SUPPLÉMENT
D’OBSERVATIONS HYPSOMÉTRIQUES.
Je dois à M. Pentland, donl les travaux scientifiques ont jeté tant de lumière sur les rapports géologiques et la géographie de la Bolivie, les déterminations topographiques suivantes qu’il m’a communiquées, depuis la publication de sa grande carte, dans une lettre datée de Paris (octobre 1848):
Nevado de Sorata
OU Ancohuma: Latitude
Longitude
Hauteur
sud.
de Greenwich.
en pieds anglais
Pic sud. 15° 51' 53"
Pic nord. 15° 49' 18"
Illimani:
Pic sud. 16° 38' 52"
Pic moyen. 16° 38' 26"
Pic nord. 16° 57' 50"
Ces nombres hypsométriques sont, à quelques pieds près (pour le pic sud de l’Illimani), ceux de la carte du lac de Titicaca. Réduit à la vieille mesure française, le sommet le plus élevé du Sorata est de dix neuf mille neuf cent soixante-quatorze pieds de Paris, ou ^rois mille trois cent vingt-neuf toises (21286 pieds anglais). Le sommet le plus élevé de l’Illimani est de dix-neuf mille huit cent quarante-trois pieds de Paris, ou trois mille trois
cent sept toises (21145 pieds anglais). Quant à cette dernière montagne, qui se montre dans toute sa majesté du côté de la Paz, 51. Pentland en avait déjà donné le plan dans le Journal of the Royal geographical Society, vol. V (1855), p. 77, cinq ans après la publication des premiers résultats de mensuration dons Y Annuaire du Bureau des longitudes (1850), p. 525, résultats que je me suis empressé de répandre en Allemagne (Voy. Hertha, journal de géographie et d’ethnographie, par Berghaus, t. XIII, 1829, p. 3-29). Le Nevado de Sorata, à l’est du village de Sorata ou Esquibel, se nomme, selon Pentland, dans l'idiome ymarra, Ancomuni, Itampu et Illhampu. Dans Illimani on retrouve illi, qui, en ymarra, signifie neige.
En admettant que, dans la chaîne orientale de la Bolivie, le Sorata et l’IUimani ont été estimés trop hauts (le premier de 3718, le dernier de 2073 pieds de Paris), on trouve cependant dans la chaîne occidentale de la Bolivie, d’après la carte de Titicaoa par Pentland (1848), quatre pics à l’est d’Arica, entre 18° T et 18° 25' de latitude, qui tous surpassent en hauteur le Chimborazo, qui a vingt et un mille quatre cent vingt-deux pieds anglais, ou vingt mille cent pieds de Paris. Ces quatre pics sont:
Pomarape, 21700 pieds angl., ou 20300 pieds de Paris. Gualateiri, 21900 , — 20004
Parinacota, 22030 — 20070 —
Sahama, 22350 — t 20971 —
J’ai publié dans les Annales des sciences naturelles, t. IV, 1825, p. 225-233, un travail sur le rapport variable qui existe, dans différentes chaînes de montagnes, entre la crête (hauteur moyenne des passages) et les cimes les plus élevées (points culminants). Berghaus a appliqué le principe de ce travail à la chaîne des Andes de la Bolivie. D’après la carte de Pentland, il trouve la hauteur moyenne des défilés à douze mille six cent soixantedouze pieds de Paris, dans la chaîne orientale, et à treize mille six cent deux pieds dans la chaîne occidentale. Les points culminants sont de dix-neuf mille neuf cent soixante-douze et de vingt mille neuf cent soixante-onze pieds de Paris. La hauteur de la crête est donc à celle du sommet, à l’est, = 1 : 1,57; à l’ouest, ~ 1 : 1,54. (Berghaus, Zeitschrift fur Erdkunde, t. IX, p. 522-520.) Ce rapport, qui mesure en quelque sorte la force de soulèvement, se rapproche beaucoup de celui dès Pyrénées, tandis qu’il s’éloigne de la configuration de nos Alpes: la hauteur moyenne de leur crête est beaucoup moindre, comparative-
ment à celle du mont Blanc. Pour les Pyrénées, le rapport cherché est = 4 : 1,43; pour les Alpes, = 1 : 2, 09.
. D’après Filz-Roy et Darwin, le volcan d’Aconcagua (32° 39' lat. sud), au nord-est de Valparaiso, dans le Chili, est de sept cent quatre-vingt-seize pieds deParis plus élevé que le Sahaina. Les officiers de l’expéditionde l’Aventure et du Beugle onl trouvé (en août 1833) la hauteur de l'Aconcagua entre vingt-trois mille et vingt-trois mille quatre cents pieds anglais. Si l'on estime l’Aconcagua à vingt-trois mille deux cents pieds anglais (21767 pieds de Paris), il sera de seize cent soixante-sept pieds de Paris plus élevé que le Chimborazo (Fitz-Roy, Voyages of the Jdvenlure and Beugle, 1839, vol. II, p. 481; Darwin, Journal of Researches, 1845, p. 233 et 291). D'après des évaluations plus récentes (MarySomerville, Phys, geograph., 1849, vol. II, p. 423), l’Aconcagua est de 22431 pieds de Paris.
