IDEES
BBS
Soit que TactiTe curiosité de rhomme interroge la nature ^ soit que son imagina^ tioh hardie mesure les vastes espaces de la création organisée, des impressions multipliées qu'il reçoit , aucune n'est aussi profonde et aussi forte que le sentiment de cette profusion avec laquelle la vie est imiversellement répandue. Partout même sur les glaces polaires , Pair retentit
du chant des oiseaux et du bourdonne^ ment bruyant des insectes. Non-seulement ses couches inférieures , remplies de vapeurs épaisses , sont animées , mais aussi les régions supérieures et éthérées. En effet, toutes les fois qu'on a gravi la chaîne des Cordillères ou la cime du Mont-Blanc y on a trouvé des animaux dans ces solitudes. Sur le Chimborazo * , cpii est quatre fois plus élevé que le Puy-de-Dôme , nous avons vu des papillons et d'autres insectes ailés. Emportés par des courans d'air peiS pendiculaires , ils errejit étrangers dans cette région où la curiosité inquiète conduit les pas circonspects de l'homme ; leur présence prouve que l'organisation ani- I maie , plus flexible^ peut subsister bien
i au-delà des limites où s'est arrêtée celle
des végétaux. S'élevant plus haut que le pic de Téuériffe entassé sur l'Etna , plus-
iiaut que toutes les cimes des Andes , le condor*, ce géant des vautours , planait fiU'deasus de nous. La xapaciité de ce pui^ sant volatile l'attire dans ces régions à la poursuite des vigognes au lainage soyeux, qui , comme defif chamois , errent en troupeaux dans ces savanes voisines ijiea ^€dges
étemelles.
•Si Fœil nu nous montre la vie répandue dans toute l'atmosphère , armé du microscope, il nous découvrira encore de pluç grandes merveilles. De^ rQtifères, des hrachions et une infinité d'animalcules^ sont enlevés par les vents de la surface deç eaux qui se dessèchent» Sans mouvemeqt, plongés dans une mort apparente , ils voltigent dans l'air, peut-être {)endant de longues années , jusqu'à ce que la rosée les ramène à la terre , dissolve l'enveloppe
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qui enchaîne lears corps transparens et sq mouvant en tovbillQns ^ , et , probablement par le moyen de Foxigène qne toutes les eaux contiennent , souffle de nouveau l'irritabilité dans leurs organes.
Indépendamment des êtres développés , l'atmosphère porte aussi des germes innombrables d'êtres futurs , des œufs d'insectes, et des semences de plantes que des aigrettes velues pt plumeusejs préparent à de longues pérégrination;? autonmales.
Ce|^e ]x>ussière yivifiante que lancent les fleurs miles dans les espèces où les sexes Sont séparés , est , même au-delà des terres et des mers , portée aux fleurs femelles solitaires par les insectes ailés ^ et le souffle des vents.
Si le mobile océan aérien où nous som-
iBom plongés, et an-dessus de la sarface (duquel nous ne pouTona nous élerer , eàt indispensable pour l'existénoe d'un grand nombre d'êtres organisés ^ ils ont encore besoin d'un aliment plus grossier , qu'ils ne trouvent qn^au fond de cet océan gazeux. 'C!e f<md est de deux sortes ; la plus petite partie est la terre sèche entourée immé<^ diateitiisnt de Tair ; la plus grande est l'eau qui 9 il y a peut-être des milliers d'années, se forma de substances gaaeuses conden* ^68 par le leu électrique , et qui , aujourd'hui ^ est décomposée sans cesse dans l'atelier des nuées, de même que dans les vaisseaux des animaux et des plantes*
On ne sait pas encore où la vie est semée avec le plus de prodigalité* Est-ce sur les continens , ou dans les immenses
abîmer de la mer? Dans ceux-ci parais^ sent des vers gélatineux qui , Vivans ou morts j brillent comme des étoiles ^ , et par leur éclat phosphorique changent la surface du vaste Océan en une mer de feu. Ce sera pour moi une impression ine&çable , que celle des nuits tranquilles de la zone torride sur le grand Océan : du bleu foncé du firmament la constellation de la Croix inclinée à l'horizon , et au zénith celle du Vaisseau, faisaient jaillir dans Fair parfumé leur lumière douce et planétaire , tandis que les dauphins traçaient des sillons brillans au milieu des vagues épumeuseç.
Non-seulement FOcéan , mais encore les ^aux dés marais recèlent une multitude innombrable de vers d'une forme surpre* p^nte. Nos yeu3ç ont peine à reconnaître
les cyclidies , les tricodes frangés , et la foule des naïdes, divisibles eo rameaux
comme le lemna dont elles cherchent l'ombrage. Entourés de difiEërens mélanges d^air, et ne connaissant pas la lumière , Tirent l'ascarcs tacheté sous la peau du ver de terre, la leucophra d'un brillant argenté dans l'intérieur de la naïde des rivages, et l'echynorynchus dans les Vastes cellules pulmonaires du serpent à sonn^e^* des tropiques. Ainsi la vie remplit les lieux les plus cachés de la nature. Arrêtons-nous ici modestement aux végétaux. Cest à leur existence que tient celle des espèces animales. Ils travaillent continuellement à disposer en ordre , pour l'organiser ensuite , la matière brute de la terre , et , » par leur force vitale , préparent ce mélange qui , après mille modifi-* cations, s'ennoblit enfin en formant des
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filets nerreux ,. organes du sentiment et de rintelUffence.
Le regard qne nous attacherons sur les familles variées des plantes , nous déroi* lera anssî quelle fonle d'étrte animés elles nourrissent et conservent.
Qu'il est diversement tissu, le tapis dont la prodigue déesse des fleurs couvre la nudité de notre planète : plus serré dans les climats où le soleil s'élève à une plus Sprande faautenr vers on del sans nuage; plus lâche vers les pôles engourdis où le retour de la gelée tue le bouton développé, ou saisit le fruit mûrissant! Partout, cependant , lluMnme goûte le plaisir de trouver des végétaux qui le tlonrrissent. Qtie du fond de la mer, comme il arriva jadis au milieu des tles de la Grèce, nn
DBS YÉOÉTAUX. 11
volcan aoalève tout à coup au-desras des flots bouillan&an rocher couvert de scories, ou , pour rappeler xm phénomène moins terrible , que des néréides réunies ^ élèrent leurs demeures cellulsâres pendant des milliers d'années y jusqu'à ce que, se trou^ .vaut au-dessus du niveau de la mer , elles meureiit , après avoir ainsi formé une Ile applatie de corail ; la force organique est déjà prête pour fajre naître la vie sur ce rocher. Qui donc y porte si soudainement des semences? Sont-œ les oiseaux voya* geurs , les vents ou les vagues de la mer? C'est ce que le grand éloignement des côtes rend difficile à décider. Mais à peine la pierre est*elle en contact avec l'air , que , dans ^es contrées septentrionales , il se formeàsa surface un réseau de filetis veloutés qui , à l'oeil nu, paraissent des taches colorées. QuelquM^uns sont bordés par des
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lignes saillantes, tantôt simples, tantôt doubles ; d'autressonttraTerséspardessilr Ions qui se croisent. A mesure qu'ib vieillissent , leur couleur claire devient plus foncée. Le jaune qui brillait au loin se change en brun , et le gris bleuâtre des lepraria prend insensiblement une teinte de noir poudreux. Les extrémités des enveloppes vieillissantes se rapprochent et se confondent; et sur le fond obscur se forment de nouveaux lichens de forme circulaire et d'un blanc éblouissant. Cest ainsi qu'un réseau oi^anique s'établit par couches sucf cessi ves ; et de même que la race humaine parcourt , en s'établissant , des degrés différons de civilisation , de même la propagation graduelle des plantes est liée à des lois physiques déterminées. Où le chêne majestueux élève aujourd'hui sa tète aérienne, jadis de minces lichens cour
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vraient la roche dépourvue de terre. Des mousses y des graminées , des plantes her^ bacées et des arbrisseaux y remplissent le vide de ee long intervalle , dont la durée ne peut être calculée, l^'efifet produit dans le nord par les lichens et les mousses , l'esty dans la 2sone torride , par le pourpier , le gomphrena, et d'autres plantes basses habitantes des rivages. L'histoire de l'enveloppe végétale de notre planète et de sa propagation graduelle sur là surface pelée de la terre a aea époques , comme l'histoire la plus reculée de l'espèce humaine.
