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dans un impénétrable asile. Mais le déyoument et la loyauté d'un ami fidèle sont encore de plus sûrs gardiens que les grilles et que les -verroux. Puisque le noble possesseur des lettres autographes de Mirabeau au Roi m'a permis de publier celle qui commença cette correspondapce^ je donnerai seulement, à ce sujet, quelques détails puisés dans des entretiens dont le souvenir m'honore , et qui seront pour moi un éternel sujet de réflexions et de reconnaissance.
(( Mirabeau est l'âme d^un parti : il a mis sa (( redoutable éloquencie aux gages 4l'un prince a ambitieux. De riches domaines, des pensions, « des trésors , alimentent ses plaisirs , entre- (( tiennent son zèle , et soudoient son patrio- <( tisme. » Ypità ce que disaient hautement ses ennemis dès les premiers momens de la révolution , et voilà ce que n'osaient ou ne pouvaient démentir ses plus zélés partisans. Hé bien , en 1789, dans ces jours précurseurs de l'orage, et qui allaient décider du sort de la France*, quand la voix puissante de Mirabeau avait déjà fait reculer les baïonnettes devant les représen-^
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tans de la iiatâoa ^quel était son sort , et de quoi yÎTaît<tt? Mirabeau avouait, dans ce moment même » à l'homme dont tes généreux senttraen» lui; étaient le mieux ccmnus^à M. le comte de**^^^, ijuil n avait pas de, quoi ptgrer son laquais l ^ M^ubeau , lui dit le comte de ***, ne voua « adressez jamais ipi'àmoi^ car, dan&la eondnite « d'un homme tel que tous ^. tout doii porter ua « grand caractèref d'ind^ndance. » ^
Tri)p ;éclairé., trop pénétrant pour n'avoir squerçu de bonne heure, dans les écrits de Mirabeau 9 les germes Tigonr^ix d'un génie puissant , et placé tr(^ haut par son rang et sa fortune pour craindre de descendre jusqu'à l'homme .que de grands désordres avaient, malgré sa naissance , presque perdu dana l'opinion puUique j le comte de^^^ s'était £sitsottFmt un -plaisir de reeevoir chez lui Mirabeau , long-temps avant ^e la. ré-* v(dution éclatât. La confiance que lui montra Mirabeau , eu lui faisant l'aveu de sa. détresse ,
' Mirabeau , dans un court espace de temps , dut jusqu'à sept cents louis à la bienveiUance particulière du comte d«,***. .
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devait les raj^roofaeir daviuitage. Tout devait exoiti»* rinléret d'une âme ndble dans ce- spec^ tacle d'un bontme aux prise» avec les regrets de sa. vie passée ^ les besoms de sa: situation présaute , lep intérêts qui faisaient intlpiter son cœiiE^ et l'avenir qu'il aspirait à dominer de tout l'empire d'une volonté forte et; d'une in^ tc^gence imposante.
Alors commencèrent entre M. le tomte de*** et. Mirabeau les plus graves entretiens sur l'état dahjL France. Le gouvernésl était, selon Mira-* b^u» remis à des matins trop faibles pour le di^ riger. au nûlieu des éclaté dé la lenapète* a Qea a geftia4à se perdent , dkait^l; jamais ils ne ré- «sist^Ofl^ à l'Assemblée. -^ Fort bien! vous <c crîez à l'ineendie après avonr attisé le feu ! «^ Pottitpiiûî ddné' vous ranger du coté de l'dp- « pesi|i^9 ? «-^ C'est leur faute : il ine faut une «i forc^ , et je la. prends où éie est. »
Mfr$j>aii|l sentait la sienne , et se croyait seul ei| état de<sauyer la. France. Mais il ne pouvait se dissimuler tout ce^ qu'une célébrité malheu-' reuse oppesait d'obstacles à l'élévation qu'il dé-
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sirait , et sans laquelle tout mouyemeRt répara'»teur, toute direction puissante , lui deyenait impossible, n déplorait alors, ayec amertume , ses longs égaremens ; et souyent ayec un accent profond, où Ton reconnaissait les regrets du grand citoyen plutôt que les désirs d'un ambitieux , il s'écriait en présence du comte de *** : ^h! que r immoralité de ma jeunesse fitit de tort à rÈtat l
Jamais, malgré les plus trompeuses apparences et les plus absurdes calomnies , jamais il ne prit la moindre part aux éyénemens du mois d'octobre 1789. Il passa presque toutes les journées du 5 et du 6 avec M, le comte de***. En lui parlaùt de ces épouvantables scènes , il était pâle d'horreur. Quand la cour quitta Versailles , (( Le Roi est mort , dil-il , s'il reste à f( Paris; on battra son cadavre » ; et comme le comte de *** reculait glacé d'effroi devant la sinistre énergie d'une expression semblable , « Oui, reprit-il plusieurs fois, on battra leurs « cadavres ; ils l'auront voulu I »
Que faut-il faire ? lui dit-on. Mirabeau ré-
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digea un mémoire : il fut porté au Luxembourg , et remis à Tun des.plus grands personnages de rÉtat après le Roi. Ce mémoire fut lu tout entier avec la plus sérieuse attention. On Taj^prouva dans plusieurs parties; on le combattit sur d'autres^ mais on ne Toulut pas le remettre au Roi«
Le t^nps arrÎTa bientôt où la cour fut obligée de prendre des résolutions plus sérieuses. De momens en momens^les périls augmentaient.
