Cic., ad Papir. Pœt.; Ej>. div., ix
pérances si vives et si tristement déçues, on crut reconnaître la main d’une fatalité ennemie. La superstition se mêla aux regrets ; chaque pays eut ses prodiges; chaque peuple raconta ses pressentiments 1 2 ; et l’apparition d’une comète, au milieu de cette disposition des esprits, vint donner en quelque sorte à toutes les illusions un droit d’incontestable réalité. Les étrangers qui se trouvaient alors à Rome (et le nombre en était immense) prirent le deuil spontanément, et firent retentir les rues et les places de lamentations prononcées dans tous les idiomes de la terre *. Les Juifs se distinguèrent entre tous, dans ce cortège funèbre des peuples, par la vivacité de leur affliction : pendant plusieurs nuits de suite, ils restèrent en sentinelle près du bûcher 3 .
Ces faits, si authentiques qu’ils soient, se refuseraient à toute explication, s’ils ne se rapportaient qu’à l'homme et au peu de bien qu’un homme, fût-il César, peut faire à l’humanité. Mais ici l’action personnelle du fondateur de l’Empire se confondait avec le mouvement intime du monde ; son ambition avait favorisé, excité une tendance qui devenait irrésistible ;
1. Suet., J. Cens., 81. — Plut., J. Cas. — Virgil., Georg., h, art fin. — Oïid., Metam. et cat.
2. In summo publico luctu, exterarum gentium multitudo circulatim, suo quæqne more, lamentata est. Suet., J. Cas., 8/i.
3. Præcipueque Judæi , qui etiam noctibus coutinuis bustum frequentarunt. Id. ibid.
son génie avait trouvé pour point d’appui la plus grande crise qu’ait éprouvée la société antique. La situation des peuples était neuve effectivement ; les organisations politiques du passé croulaient de toutes parts; Rome, après avoir détruit les nationalités diverses dans tout le monde civilisé, sentait à son tour sa propre nationalité chanceler et céder à la réaction de l’univers. Il était manifeste à tous que les conditions sous lesquelles avaient jusqu’alors vécu les sociétés politiques, ne suffisaient plus à une grande portion du genre humain , et qu’un ordre de choses tout nouveau allait commencer. Cet ordre de choses, quel serait-il? L’histoire ne jetait aucun jour sur les incertitudes présentes, car rien dans le passé ne faisait deviner un tel avenir.
Le mot mystérieux qui échappait à la science humaine, les masses le demandèrent à la reügion. On feuilleta de toutes parts les livres sacrés ; on recueillit les vieux oracles ; on en imagina de nouveaux au profit de l’idée qui travaillait toutes les âmes. Jamais l’anxiété du doute, jamais la crédulité ne furent plus en émoi. Des prophéties, en vers et en prose, circulaient d’Orient en Occident, et d’Occident en Orient, par milliers de volumes 1 ; chaque nation apportait les siennes, empreintes de sa foi religieuse et de son génie
1. Auguste, parvenu au souverain pouvoir, fit réunir et briller plus
poétique, et les donnait comme la clef de cet avenir sans nom vers lequel gravitaient toutes choses. Pour le Latium et la Grèce, nourris de fictions gracieuses, c’était un retour à l’âge d’or, au règne du bon Saturne, à la paix perpétuelle, à l’innocence des hommes *. L’aruspice étrusque y voyait la fin d’un jour du monde 2 ; tandis que des sectes mystiques saluaient en lui l’aurore d’une année céleste, dont les grands mois allaient poindre 3 . En Orient, d’autres interprétations religieuses, d’autres calculs cosmogoniques, d’autres rêves, d’autres espérances. Mais une concordance frappante au milieu de ces diversités, c’est que toutes les traditions, toutes les exphcations annonçaient la
de deux mille volumes de prédictions tant grecques que latines, dans la crainte sans doute qu’elles n’excitassent quelques ambitions.
Quicquid fatidicorum librorum græci latinique generis, nullis vel parum idoneis auctoribus, vulgo ferebatur, supra duo millia contracta undique crcmavit : ac solos rutinuit sibylliuos, hos quoque delectu
habito Suet., Au<j. % 3t. — Dio., liv, 17. — Tibère lit faire une
seconde épuration des livres prophétiques.