La vie est répandue partout ; la force organique travaille continuellement à rat«» tacher à de nouvelles formes les élémens séparés par la mort ; n^ais cette richesse d'êtres organisés et leur renouvellement diffèrent suivant la difiTérence des climats.
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Dans les aones froides , la nature s'engour-' dit périodi^ement , et oomme la fluidité eet une conditîou de la vie , les animaux , ainsi que les plantas, à l'exception des' mousses et des autres crjrptogames ^ y restent enseTelâs durant les mois diiiver dans un profond soinmeil* Sur une grande* partie de la terre , il n'a donc pu se développer que des êtres organiques, capables de supporter une diminution considé* rmble de calorique , ou une longue interruption des fonctions vitales. Aussi , plus on approche des tropiques, plus la variété, la grâce des formes et 'le mélange dès' couleurs augmentent, ainsi que la jeunesse el la vigueur étemelles de la vie orga-' nique.
Ces faits peuvent être niés par ceux qui n'ont jamais quitté l'Europe , ou qui ont
DBS TteÉTAUX. l5
ûégl^ Fétiide de la géographiephyaiqpie.
Lorsqa'en «entent de nos forêts de chéues tonffas y on franefait les Alpes on les Pyiènées pour aller en Italie ou en Espagne, on lors^'oB diiige ses regards sur les côtes d'AûifM qm lionient la mer Méditerra^ née, on est aisément induit à tirer la conséqnenee ecronée, «pie le caractère des clinuita chauds esfc d^étre dénoés d'arlnres* Mais on onhlie que l'Eorope méridionale avait un antte aspect , lorsque les colonies pélasges cni càr^gincnses conmiencèrent k y fonder des étaMissemens : on oublie qu'une ciTÎlisatkm antique de l'espèce hu-* maine recule les foiéts, que l'inquiète acti-- ^té des nations prive peu à peu la terre de cette parure qui, dans les contréessep- -tentrionales, nous réjouit, et qui, plus quêtons les dpoumens historiques , prouve la jeunesse de notre civiliBation. La grande
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catastrophe « à laquelle la Méditerranée' doit sa formation , paraît avoir dépouillé les contrées voisines d'une grande partie de leur terre v^étale , quand cette mer, cpii n'était alors qu'un lac immense , gonflasses eatix et rompit les digues des Dardanelles et des colonnes d'Hercule. Ce que les écrivains grecs nous ont transmis de» traditions de lâ Samothrace ' , semble indiquer que l'époque des ravages opérés par ce grand changement, était moins ancienne que l'existence du genre humain et sa réunion en société. Dans tous les pays qui confinent à la Méditerranée , et que caractérise le calcaire secondaire du Jura , une partie de la superficie du sol n'est qu'un rocher nu. La beauté pittoresque de l'Italie a surtout pour cause le contraste agréable qu'oSrent la roche pelée et inanimée, et, si l'on peut s'exprimer ainsi ,'
DES YÉGÉTAUX. I7
les lies de végétations vigoureuses disséminées sur sa surface. Où cette roche moins crevassée retien^ l'eau sur la superficie couverte de terre, comme sur les bords enchantés du lac d'Albano , lltalie a ses forêts de chênes aussi touffues et aussi vertes que celles qu'on admire dans le nord de l'Europe,
• Les déserts au sud de l'Atlas , et les plaines immenses ou steppes de l'Amérique méridionale y ne doivent être r^ardées que conune des phénomènes locaux.
Celles-ci sont , au moins dans la saison des pluies y couvertes d'herbes et de mimosa très peu élevés et presque herbacés :
ceux-là sont .des mers de sable dans Fintérieur de l'ancien continent, de grands espaces dénués de plantes et entourés de rivages boisés toujours verts. Quelques II. 2
X8 PHtSIOtfONIE
palmiers en éveutaii , épars et isolés , ra|)pdlent seuls au yo^fâgeur que ces sdUtudes font partie d'une nature animée. Le jeu fantasticfue du mirage , occasioné par f effet de la chaleur rajronnante, tantAt fiait voir le pied de ces palmiers flottant dans l'air, tantôt il répète leur image renrersée dans les couches de l'air mobiles comme les vagues de la mer ; à l'ouest de la chaîne péruvienne des Andes , sur les cAtes du grand Océan , nous avons oon- Mme des semaines entières pour traverser desemblahWdésertsd^onrwid'eau.
L'existence de ces déserts arides^ de ces Vastes espaces dénués de végétaux au milieu des contrées enrichieB d'une végétation abondante, est un phénomène géognoBtique auquel on fait peu d^ttention, et qui provient incontestablement d'ancien-
DBS VÉGÉTAUX. IQ
Bes révolntioQs de la nature y soit inondations , soit transformations volcaniqaes de l'enveloppe da gU^e. Dès qu'une régkm a perdu les plantes dont elle est oomverte ^ c{Qe le sable est devenu mobile et dénui de sources , que l'air embrasé et a'éle vaut perpendiculairement «npéche la prédpî*tation des nuages ^ ; des milliers d'années s'écouleront avant que y du seitt des bondtf veidojnans dm désert, la vie organâfue pé^ nètre dans son intérieur»
Geliii donc qui sait d'ûa regard embrasser la nalnre , et faine afastraotioa desphé* nomènes locaux » voit , comme depuis le pôle jusqu'à l'équateur , à oiiesure qv^ Ia chaleur vivifiante augmente , la force organique et la vie/aagJoep&Hiit auasi graduellement. Mais dans le comss de cet <ac^ crois^ement) des beautés particulières sont
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réservées à chaque zone : aux climali du tropkpie j appartiennent la diversité de forme et la grandeur des végétaux : aux climats du nord, l'aspect des prairies et le réveil périodique de la natureaux premiers 80u£Eles de l'air printannier • Outre les avantages qui lui sont propres , chaque zone a aussi son caractère* Si l'on reconnaît dans chaque individu oi^nisé une physionomie déterminée; puisque les descriptions de botanique et de zoologie, dans le sens le plus restreint, ne sont que l'anatomie de
la forme des plantes et des animaux j de même on peut distitaguer une certaine phy * sionomie naturelle qui convient exclusivement à chaque zone.
Ce que le peintre dâi^nepar les expressions de nature suisse et de del d* Italie a son principe dans le sentiment confus de
ce caractère local de la nature. Le bleu du ciel 9 la lumière , les vapeurs qui se reposent dans le lointain , la forme des animaux, la vigueur dfia végétaux, l'éclat du feuillage , le contour des montagnes , tons ces ëlémens partiels déterminent l'impression que produit l'ensemble d'un pay* sage. A la vérité , sous toutes les zones , les mimes espèces de montagnes forment des groupes de rochers d'une physionomie semblable. Les rochers d^ diabase , de l'A. mérique-Méridionale et du Mexique ressemblent à ceux dea monts Ëugané^s, comme , parmi Içs animaux , la figure de l'alco ou de la race primitive du chien du Nouveau-Continent, répond parfaitement à celle de la race européenne. L'enveloppe inorganique de la terre est à peu près indépendante de l'influence des climats : soit que la roche ait existé avant
a a PHYSIONOMIE
que cette difiérence s'établit , soit que la masse de la terre en se durcissant et eu dégageait de ki chaleur, se soit donnée à ellemême sa température "" , au lieu de la receyoir du dehors. Ainsi toutes les roches sont propres à toutes les contrées du monde, et affectent partout la même forme. Par* tout le basalte s'élève en montagnes ji^mriles y dont la cime est tronquée. Psirtout le porphyre trappéen parait en masses biaarrement <ïspQsées , et le granit en som* metsfiouoement ailnondis. Ainsi des espèces sem&lables de plantes , telles que les pins et les chênes , couronnent également les montagnes de la Suède et celles de la par* tie la plus méridionale du Mexique " ; cependant malgré cette correspondance de forme et cette similitude des contours par* tiels , l'ensembl^^ de leurs groupes , présente un caractère entièrement différent.
