‹ Tableaux de l'Empire romainChapitre 72 sur 229 · Voy. ci-dessus, page · texte numérisé non relu

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que Messaline et les affranchis de César en faisaient trafic publiquement, à vil prix 1 . Sans prétendre justifier ce qui se passait autour d’un prince trop souvent aveugle et faible, on peut regarder ces imputations comme grandement exagérées ; car nul empereur ne poussa plus loin que celui-ci le maintien de la dignité attachée à la cité romaine; l’histoire témoigne qu’il alla jusqu’à faire frapper de la hache des étrangers qui en avaient usurpé le titre 2 3 .

Le ressentiment patricien poursuivit Claude dans un libelle où l’on outrageait lâchement sa mémoire au profit des empoisonneuses et desparricides s . Ce libelle, rapproché du discours que nous analysions tout à l’heure, ne forme pas une des pièces les moins curieuses du grand procès qui se débattait entre la Rome latine et le monde devenu romain. L’accusation qui s’y reproduit sans cesse contre Claude, son véritable crime, crime irrémissible au point de vue de l’écrivain satirique, c’est son amour pour les provinces. Un autre crime encore (et celui-là du moins était bien involontaire), c’est d’avoir pris naissance à Lyon, de n’être, suivant les expressions mêmes du livre, « qu’un bour-

1. Multi civitatis jus ab ipso petebant, multi a Messalina et libertis Cœsaris, redimebant. Dio, lx, 17.

2. Civitatem romanæm usurpantes, in campo Esquilino securi percussit. Suet., Claud 25.

3. Senec. , Apokolokyntosis , seu ludus in mortem Cluudii Cœsaris, 4-

« geois du municipe de Plancus, à seize milles de « Vienne, et par conséquent un franc Gaulois ; aussi , « ajoute-t-on spirituellement, comme il convenait à « un Gaulois, il a pris Rome *. »

L’auteur de ces innocentes injures, Sénèque (car ce n’est pas moins que Sénèque) , met dans la bouche d’une des Parques la réflexion suivante, qui mérite moins d’indulgence : « Je voulais laisser à cet homme « quelques moments de plus à vivre, pour qu'il fît « citoyens romains le peu de gens qui ne le sont pas a encore aujourd’hui ; car il s’était mis en tête de les « voir tous, tant qu’ils sont, Grecs, Gaulois, Espagnols, « Bretons, n’importe, affublés de la toge. Pourtant, « comme il faut bien conserver en ce monde quelques « étrangers pour graine, je coupe la trame 1 2 . » Singulière récrimination de la part d’un Espagnol ! Mais Sénèque dans cette circonstance n’avait consulté que ses ressentiments personnels contre le prince qui l’avait exilé, et les succès de bel esprit que de si agréables plaisanteries pourraient lui valoir auprès des hauts

1. Lugdnni natus est ; Munatii municipem vides ; ad seitum lapidera a Vienna natus est; Gallus Germanus. Itaque quod Gallum facere oportebat, Romam cepit. Sencc., Apokolokyntosis , 6. — On sait que Lyon avait été fondé par Munatius Plancus. Hist. des Gaul., II.

2. Sed Clotho : Ego mchercule, pusillum temporis adjicere illi volebam, dura hos pauculos qui supersunt civitatc donaret. Constituerai enim omnes Græcos, Gallos, Hispanos, Britannos, togatos videre; sed quoniam placet aliquos peregriuos in semen relinqui... Senec. , ibid., 3.

personnages de Rome. Heureusement ces lignes misérables de l ’ Apokolokyntosis ne contiennent qu’un démenti passionné de l’auteur à ses opinions ■véritables; car Sénèque, ainsi que nous le verrons plus tard, savait comprendre et rendre toute la grandeur du système qu’il dénigrait dans Claude, et qui avait déjà versé tant de bienfaits sur sa patrie d’origine.

Claude avait favorisé l’Occident ; les prédilections de Néron s’adressèrent à l’Orient, à la Grèce surtout, où son talent pour la poésie et la musique excitait un enthousiasme qu’on peut supposer intéressé *. Il est certain que, malgré son immoralité personnelle et ses crimes, sa position politique, comme représentant des intérêts nouveaux, le rendit populaire dans plus d’une contrée de l'empire : témoin la fidélité que lui conserva la ville de Lyon ; témoin encore l’émotion profonde que ressentait la province d’Asie chaque fois qu’il apparaissait un faux Néron. Longtemps la populace des villes refusa de croire à sa mort 3 .

Les guerres civiles dont elle fut le signal firent voir toute l’importance qu’avaient déjà les provinciaux. Ce fut un Gaulois, issu des rois d’Aquitaine et propréteur romain de la province, le courageux et infortuné Vindex, qui se souleva le premier contre ce monstre

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