Virgil., Georg., i
des races étrangères. L’unité de l’Italie ayait pu sortir toute faite du bouleversement de la guerre sociale, parce que les Italiens étaient déjà assimilés, parce qu’ils étaient déjà Romains, sauf le droit. Rien de pareil n’existait encore pour les nations sujettes, du moins quant à la plupart; et ni Pharsale, ni Munda, ni Philippes ne durent enfanter l’unité de l’Empire. Ce que les provinces gagnèrent, dans les dernières guerres civiles, fut surtout une conquête morale : ce fut la ruine du système politique qui maintenait l’exclusion sociale ; ce fut la reconnaissance définitive du principe d’association, à devoirs et droits mutuels ; ce fut enfin, dans une reconstitution de l’ordre politique, la garantie que Rome ne combattrait plus désormais ce principe, sur lequel reposait la destinée de tant de peuples. En fait, l’autocratie des Césars n’eut pas un autre caractère que la toute-puissance tribunitienne des Gracques et de Marius, ou la royauté offerte à Sp. Cassius, à Saturninus, et à tant d’autres ; pouvoirs extraordinaires confiés à un seul par la majorité, contre l’oligarchie, dans un but de progrès général. Cette grande et respectable mission du pouvoir impérial légitima, aux yeux d’une partie du monde, la perte de la liberté politique ; aux yeux de l’autre, elle en adoucit le regret.
« Il s’en fallait bien, dit Tacite, l’interprète élo-
« quent de ce regret du passé ; il s’en fallait bien que
« le nouvel ordre de choses déplût aux provinces, « qui tenaient en juste défiance le gouvernement du « sénat et du peuple, à cause des querelles des grands « et de la cupidité des magistrats ; et qui attendaient « j>eu de secours des lois, impuissantes qu’elles les « voyaient contre la violence, la brigue et la véna- « lité * .»
1. Neque provinciæ ilium rerum statum abnuebant, suspecto senatus populique imperia, ob certamina potentium et avaritiam magistrat uumj in val ito léguai auxilio... Tacit., Annal., i, 2.