DES TÉGÉTAUX. a3
La coniuiiâsaïKce «^ fomlea ne dîffèi:e pas plus de la géognosie que la deacriptioa individuelle des objets naturels ne diffère de la deaciiption générale ou de la phyriognomonie de U nature, Gearges Forster , danjs ae$ voyagea et dan^ aes œuvres diverses • Gœthe , dans les tableaux
ouvrages, Herder, Buffofn, Bernardin de St.-Pierre et Chateaubriand «mt tracé , avec une vérité inimitable, le caractère de quelques zones partielles. Biais de telles peintures ne sont pas seulement propres à procurer à l'esprit une jouissance du genre le plus noble : la connaissance du caractère de la nature dans différentes régions , est liée de la manière la plus iotiiiie à Finstoire du genre humain et à celle de sa civilisation. Car, si le commencement de cette civilisation n'est pas déterminé uni-
quement par des rapports physiques y aa moins sa direction , le caractère des peuples et les dispositions gaies ou s4|ieuse& des hommes , dépendent presque entièrement de rinfluenoe du climat. Combien^ puissamment le del de la Grèce n'a-t-il pas agi sur ses habitans? Gomment les peuples établis dans les belles et heureuses régions qu'enferment FOxus , le Tigre et la mer Egée 9 ne se seraient-ils pas élevés les premiers à l'aménité des mœurs , et à la délicatesse des sentimens ? Nos ancêtres ne ra^ portèrent-ils pas des mœurs plus douces de ces yallées délicieuses, lorsqu'à l'Europe, retombée- dans la barbarie, l'enthousiasme religieux ouvrit tout à coup l'orient sacré^. Les compositions poétiques des Grecs , et les chants rudes des peuples primitifs du nord , doivent presque tout leur caractère à la configuration des ani-
DES VEGETAUX. ^5
maux et des plantes que voyait le poète , aux vallées qui l'entouraient , à Pair qu'il respijraat. Et pour rappeler des objets plus rapprochés de nous , qui n% se sent di£Fèremment disposé à l'ombre épaisse des hêtres, sur les. collines couronnées de sapins épars , enfin sur la pelouse , où le zépfaire murmure dans les feuilles tremblantes du bouleau ! La figure de ces plantes de notre pays rappelle souvent en nous des images gaies, sérieuses ou mélancoliques. L'in* fluence du monde physique sur le fnoral , cette action réciproque et mystérieuse 4» matériel et de l'immatériel , donnent à l'étude de la nature , quand on la contemple d'un point de vue élevé , un attrait particulier encore trop peu connu.
Mais si le caractère des diQérens pays dépend de toutes les apparences extérieu-
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res, si le contour des montagnes, ai la physionomie des plantes et des animaux y si le bleu du ciel y la proportion des nnar ges, et la transparence de l'air , influent sur Fimpression que produit l'ensemble; on ne peut nier que la cause principale de cette impression ne soit dans la masse des plantes. Les espèces animales sont trop éparses, et la mobilité des individus les dérobe trop souvent à nos r^ards. Les végétaux au contraire agissent sur notre imagination , par leur immobilité et leur gvftndeur. Leur masse indique leur âgé y et c'est dans les végétaux seuls que s'unit à l'âge l'expression d'une force qui se renouvelle sans cesse. Le dragonnier *'' gigantesque que j'ai vu dans les îles Gana* ries y a seize pieds de diamètre , et jouissant d'une jeunesse perpétuelle , il porte encore des fleurs et des fruits. Lorsque les Be-
thencours , a ventorierâ français , firent an seizième siècle la conquête des îles Fortunées , le dragonnier d'Qrotava , aussi sacré ponr les naturels des îles que l'olivier de la citadelle d'Athènes on que Forme d'Ephèse , était d'une dimension aussi colossale qu'aujourd'hui. Dans la zone torride, une forêt de coesalpinia et d'hymenea est peutêtre un monument d'un millier d'années.
Si l'on embrasse d'un regard les différentes espèces de plantes , qui sont déjà ^'
connues, et dont le nombre est évalué par De CandoUe à plus de 56,ooo , on r|eoon**
naît y dans cette quantité prodigieuse, un petit nombre de formes principales , auxquelles on peut ramener toutes les autres. Pour déterminer ces formes , dont la beauté individuelle ^^ l'isolement ou le rassemblement en groupes constitue la phy-
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sionomie de la régétation d'ane contrée, il ne faut pas suivre la marche des système^ de botani^e où , par d'antres moti& , on ne considère que les plus petites parties des fleurs et des fruits ; il faut au contraire envisager uniquement ce qui , par ses niasses, imprime un caractère particulier à la physionomie d'une contrée. Parmi ces formes principales des v^étaux , il en est qui^peuvent se rattacher aux familles des systèmes naturels , où par exemple , les bananiers et les palmiers sont aussi placés isolément. Mais le botaniste systématique divise un grand nombre de groupes que le botaniste physionomiste se voit obligé de réunir. Aux yeux de celui-ci , quand les végétaux se présentent en masses , les contours et la disposition partielle des feuilles, la forme des troncs et des branches se fondent ensemble. Ainsi le
peintre , et c'est surtout ici que la dédsion appartient au sentin^ent délicat et naturel de l'artiste ; le peintre saura sur le plan moyen et dans le fonds d'un paysage , distinguer des hêtres, les sapins et les palmiers; mais il ne pourra (différencier les ormes des autres arbres analogues.
Seize différentes formes de végétaux déterminent principalement la physionomie de la nature. Je ne fais mention que de celles que j'ai observées dans mes voyages dans les deux hémisphères et en examinant avec attjpntion pendant bien des années les végétaux des régions comprises entre le cinquante-cinquième parallèle boréal y et le douzième parallèle austral. Certainement le nombre #e ces formes s'accroîtra considérablement lorsque l'on aura pénétré plus avant dans l'intérieur des
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continents , et qu'on y aara découvert de nottTeaux genres de plante». Les végétaux de la partie si^-estde l'Asie y de l'intérieur de l'Afrique, de la Nouyelle-Hollande, de l'Amérique du sud, depuis le fleuve des Amazones jusqu'aux montagnes de Chiquitos , nous sont entièrement inconnus. Ne pourrait-on pas découvrir un pays où les champignons ligneux, par exemple les clavaria ou bien les mousses , fiNnoeraient les arbres ? Le nekera den* droïdes, eqpèce de mousse européenne, est réellement ariiorescente ; et les fou* gères de la aone torride, souvent plus tievées que nos tilleuls et nos aulnes , offinent encore aujourd'hui à l'Européen un aspoct aussi surprenant que le paraîtrait celui d'une forêt èî hautes mousses à quiconque la verrait pour la première fois. La grandeur et le dévelq)pement de» or-
DES VÉGÉTAUX. 3i
ganes dépendent d'un climat qui les faro-^ rise. La forme étroite et élancée de noi8 léiKuxls s'étend dan$ le sud jusqu'à celle de ces terribles crocodiles dont le corps est colossal et cuirassé. Dans le tigre, le lion, le jaguar et autres grandes espèces du même genre, vivant en Afrique et en Amérique, on trouve répétée la forme du chat , l'un de nos animaux domeatiqQes les plus petits. Si nous pénétrons dans l'intérieur de la terre, si nous fooillons les tombeanx des plantes et des aramanx, les pétrificatîoiis me Bom anaonoent'pas sMlemen* une distribation des formes , qui se tnm ve en contradiddoo avec celtes des climats êctaek ; diles nous montrent aussi descoofigurationB gigantesques , qui ne oontDastent pas moins avec ks petites dimensions dont nous sonunes entourés aujourdlmi , que l'hénoïsme simple des
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^ Grec3 aTec le caractère de grandeur des temps modernes. La température de notre planète a-1r-elle subi des changemens considérables, et qui reviendront périodiquement? La proportion entre la mer et la hauteur de l'océan aérien , aussi bien que sa pression y *^ n'ont-elles pas toujours été les mêmes? Dans cette hypothèse, la phy* sionomie de la nature , la dimension et la forme des cn^;anes ont dd être soumises à de nombreuses modifications. Dans l'impuissance de peindre complètement cette physionomie des états aiiccessi£s de notre planète vieillissante , d'après ses traits actueb, je nehasarderai de tracer que les caractères qui conviennent principalement à chaque groupe de végétaux. Quelque riche et souple que puisse être une langue, c'est une entreprise difficile de retracer avec des mots ce qui n'appartient qu'à l'art imi-
tatif du peintre. Puissé-je aussi éviter la fatigue que doit produire inévitablement sur le lecteur l'énumération répétée de chaque forme partielfe.
