‹ Tableaux de genre et d'histoire: peints per différens maitres; ou, MorceauxChapitre 33 sur 46 · LETTRE X · texte numérisé non relu

LETTRE X

Paris, i6 mai 1783. .

Il n'y a Toiimay qui tienne. Je crois que vous ne laisserez pas le grand-duc errer dans Paris sans vous, mon cher prince, ni que vous n'ôterez point à madame la grande-duchesse la ressoiu'ce de vous demander deux fois par jour comment va la bolle humeur? Ce tendre couple n'a prévenu de son arrivée qu'un seul personnage considérable, qui est mademoiselle Bertin ' ; mais nous savons par elle que , très positivement , leurs altesses im.périales seront ici demain au soir, apparemment pour se trouver dimanche à la cérémonie des Cordons-bleus, et la Reine se propose de mettre tout de suite la main à la pâte , en leur donnant dès lundi un grand concert , où

* Marchande de modes célèbre h cette époque.

SlIR LA COUR DE FRANCE. afig

toutes les dames seront, comme dit madame de Luynes, le feu au cul (Fioco)*^ Vous aurez la bonté , mon cher prince , de vous munir de trois habits magnifiques pour les trois jom^s de solennité; l'un, le bal paré; l'autre, la représentation d'Iphigénié; le troisième , celle d'^thalie avec les chœurs. % Le Roi prétend que chaciui s'y montre "dans tout l'éclat possible, ou n'y paraisse pas.

C'est pour vous une aflaire de 7 ou 8,000 francs, par conséquent une niaiserie. J'ai envie de les commander pour vous chez Le Normand , afin qu'ils soient tout prêts à votre débotté. SaVez-vous que M. Grennville est ici depuis cinq à six jours? Savez-vous qu'il voit en cachette M. de Vergennes, M. d'Aranda, M. Franklin?

Savez-vous que c'est pour parler de paix ?

Savez-vous que Paris , qui est expéditif , dit qu'elle est faite? Savez-vous que non? Mais je crois qtre, très réellement , les Anglais en ont envie , et qu'en effet M. Grennville n'est

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pas venu pour autce chose. Moi, je suis venu 9 et je reste pour garder, conjointement avec madame de Coigny, sa petite soeurette, qui nous a mis au monde une fille, sans cris , sans douleurs , ccHxune la Vierge Marie : eUe s'en porte si bien, que. vous la Gix>iriez dans son lit uniquement pour s'y reposer. Elle et sa sœur vous font leurs Gomplimeus, et madame de C!oigny embrasse Mouchette , qu'eUe exhorte à Tattendtre jusqu'au f 5 du mois prochain pour aller à Spa. Madame de Montbazon ira, madame Dillon aussi, et aussi madame de Rochechouart , madamie de Ghinon et madame de Sabran; cela sera très beau en françaises.

Voici la copie d'une petite lettre du roi de Prusse à M. d'Alembert.

« Braschi vient de prouver que le Pape « n'est point infaillible , en iàisant une dé- « Qoarche.aussi inutile que déplacée. U sem- « ble que la cour de Vienne veuille punir a le Saint-Siège des excès de Grégoire et

u d'Innocent IV. J« suis fâché que la veui( geance impériale tombe sur le pontife « modéré qui dessèche les marais Pontins.

« L'insolence révolte, -et la faiblesse atten- « drit. Du reste, je me porte bien , et j'a- « bandonne à leur triste sort le Pape , l 'abbé « Raynal, les fanatiques, les Carmes, la « Chartreuse , et surtout les Anglais. »

3e ne tous envoie point la copie de celle de TEmpereur à M. de CriUon , parce qu'il m'est impossible de transcrire œ que je n'entends pas» J'imagine que l'Empereur dît , 'dans ce cas-là , stfle impérial fait pour nous. Adieu, mon prince, j'aime mieux le vôtre, et je vous aime encore mieux que tout.

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