LETTRE XVII
Saint-Thierry» xS septembre 1783*
Dans cette afikire y mon prince^ vous êtes l'homme y et moi je suis la Provideiice y qui , sachant bien mieux que Tous-<méme ce qui peut ou ne peut' pas vous convenir, vous favorise en vous refusant l'objet de- votre demande. Ce serait y en efièt y une lecture bien intéressante pour vous que celle des lettres que vous recevriez de moi de tous lés coins de la Champagne, où, depuis six se* maines, je vas, je viens, je ne cesse de courir absolument comme dans une battue ; ma plus longue station a été à Mareuil , chez M. le comte de Goigny, bon seigneur, qui veut que , à commencer par lui , tout le monde soit bien accueilli , bien traité , bien nourri , bien libre, bien heureux, dans un grand château , grand assurément , trop grand pour les réparations qu'exige son entretien.
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Mais ce n'est pas le comte qui l'a fait bâtir ; c'est ce phénomène historique, cette duchesse d' Angoulême morte de nos jours " .
Quand je dis de nos jours , ce n'est pourtant , grâces à Dieu, ni des vôtres ni des miens ; c'est , par exemple , de ceux du vieux comte de Montmort , que vous avez tant vu dans la galerie , dans l'oeil-de-bœuf , dans la ^chapelle , dans tous les lieux où se voit un major des ga^^. Il a connu, même vécu long-temps , en qualité de voisin , avec madame la duchesse d' Angoulême. Il m'en contait l'autre jour mille détails, et je croyais rêver en écoutant un homme me parler de visu (je ne sais s'il ne faut pas dire de visa) de la belle-fille d'un Roi mort en 1574^ son mari étant né des amoursdie Charles IX et de Marie Touchet j car, comme le disait fort bien madame Amelot, qui possède à fond l'histoire de France , nos Rois ont toujours un peu cbnné dans le cotillon. Le comte de
' En 1713.
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Càiffiy à mieux fait; il à donné dans les jardina anglais , ou plutôt dans les jardins naturels : c'est ce qu'avec les plus grandes beautés est , par excellence , le jardin de MiareuiL Nulle part on n'y peut aperceroir le tiravail des hommes ; il semble que ce soit depuis mille ans qu'une source abondante nîugit^ bouilloniie, et s'échappe d'un amas de rochers , pour toiiibery s'étendre et couler, pure comme le cristal 9<%ks un lit d|9nt lé gazon qui formé les bords a la (inesse y la douceiur et le histrè du velours. Aucune ruipe y aucune antiquité menteuse y ny présente aux yeux l'affligeante image de la destmiction ; au contraire y une multitud(e d arbres vénérables y encore pleins de viguieur, semblent dônnén aux habitans de cet asile le dbux espoir d'être y oônune eux y respectés par le tenips; et la végétation des quatre parties du mendf, rassemblée dans cette terre hospitalière , s'y développe avec (:ant de complaisance , que Salomon , qui con-
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naissait tout , depuis le cèdre jusqu'à Fhyssope^ ne pourrait y s'il i-eTënaii dccniper le trône d'Isrâëly depuis si loiig-tempa vacant j faire un voyage plus intéressaijt que cehn de Maretûl , ni qui pût mieux k mettre k même de montrer la TSiste étiendue de ses connaissances. Vous vous bortiertez^ pour les miennes, mon cher pirince, à savoir de moi bien positivement si l'on fera ou non le toyâge de Fontainebleau ; et , quoique je sbi^ M chéi; M. Fart^bevéque dé Reims , avec des dames du palais y je n'ose tous rien afiirmer là-dessus ^ parce que les lettres qui nous viennent disent tailtôt oui ^ tantôt ndn ; qu'en un mot la poste est au variable comme un thermomètre dans l'équinoxe. Je crois pourtant , d'après mes petites nouvelles par^ ticulîères , que 1^ côu^ ira Inen réellement à Fontainebleau du 7 ait 9 d'octobre y pour jusqu'au so de novembre ; et ce qui mè parais entièreihënt décidé 5 c'est que M. le Daupbin passera le même temps à £hoisy j
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par conséquent madame de Polignac. Mais madame de Lamballe, mais madame la comtesse Diane ^ mais, madame d'Ossun^ mais madame de Coigny, qui se proposent d'avoir des maisons à bouche que veiuc-tu^ tous nourriront de reste , tout gargantna que vous êtes. Au surplus^ mon bon prince , attendez seulement que je sois de retour à Paris , et vous verrez si je suis homme à vous oublier, comme vous l'avez criminellement pensé. Moi , vous oublier! Adieu , mon cher prince. Je comptais ne vous écrire que pour vous dire que je ne vous écrirais pas, et voilà quatre grandes^ pages remplies, de quoi ? d'inutilités ; vous savez bien que c'en serait une de plus , si je vous assurais que je vous aime tendrement.
Écx>utez donc un petit moment. Il me paraît , par les lettres qui m'arrivent à l'instant, i°. que la Reine est décidément grosse; 2*". que Fontainebleau n'est pas douteux : on ira le' 7, et à Choisy du 4 ^n 7 ;
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3*. que M. le Dauphin et sa gouvernante passeront ce temps-là à La Muette; 4^. que M. le duc de Coigny s'est démis de sa charge de colonel-général des dragons en faveur de M. de Luynes , qui s'est démis de celle de mestre-de-camp général en faveur du mar^ quis de Coigny. C'est un sacrifice immense que le père fait au fils ; car, la guerre arrivant , il ne sera plus qu'un simple lieutenant-général y comme tant d'autres : Et in turhâ servientium projectus est^ dit un nomimé Tacite, qui ne s'énonce pas mal dans l'occasion. Madame de Voyer est morte justement pour célébrer l'anniversaire de la mort de son mari. ^