Plut., Anton
de déchéance *. Mais cette unité, créée en Orient par les arts et la science des Grecs, n’existait, pour ainsi dire, qu’à la surface ; faite pour rallier les esprits cultivés, elle ne descendait point jusqu’aux mœurs publiques; elle restait sans prise sur les masses; elle était loin de cette unité profonde, universelle que Rome sut imprimer aux races barbares qui avoisinaient l’Italie.
Quant à la Grèce européenne, que je dois joindre ici à l’Orient, d’après l’ordre logique, comme les Romains le firent plus tard administrativement, lorsqu’ils séparèrent en deux leur immense empire, déchue de tout ce qui l’avait jadis rendue si grande, elle voyait jusqu’à la gloire des lettres l’abandonner. Elle n’en montrait que plus de répugnance à se rapprocher de Rome et de l’Italie. Absorbée dans l’idolâtrie de son passé, et dédaigneuse de tout ce qui n’était pas elle-même* , elle se vengeait du présent en feignant d’ignorer ce que valaient ses maîtres, s’ils parlaient une langue supportable, s’ils possédaient des orateurs et des poètes, s’ils produisaient des livres dignes d’être lus. C’était toujours cette vieille séparation du genre humain en Grecs et en barbares que l’orgueil des Hellènes s’efforçait de perpétuer; et pour amnistier à
1. L’empereur Claude disait, au rapport 'de Dion : Non Romanum jure esse, qui sermonem eum nesciret. Dio., lx, 17.
2. Græci... genus iu gloriam suam cffusissiinum. Plir.., Hist. nat., ut, 6. — Qui tantum sua mirantur. Tacit., Ann., ii, 88.
leurs yeux la conquête romaine 1 , il fallait rattacher Rome à la Grèce, et leur démontrer, ainsi que Denys d’Halicarnasse se flattait de l’avoir fait, qu’on ne s'embarbarisait point en devenant Romain*. Du reste, ils consumaient ce qu’il leur restait d’énergie locale en dissensions perpétuelles, comme autrefois. La plupart de ces peuples étaient libres ; mais la liberté leur était souvent retirée, parce que, suivant le mot d’un empereur, « ils ne savaient plus en user 3 . »
Tandis que l’orient de l’Empire renfermait ainsi les débris de toutes les civilisations passées, l’occident au contraire ne comptait guère que des races neuves, de vrais barbares, qui avaient à peine senti le contact des nations policées, et sur lesquels Rome avait eu ou avait encore tout à faire.
L’Afrique se présentait en premier ordre.
Bornée, comme on le sait, à la région atlantique du continent africain, l’Afrique romaine reconnaissait pour sa population primitive, ou autochthone, cette
1. Ut hominibus tune demura veritate cognita in mentem veniat, quæ decet etiam de bac civitate sentira, nisi anime penitus sævo et
bostili in eam sint : neque justam servitutem moleste ferre ncque
fortunam incusare, quasi indignæ civitati tantum imperium et tam diuturnum gratis dederit. Dionys. Halic., i, 5.
î. Nihil vetuisset quo minus tota Græcia (si modo barbari fuissent) eorum opéra in barbariem esset versa. Dionys., vu, 70. — Cf., ibid., 71, 72, 73 seqq.; I, 2, 3, 4 seqq.; et puss.