toujours ; car je ne vous en aimerais pas moins ^ quand je ne le voudrais pas. Je pourrais presque vous adresser la prière qife les stoïciens faisaiaxt au Destin :'« Destin^ conduis-^noi où tu voudras , je suis prêt à te suivre , car tu ne m'en conduirais y et je ne t'en suivrais pas moins 9 quand je ne le voudrais pas. »

Tu sens que la postérité m'aimera ^ et

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LETTEfiS INEDITES

tu en es bien content ; et tu sens bien mieux qu'elle t'aimera aussi ^ et tu na t'en soucies pas : comment peux - tu faire cas pour un autre d'un bien que tu dédaignes pour toi ? S'il t'e$t doux d avoir pour ami* .. je m'arrête là ; je crois que j'allais faire un sophisme qui aurait gâté une raison de sentiment.

Il est doux d'entendre pendant la nuit un concert de flûtes qui s'exécute au loin et dont il ne me parvient que qpielques sons épars que mon imagination ^ aidée de la finesse de mon oreille y réussit à lier^ et dqnl die fait un chant suivi qui la diai^me d'afiUiaiit plus que c'est en bonne partie son ouvrage. Je croi$ que jie concert qui s'ex^ oate de près a bien soif prix ; mais le croi^ veïi^auBy mon ami? ce n'est pas celoi^i, c'est le premier qui m- enivre. La ^hèro qui nous environne et où l'on nous ad*> mir^e , la durée pendant laquelle nous existons et nous entendons la louange y h

DKBmfiROU

nomlire de ceux qui noiu- adresse^ ^àfw* tement l'âo^opae ooiib a^oàs m&cilbè d; eiîx y UsnA œla est trop, petit pour! h capwité deiwtrêâttieaiDalMtieilae; peat-^lve île neî» trouvMi^tious {MA^suffisaÔBiiiâit réôoifspa^ aës de nos imyaiix par les géimfleadoitt d'un monde actoeL A coté de ceux qde nous Toyons prosta^s y noni agenôtril-H kms ceux qui ne sont pas encore. Il n'jr a que cette foule d'adorateur» . iUimitée qui puisse satisÊiire «m esprit dont 1^ âàns aont toujours Ters l'infini. Les prétentions ^^ direzMTOUs, sont souvent aunlelà du mé^ rite; d'accord. Mais n'y Toyez-^Toûs piai un hommage payé de reflet à nos iQiniH temporains ? n'est-ce pas leur dive : Vouis me trouvez un homme merveiHrax y vous me l'avez dit, et certainement tous êtes titop éclairés, tous tant^ que vous êtes ^ pour que l'avenir ^it jamais l'audaoe de panser ' autrement que vous?

Vous voyez, mon ami, que je me

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moque de tout oek , que je me persifle mm et toutes les. autres mauvaises tètes coinmela nûenne. Eh bien I tous ravooerahje ? en: regardant au fond de mon cœur y j'y retroure le . saitiment <fent je me moque; et mon oreille, plus vaine que philosophique, entend même en ce moment quelques sons impercq[>til>les du concert lointain. O curas kominum l o quanr' tum est m rehus inane ! cela est vrai ; mais réduisez le bonheur au petit sachet de la réalité, et puis (fites-moi ce que ce sera. Puisqu'il y a cent peines d'opinion dont il est presque impossible de se déli** vrer, permettez à ces pauvres fous de se fiare , en dédommagement , cent plaisirs chimériques. IVfon ami , ne soufflons point sur ces fantômes, puisque notre souffle n'écarterait que ceux qui nous suivraienttoujours d'un peu phis près ou d'un peu plus loin.

le joli moment ! comme la tête allait

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s'exalter, si j'avais le- temf^'de ila laiî»ser faire ! mais il faut que je mm quitte pour aller à, des êtres qui- ne nous valent vj^s, sans ilatteiie ^ et pour des choses dont la postérité ne is'entretiendra. pas. ^

En vérité , cette postérité serait une ingrate , si eUe m'oubliait tout-^fait, moi qm me suis tant, souvenu d'elle.

Mon ami 9 prenez ^rde que je ne fais nul eas de la poçtérité pour les m^ts ^ mais que son éloge > légitimement présu-^ mé^ garanti par le suffi^^ unanime des contemporains, est un plai^ actuel pour las vivans , un plaisir tout aussi réel pour vous que celui que vous savez vous être accordé par le contemporain qui n'est pas assis tout à côté de vous , mais qui parle de vous quoiqu'il ne soit pas entendu de vous.

L'éloge payé comptant, c'est celui qu'on entend tout contre , et c^est celui des contemporains. L'éloge présumé , c'est celui

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qu^on entend dâm NlcMghement , et c'e^t odoî de b postérité*

Mon ami ^ pottrqfooi ne Yodlez-^otis ao oit{^r que la mottië de ce qtti TOUS est dû ?

Ce n'est ni moi > ni Pi<»Te ^ ni Paul , ni Jean^ qui tous loue, c'est le bon goût, et le bon goût est un être abstrait qui ne meurt point : sa r(À% se fait entendre sans cBsGontinuer , par des organes successifs qui ae succèdent les uns aux autres. Cette Toix ittunorteDe se taira sans doute pour "TOUS quand tous ne serez plus ; mais c'est dlô que tous entendes à présent ; elle est immortelle malgré tous, elle s'en Ta, et s'en ira disant toujours : Falconet ! Fatconet!

DE DIIMBOT.

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