LETTRE XII
,. • ^ ■' Pari^,,9 octobre 178a.
. Vous savez , mon cher prince , combien ,
4epciis ma dernière lettre , le malheur s'est appesanti sur M. de Guémenée, Je l'ayais accompagné , après la mort de Taadam.e de Billon, dans une teire en Touraine, où madame de Montbazon et madame de Coigny étaient venues nous rejoindre avec la charmante bonté dont toutes deux sont capables; C'est pendant notre séjour dans cette campagne qu'a éclaté l'immense banque- Eoiite dont il est impossible que la nouvelle lire vous soit point parvenue à Bruxelles.
Nous avons ramené M." de GuéiHenée ici :
oiajs il^-ilièiïtënalit< -de pdUce. lui a ' déclaré qûf'il'^iie "poionrait pas répondre qu'oi^ ne l'insulterait point daci^ Ipa rues, et>^ue le plus sûr pour lui était qu'il s'absentât de Paris. Il s'en est donc allé à Navarre chez
son oncle , M; le duc de Bouillon , autre possesseur- d'iuMC * immense • fortune , bien mal â son aise.
Et ces deux grands débris se consolaient entre eux,
comme dit l'abbé ' pelille , qui se consolé très, philosophiquement de perdre 1,800 livres de rente à la banqueroute que Ton appelle \yeV^/imime banqueroute : elfe est d'environ trente millions. Il appartiendrait à bien des souverains d'en faire de pareilles ; et je vous dirai, moi qui sais très hien l'histoire ancienne, que l'on regarda comme une preuve, et de la grande richesse de Rome, et du prodigieux crédit de César, qu'il eût pu contracter, a\^nt l'âge de trente ans, pour vingt millions jde dettes..
A la vérité, M. de Guémenécatrente-Ssept ans, mais aussi il doit dix miUiOoSide plus, et l'empire du monde n'entrait pour rieu dans sa ehancç ; donc son crédit est plufi étonnant que celui de Céfear/ J'ai.quelquef
fois enyie de le dire k la princesse^ pcHu* que cette superbe idée lui #oît un dédom-* magement de toutes les réformes et priva-* tions dont son aventure va être le motif.
Elle fait tant de bruit dans Paris y que celui de Gibraltar n'y est plus entendu. Nous croyons que nos héros en partiront poui" être ici vers la fin du mois ; car il n^est pas présumable que le roi d'Espagne s'obstine à vouloir -que Ton se casse encore la tête contre ce dur rocher. L'expédition parait n'avoir été entreprise que pour la gloire de Nassau ; lui seul a trouvé le moyen d'en acquérir infiniment y en faisant édater une Vâtem* surnaturelle , une intelligence rare y un sang-fîx>id admirable, et la plus pnodigieuse activité.
Si vous comptiez surxMarly, mon cher prince y là Reine voyant , d'une part , que la liste des dames inscrites pour ce voyage montait à quatre , et â'autre part, qu'en demeurant à La Muette y elle serait plus à
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portée de .madame de Guiclie ^ qui. est ac-.
couchée hiçr d'.ui|e fille, a résolu de ne point quitter La Muette jusqu'au 24 , où tout le inonde rentrera à Versailles , et M. le comte d'Artois comme les autres , à ce que qous espérons. Le Roi a hier fait défendre de donner la seconde représentation d'une tragédie intitulée Zorûi'^ où. l'auteur parle très indécemment du gouvernement anglais. Le Roi a ordonné , de plus, que le censeur de cette pièce fût réprimandé.
Madame de Coigny vous dit mille choses y et trois fois plus à. votre Mouchette, de qui elle me parle souvent. Je crois qu'elle l'aime 9 et je le conçois. Adieu, m.on cher prince. Je vous écris de la ville Jules , à côté de l'accouchée. Sa mère est là qui vous salue. La Reine Tient d'en sortir, elle qui n'en sort guère : c'est la plus charmant^ garde de France.
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