Nous commencerons par les palmiers ^^ : eûtre tous les végétaux , ils ont la forme la plus élevée et la plus noble ; c'est à elle que les peuples ont adjugé le pris de la beauté ; c'est au milieu de la légion des palmes de TAsie , ou dans les contrées les plus voisines , que s'est opérée la première civilisation des hommes. Leurs tiges , hautes, élancées, annelées, quelquefois garnies de piquans , sont terminées par un feuillage luisant , tantôt pinné , tantôt disposé en éventail. Les feuilles sont fréquemment frisées comme celles de quelques graminées. Le tronc lisse atteint souvent une hauteur de cent quatre-vingts IL 3
pieds* La grandeur et la beauté des palmiers diminuent à mesure qu'ils s'élmgnent de Téquateur pour se rapprocher des zones tempérées. L'Europe, parmi ses végétaux indigènes , n'en a qu'un seul qui rejNE^ésente cette forme ; c'est un pal* mier habitant des cfttes , de stature naine j le palmite ( chamœrops humiUs ), qui crc^t en Espagne et en Italie , et qu'on trouve jusqu'au quarante- quatrième pa* rallèle bcnnéaL Le véritable climat des palmiers 9 est celui dont la température moyenne annuelle, se soutient entre 19 et ^ degrés. Mais le datti» qu'on nous a apporté d'Aûique et dont la beauté est moindre que celle delà plupart des genres de ce groupe y croît encore dans des contrées de l'Europe méridionale ^ où la dba* Leur moyenne est de i3 à 14 degrés. Des troncs de palmier et des squelettes d'été-
DES TiGXTAUX. 35
phans^ sont ensevelis dans les entrailles de la terre, di^ns le bord de l'Europe ; la position oà on les trouve , rend aases Trai-* semblable qu'ils n]pntpas été entraînés par les Gourans , depuis les tropiques jusqu'au septentrion; mais que dans les grandes révolutions de notre planète ^ les cUmats 9 ainsi que la physionomie qu'ils rlnym^t à la nature ^ ont subi de nombreuses modifi-* cations.
Dans toutes les parties du monde, la forme des palmiers est accompagnée de celle des bananiers; les scitaminées des botanisfees (Vhelioania , Vamomum, le êtt»litxia ) ; leur tigie , plus basse, mais plus succulente, est presque berbacée et eonroonée ée feuilles d'une mutexture mince et làciie, avec des nervures délicates et luisantes comme ^ \t soie. Les bosquets
de bananiers aont la parure des cantons humides. Cest dans leurs fruits que repose la subsistance de tous les habitans de la 2one torride ; de mémç que les céréales farineuses du nord , les bananiers ont suivi l'homme dès l'enfance de sa civilisation '^. Les fables de l'Asie placent la demeure primitive de ce végétal nourrissant des régions équinoxiales sur les bords de l'Euphrate , ou au pied des monts Himalaya dans llnde. Les fables grecques nomment les campagnes d'Enha comme la patrie fortunée des céréales. Si les champs vastes et monotones que couvrent les céréales répandues par la culture dans les parties ^ptentrionales de la terre , embellissent peu l'aspect de la nature, l'habitant des tropiques, au contraire, en s'établissant, multiplie, par les plantations de bananiers^ une des formes de
végétaux les plus nobles et les plus magnifiques.
La forme des malvacées ' ^ , telles que les sterculia, les hiàiscuSj les lavatera et les ochroma, présente des troncs assez courts , mais d'une grosseur monstrueuse : des feqilles lanugineuses, grandes, cor-* diformes, souvent découpées; des fleurs superbes, et assez généralement d'un rouge pourpré. C'est à ce groupe de végétaux qu'appartient le baobab ou pain de . singe ( adansonia digitata ) , dont le tronc a douze pieds de haut et trente pieds de diamètre , et qui est probablement le plus grand et le plus ancien des monumens organiques de notre planète. Dès l'Italie , la forme des grandes malvacées commence
* à donner à la végétation un caractère propre aux montrées méridionales.
38 PMYSIOMOlIflB
Notre aone tempérée est entièrement privée, dans Fancien continent, de ces feuilles si délicatement pinnées, aux* quelles on reconnaît la forme des mir mosa*^j tels soitf le glediUia , Xeporleria , le tamarin. Cette belle forme ne manque pas aux Etats-Unis d^Amérique, où, à une latitude semblable , la végétation est plus variée et plus vigoureuse qu'en Eu-, rope. Le déploiement des rameaux en parasol, pareil à celui du pin pignon d'Italie, est assez général dans les mimosa. Le bleu fioQfié du ciel de la zone torride , qu'onaperçoit à travers leur feuillage délicatement pinné , eM d'un effet extrêmement pittoresque.
Un groupe de végétaux qui appartient presque entièrement à l'Afrique , est celui des éricées *^ ou bruyères , auquel se Lient
DÉS YÉGiTAUX. 3q
Xes passerina^ Xesandromeda^ l^gnidium^ le diosma^ le stoâvia et les épacridées ; il a quelque ressemblance avec les arbres résineux, àfeuillesacéreuses, etcontraj(te avec eux d'autant plus agréablement par Fabondance de ses fleurs en grelot. Les bruyères arborescentes atteignent , ainsi que d'au-^ très végétaux africains , les rives du bas*sin de la mer Méditerranée. Elles parent l'Italie et lès buissons de cistes de l'Espa-gne méridionale. Cest dans les îles d'Afrique , sur la pente du pic de Teyde que je les ai vues croître avec le plus de force. Dans les contrées voisines de la mer Bal* tique et plus au nord , cette famille est redoutée comme annonçant l'aridité et la stérilité. Les éricées de ces pays> la bruyère ordinaire et la bruyère^tralix , sont des plantes vivant en société. Depuis des siècles tes peuples agriculteurs com-
battent avec peu de succès contre la mar* che progressive de leurs phalanges. Il est assez singulier que le genre qui a donné son nom à cette forme , ne se trouve que sur un des côtés de notre planète* . Parmi les trois cents espèces de bruyère, connues jusqu'à présent y on n'eg rencontre pas une seule dans le nouveau continent , depuis la Pennsylvanie et le Labrador jusqu'à Noutka et Alachka.
