‹ Tableaux de la révolution française; an historical French reader ed. with notesChapitre 25 sur 83 · RÉVOLTE DU CLERGÉ CONTRE LE DÉCRET DU 29 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

RÉVOLTE DU CLERGÉ CONTRE LE DÉCRET DU 29 DÉCEMBRE

Lorsque le clergé vit, par un décret du 29 décembre, l'administration de ses biens transférée aux municipalités, la vente de 400 millions qu'on allait en faire, la création d'un papier-monnaie qui facilitait son dépouillement et le rendait définitif, il n'oublia rien pour faire intervenir Dieu dans la cause de ses richesses. Il fit une dernière tentative : il offrit de réaliser en son nom l'emprunt de 400 millions ce qui fut rejeté, parce qu'autrement on l'eût de nouveau reconnu propriétaire après avoir décidé qu'il ne l'était pas. Il chercha alors tous les moyens d'entraver les opérations des municipalités. Dans le midi, il souleva les catholiques contre les protestants ; dans la chaire, il alarma les consciences ; dans le confessional, il traita les ventes

de sacrilèges, et à la tribune, il chercha à rendre suspects les sentiments de l'assemblée. * * *

Le clergé était dans ces dispositions, lorsque dans les mois de juin et de juillet 1790, l'assemblée s'occupa de son organisation intérieure. * * *

La réduction des évêchés au même nombre que les départements, la conformité de la circonscription ecclésiastique avec la circonscription civile, la nomination des évêques par les électeurs qui choisissaient les administrateurs et les députés, la suppression des chapitres et le remplacement des chanoines par des vicaires, tel était ce plan ; rien de cela n'attaquait le dogme ou le culte de l'église. Pendant longtemps les évêques et les autres ecclésiastiques avaient été nommés par le peuple ; et quant aux limites diocésaines, c'était une opération purement matérielle, et qui n'avait rien de religieux. Il était d'ailleurs pourvu généreusem.ent à l'entretien des membres du clergé, et si les hauts dignitaires voyaient leurs revenus réduits, les curés, qui en formaient la portion la plus nombreuse, obtenaient une augmentation dans les leurs.

Mais il fallait un prétexte, et celui de la constitu-

tion civile du clergé fut avidement saisi. Dès l'ouverture de la discussion, l'archevêque d'Aix protesta contre les principes du comité ecclésiastique. Selon lui. la discipline s'opposait à ce que les évêques fussent institués par l'autorité civile ou destitués par elle ; et au moment où le décret allait être mis aux voix, l'évêque de Clermont rappela les principes exposés par 1' archevêque d'Aix, et il sortit de la salle à la tête de tous les membres dissidents. Le décret passa ; mais le clergé se mit en guerre ®'^ contre la révolution. Il se ligua dès ce moment d'une manière plus étroite avec la noblesse dissidente. Egalement ramenées à la condition commune, les deux classes privilégiées employèrent tous leurs efforts pour empêcher l'exécution des réformes.

Mignet, Révolution Française ^ vol. I., pages 131- 134 abrégées.

EXTRAIT DU PÈRE DUCHESNE [lEMAIRe].

Feit d'enfer! mèche allumée! Ecoutez un peu, messieurs du clergé ! Le fanatisme, ce monstre qui vous a vomi des trésors, est écrasé ; votre empire va finir, votre autorité va cesser, votre gloire mondaine expire et succombe. Moins riches, vous

serez moins vains ; avec moins de moyens pour vous livrer aux plaisirs, vous remplirez mieux vos devoirs, et vous serez l'exemple du monde, au lieu d'en être le scandale. A propos, messieurs les curés, cette classe d'hommes utiles, demandent, à ce qu'on dit, la destruction des moineaux.®* N'est-il pas venu dans l'idée du facétieux père Duchesne de partir de là pour une comparaison ; la voici : les moineaux sont méchants et voraces, les moines sont vindicatifs et gourmands.

Les premiers, toujours ardents, mangent le blé que le cultivateur prend bien de la peine à semer ; encore, du moins, s'ils nous enchantaient comme l'alouette, le rossignol, ou le pinson, mais quel gosier que des moineaux ! Les moines, sans l'avoir gagné, mangent le meilleur pain, et, pour tous travaux, ils chantent comme des corbeaux ou braillent du latin qu'ils comprennent à peu près comme le père Duchesne. * * *

Mettez moi tous ces messieurs en habit décent et uniforme. Que dans ce siècle policé, on ne voie plus ni pieds nus dégoûtants, ni barbes de bouquins, ni têtes pelées. Bataillons enf roques ! la nature vous donna des cheveux : Eh ! gardez-les, vous

n'en serez pas moins agréables à celui qui vous en orna le crâne. * * *

Hatin, La Presse en France^ voL VI., page 467, abrégée.

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