‹ Tableaux de genre et d'histoire: peints per différens maitres; ou, MorceauxChapitre 24 sur 46 · LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIÈRE

Versailles y' 16 janvier iyyg^

QuBL cUndoh cfue celui qpe notts venons de manger chez madanle la comtesse Diane I Mou Dieu , la belle bêtje ! C'est M. de Poix qui FaTait envojé dé la Ménagerie ^ Nous étions huit autour de lui : la maîtresse de la maison ^ madame la comtesse Jules '^ ma-

* Le prince de Poix, fils du mai^chal de Noailles- Moachy, était gouTerneur de YersaîU^

'* Madame la comtesse Jules qui fut depuis duchesse de Polignac.

aa« LETTRES INÉDITES

dame d'Hënin et madame de la Force ; M. le comte *^, M. de Vaudreuil, le chevalier de Gnissol ' et moi. Pendant que nous le mangions, mais sans que ce fôt à propos de lui , quelqu'un a parlé de vous , mon prince : voyons que je me rappelle qui....

C^est une dame ; nori, c'est un homme. Oui y sûrement , c'est un homme , car il a dit :

Chariot et nos dames n'ont point de

ces familiarités-là. C'est un homme qui était à table , à gauche de madame la comtesse Jules. Comptons : mqi, j'étais auprès du poêle ; ici , le chevalier de Crussol j là , M. de Vaudreuil , et puis m'y voilà , c'est M. le comte***; c'est lui, j'en suis sûr à présent. Il a dit : « A propos, qui est-ce

* Homme d'esprit, ami très éclairé des lettres et des arts , M- le comte de Vaudreuil est mort gouverneur du Louvre depuis la restauration.

Quant au chevalier, depuis Bally de Crussbl , il était, à l'époque où ces lettres furent écrites, capitaine des gardes de M. le comte d'Artois.

SUR LA COUR DE FRANCE. a?é|

(r qui sait si Chariot est arrivé à Bruxelles? « — J'ai dit : Moi , monseigneur/ je le sais, « car j'ai quatre lignes de sa propre ihain, <( ^t je m'en vais même lui écrire. Qui est-ce « qui veut lui faire dire quelque chose ? )• Tout le monde a répondu en choeur : « Moi !

« moi! nioi! » J'ai démêlé dans la confiision des paroles : « Je l'eiobrasse , je l'aime; w dites-luiqu'ilvienne^quenous l'attendons. » Et quand le tintamarre a cessé, la douce voix de madame la comtesse Jules m.'a fait entendre plus distinctement ceci. : « Dites-lui que s'il a avait daté sa lettre d'une manière lisible, w je n'aurais pas manqué à lui répondre; « mais qu'aidée par plusieurs experts en « l'art de déchiffrer, il ne m'a jamais été « possible , même de soupçonner le lieu d'où (( venait sa lettre , ni celui, par conséquent , « où devait aller la mienne. » Là-dessus , nous avons parlé de vous, de l'amiral Keppel , et puis du dindon , et pui^ de la prise de nos deux frégates , et puis des boufibns^

tSo LETTRES INÉDITES

ejt piÛ3 de J'inq^mljon d'E^pag^e, et puk d'iw gros frpm^e de Gruyère que notre amba^adeur en Sui93e vi(âit d'enyoyer à ses en^QS^ et piob de l'étrange conduite des JEspa^iols k notre égaid , et puis d^ made-^ mcMlâell^ Théodore^ qui danse une feis mieux que jamais 9 et qui nous a^ hi&Ty autant charmés par son talent que mademoiselle Cécile par ses jeûnes^ attirails'. La Reine y^rra demain tout h paonde pour la pre^ qûère fois : elle n'avait vu juaqu'ii^i que les entrées. !^e est un peu maigrie; mais sa sapté ne laisse rien à désirer. Le Eot se montre 9 chaque jour, hon mari^ bon père, bon hpmpie : on ne peut le ooniuiitre sans l'ûnier sincèrement et sans estimer en lui 1^ probité même ; je vous assure que nous scmimes heureux d'avoir qe ménagorlà sur notris tr^e. Que le cjel, qui l'y a plaeé dans

? Mesdemoiselles Théodore et Cécile étaient danseuse^ à rOpéra. Cp fut ia première qui voulut être servante de J.^J. Rousseau^ et qts^ï le lui demanda.

SUR Ll COUR DE f^AKCE. aSt

«H baniKéy ¥^Ue nous le oonserrér kmg*^ teii9pi»K».. Le ministre du Roi 4 h qouf <de BnuceUe^ ' passe ici toutes ses journées* Jt yimn de le laisser, Êtisant la cbouiotle^ au trictrac à la princesse gouyemante el m| comte, de Coigny'. Nous noua en allons tous demain à Paris, célébrer la dédicace de la charmante petite maison que le duc de Coigny s'est donnée, et dans laquelle on mettra. . . (que croyez^TOus qu'on mettra? Je parie que vous voilà tout de suite dans l'ordure) on mettra «couteau sur table pour la première fois. Nous y aurons facéties^ pro-

^ Le comte Dandlau.

* Frère du duc et du chevalier de Coigny ; il eut pour fille madame Aimée de Coigny, duchesse de Fleury. Ce fut pour elle, comme <m lait, qu'André Pléni^ comppsa 1^ pi^ce de yor» qui est intitulée la Jeune Captive. L'esprit , Tinstruetioa , ]» grâce et tous les attraits réunis, nlaçaient la duchesse de rwury au praifuier rang parmi lès femmes de son temps.

verbes^ couplets^ joies de toute espèce»: ce sera une très belle cérémonie. A ^propos dé couplets, vous n'avez pas vu celui que j'ai fait pour la Reine y en la menaçant de lui jouer le tour qu'elle redoute le plus, qui est d'être nommiée au bal de l'Opéra. Le Toici :

Air de Joeonde,

Dans oe temple où Tincognito

Règne avec la folie y ■ >

Yous n^étes^ grâce au domino ^ Ni reine ni jolie.

Sous ce double déguisement Riant d'être ignorée,

Je vous nomme; et publiquement Vous serez adorée.

Je vous en prie, mon prince, mon bon prince, n'allez pas sabrenauder * mon couplet , en lui faisant l'honneur de le chanter par vous-même : laissez-en le soin à ma cou-

' Nous laissons scrupuleusement ce mot tel qall est dans le manuscrit.

sine^ qui le mettra en pleine yaleur. Adorezla pour moi : dites-lui que j'irai à Paris tout exprès pour elle y fUt-ce sur la tête , et aimezmoi tous deux.

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