La forme des cactus'''^, au contraire, se montre presque exclusivement en Amérique. Elle est tantôt sphérique, tantôt articulée; tantôt elle s'élève comme des tuyaux d'orgues, en longues colonnes cannelées. Ce groupe forme , par son extérieur , Je contraste le plus frappant avec celui des liliacées et des bananiers. Il fait partie des plantes que M, Bernardin de
Saint-Pierre a si .heureusement nommées les sources végétales des déserts. Dans les plaines dénuées d'eau de l'Amérique du sud^ les animaux tourmentés par la soif, cherchent le melocactus , végétal sphérique à moitié caché dans le sable , enveloppé de piquans redoutables , et dont l'intérieur abonde en sucs rafraichissans* Les tiges de cactus en colonnes parviennent jusqu'à trente pieds de hauteur et forment des espèces de candélabres; leur physionomie a une ressemblance firaippante avec celle de quelques euphorbes d'Afinque.
oasis dispersées dans le désert privé de végétation , les orchidées , sous la zone torride "" ' animent les fentes des rochers les plus sauvages , et les troncs des arbres noircis par l'excès de la chaleur. La forme
4a PHYSIONOMIE
des vanilles se fait remarquer par des feuilles d'un vert clair , remplies de suc , et par des fleurs de couleurs bariolées et d'une structure singulière. Ces fleurs res^ semblent à un infecte ailé, ou à cet oiseau si petit qu'attire le parfum des nectaires. La vie d'un peintre ne suflEuiuit pas pour retracer toutes ces orchidées magnifiques qui ornent les vallées profondément sillonnées des Andes du Pérou.
Les casuarinées*" qu'on ne trouve que dans les Indes orientales et les îles du grand Océan , sont dénuées de feuilles , comme la plupart des cactus : ce sont des arbres dont les branches sont articulées comme celles des prêles. Cependant on trouve dans d'autres parties du monde des traces de ce type , plus singulier qu'il n'est beau. Uequiseiumaltissimumde Plumier >
Vephedra dn nord de TAfriqQe , le colletia du Pétou y et le calligonum pallasia de Sibérie , approchent beaucoup de la forme des dCmarinées.
Cest dans les bananiers que le parenchyme est le plus prolongé ; c'est au contraire dans les casuarinées et les arbres résineux *' qu'il est le plus rétréci. Les pins, les thuya, les cyprès appartiennent à nïtè forme septentrionale qui est peu commune dans la zone torride. Leur verdure continuelle et toujours fraîche , égaie les paysages attristés par Fhiver , et an* nonce' en même temps ajix peuples voisins des pôles que , lors même que la neige et les frimas couvrent la terre , la vie intérieure des plantes , semblable au feu de Prométhée, ne s^éteint jamais sur notre planète^
4i PHYSIONOMIE
Les mousses et les lichens dans nos climats , les aroïdes sous les tropiques ^^ sont parasites , aussi bien que les orchidées , et revêtissent les troncs des arbres vieillissans. Ils ont des tiges charnues et herbacées, des feuilles sagittées, digitées ou alongées , mais toujours avec des veines très grosses ; les fleurs sont renfwmées dans des spathes. Les principaux genres sont, \e pathos, le dracontium, Varum.
Ce dernier manque dans le nord ; mais en
Espagne et en Italie, sa présence, celle
des tussilages pleins de suc , des chardons presque arborescens et des acanthes , indiquent la force de la végétation du raidi.
A cette forme des arum se joint celle des lianes *^ ; toutes deux d'une vigueur remarquable dans les contrées les plus chaudes de l'Amérique méridionale. Telles
sont les paullinia , les banistemt et les bin gnonUt. Notre houblon sarmenteax et nos vignes peuvent nous donner une idée de l'élégance dés formes de ces groupes. Sur les bords de FQrénoque , les branches sans feuilles des bauhinia, ont souvent quarante pieds dé long. Quel([uefois elles tombent perpendiculairement de la c^ne élevée des acajous {swieterday^ quelquefois elles sont tendues en diagonale d'un arbre' à l'autre comme les cordages d'un navire. Les chats-tigres y grimpent et y descendent avec une adresse admirable.
La forme roide des aloès *^ bleuâtres , contraste avec la forme souple des lianes sarmenteuses d'un vert frais et léger.
Leurs tiges /quand ils en ont, sont la plupart sans divisions , à nœuds rapprochés , tordues sur elles-mêmes , comme des ser-
46 PITSIOUOBIIB
pens, et couronnées à leur sommet de feuilles succulentes, charnues, tenninées psr une Iradgue pointe, et disjposéea en rayons serrés. Les aloès à tige hante ne forment pas^ des groupes comme les yégé* taux qui aiment à vivre en sol^iété. Us croissent isolés dans des plaines aiides , et dopnent par Uiaux régions équînoxiales un caractère particulier de mélancolie, j'oserais presque dire ,
Une roideur et une immobilité triste , caractérisent la forme des aloès ; une légèreté riante et une soitplesse mobile , distinguent les graminées ^^ , et en particulier la physionomie de celles qui sont arborescentes. Les bosquets de bambous ferment, dans les deux Indes, êes allées ombragées* La tige lisse, souvent re* courbée et flottante , des graminées des
DBS VÉGiTAUX. 4?
tropiques , surpasse en hauteur celle de nos aidnes et de nos chênes. Dès lltalie , cette forme commence dans Varundo dojioxk s'éleTcr de terre , et à déterminer le caradtee naturel du pays , par sa taille et sa Boasse.
* La ferme des fougères ^ ne s^ennoUit pas moins que cette des graminées , dans kscontrées chaudes de la terre; les fougères arborescentes, souvent hautes de trente*cinq pieds., ressemblent k àts palmiers , mais leur tronc est moins élancé , plus racoourei et très raboteux. Leur iSsuillage , plus délicat , ' June contexture plus lâche, est transparent , et légèrement dentelé sur les bords. Ces fougères gig^B-* tesqoes sont presque éxclusÎTement indî-* gènes de la zone tonide ; mais elles y pféfèrent à l'extrême dialeur un climat
moins ardent. L'abaissement de la température étant nne conséquence de Péléva* tion dn sol , on peut considérer comme le séjour principal de cette forme les mon* tag^es élevées de a,ooo à 3,ooo pieds au-dessus du niveau de la mer. Les fou-
gères à hautes tiges accompagnent dans l'Amérique méridionale l'arbre bienfaisant dont l'écorce guérit la fièvre. La présence de ces deux végétaux indique l'heureuse région où règne continuellement la douceur du prin|emps.
Je ne puis passer sous silence la forme des liliacées *^ Vùmaryllis ^ Vixia^ ï^gla^ diolus^ le paneratium qui ont des feuilles comme celles des roseaux , et de si belles fleurs 1 Le pays où elle se déploie principalement , est le sud de l'Afrique ; je citerai la forme des saules '* qui se trouve
DBS TÉGÉTAUX. 4$
indigène dans toutes, les parties du monde, et qnand ces végétaux manquent , on la retrouve dans les mimosa de la Nouvelle* Hollande à feuilles simples, et dans quelques protées du Cap. On peut encore nom* mer les myrtées '* auxquelles se joignent les metrosideros , les eucalyptus, et les escalonia ; enfin les melastomées '^ et les laurinées"'.
Ce serait une entreprise digne d'un grand artiste, d'étudier le caractère de tous ces différens groupes de végétaux, sous la zone torride même , et non dans les serres chaude s , ou dans les descriptions des botanistes.
