LETTRE VIL
M. DIDEROT A M. FALCONET
Non , monsieur, je n'ai point esquwé par adresse les flammes de la bibliothèque dA-lexandrie.Cétmt un épouvantail à présenter à ceux qui y ont péri, mais non pas à nous/ La foudre tombera quelque jour sur la bibliothèque Royale; un jour les tourbillons de la famée et du feu disperse-^
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rqiit dai^ ks %içs le^. cen^ire^ et les feuilleta à demi brûlfis 4e^ anciens çt dai| fooilerqfi^ qu'on y « i^^eiôblé» : tant pis. ppw te ftuliUc, la iiatkm 9 le pfiomirque; mais Hqt mère , Virgile , Cqnieillç , I^pipe , Vpltaire, n'en aooâSiront rien ; ils continueront d'être lus en ceilt liei^ 4^ la terçe au i^umont m#i|ie de l'inc^qdie. 1} pe fafit^ à présent , g^ce au progrès de Tçlsprit bumain ^t à Fart de Fournier, rien mqins cp^'up déluge universel, une déflagration générale pour détruire ce qui vaut la peine d^être conservé. Et pourquoi vouliez-v(Mis que je répondisse à votre émulation machinale^ à votre engagement de Voui^rage ai^ec V ouvrier? Le s^itnëit^ de l'iipmorti^té) le isespwt^ de k postérité »t satiYent préexistant dan»
rhomiae à cet engt^mient. D'ail)e«ir>s^ je mi nift point la. fi»rpe et la Dualité de œs qipt^sj piaijB; je dis Vfue si le poëmfi Ue Tho-r 9iâs dfiViait ipè^ix: ^u même instant^qué lui ^ il «e k feraJH point, et.o'iest d'àpcè» lui que
Dt iSlDÈtlÔt i«5
je pàrfe. Se deiàsLXide ^ellè ^it là pensée ^t là cbnsolàtibtl de Mttbn èfaerchaht à lioilllrès nti imprimetir qtlt Vbtilàt bien rïi»^ qUet yihgt gdihéés & là jf^rëmiëre éâitidh de 8ëtt poemé , et Mè fe trôuvkiït point i je demàhffe ce \^é te gëtiie étbhheht se disait à liy^^inéniè lorsque là dàtioii se taisait y ce i^'il ifisàit à toh iliipnmieTii' liolrsque telùi-ci éë plai^h^tt ;[}ue mît te {>dëîïie mtàit en ptib dàtl^ te tnagàâih , 6ë (|ti'il {ieiisait loirs^ ^11 Vdjràit ces piteâ tâottit dtt tnàg^sih et pàss» «bm sâ fen^tire potir altel* ché^ te ièakcmAet^ bt Dieû> tst Sàtàn^ et M éhgës^ m reftfet et te pat-àdife jetes dâtts le pbtirri*soir ? Il eti àp{l^tiit à ÂddisoTi y qui iie riet^it éii^ que Idn^tempÀ aprè^, et il aurait îaîsbn : Âdi^ldû» ^t «cMt IfdnlmlB (te gôût^ U il iie pt^tiitait màtïquet tte pàî*altl*e.
EftycoVe tihe folé^ il y a itlHIé dïtdil6tàiïêfe^
t^h il tt^ rés^è à l'hbniiiié gëiiâ^Jùi, à Vàtti»té MÀHiéUt-mix ; \^e hiClb^Mehdè d'ai^ii^ bien fait ou 4© bien fiîl*è, W V^pdit d'hh
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avenir plus juste que. le présent. Fonder ensemble les âmes de Gicéron^ de Démo^ sthène, d'Eschine et de Garnéade pour anéantir dans l'homme ce sentiment; on s'amusera ou l'on s'indigpera de l'éloquence du rhéteur^ mais le sentiment ratera : c'est la nature que vous poursuivez à coups de fourche. Plus ce sentiment est isolé ^ plus l'action nous parait ^?ande et belle ^ plus l'âme humaine nous étonne. Mon ami , vous ne voyez que les petites jalousies du tripot académique* Laissez c^la^ voyez en vous; placezrvous devant votre ouvragt? quand il est fini^ et 9 surtout y que vous en avez assez du suffrage de vos contemporains.
