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74 TAhLEAU DE L’EMPIRE ROMAIN.

décisif; il montrait clairement à tous les yeux la voie dans laquelle César poussait sa patrie. S’il n’eût eu que l’intention vulgaire de se faire une assemblée à sa dévotion, l’Italie ne manquait, certes, ni d'admirateurs sincères du grand homme, ni de complaisants de l’homme tout-puissant. Mais l’intrusion des races étrangères venait tout à coup changer le caractère politique du sénat; au corps aristocratique par essence , né et grandi avec Rome, seul représentant, seul conservateur de l’esprit quiritaire, elie tendait à substituer une simple assemblée de notables : c’était le premier germe d’une représentation de tout l’empire sur le pied d’égalité. Aucun des actes de César ne blessa donc, aussi vivement que celui-ci, le vieux patriotisme romain. Mais bon gré mal gré, il fallut obéir. Il fallut que les Cornélius, les Fabius, les descendants de Tullus et de Numa ouvrissent leurs rangs aux demi-barbares *, comme on aimait à les appeler, qui venaient voter avec eux, qui parlaient devant eux de leurs droits, qui décidaient souvent, par leurs suffrages, des institutions de la ville. 11 fallut obéir; mais on se vengea de César et des intrus de César par des cris de colère, par des sarcasmes, par de malignes plaisant! ries. Tantôt des avis affichés sur les places invitaient le

1. Quosdain <• semibarbaris Gallormn recipit in curiam. Suctoi:., J, Cœf., 76..'

peuple à ne point indiquer aux nouveaux pères conscrits le chemin du sénat 1 ; tantôt on faisait chanter par les soldats au triomphe du dictateur : « Qu’il condui- « sait les Gaulois devant son char, mais pour les me- « ner au sénat, où ils quitteraient leurs braies et « prendraient le laticlave s . » Les paroles, les gestes, l’accent de ces étrangers fournissaient matière aux critiques les plus amères et aux plus ridicules doléances. Parce que l’accent était rude quelquefois et le langage incorrect, on s’écriait que tout était perdu, le bon goût et la belle langue latine, avec la dignité romaine 3 ; et Cicéron, homme nouveau, ne rougissait pas de se faire l’écho de pareilles puérilités. Mais tout ce courroux, toutes ces insultes n’aboutissaient qu’à resserrer encore davantage les liens qui unissaient les provinciaux à César.

Aussi le poignard qui le frappa sembla, du même coup, avoir frappé au cœur toutes les provinces. La consternation fut universelle; et lorsque l’on sut que, par son testament, il léguait à la Sicile le droit de cité, comme un magnifique adieu qu’il envoyait en mourant aux nations conquises, la douleur n’eut plus de bornes. Dans ce brusque dénoûment de tant d’es-

1. Bonum factum, ne quia senatori novo curiam monstrare velit. (Id. ibid., 80.)

2. Gallos Cæsar in triumplium ducit; atqun iidem in curia, Gallj braccas deposuerunt, latum clavum sumpserunt. (Id. ibid.)

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