‹ Tableaux de la révolution française; an historical French reader ed. with notesChapitre 24 sur 83 · OPPOSITION DE LA COUR ; JOURNÉES DES 5 ET 6 OCTOBRE · texte numérisé non relu

OPPOSITION DE LA COUR ; JOURNÉES DES 5 ET 6 OCTOBRE

Un des premiers soins de l'Assemblée fut de voter ; à l'exemple du congrès américain, une déclaration des droits de l'homme et du citoyen. C'était un exposé des principes fondamentaux sur lesquels serait établie la constitution. Puis elle aborda la constitution même ; le 21 septembre les principales dispositions étaient déjà votées. Ceux qui avaient voulu diviser le pouvoir législatif entre deux chamxbres, comme en Angleterre, et donner au roi le veto illimité, avaient été vaincus. Mounier, Clermont- Tonnerre, Lally-Tollendal se retirèrent du comité de constitution. C'était comme l'abdication des membres les plus m^odérés de l'Assemblée ; de part et d'autre l'influence allait passer aux hommes qui étaient décidés à aller jusqu'au bout dans l'attaque comme dans la résistance. Autour du roi, et malgré lui-même, on reprenait l'idée de recourir à la force. Le régiment de Flandre fut rappelé à Versailles. Breteuil avait même proposé, vers la fni d'août, que la cour se réfugiât à Metz, au milieu de l'armée de Bouille. Louis XVI. se refusait à un acte qui eût commencé la guerre civile, mais les imprudents

LA CONSTITUANTE. 8l

amenèrent d'une autre façon une catastrophe. On prêta la grande salle de spectacle du château aux gardes du corps, pour un repas qu'ils voulaient donner aux officiers du régiment de Flandre, et auquel furent représentés les autres régiments, même les régiments étrangers et la garde nationale. Au milieu du festin, le roi parait, suivi de la reine tenant le Dauphin dans ses bras. La musique joue l'air : O Richaj'd^ ô moit l'oi, V univers f aha7idonne ! puis des airs étrangers, la marche des Hulans, les vins coulent, les têtes se perdent, les dames distribuent des cocardes blanches, et la cocarde tricolore est, dit-on, foulée aux pieds (i octobre).

Cependant Paris mourait de faim. Un ouragan de grêle, tel qu'on n'en avait pas vu d'exemple, avait, le 13 juillet de l'année précédente, haché la moisson des bords de la Charente à ceux de l'Escaut. Un hiver d'une rigueur inouïe avait accru la misère. Dans une partie de la France, la disette était réelle ; l'agitation, l'inquiétude la changèrent en famine. Quand la nouvelle de l'orgie de Versailles tomba au milieu de la foule affamée, cette provocation téméraire fit éclater l'insurrection. Une armée de femmes, criant : du pain ! se réunit et marche sur

Versailles, s'imaginant qu'on aurait l'abondance, si on amenait le roi à Paris. Les hommes suivent ; La Fayette, qui s'était vainement opposé au départ, est lui-même entraîné par l'armée parisienne. Cette multitude arrive devant la cour du château ; ^ une rixe s'engage avec les gardes du corps, dès le soir, et recommence le lendemain matin. La reine, contre laquelle des furieux vocifèrent des paroles de mort, n'est sauvée que par le dévouement de quelques uns de ses gardes, qui se font tuer en défendant sa porte. La Fayette, accablé de fatigues, après une journée et une nuit d'angoisses, avait, sur le matin, quitté le château. C'est en son absence qu'il est forcé et que sept gardes périrent ; cinq hommes du peuple ou gardes nationaux de Versailles furent tués. La Fayette accourut à temps pour sauver dix-sept gardes qu'on voulait fusiller, et fit évacuer l'intérieur des appartements. Mais il fallut que le roi se montrât et promît d'aller à Paris. La reine voulut l'y suivre. Le voyage n'était pas sans danger pour elle. La Fayette la conduisit sur un balcon, et ne pouvant se faire entendre de tous, il lui baisa respectueusement la main, en signe de réconciliation entre la royauté et

la révolution ; la foule applaudit, des cris de Vive la 7'eine ! se firent même entendre. Quelques moments après, la famille royale partit au milieu de cette cohue qui la ramenait comme prisonnière dans sa capitale (5 et 6 Octobre).

Victor Duruy, Histoire de France, Paris, 1858, vol. II., pages 212, 213.

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