Laissez-moi en repos^ vous dis^je^ avec votre petit et mesquin qu'<sn dirait-on? Le vrai qu'en dira-tM)n, c'est le mien; je ne demande pas seulement qu'en dira-t-on demain et a|>rès ^ mais ççx^vl dira-t^n dans .
cent ans. Parbleu! si votre qu'en dira-t-on demain peut exalter le génie ^ apparemment
que iamn qu'en dira-t-on demain et dans yiogt siècles ne le déprimera pas. Plus j'em- ^rasse^ d'eispace, plus j'appelle deju^s, plus jje suis convaincu de la perfectibilité de l'homme et de se$ ouvrages ^ • plus la tâche que je m'impose est forte; j'ai le même tribunal que. vous, et je m'en suis fait un autre plus sévère encore que celui-ci. Il n'y a point de cause sans eflet; je porte en moi une cause de plus, et si vous voulez être efirayé de la véhémence de cette cause, prpmenez votre imagination un moment dans l'histoire, et puis voyez si mon silence, si toutefois je me suis tu, est un kommage ,rendu k ce qu'il vous plaît d'appeler la vérité.
Moi ,. ingrat envers mes contemporains !
moi ! Je fais le plus grand cas de leur estime, quand elle est sincère, éclairée et constante. Où avea^-yous pris que cette ambition , qui porte mes vues au-delà de inon existence et de la leur, qui est une pointe de plus à mon
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éperon y et qui ^ duns toiBè «étotièr» ispinmi devenatit la seide qoi Itii i^e^te ^ ptii^éë janmis élî*e attaquée 7 Pour juger \éà hiiàïà!^ y il îife s'agit que de trouver lètltt 'vrdîéi Tdii , et voiéi la lâietlne. Je dkà ufëâ cohteui^iiiins : k Mes amis y si je puis tous plàirë sarns lue «lëffaHiser^ sans me |>lier à tos "petltels fkn^ tatsËés^ à ios feux gofit^^ sens trahir ià îférité, ^ns ofFenàet* la yertti, isané iàèeonnaièt^ la lisante et la bonté, je le Veux ; mais je Tëtte ^aité aussi a ceux tpà vèuè ^Ëtix^deroM; et n'auront aiicûn dé Yos préjngéiî^ et isi je n'avais q^e teîsis eii Vue, je nç .plftîrÀis peut-être pas à céù!ic-kii y ^ ]t risquerais de ne pas t^us (^àire long-JCètti|)S à vous-mêmes. Je n'ai trouvé qu'un riittyeh de itt'asscttie^ ta dm^ée âè ttltrè étlc^ quand je l'ai mérité , iàe l'espéi^ ^tlatid il M'a manqué ^ die m^ ebiisoler (|ttaiid j'ëîAi désesi^re V c ésl d'avàir sc^ lies jétex t<ë grand juge qui naos jugera toU^. »
SoGrate disait sux Athéhiéh^^ lobqu'il
publîs(it devant eux h cotise de s^i vie pour plaider celle de leur honneur : « Athéniens^ « je sais bien conunent on tous fléchit y « conuniehi dA vous tbubhe y cbmmei^t on « obtient ^âce de vous ; mais j'aime mieux « périr que 4e recourir à des m<iyem que « je ne bl^^e pas daias lés aiiln^ , mais qvi «ne voiat poiilt a mrni caractè». C'est M qttand je ne aérai plus que vous vous rap«- « pdlei^ea ma condiijite et meis diBcouri; 4< Athénietis y vous me regreiterezr: ; • » Est»«^ tpk nous ne scimones pas totts déHx dtàBk Athènes? estHce que le mémjè dermer exil rie nous attend pas ? ést^ee qu'ii tie hoib est pas dôui de jouir par aÀtièipatibn des regrets d'ufae patrie ingrate ? Hem'êuit <:^liii <iue cette idée âceompaghe jusqu'aux porOte <te la ville l -
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t;ETTRE VIII.
M. DIDEROT A M. FALCONET
Il me vient uiîe idée que je ne veux pas perdre. Nous avon& peut-être pris l'un et l'autre le pprti qui nous convient. Vous êtes
sculpteur, et moi je suis littérateur. Mille causes physiques menacent votre chefd'oeuvre et peuvent in* un instant le mettre en pièces. Le sentiment de l'immortalité , s'il était vif , deviendrait un supplice pour vous. Mon chef-d'œuvre est à l'abri de tout événem^ent, et il ne peut périr que dans le bouleversement de la nature.