Qu'il serait intéressant et instructif pour le peintre de paysages, l'ouvrage qui représenterait les seize formes princi- II. 4
5o PHVSIOHOHIB
pales de vé^taux, d'abord isolée», puis en contraste les nnç« arec les antres. Qooi de plna pittoresqne que les fongères arborescentes, qni, an Mexique, éteadeot leurs feuilles d'tin tisso léger , an-dessus des chênes à feuille de laurier? Quoi de plus charmant qu*nn massif de banaaiers ombragé par àea bambous? Cest à l*artiste qu'il appartient d'anatomiser' ces groupes eux-mêmes; sous sa main, le grand tableau de la nature se décompaBera en qvelqnes traits simples; comme dans les écrits des hommes tous les mots se résolvent en un petit nombre de caractères simples.
Cest sous lei ;
In «me torri i formes les plus
De même ipie dans les frimas du nord
DES VÉGÉTAUX. Si
l'écwce des arbres est couverte de lichens et de monsses , de même entre les tropi^ qnes le cymbidium et la vanille odorante animent le tronc de Vanacardium et du figuier gigantesqae. La verdure fraîche des feuilles du pothos contraste avec les fleurs des orchidées , si variées en couleurs. Les bauJUnia et les greaadilles grimpantes • les banisteiia aux fleurs d'un jaune doré , enlacent le tronc des arhres des forêts* Des fleurs délicates naissent des racines dn theobroma^ ainsi que de l'écoroe épaisse et rude du calébassier et du gu9^ tailla "^. Au milieu de cette abondance de fleurs et de fruits , au milieu de cette végétation d riche et de cette confusion de plaiïtes grimpantes , le nâteralirte a souvent de b peine à reconnaître à quelle tige appartiennent les feuilles et les fleurs* Un seul arbre orné de pauUinia y de bign&nia
5a PHYSIONOMIE
et de dendrobium, forme un groupe de végétaux, qui, séparés les uns des autres > couvriraient un espace considérable '*.
Dans la zone torride les plantes sont plus abondantes en sucs , d'une verdure plus fratche, et parées de feuilles plus grandes et plus brillantes que dans les climats du nord. Les végétaux qui vivent en société et qui rendent si monotone l'aspect des campagnes de l'Europe , manquent presque entièrement dans les régions équatoriales. Des arbres deux fois aussi élevés que nos chênes , s'y parent de fleurs aussi grandes et aussi belles que nos lys. Sur les bords ombragés du Rio Magdalèna , dans l'Amérique méridionale , croît une aristoloche grimpante dont les fleurs ont quatre pieds de circonférence-
DES viGÉTAUX. 53
Les eufans s'amusent à s'en couvrir la tête. Dans le grand archipel de l'Asie méridionale , la fleur du Rafflesia a près de trois pieds de diamètre et pèse quatorze livres '•.
La hauteur prodigieuse à laquelle s'élè-* vent sous les tropiques , non-seulement des montagnes isolées, mais même des contrées entières y et la température froide de cette élévation, procurent aux habitans de la zone torride un coup d'œil extraordinaire. Indépendamment des groupes de palK miers et de bananiers , ils ont aussi autour d'eux des formes de végétaux qui semblent n'appartenir qu'aux régions du nord. Des cyprès, des sapins et des chênes, des épi«nes-vinettes et des Ailnes qui se rapprochent beaucoup des nôtres, couvrent les cantons montueux du sud du Mexique,
ainsi qae la chaîne des Andes sous Téquatenr. Dans ces régions, la nature permet à l'homme de voir , sans quitter le sol natal , toutes les fonnes de v%6taux répandues sur la surface de la terre; et la voûte du ciel qui se déploie d'un pôle à l'autre "', ne lui cache aucun âta mondes reqdlendissans.
Ces jouissances naturelles et une infinité d'autres I manquent aux peuples du nord» Phnneurs constellations et plusieurs formes Jie végétaux , surtoM; les plus belles , celles des palmiars et des bananiers , les graminées arborescentes et les mimosa dont le feuillage est si fio^ement découpé , leur restent inoonnues pour toujours. Les individus languissans que ftnferment nos serras chaudes , ne peuvent donner qu'une £aiUe image de la majesté de la végétation de la
zone torride. Mais le perfectionnement de nos langues, la verve brûlante des poètes , et Fart imitateur des peintres nous ouvrent une source abondante de dédommagemens. Notre imagination y puise les images vivantes d'une nature exotique.
Sous le climat rigoureux du nord , au milieu de la bruyère déserte , l'homme solitaire peut s'approprier ce que l'on a découvert dans les régions les plus éloignées , et se créer ainsi dans son intérieur un monde, qui , ouvrage de son génie , est comme lui , libre et impérissable.
ÉCLAIRCISSEMENS
KT
ADDITIONS
ÉCLAIRCISSEMENS
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ADDITIONS
> Sur le Ghimboraso , près de deaz Fois plus élevé que
i*£tiia,p.4«
LoRSQOK les tempêtes Tieiinent dç la twve, on nmco^e «ur mer, à d. glande, distances des o&tes, de p^ts oiseaux et même des papillons, comme j'ai eu plusieurs fois l'occasion de l'observer sur le gri^nd Océan. C'est de même contre leqr gré >qne les insectes arxirent à iS^ooo «au iS^ooo
6o PHYSIONOMIE
pieds au-dessus des plaines , dans la région la plus élevée de l'air. L'enveloppe échauffée de la terre occasione un courant perpendiculaire, par lequel les corps légers sont poussés en haut. M. Boussingault , excellent chimiste , qui en qualité de professeur à l'école des mines , récemment fondée à Santa Fé de Bogota , a gravi sur les montagnes de gneiss de Caracas, a été, ainsi que son compagnon don Marieno de Rivero , témoin dans son voyage au sommet de la Silla , d'un phénomène qui confirme d'une manière remarquable l'exis-' teuced'un courant perpendiculaire de l'air; il vit à midi des corps blanchâtres et luisans , qui de la vallée de Caracas s'élevèrent jusqu'au sommet de la Silla , haut de 5,4oo pieds , puis s'abaissèrent le long de ses flancs près de la côte maritime. Ce jeu dura sans interruption pendant une heure-^
DES VÉGÉTAUX. 6l
Les deux obserrateurs crurent d'abord que les objets qu'ils apercevaient étaient des troupes de petits oiseaux ; ils se trompaient, ils reconnurent bientôt que c'étaient des petites balles de brins de paille qui s'étaient réunis. M. Botossingault m'a envoyé quelques-uns de ces brins de paille, que M. Kunth a jugé appartenir à une espèce de i^Usa , genre de graminée qui se rencontre très fréquemment arec l'agrostis dans les provinces de Caracas et Cumana. Saussure trouva des papillons sur le Mont-Blanc. Ramond en aperçut dans les solitudes qui entourent la cime du Mont -Perdu. Le 33 juin 1803, jour où avec MM. Bonpland et Montufar , je parvins sur la pente orientale du CMmborazo à une hauteur de 3,016 toises , ou 5,879 mètres , hauteur à laquelle le baromètre descendit à treize
6a PHYSIONOMIE
poaces onze lignes deux dixièmes de ligne j nous Ttmes quelques, insectes ailés qui bourdonnaient autour de nous. Ifous reconitAmes . que c'étaient des diptères ressemblant à des mouches. Mais sut une arrête de rocher (cuchilla) qpi arait à peine six pouces de lai^ur, entre des amas escarpés de neige, il était impossible d^ttiuper ces insectes. L'élévation à laquelle nous les aperçûmes était à peu près celle où des rochers nus de trachyte , perçant des neiges étemelles , offraient à nos yeux la dernière trace de végétation , dans le lecidea geogmphica*. Ces insectes voltigeaient à envi* ron !i,85o toises de haut, o^est-à
* Le grand lichen des Alpes > ou lichen geographicus , n'est repliement (ju^ane variëlë du lecidea atro^virens d'Acharius.
DBS VÉGÉTAUX 63
à a,4oo piedfl au^leasus de la cime du Mont-Blanc. Un peu plus bas , à !i,6oo toises 9 par conséquent bien au-delà de la région des neiges , M. Bonpland avait vu des papillons jaunâtres voltiger terre à terré.