Les systèmes de montagnes qui, au nord des parallèles de 30° et 31°, sont désignées sous les noms de montagnes Rocheuses et de Sierra-Nevada de la Californie, viennent d’ètre explorés tout à la fois sous les rapports astronomico-géographique, hypsométrique, géognostique et botanique, par Charles Frémont ( Geographical Memoirûpon Upper California, an illustration of his Map of Oregon and California, 1848), par le docteur Wislizenus ( Memoir of a tour to Northern Mexico connected with Col. Doniphan’s Expédition , in 1848), par le lieutenant Abert et Pcck ( Expédition on the Upper Arkansas, in 1845, et Examination of New-Mexico, in 1846 et 1847). Ces travaux excellents enrichissent considérablement nos connaissances sur ces montagnes. Hâtons-nous d’ajouter qu’il régne dans les ouvrages de ces hommes de l’Amérique septentrionale un esprit qui mérite d'étre signalé avec éloge. Le plateau remarquable situé entre les montagnes Rocheuses et la Sierra-Nevada de la Californie, ce grand bassin uui (great basin), de quatre à cinq mille pieds de hauteur (Comp. plus haut, p. 45), offre un système de rivières isolé, particulier, des sources d'eau chaude et des lacs salés. Aucune de ces rivières, telles que Bear-River, Carson- Iliver et Humboldt-River, ne trouve une issue vers la mer. Ce que, par induction, j’ai désigné, sur ma grande carte du Mexique dessinée en 1804, sous le nom de lac Timpanogos, est le Great sait lake de la carte de Frémont; il a quinze milles géographiques de longueur, du nord au sud, sur dix milles de large, et communique avec l'Ulah, lac d’eau douce plus élevé, où se jette, venant de l’est, la rivière Timpanogos ou Timpanaozou (lat.
40° 13 ). Si, sur ma carte, le lac Timpanogos n’esf pas placé assez à l’ouest et au nord, cela tient à ce qu’on n’avait alors aucune détermination astronomique de Santa-Fé du Nouveau Mexique. L’erreur s'élève, pour le bord occidental du lac, à près de cinquante minutes d’arc: cette différence de longitude absolue est moins surprenante, quand on se rappelle que ma carte itinéraire de Guanaxuato, n’a pu, dans une étendue de 1 3 degrés de latitude, avoir pour base que les indications de boussole de don Pedro de Rivera. (Humboldt, Essai politique sur la Nouvelle- Espagne, 1. 1, p. 127-136.) Ces indications donnèrent à M. Friesen, mon ingénieux collaborateur, mort si tôt, 107° 38', et à moi (selon d’autres combinaisons) 107° 13'. D’après des déterminations astronomiques réelles, la vraie longitude parait être 108° 22'. La position relative des couches de sel gemme dans l’argile rouge salée (in thick strata of réel clay), au sud-est du Grand lac salé (laLaguna de Timpanogos), près du fort actuel de Mormon et du lac Utah, est trèsexactement indiquée sur ma grande carte du Mexique. J’ose invoquer à cet égard le témoiguage très-récent d'un voyageur qui a fait, dans cette contrée, les premiers relèvements topographiques exacts. « The minerai or rock sait, of which specimen is placed in Congress Library, was found in tlie place marked by Humboldt in his map of New-Spain ( Northern half) as Uerived from the Journal of the missionary father Escalante, who attempted (1777) to penelrate the unknown country from Satita- Fe of New-Mexico io Monlerey of the Pacific océan. Southeast of the lake Timpanogos is the Chain of the fFha-Satch Mountains, and in this at the place where Humboldt has written. Montagnes de sel gemme, this minerai is found. (F rémont, Geogr. Mem. of Upper California, 1848, p. 8 et 67; Comp. Humboldt, Essai politique, t. Il, p. 261.)