Que votre condition devienne la mienne , et que la mienne devienne la vôtre , je vois si communément nos opinions^ nos jugémens, nos mépris, nos engouemens, nos principes , notre morale même subir la loi des circonstances personnelles, que je ne serais pas étonné que vos prétentions ne
DE DIQ£RpT« 1^71
s'étendissent d'autant que les miennes se restreindraient. Nous n'avon» pas la même certitude d'être jugés} au tribunal à venir-
Homère y dites-vous, a peut-^tre men-dié sonpoin en chantant dans les rues son poème divin; et j'ajoute qu'au mênie temps peut-être quelque Chapelain grec était assis à la table deis rois. Après? Qui est-ce qui empêchait Homère dans la rue de penser qu'un jour il serait sous le chevet d'Alexandre, et que le Chapelain serait dans la rue?
Vous qui parlez , auriez-vous changé la misère et l'i&W^ contre l'opulence et la Pucelle ?
Ce n'est point à Homère comme poète que Pkton et d'autres hommes sages ont refiisé leur hommage , c'est à Homère comme théologien. Platon est son imitateur perpétuel. Horace a dit, à la vérité,
Aliquando bonus dormitat Homerus ;
mais lisez l'épitre
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TrofàfUielU icnptorem, niàxime LoÙt, Dam iu det^léuâ&s Mdin^, Prœhèsiè relegi, '
et -^rous véirez qu'il lé préfère aux philosophes fchrysJippè et Crantor. Lisez f endroit dé son Ah poétique bti îl le comparé à d'autres poètes , tet vous verrez ie cas iîi&hi qu'il éh fait : c'est celuî-la, dit-îî, qtiî
Nonjumum ex/ulgore, sed exfumo dare lucem Cogitât; ut speciosa dehinc miracuXa promat y Antyphaten, Scyllamque, et cu^ Cyclope Charyhdim}
Si vous saviez ^ mon ami ^ quelle est Ténonoe différence de tous les poètes du monde à celui-la ! La langue de la poésie ^ il la p^rle comme si c'était la sienne. Les autres me présentent les plus nobles^ les plus ^andes^ les plus savantes académies ; lui ^ il a toutes ces qualités et jamais rien d'9câ4éii^qpae^ Mais pour rentrer dans notre thèse, Ho-
' Horace, épître ii dans le livre I des Épîtres. • Horace, Art poétique.
mère) cqhuik^ Ai^hUle, a sein lalon vulné^ r^\e ^ et ç'cet toujotur^ un làcdait qui le
Prendre ]^ yç^% ^e Zpïle pour osUe de la ppstérit4 f c'e^t prcaoMlre h fi^uiUe de Fréron po^r le jugement de notre siècle ; est-<;e là ce* que vpu» voulez dire ? Chèque âge n'a pas spa Homwe^ mais chaque âge. a ses alibqi'on^*
sir (I0 saitoir quan la voii belle où. eite n'esf- pq^, ^lUesf hfiurèm^i elle, à rai'* s^n. Ce soi^t yo^fn|.Qt3 9* et je les répète. fj^, smtim^^t d^^ la pùAtériié ne V occupé guèr^* D'açpood ; c'est que ce n'est (|ti^uiiie paillette. Mais Jlélène ' yoiis. ei&t'-eUe paru )^ieu Iplte » ci eU^ fàt dit au statuaire s (c Pr^nd^i ton çia^u • ^t moutre^ k la csirior site dm liiMf^m à Yenir. cette fenmifi pour UfpieUfi ee^t mille hommes se sont é^jrg^ ; fais que Ifis vieîikjFds des aèdes &k ixa^ pa^^ut de^aïKt ton ouisrage s^ëcrient
eonime les vieillards dllion lorsque je pas-' sai devant eux : « Qu'elle est belle ! Elle « ressemble aux immortelles jusqu'à inspr- «' rèr comme diles la Ténération ! »
• Et de quoi diable me parlez-vous? de vos petites débauchées qui «e font peindre à l'insu de leurs pères, de leurs mères, de leurs époux, et qui recèlent dans le dessus d'un étui' ou le dessous d'une boité à mouches l'image honteuse d'un adultère clandestin? Est-ce que ces femmes -là sont faites pour loger le* sentiment dte là postérité , le zèle de l'immortalité ? Est-ce à cela qu'il appartient d'e» appeler , atix siècles futurs? Cet appel j c'est le Cri «de la vertu qui succombe sous l'oppression ; c'est le cri du génie ti'ansporté de son propre ouvrage $ c'est le cri dé l'héroïsme ; c'est le cri de la conscience après une action sublimie, et ce cri n'edt jamais ridi-^ cule Jii dans le moment , ni dans l'avenir, lorsqu'il est autorisé par le suflfrsrge d'tm
DE mOEROT. 175
peuple édftiré par la Tërité , ou lorsqu'il est arraché par la barbarie d'un peviple féroce et stupide. . -
Ce n'est pas seulement ^P^a^àmVw ^ ce n'est pas seulement Pline qui dépose du ialeni -de Phidias et d'Apelle , c'est VHer^ cule de Glycon , c'est VAniinoûs ^ c'est la J^énutMédicis^ c'est le Gladiateur d'A^asias ; TÔîlà le Trai garant de leur mérite, et ces panégyristes-là ne louent pas platement; L'histoii^ nous apprend un fait populaire, c'est que tous ces artistes étaient rivaux les uns< des autres^ C'est que tu témoigneras im jour pour Bouchardon et Pigalle ; c'est qu'ils témoigneront dans l'avenir pour toi.
