LETTRE VII
Versailles, 1 3 avril 1789.
Je ne veux pas, mon bon-^ prince, que vous apprenrez la nouvelle de Tindisposition de la Reine par quelques uns de ces sots huUetiiis qui s'en vont exagéi*ant tout, et contant les choses de travers. La Reine , en revenant, mardi dernier, de la Comédie- Française, où l'on a fait l'inauguration de la salle , s'est senti du frisson , du mal de tête, en un mot, la fièvre, à laquelle s'est jointe , le lendemain , une violente douleur d'oreille , dont la Reine a été véritablement tourmentée pendant vingt-quatre heures ; mais il ne subsiste plus aujourd'hui ni fièvre ni douleur; et , si ce n'était un léger mal de gorge, qui sera dissipé très promptement , on pourrait dire que la Reine est en parfaite santé. Le ^seul inconvénient qui résultera de son indisposition sera le retard
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du spectacle de Trianon , où la troupe, dans laquelle Sa Majesté même est actrice , doit jouer la Veillée villageoise ^ le Sage étourdi^ et je ne sais plus qucfi '. C'est la Reine qui joue Babet; .madame la oômtesse Diane, la isbère Thom^; nDesdames de Guiche, de' Polignac, de Polastroti, les jeunes filles ; le comte d'Esfcerhazy, le bailli ; et puis toutes les TÎeiltes sont , le baron de Bezenval , le com^e de Coigny, etc. Vous voyez que je sliis bien sur de l'entière convalescence de la Reine, puisque je passe si rapidement de sa maladie à son rôle de Babet , qu'elle joue à ravir. M; le comte ^^** serait un Ck^n aussi parfait quMl est joli , si la voix était toujours TjOrgane fidèle de l'àme , car vous savez; que l'âme du jeune comte ^^ n'est pas Êiusse; et si je prétendais lui faire un crime de ce que sa voix Test , ce ne serait pa^ à
* MM. Charles Pus et Barré sont les auteurs de la Feillée viilageoise. Le Sage étourdi doit être compté pArKit \e% pkis jolies f)éèae6 46 Fa^an.
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votre tribunal que je porterais cette accusatiou.
Vous faites dans votre lettre, bien in- ^nsée d'ailleurs y une réflexion qui ne l'est assurément pas : c'est qu'en eflet Louis XIV, aux plus beaux jours de sa . gloire , n'a pas vu l'Âji^eterre humiliée comme elle l'est aujourd'hui; mais souvenonsHious aussi que ce fiit dans l'orgueil des triomphes qu'il trouva la source des revers (très bien dit), et ne rendons pas aux Anglais , par notre insolence , les alliés qu'ils se sont ôtés par la leur. Us vont , à ce que l'on peut prévoir, changer leur système de guerre; et , lais^ut respirer les Américains , porter toutes leurs fioroes contre no$ possessions. Ainsi, M. de jBouillé sera toujours le véritable et principal acteur de ce théâtre4à. Je m'attends qu'il aura lieu de déployer, datis le genre défensif , d'aussi grands tàlens qu'il en a fait éclater dans le g!enre oflfensif ; et qu'après une ou deux campagnes, la paix , honorablement
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conclue, il itous reyiendra doctor in utroque jure. Pourquoi ne voulez -vous pas que M. N.. dise qu'il va voir l'Angleterre, quand M. de Senecterre, revenant de ses forges de Hombourg, nous disait :
Tai été bien aise de vx)ir cela par moimême? C'est toujours de la chose dont on est le plus incapable qu'on tire le plus de vanité : 1« prince de Ligne, par exemple, en fait de guerre , vous le trouverez toujours modeste ; en fait de vigueur, toujours fat, Avez-vous entendu parler de ce malheureux Lucrian , capitaine corsaire français , né en ' Irlande ? Après avoir enlevé aux Anglais deux cents bâtimens, il a été pris; les Anglais vont le pendre. Nous en somimes désolés, non seul6m.ent pour lui, mais pour Arthur Dillon, né comme un autre en Irlande , et que l'on peut faire prisonnier quelque beau matin. Le marquis de Coignjji battu par une horrible tempête qui l'a mis en grand danger pendant qua-
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torze jours , vient de relâcher à Paimboeuf , où Ton radoube son bâtiment; sa jeune femme vous remercie, et la princesse Charles aussi , de votre bon souvenir, et vous prie de le. lui eonserver jusqu'au mois de juin , qu'elle-même se chargera de s'y renouveler à Belœil , en allant à Spa. Marlj comm^ehce le 21 de ce mois; il durera jusqu'à l'arrivée de M. le comte du Nord, qui s'annonce pour le i5 ou le 20 de mai. M. Verre de Bièvre ne m'a rien dit encore de positif à l'égard de M. Le Gros; je serais fâché que vous le perdissiez , parce qu'il est garçon d'esprit et d'honneur ; mais s'il a la maladie du pays , rien ne l'en guérira. La nouvelle salle est fort belle , et de chaquç loge on entend tout ce qui se dit.... dans la rue ; quant à ce qui se dit sur le théâtre , pas un mot. Adieu , mon cher prince.
Toute la ville Jules , à commencer par le comité ^**, vous dit mille et jnille tendresses.
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