‹ Tableaux de genre et d'histoire: peints per différens maitres; ou, MorceauxChapitre 34 sur 46 · LETTRE XL · texte numérisé non relu

LETTRE XL

• Paris, 8 septembre 178a.

Vous demandez, mon bon prince, »ce que c^est que cela ? Je m'en vais vous le dire : c'est un pauvre hom^me, malheureux et triste, qui, trouvant injuste de vous importuner de son malheur et de sa tristesse, pour cela même ne vous écrit pas. Nous avions ram^ené madame Dillon dans un état inquiétant sans doute , mais qui laissait pourtant espérer la ressource du voyage de Naples : elle nous est entièrement ôtée. La faiblesse, la maigreur, la destruction, sont, en moins de huit jours , parvenues au dernier période. Cette affireuse maladie est celle que les Anglais nomment galoping consomption. C'est, en efiet, avec une incroyable rapidité qu'elle mène à la mort; mais elle a, du moins, l'avantage de si bien dérober au mourant la connaissance du dftn-

SLm LA COUR DÉ FftANCE. %^^

ger et la proximité du terme , que madame Dilîon y de qui nous attendons ^ d'un instant à- l'autre, le dernier soupir, s'occupe y à l'instant même où je vous parié, des prëpa-.

ratifs de son voyage d^Itjlie , des ressorts de sa voiture, de la façon de placer les malles, et de l'habillement qu'elle adoptera comme plus commode. Elle a demandé à la Reine , qui est venue passer une demijournée avec elle , la permission de ne point faire sa première semaine. La Reine , en la hii accordant , n'a pu retenir ses larmes , qu'heureusement elle a cachées bien vite en abaissant son chapeau , car elles eussent peut-être retiré madame Dillon de l'heureuse ignorance dans laqiielle nous espérons qu'elle finira. M. de Guémenée fait la plus grande pitié. Sa douleur est si profonde et si vraie qu'elle m'inspirerait un sensible intérêt si je le voyais pour la première fois.

Je le connais, et je l'aime depuis vingt ans. Vous jugez combien mon affliction person-

nellé s'accroit eneore de la sienne. Je ne le Tois pas bien décidé sur le parti qu'il va prendre ; mais y quelque part qu'il aille ^ je

le quitterai d'autant moins y qu'il ne peut f

àam ce moment-^i*, compter que sur m^oî ^eul. Votre pauvre petite Dillon va mourir s^ussi; autre femme vraiment regrettable^ et dont là perte affligera particulièrement madame de Coigny^ qui, tout en arrivant de Cirey, nu'a demandé si j'en gavais des nouvelles. Je lui ai dit celles que je rece-^ vais pour vous y à l'instant même y et chacun de nous a pleuré sa Dillon. Je ne vous ai pas écrit de Spa y mon cher prince y parpe que j'ai long-temps espéré de vous y voir; qu'ensuite j'ai compté m'arrêtera Bruxelles, même ^à Belœil ^ et que j Savais suj^lié madame la princesse Charles y qui « dit bien . mifux que je, ne pourrais écrire, de vous parler de moi. dans quelques uns de s^ mormens perdus. Elle n'en a point : tant mieux pour elle et pour vous; tant pis pour moi

seul. Mais j'ai bien eu mon tour à Spa ; vingt fois j'ai voulu vous écrire, unicpement pour vous dire combien cette belle-fille-là était aimable, et puis je peusais que vous n'étiez pas homme à ne le point savoir, et que, quand on n'avait rien de nouveau à dire, il fallait se taire. C'est pour cela que je ne vous dirai pas que la Reine revient aujourd'hui, que La Muette commence le 9 et Marly le 4 d'octobre j car vous le savez.

Vous savez aussi que Monsieur et Madame passent le temps de La Muette, c'est-nk-dire quatre seniainQs, au Luxembourg, et madame la comtesse d'Artois à Bagatelle. Madame de Guiche accouche incessamment. Tous les Folignac sont à Paris , à demeure , pour cet événementria. Nous avons, chaque semaine, des nouvelles de M. le comte d'Artois, a qui, chaque semaine, nous en donnions des no^ très. Adieu, cher prince.

a7Ô • tETTRES INÉDITES

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