Cette partie du plateau, particuliérement les alentours du lac Timpanogos, peut-être identique avec le lac Teguayo, siège primitif des Aztèques, présentent un grand intérêt historique. Ces Aztèques dans leur migration d’Aztlan à Tula et la vallée de Tenochtitlan (Mexique), firent trois stations, reconnaissables encore aux ruines des casas grandes. La première dans laquelle ils s'arrêtèrent était au lac Teguay, au sud de Quivira; la seconde, au rio Gila; la troisième, non loin du préside de Llanos. Le lieutenant Abert a rencontré, aux bords du rio Gila, sur une grande surface, la même quantité prodigieuse de tessons épars de faïence et de poterie, agréablement peints, qui, dans ces mêmes lieux, avaient déjà fait l'admiration des missionnaires Francisco
Garces et Pedro Fonte. On regarde ces produits de fabrique comme les iudices d’une civilisation jadis avancée dans une contrée maintenant désolée. On trouve encore aujourd’hui, bien loin à l'est du rio Grande dcl Norte, par exemple à Taos, des imitations de l'architecture bizarre des Aztèques et de leurs maisons à sept étages (Corap. Abert, Examination of New-Mexico, dans les Doc. of Congress, n° 41, p. 489 et 581-605; Essai polit., t. II, p. 241- 244). La Sierra-Nevada de la Californie est parallèle au littoral de l’océan Pacifique; mais, de 54° à 41° de latitude, entre San- Buenaventura et la haie de Trinidad, s'étend, à l'ouest de la Sierra-Nevada, encore une petite chaîne côtière, qui a pour point culminant le Monte del Diablo (à 3448 pieds). C’est dans cette vallée étroite, enclavée entre cette chaîne côtière et la grande Sierra- Nevada, que coulent, du sud, le rio de San-Joaquin, et du nord, le rio del Sacramento. C’est aux bords de cette dernière rivière que sont les riches terrains aurifères aujourd’hui en exploitation.
Il a déjà été question, dans cet ouvrage, du nivellement liypsométriqueet des observations barométriques qu’on a faits entre le confluent du Kanzar avec le Missouri et le littoral de l’océan Pacifique, dans une étendue, si énorme, de vingt-huit degrés de longitude. Tout récemment le Dr, Wislizenus a continué heureusement jusqu’à 35° 38', conséquemment jusqu'à Santa-Fé del Nuevo-Mexico, le nivellement que j'avais commencé dans la zone équinoxiale du Mexique. On en tire la conclusion surprenante que le haut plateau, qui est lui-même le col élargi de la chaîne mexicaine des Andes, ne s'abaisse nullemèQt d'une manière aussi marquée qu’on se l’était longtemps imaginé. Je donne ici pour la première fois les résultats actuellement connus du nivellement depuis la ville de Mexico jusqu’à Santa-Fé. Cette dernière ville n’est guère qu’à quatre milles géographiques du rio del Norte.
f /• . ‘ * •!. il
Pied».
. i Mexico,
Et.
■ Tula, i .i .
Ht.
San-Juan del Rio,
Ht.
Queretaro,
Ht.
Celaya, < . . .■
Ht.
i Salamanea,
Ht.
Guanaxuato,
Ht.
Silao,
• Br.
Villa de Leon,
Br.
Lagos,
Br.
Aguas calientes, Zacatecas, Frcsnillo, Durango, Parras,
Pieds.
(San-Luis Potosi, 57 14), Br.
Br.
Br.
(Oteiza).
(Saltillo 4947), fPs.
El Boison de Mapimi, de 3600 à 4200 pieds, Ws. Chihuahua, 4352 pieds (Cosiquiriachi, 5886), Ws.
Passo del Norte (sur le rio grande del Norte), 5377 pieds, Ws. Santa-Fé del Nuevo-Mexico, 6612 pieds, Ws.
Les abrévialions Ws, Br, Ht, désignent les observations barométriques du Dr. Wislizenus, de Burkart, conseiller supérieur des mines, et les miennes. Nous possédons de Wislizenus les dessins de trois sections de profil , qu'il a joints à son travail si instructif: ces dessins représentent la section Santa-Fé à Chihuahua par le Passo del Norte, celle de Chihuahua à Reynosa par Parras, et celle du fort Indépcndence (un peu à l'est du confluent du Kanzar avec le Missouri) à Santa-Fé. Le calcul est basé sur les observations barométriques faites par Engelman à Saint-Louis et par Lilly à la Nouvelle-Orléans, qui correspondaient journellement entre eux. Quand on songe que, dans la direction du nord au sud, la différence de latitude entre Santa-Fé et Mexico est de plus de 16 degrés, et que la distance en ligne longitudinale directe, abstraction faite des courbures de la route, dépasse deux cent quarante milles géographiques, on est porté à se demander s’il existe quelque part sur le globe une pareille configuration du sol de cette étendue et de cette élévation (de 5000 à 7000 pieds au-dessus du niveau de la mer). Cependant des voitures à quatre roues vont de Mexico à Santa-Fé. Le haut plateau, dont je viens de foire connaître le nivellement, est formé par le col large, aplati, ondulé, de la chaine même des Andes du Mexique: il n’est point le résultat du soulèvement d’un vallon entre deux rangées de montagnes, comme cela s’observe, dans l’hémisphère boréal, pour le Great Basin entre les montagnes Rocheuses et la Sierra-Nevada de la Californie; dans l'hémisphère austral, pour la plaine élevée du lac Titicaca, entre les chaincs orientale et occidentale de la Bolivie; enfin pour le plateau du Thibct, entre l’Himalaya et le Kuen-Lun.