‹ Tableaux de la révolution française; an historical French reader ed. with notesChapitre 14 sur 83 · HARANGUE DE CAMILLE DESMOULINS, [12 JUILLET · texte numérisé non relu

HARANGUE DE CAMILLE DESMOULINS, [12 JUILLET

Citoyens Î il n'y a pas un moment à perdre. J'arrive de Versailles -, M. Necker est renvoyé :

ce renvoi est le tocsin d'une Saint-Barthélémy de patriotes ; ce soir tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ de Mars ^° pour nous égorger. Il ne nous reste qu'une ressource, c'est de courir aux armes, et de prendre des cocardes pour nous reconnaître.

J'avais les larmes aux yeux, et je parlais avec une action que je ne pourrais ni retrouver ni peindre. Ma motion fut reçue avec des applaudissemens infinis. Je continuai : — Quelles couleurs voulez-vous ? — Quelqu'un s'écria : — Choisissez. — Voulez-vous le vert, couleur de l'espérance, ou le bleu de Cincinnatus," couleur de la liberté d'Amérique et de la démocratie ? Des voix s'élevèrent : — Le vert, couleur de l'espérance ! — Alors je m' écriai : — Amis ! le signal est donné : voici les espions et les satellites de la police qui me regardent en face. Je ne tomberai pas du moins vivant entre leurs mains. Puis tirant deux pistolets de ma poche, je dis : Que tous les citoyens m'imitent ! — Je descendis étouffé d'embrassemens, les uns me serraient contre leurs cœurs ; d'autres me baignaient de leurs larmes ; un citoyen de Toulouse, craignant pour mes jours, ne voulut jamais

m'abandonner. Cependant on m'avait apporté un ruban vert. J'en mis le premier à mon chapeau et j'en distribuai à ceux qui m'environnaient. Le Vieîix Cor délier^ No. 5, abrégé.

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