Ne saifcon pas que tu fais comme eux ? Pour que la postérité f%t injuste , il faudrait que le siècle présent mentît sur un fait qui n'est pas ignoré des enfaus; pour qu'elle 'fôt muette , il faudrait que les chefs-^l'oeuvre et des artistes , et des philosophes , et des poètes, et des orateurs et- des historiens
17$ LETTliBS m|:D^T£S
Vous m'objectez les bous, ouvrages ^dé^ tniits ^t ^ mfi^4Paiài épmgnés pcople. temps ^ # y9V^ n(& YQiJ^ s^pârcenee pus <pie oelte rén fleïipii ne prouise qa'ime^ fAnosky cfest l'im téréi que l'arlÂite feù% ayùb**fLiiie'kkw»
apfè3 lui'i^ufittiie pi^diuii^n inédiociv^^ et combien eet* îiité]3ét< est. osdinxreliet légitimé. Il e$t jufite ^ il e^ nslnirel qii'îl; oiiaig|ie <qy '<» p'ojqiosie lia mcuœeau défectcieii!x: à T^io^ écrit des conteiâ|>ovàin9 ^ et cfm. Vnam^ im Êisse d'une pierre deilx coups, >ek k .satire de l'artiste, et oelledapan^ynisfe^. LeiyrBi pQilégjiFiste de Turensîe, c'est A)|MiÉéeueuIlî|^ de Frédéric , c'est Baùm
Malgré moi ,. je prends intérêt à mop siècle^ ^ a l'aspect d'une: belle cfbose^ je s^s ^'dUe distingua ràgtt où. je ym.ht sui^ el nous sommes tous un peu jcoihme le simiC*fleiu! de i'b^^^ qui disait : AùjouKiriittt noiis' a¥ons été sublimieB. Llhonn^ur du
DE DroEROT. ' 17'j
siècle est un loyer que je partagerai sans qu^l m'en ait coûté; c'est ce sentiment seU cret qui émoclsse un peu la pcânte de l'en-^ vie que l'hoflaiinje oa:^tiaiFe poite à l'homme dé génie. Mais si j'àime les grands hommes qui m'entourent par k seule pensée qù^ recomjoiàilderont mon siècle aux siècles à yenir^ pourquoi ces grands hommes mêmes ne se coiuplairaient-ils* pas dans la niéme pen^é ? PcMirquoi leur en disputerais^e le droit? * î ,
Le pi^ènt est un point -indi^siUe qtii coupe en* deux la longueur de la ligne anfiniiev II esl im^m^^sAdi de reM;er sur ce point et de glisser dôtwemerit avec lui/sansi tour^ nfir laitéte.eti ërrièrej ou sans regarder en ayant. Plus l'homn^e remoflte en arrière , plus il s'élance en ayant ^ plus il est grand.
Je dirais à l'historien du siècle* : Si tu yeux louer dignement Frédéric, agrandis tant que tu pourras les généraux qu'il a vaincus , donne cent coudées de haut à Daun .
Ne dédaigner pas mes deux lignes : oes deux ligne» resteront ; le temps anéantira tout, excepté ce qae j'écris. S'il «stimpor-^ tant que l'artiste ne laisse subsister aucune production médiocre qu'on oppose au té^ laboignage du littérateur, il ne Test pas^ moins que le littérateur soit éclaii^, soit juste*
Ah ! si je peuyais arracher de Racine VAlexwîdre et les Frères ennemis t^^i je pouvais réduire tout Corneille à huit ou dix pièces! Mais heureusement l'idée d'un monde , résultant de la oombîtiaisdn fbr^ tuite d'une matière homogène, est m€Jns foHe que la supposition 'qu'il ne resteilsi^de ces grands hommes que la li^lbutie de letuf enfimce et de 16ur décrépitude.