‹ Tableaux de la révolution française; an historical French reader ed. with notesChapitre 12 sur 83 · TABLEAU DU SERMENT · texte numérisé non relu

TABLEAU DU SERMENT

Elle est devant nous cette scène dont la Constituante confia au pinceau de David l'héroïque procès-verbal, et qui fut la gloire de nos pères. Les voilà tous. Celui qui, debout sur une table, domine l'assemblée, aussi calme, aussi impassible que la loi, c'est Bailly. Celui qui les vêtements en désordre, le regard tourné vers le président, tient une plume et se dispose à écrire, c'est le rédacteur du Point du jour, Bertrand Barère. Robespierre, appuie violemment ses deux mains sur sa poitrine, comme s'il avait deux cœurs pour la liberté. Une exaltation commune éclate, quoique diversement exprimée dans l'attitude de Pétion, de Garât, de Le Chapelier, de Thouret, de Guillotin, de l'impétueux Dubris-Crancé, de l'élégant Barnave.*^ Le corps roide, la tête haute, Mirabeau frappe du pied la terre. Sieyès,*^ isolé au milieu de la foule de ses collègues est assis au centre de leur mouvement, ne fait aucun geste, ne regarde personne : il prête serment dans son intelligence. Le lendemain lai apparaisait peut-être. Et qui sait, en effet, si ces hommes réunis ne se diviseront pas bientôt en juges et en condamnés ? Qui sait si au fond de la

formule de serment que Bailly prononce n'est point enveloppé son arrêt de mort ? A la garde de Dieu ! En attendant, leurs âmes se cherchent, leurs espérances se confondent ; et le chartreux dom Gerle, le protestant Rabaut Saint-Etienne, le curé philosophe d'Emberménil se tiennent embrassés.

Louis Blanc : Histoire de la Révolution Française, vol. II., chapitre 8, page 297.

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