LETTRE II
Paris, lo déotmSire 1779.
M. d'Estaing est arrivé dans le port de Brest à bord du Languedoc ^ après avoir été séparé, par une tempête, de six autres vaisseaux qui l'accompagnaient, et dont on attend bientôt le retoxu* ou successivement ou bien ensemble. M. d'Estaing a terminé sa campagne par une expédition qui n'a pas eu de succès. Pour se rendre maître de la Géorgie , il a tenté d'emporter , l'épée à la main , le fort de Savannah , qui lui en axu^it ouvert l'entrée. Cinq mille hommes qu'il a ' menés à l'attaque de cette place ont été repoussés par cinq mille qui la défendaient : il en a perdu cent ; et blessé lui-même , ainsi que M. de Béthisj et M. de Fontanges, il s'est rembarqué tout de suite, et chemin faisant pour revenir en France , il a prb et amené à Brest V Experitnent , vaisseau an-
glais de cinquante caùons, qui est dcmblé en aiÎTre y avec beaueoup de nafires dont l'un portait une somme de Soo^ooo francs.
Voilà ce que vient de dire le courrier qui fiomonce M. d'Estaing^ et ce que je rends bien vite au prince suivant ma promesse.
Madame la comtesse Jules est sensiblement mieux. Pourtant l#^fpnd du procès reste toujours à juger. ISbl Reine est venue hier passer la matinée aveis elle. Madame de Châlon ' n'a plus qu'im peu de faiblesse ; la comtesse Diane ^ qui n'en a jamais eu^ conune de raison , vous fait , ainsi jque les deux autres, mille et mille complimcns.
Toute la société parie que je n'irai pas à Pétersbourg; qu'au fait et au prendre je vous laisserai partir : moi je parie contre toute la société et contre mille comme cellelà que j'irai et reviendrai content du prince, qui ne se plaindra pas de moi. Je ne ren-^
* Madame de Chàlon, fille de M. le comte Dand-^ lau. Elle est morte en Portugal pendant l'émigration.
contré plus personne qui ne me dise ayant , de me donner le bonjour : « Vous allez donc « en Russie? j») Et puis, des cabales du diable pour m'en empêcher; mais j'irai; je vous dis que j'irai. Le pauyre Edouard Dillon est arrivé tout-à*-fait estropié d^ son bras ^ et c'est malheureusement le bras droit. Il faudra le lui recasser po^r la huitième fois.
Adieu y, mon bon fN:ince ; mille tendresses à ma bonne cousine, je tous en prie y et des remercimens de sa jolie bourse. Tous nos hommes voiis embrassent.
SUR I.A COU|L DE FRANCE. aï?