D'après mes mesures , la hauteur per^ pendiculaire du Chimbora^o est de 3,35o toises^. Ge résultat tient le milieu entre ceux qu'ont donnés les académiciens français et espagnols. Cette diversité n'a point a6n principe dans la di£Krence des métiiodeè employées pour apprécier l'effet de
la réfraction , mais bien dans le mode de réduction des bases mesurées an niveau de la mer.
* 'Recueil d'obeert/oHonê astronojhiques, T. I^tiitrMiuetiôo t p. liiij.
Dans les Andes , cette rédaction ne peat se £adre qne par le baronoiètre , par conséquent chaque mesure trigonométrique en est en même temps une barométrique , dont le résultat est différent , d'après le terme primitif des formules employées.
Dans les chaînes de montagnes d'une di-t mension énorme , on n'obtient que de très petits angles de hauteur , quand on veut déterminer trigonométriquement la plus grande partie de toute la hauteur, et qu'on établit la mesure sur un point bas et éloi« gué , soit dans la plaine ou au niveau de la mer. Dans les montagnes élevées, il n'est pas seulement difficile de trouver une base conunode , mais la partie de la hauteur à déterminer barométriquement croit à chaque pas que l'on fait en s'appio« chant de la montagne. Cest de pareils obstacles que doit surmonter le voyageur^
qui, dans les plaines élevées, dont le sommet des Andes est entouré , choisit le point où il doit faire ses opérations géodésiqpies. Je mesurai le Ghimborazo dans la plaine de Tapia couverte de pierres pouces. Elle est à l'ouest du Rio-Ghambo, et son élévation déterminée par le baromètre est de 1,4^3 toises. Les Uanos de Luisa et surtout la plaine de Sisgun, élevée de 1,900 toises, donneraient de plus grands angles de hauteur. J'avais tout disposé dans oette dernière pour prendre les mesures , lorsque la cime du Ghimborazo se voila d'un nuage épais.
Le savant qui fait des recherches sur les langues verra peut-être avec plaisir quelques conjectures sur l'étymologie du nom de ce Ghimborazo si célèbre. Le corregi-
66 PHTSIONOMIE
ménto, oa district où se trouve le Giiniboraso , s'appelle Qiimbo. La Condamine ^ dériire Ghinabo de Chimpam^ traverser une rivière. Suivant lui , Ghimbo-Kago signifie la neige de Vautre bord , parce qu'au village de Ghimbo , en vue de l'énotme montagne couverte de neiges , on passe un ruisseau. Plusieurs naturels de la province de Quito m'ont assuré que Ghimborazo signifiait simplement la neige de Ghimbo. On trouve la même terminaison dans Carguai-Bazo. Mais Razo paraît être un mot de dialecte provincial. Le jésuite Holguin , dont je possède l'excellent dictionnaire de la lengua Qquickua 6 lengua gênerai del Peru^ imprimé à Lima , ne connaît nullement le mot razo. Le véritable nom de la neige est rUti.
* Voyage à l'JS^uaUur , p. i84.
Peut-être razo on tdMo, a-t-il qaelque anàlo^e Avec cdèsô glace , ^e l'on rètTonve dans le nom d'nii lieu appelé Cas-samarca , limite de la glace ^ : rttcou dé-
égné nn objet trèd graind èft tt&a fcftt ; dans la langue ynca moderne , o et oz/ dontpeiv pétnellement confondus. Au reste , ^elle que puisse être l'étymologie de Qiimborazo , il faudrait , dans tous les cas , écrire Chimporazo , car , comme on le sait , les Péruviens ne connaissent pas la lettré è. Mais le nom de cette montagne gigantesqae n'avait peut-^tre rien de commun avec la langue ynca , et tirait son origine de l'antiquité la plus reculée. En effet , la langue ynca où quichua n'avait été introduite dans le royaume de Quito que peu
* Garcilasso Historia gênerai del PerUy 1722 T. II , p. 43.
de temps avant rinvasion dos Espagnols 3 la langue dominante auparavant était le ponrouay , aujourd'hui entièrement éteint. D'autres noms de montagne , tels que Pichincha , llinissa et Gotopaxi , n'ont aucune signification dans la langue ynca , et sont par conséquent plus anciens que le culte du soleil et la langue de cour introduitâ par les dominateurs deCuzco.
Dans tous les pays du monde les noms de montagnes et de rivières appartiennent aux monumens les plus anciens et les plus certains des langues. Mon frère , GuiU laume de Humboldt ^ a , dans ses recherches sur l'ancienne étendue despeupleslbériques, fait un usage heureux de ces noms.
Quand je revins d'Amérique en Europe, les sommets de l'Himalaya n'avaient été
encore mesurés que très imparfaitement.
Depuis cette époque , le Ghimborazo a perdu le premier rang qu'il tenait alors parmi les montagnes.
Des mesures exactes exécutées par des voyageurs anglais ont fait T^ôir que le Djevaliir ou Sourkandra a 4^026 toises de hauteur , et le Dhevalaghiri (Mont-Blanc) 4,390. Le Djevahir ( 3o* 22' , 19' lat. , 79"* 57' long, à Test de Greenwich ) a été mesuré par Webb , Hodgson et Herbert. Ije Dhevalaghiri (3o' 40' lat. , 82* 40^ long, à l'est de Greenwich ) Fa été par Webb et Blake , par une méthode moins rigoureuse , mais qui cependant inspire beaucoup de confiance *.
* Asiatick Researches , T. XIV, p. 5ii
Si l'Qfi compare entr^ eux les (Hua haute ^lot^nefs ^es Pyrénéen, dea Alpes^ éei^ Andes et de ^'Himal^y^, pa trouve que la dififérence 4^ hauteur est de 563 , 900 et 1040 toises. En plaçant le co| du Saint*Gotbard , ou le passage du mont Cem's^ sur la cime 4u Chimborazo^ on obtient l'élévation qu'aujourd'hui on attribue généralement an Dhevalag^ri dans l'Himi^laya.
Le geognoste , qui s'élèye à de hautes considérations sur l'jiftéxxeur du glpbe ^ regarde l^s c^tes de roçh^n», que nous appelons d|es montagnes , comme un phi^noméne si chétif et si petit , qu'il ne sera pa4 surpris si un jour on découvre entre l'Himalaya et l'Altaï d'autres cimes de montagnes, qui surpasseront, autant en élévation le Dhevalaghiri et le Djeva-
DBS VEGETAUX. 7I
hir, q«e cem-ci «orpasaml le
razo *.
La grande hauteur à laquelle la t(h flexion de la ohaleur des plaines^ des montagnes de VAsie intérietiré élève en été y les limites des neiges snr la pente septentrionale de l'Himalaya, fait ^oe malgré la latitiide de ces contrées^ qui est entre 39* et Zo"" degrés y les montagnes y sont aussi accessibles que les Andes da Pérou dans la région éqoinoxiale. Récemment le capitaine Gérard £^est élevé sur le Tatohigang aussi haut y et peut-être à iid pieds anglais plus haut que je ne suis allé sur le Gfaimhorazo , ainsi qu'on
* Voyez mes F'iies des cordiUèrea et monumens des peuples indigènes dé l'Amérique , Tout. Il , p. 276.
le prétend dans le lirre intitulé Critical ResearcheSy ou Philology and Geogra-
phia , i8a4 (V" ^44)* Malheorenseiiient , ainsi que je l'ai expoaé ailleurs dans le plus grand détail , ces voyages dans les montagnes au-delà de la limite des neiges perpétuelles, quoiqpi'ils aient beaucoup d'attraits pour la curiosité publique, n'ont qu'une bien faible utilité pour les sciences.
* Le condor , re gé^nt des vautoun, p. 5.
