CHAPITRE PREMIER
Orient : Nations caucasiennes; Arméniens; races mêlées de l'Asio Mineure; famille des peuples araméens; Egypte; Grèce européenne. — Occident : Races de l’Afrique ; civilisation carthaginoise, famille ibérienne en Espagne; famille kimro-gallique en Gaule; lie de Bretagne; Illyric; Pannonie; Tlirace.
Faire de l’Empire romain, au temps d’Auguste, uue société homogène, n'était point une tâche facile ni de prompte exécution ; et, pour s’en convaincre, il suffit de passer rapidement en revue les éléments si multiples, si divers qui le composaient, et au sein desquels il fallait faire descendre la cohésion et l’unité.
Cet Empire que Rome appelait orgueilleusement
son univers *, et qui en effet renfermait la presque totalité du monde alors connu; ce vaste Empire se partageait naturellement en deux régions : l’Orient et ï Occident, division qui n’était point purement géographique, mais qui correspondait à des différences profondes dans les origines, l’ancien état social et la condition présente des populations.
Sous la dénomination d’Orient, on comprenait cette zone de l’Asie occidentale que limitent, à l’ouest, la mer Noire et la Méditerranée ; au nord, le Caucase ; au midi, la vallée du Nil ; à l’est, la mer Caspienne, le cours de l’Euphrate, les déserts de l’Arabie et l’Ethiophie. L’Egypte, que les anciens plaçaient en Asie, faisait partie de l’Orient. Dans cette région, la plus peuplée et la plus florissante des possessions de Rome, se trouvaient, à côté de quelques races encore barbares, les débris des plus vieilles sociétés et le berceau de la civilisation européenne.
En commençant par le Nord, et dans l’isthme qui sépare le Pont-Euxin de la mer Caspienne, on rencontrait d’abord les tribus du Caucase ; tribus d’origine très-mêlée, et de langues ou du moins de dialectes très-variés, puisque, dans les places de commerce, situées sur la côte, les interprètes romains devaient comprendre et parler jusqu’à soixante et dix idiomes
1. In orbe rotnano qui sunt... L. xvn. Digeste, de Stat. hom.
différents 1 . Chacune de ces peuplades avait son chef particulier plus ou moins absolu : celui des Mosvnèkes entre autres, vivait emprisonné dans une tour de bois ; elles se groupaient ensuite en grandes confédérations ou royaumes, sous le protectorat des Romains. Tels étaient les royaumes du Bosphore cimmérien, de l’Albanie, de lTbérie*, et celui du Pont, qui comprenait une partie de l’ancienne Colchide. Les écrivains contemporains nous représentent les peuples caucasiens comme des barbares 3 livrés à des guerres perpétuelles, soit entre eux, soit avec leurs voisins, les Scythes et les Sarmates, qu’ils enlèvent et vont vendre comme esclaves à Phanagorie, à Dioscuriade ou àTrapezunte. Ce sont eux qui alimentent la traite des captifs sur les grands marchés de la mer Noire. Quelques germes de civilisation commençaient pourtant à se montrer dans ces vallées sauvages. Les rois entretenaient des corps de troupes armées à la romaine 4 . L’Ibérie, dont la population était organisée en castes, avait déjà des villes bien construites et des champs bien cultivés*. Ce pro-
1. Strab., xi, 761, éd. Almelov. — Pline fait monter à cent trente le nombre des interprètes entretenus par le commerce romain dans la place do Dioscuriade, vi, 5. — Cf. Herod., i, 203. — Xenoph. Anab., t, 4. — Timosth. ap. Plin. Sccund., Hist. nat., vi. 5.
2. L’Ibérie formait la Géorgie actuelle; l’ancienne Albanie est représentée aujourd’hui par le Schirvan et le Daaliestan.
3. Strab.; xi, 750, seqq. — Plin. Sec., vi, passim. — Cf. Tacit. , Ann., vi, 33, 34 ; ni, 15, 16, 44, 46, et passim.