On crut enfin Mirabeau seul en état de faire tête à l'orage ; ce fut le comité autrichien qui en donna le conseil. Ce fameux comité , dont on. a. tant parlé, ne fut jamais composé que de deux personnes , le comte de Merci , ambassadeur de la cour de Vienne à Paris , et M. le comte de ***. Ses avis semblèrent fixer un moment les volontés les plus incertaines. Mirabeau prit l'engagement de servir Louis XYI; on doit croire. qu'il cédait bien moins à des vues intéressées qu'au désir de s'immortaliser par im grand service , et de relever la monarcbie en donnant de4arges bases aux libertés publiques.
Quand on lui promit une pension de trois
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odHle francs par mois , il se montra comblé de reconiiaissance. On fit entendre au Roi qu'il convenait peat^étre d'aoqaitter encore ses dèttCB* Louis XVI y consentit. On les croyait énormes, et sa première esdamation de surprise et dé joie , lorsqu'on lui en parla , pouvait loonfirmer cette opinion. Ce fut à grand'peine qu'il en rassembla Fétat : elles ne s'élevaient pas à plwi de %%OjOOo francs ; maïs tel était son désordre , qu'il devait encore jusqu'à son premier habit de noces.
On voulait solder dineetement ses ciéuu^e^ ; il se fâcha ^ dit qu'il n'était|4ns un enfant^ recrut ies fonds , prit un équipage , acheta des livfes'^ eut une maison de campagne , et ne paya qu'une très &ible partie de ses dettes. Son luxe ré«\âa bientàt le secret du traité qui l'unissait i la cottf* Recevait41 trois mille francs par mois ^ il eb dé^ pensait six. Et quand cette penéiùn s'accrut eit<* Gore , ses prodigalités augmentèrent dans tes mêmes proportions.
Pour mieux encourager, son éAB y 'et • pMn* l'aMaeher à Tappât d'une magikiftquè ré0(ta-
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f)lenae, Louis XVI écrivit et sight de sa main quatre bons de sSo^ooid fr. chaqi^. M. lé eomte de*** les. fit voir à Mirabeau. « Le Roi, lui « dit41 9 m^AUtorise à vous les remettre dès que c( je jugerai, moi, qu'ils vous seroirt acquis par 4i VOS services* — Dites au Roi , reprit Mirabeau, « qu'avant trois m<NS j'aurai mérité le million ! » Six semaines après il n'était plus»
Quelque temps avant cette fin prématurée ^ dont les causes lurent beaucoup plus simples et plus naturelles qu'on n'affecta de le citiire, Mirabeau et M» le ooorîe de *** causaient en* semble sur les morts célèbres dont l'antiquité nous a transmis le récit* Mirabeau disserta long^ temps, avec beaucoup d'éloquence, sur le poi-^ ffaard de Lucrèce, sur la ciguë de Socrate et l'épée de Carton, a Vous avez admirablement <c parlé , lui dit le comte de *** ; mats ces grands a personnages étaient soutenus par de grandes « passions. Bs attacbaient sur eux les regards de « tout un peuple ,èt pouvaient entendre d'avance n les éloges de la postérité. Je connais une mort «dans laquelle.il entre peut-4tre encore phis
a de simplicité, de force d'âme et de véritable « grandeur. — ; Laquelle donc ? reprit Mirabeau. « — C'est la mort d'un pauvre soldat que la « miu^ille vient de mutiler sur un champ de « bataille ; qu'on jette dans une charrette dont (( chacun des cahots lui cause d'horribles souf- « frances ; qu'on abandonne dans un hôpital n où l'on ne saurait trouver un chirurgien pour H le panser, un lambeau de linge pour arrêter « son sang, un verre d'eau pour étancher sa a soif ^ qui a vécu obscur, qui meurt de même, (i loin de ses parens , sans amis , sans consola-
«. tiens, sans secours , et qui meurt sans
m se plaindre ! ^— Ah ! s'écria Mirabeau , vous « pourriez bien avoir raison. »
Il avait exigé, comme on le verra dans* sa lettre , que toutes celles dont se composerait sa correspondance lui fussent exactement remises. La cour avait rempli sciupuleusement cette condition du traité : toutes ses lettres existaient dans son portefeuille. Quand les progrès du mal dont il mourut ne laissèrent plus aucun espoir, on trembla des suites que pour-
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rait aT6ir laTét^lationd'on pareil mystère. M. le coaite de ***^ en lui parlant dé a^ papiers , osa " loi en proposer le sacrifice. « Que me deman- Il dee^voùs ! s'ëcria Mirabeau. Vou» Toulez donc % que je meuretoàt entier ! Quelques sucèès d^ (( tribune ont k fieiné effiicë le souvenir de mes « désordres ; mais e'est là ^ dans ce portefeuille , a qu'est ma jtmtfication ; là qu'est ma gloire ; là <( qu'on aurait appris à connaître mes vues , mes « fdbms , mon ftme , mon génie -, tout ce qui tt m'aurait montré eomme je suis aux yeux.de t( mes oèncitoyenB ; tout ce qui m'aurait grandi « dans l'avehir : et vous en exigez lé sacri- « ficeL... ^ Le comte de***, qui savait à quel point son coeur était accessible aux séntiiliens généreiix; hii représenta que plus un pareil acte lui semblait pénible , plus il ^tait- àigne de lui. « Voulez-vous , lui dit-il , tromper la « confiance d'un Roi qui n'avait mis qu'en vous « l'espoir de son salut ? Ne serez-vous pas touii cbé du sort de la Reine, de cette princesse (( dont vous honorez le caractère , et dont une c( imprudence pourrait si cruellement aggraver