J'ai donilé ailleurs l'histoire naturelle duG>ndourou Condor {Vultur gryphus).
Voyez mon Recueil (Pobsenfations de zoologie et danatomie comparée , p. 6a.
Après le condor, le lœmmergeier de la Suisse et \o falco desiructor de Daudio,
probablement le même qae \t falco Jtarpya de Linné , sont les plus gros oiseaux Yolans.
La région que l'on peut regarder comme le séjour habituel de cet oiseau , commence à une hauteur égale à celle de l'Etna, et comprend des couches d'air élevées de 1,600 à 3, 000 toises audessus du niveau de la mer. Les plus grands individus que l'on trouve dans la chaîne des Andes de Quito , ont quatorze pieds d'envergure , et les plus petits huit pieds seulement. D'après *ces dimensions , et d'après l'angle visuel sous lequel cet oiseau paraissait quelquefois perpendiculairement au-dessus de nos têtes , on peut juger à quelle hauteur prodigieuse il s'é- .lève quand le ciel est serein. Vu, par exemple , sous un angle visuel de quatre
74 PHTSIOCrOMlB
miniites, il devait être à an éloigne^ ment perpendiculaire de I9I46 toises.
La caverne (machay) d'Antisana, m\mke vis à vis la montagne de Ghassalongo, et de laquelle nous mefurames l'oiseau planant, est élevée de t^y^gi toises audessus du niveau du grai^d Océan. Ainsi ]a^ hauteur absoluç que le condor atteignait , était de 3,639 toises ; là , le baromètre se soutient à peine à douae ppuces. Cest un phénop^ène physiologique asseez remarquaMe^ que qe même ciseau qui, peudapt des heures entières, vole en* tournant dains 4ea régions 9Ù l'air est si raréfié, Rabatte tout d'un coup jusqu'au bord de kt mer , cpmme le long de la pente oAcîden* taie du volcan de Pichincha, et ainsi en peu d'instans parcourre en q[aekpie sorte tous les climats. A une hauteur
DES VÉGÉTAUX. jS
de 3,600 toiaes, les aacs aériens et mem* braneus du coudor qui se sont remplis dalis les régions plus l>as8es , dcârent s'enfler d'une manière extraordinaire.
11 y a soixante ans qu'Ulloa exprima son étonnement de ce que le rantour des Andes pouvait voler à une hauteur où la pression de l'air n'était que de 14 pouces *. On croyait alors, d'après l'analogie des ej^périences faites avec la machine pneumatique, qu'aucun animal ne pouvait vivre dans un milieu si' rare. J'ai vu, comme je l'ai dit , le baromètre descendre sur le dûmborazo à i3 pouces 11 lignes a dixi^es. Mon ami , M. Gay-Lussac , a respiié pendant un quart-d'heure dans un air dont la pression n'était que de 0^,3388,
^ Observations cutrononUques faites par ordre du roi d'Espagne ^ p. 109.
A de si grandes hauteurs, l'homme se trouve en général dans un état asthénique très pénible. Au contraire , chez le condor l'acte de la respiration parait se faire avec une égale aisance , dans des milieux où la pression diflPére de 1 3 à a8 pouces. De tous les êtres vivans , c'est sans doute celui qui peut à son gré s'éloigner le plus de la superficie de la terre. Je dis à son gré, parce que
de petits insectes sont emportés encore plus haut par des courans ascendans. Probablement l'élévation que le condor atteint , est plus considérable que celle que nous avons trouvée par le calcul cité. Je me souviens que sur le G>topaxi, dans la plaine de Suniguaicu, couverte de pierres ponces et élevée de 2,a63 toises au-dessus du niveau de la mer, j'ai aperçu ce volatile à une hauteur telle , qu'il ne paraissait que comme un point noir. Quel est le plus
petit angle * sous lequel on distingue des objets éclairés faiblement? L'affaiblissement des rayons de la lumière , par leur passage à travers les couches de l'air , à une grande influence sur le minimum de cet angle. La transparence de l'air des montagnes est ai considérable sous l'équateur , que dans la province de Quito , comme je l'ai montré ailleurs ^^, le poncho ou manteau blanc d'une personne à che-
* Il est probablement d'une minute. En 1806 , on vit à Berlin , avec l'œil nu , un ballon aérostatique qui avait 4 toises de diamètre , s'abattre k une distance de 6,700 toises. H ëtait alors sous un angle visuel de n^ 4^^ Mais on l'aurait encore distingue à une distance plus considérable , malgré la constitution de notre atmosphère septentrionale.
** Dans mon Mémoire sur la dimimUion de la chaleur, et sur la limite inférieure de la neige perpétuelle.
val se distingue à l'œil nu à une distance horizontale de 1 4^02 a toises, et par conséi]tient sous un angle de 1 3 secondés.
' Enchattie Iton cûrps gè moavuit en toarbilloiu , p. 6.
Fontana rapporte dans son excellent ouvrage sur le venin de la vipère, tome l*', page 62 j qu'il a réussi à animer de nonveau en deux heures , par le moyen d'une goutte d'eau , un rotifère desséché depuis deux ans, et qui était resté sans mouvement. Au sujet des effets de l'eau , voyez mes Essais sur l^ irritabilité des fibres nerveuses et musculaires ( en allemand ) , tom. II , p. 35o.
^ l^s insectes ailés, p. 6.
Jadis on attribuait presque uniquement au vent la fécondation des fleurs où les
sexes sont séparés. Kohlrenter et M. Spreugel ont prouvé , avec une sagacité étonnante , que les abeilles , les guêpes et un grand nombre de petits insectes ailés , jouaient le principal rôle dans cette opération. Je dis le rôle principal; car prétendre que la fécondation du germe ne peut absolument avoir lieu sans l'intermédiaire de ces petits animaux , ne me parait pas une assertion conforme au génie de la nature , ainsi que M. Wildenow l'a démontré d'une manière très détaillée *. Mais^ d'un antre côté y il faut observer que la dichogamie , les taches colorées des pétales qui indiquent les vaisseaux où le miel est contenu , et la féccmdation par le concours des insectes , sont trois circonstances presque inséparables.
* EUmens de Botanique (eo allemand), p. 4o5.
^ Brillcni connue des étoiles , p. 8.
La lueur de TOcéan est un des plus beaux phénomènes naturels , qui excitent Tétonnement, quoique pendant des mois entiers ou la voie renaître chaque nuit. La mer est phosphorescente sous toutes les zones j mais celui iqui n'a pas ëtë témoin de ce phénomène dans la zone torride , et surtout sur le grand Océan , ne peut se faire qu'une idée imparfaite de la majesté d'uBsi grand spectacle. Quand an vaisseau de guerre , poussé par un vent frais , fend les flots écumeux, et qu'on se tient près des haubans, on ne peut se rassasier du coup-d'œil que présente le choc des vagues. Chaque fois que dans le mouvement du roulis le flanc du vaisseau sort hors de l'eau, des flammes rougeâtres, sembla-
DES YteiTAUX. 8i
bles à des éclairs , paraiasent aortir de la quille et s'élancer vers la surface de la mer. Le Gentillet Forater père^^ expli^iaiont l'apparition de ces flaœmea. par le frottoniMt électrique de l'eau contre le corps du navire €|ui avançait. Maia d'après nos connaissances physiques actuelles ^ cette explication n'est pas admissible #
Il est peu de points d'histôine naturelle sur lesqueb on ait autant et aussi longtempe disputé que sur la lueur de l'eau de la mer. Ce que l'on en sait de plus précis , se réduit aux faits suivans : il y a phi* sieurs mollusques luisans qui, pendant leur vie , .répandent à leur gré une lu-
* Vcyagt aux Indes , T. I ^ p. 685-698. ^ Remarquer faites dans un Voyage autour 'du monde 9 1783 (en allemaiid) , p. 57.