‹ Tableaux de la révolution française; an historical French reader ed. with notesChapitre 34 sur 83 · ATTENTAT CONTRE LA REINE · texte numérisé non relu

ATTENTAT CONTRE LA REINE

A UNE heure du matin, j'était seule auprès de son lit ; nous entendîmes marcher doucement dans le corridor qui régnait le long de son appartement, et qui était alors fermé à clef aux deux extrémités. Je sortis pour aller chercher le valet de chambre ; il entra dans le corridor, et nous entendîmes bientôt, la reine et moi, le bruit de deux hommes qui se battaient. Cette malheureuse princesse me ten-

ait serrée dans ses bras, et me disait : "Quelle position ! des outrages le jour, des assassins la nuit ! " Le valet de chambre lui cria du corridor : " Madame, c'est un scélérat que je connais, je le tiens." — "Lâchez-le," lui répondit la reine ; "ouvrez-lui la porte ; il venait pour m'assassiner, il serait demain porté en triomphe par les jacobins." Cet homme était un garçon de toilette du roi ; il avait pris la clef du corridor dans la poche de Sa Majesté après son coucher, et sans doute dans le dessein de commettre cet attentat. Le valet de chambre, homme d'une très-grande vigueur, le tenait par les poignets et le mit à la porte. Ce misérable n'avait pas articulé une parole : le valet de chambre dit à la reine, qui lui parla avec bonté du danger auquel il s'était exposé, " qu'il ne craignait rien, et que, pour la seule défense de Sa Majesté, il avait toujours deux excellents pistolets sur lui."

Mémoires de Madame Campan^ vol. IL, page 225.

DISCOURS DE M. DE LAFAYETTE À l'aSSEMBLÉE NATIONALE. — SÉANCE DU 28 JUIN, 1792.

Messieurs, je dois d'abord vous assurer que, d'après les dispositions concertées entre M. le maréchal Luckner et moi, ma présence ici ne compro-

met aucunement ni le succès de nos armes ni la sûreté de l'armée que j'ai l'honneur de commander.

Voici maintenant les motifs qui m'amènent.

On a dit que ma lettre du 16 à l'Assemblée nationale n'était pas de moi ; on m'a reproché de l'avoir écrite au milieu d'un camp : je devais peutêtre, pour l'avouer, me présenter seul, et sortir de cet honorable rempart que l'affection des troupes formait autour de moi.

Une raison plus puissante m'a forcé, Messieurs, à me rendre auprès de vous. Les violences commises le 20 juin aux Tuileries ont excité l'indignation et les alarmes de tous les bons citoyens, et particulièrement de l'armée : dans celle que je commande, où les officiers, sous-officiers, et soldats ne font qu'un, j'ai reçu des différents corps des adresses pleines de leur amour pour la constitution, de leur respect pour les autorités qu'elle a établies, et de leur patriotique haine contre les factieux de tous les partis. J'ai cru devoir arrêter sur-le-champ les adresses par l'ordre que je dépose sur le bureau : vous y verrez que j'ai pris avec mes braves compagnons d'armes l'engagement d'exprimer seul nos sentiments communs ; et le second ordre que je

joins également ici les a confirmés dans cette juste attente. En arrêtant l'expression de leur voeu, je ne puis qu'approuver les motifs qui les animent : déjà plusieurs d'entre eux se demandent si c'est vraiment la cause de la liberté et de la constitution qu'ils défendent.

Messieurs, c'est comme citoyen que j'ai l'honneur de vous parler ; mais l'opinion que j'exprime est celle de tous les Français qui aiment leur pays, sa liberté, son repos, les lois qu'il s'est données, et je ne crains pas d'être désavoué par aucun d'eux. Il est temps de garantir la constitution des atteintes qu'on s'efforce de lui porter, d'assurer la liberté de l'Assemblée nationale, celle du roi, son indépendance, sa dignité ; il est temps enfin de tromper les espérances des mauvais citoyens qui n'attendent que des étrangers le rétablissement de ce qu'ils appellent la tranquillité publique, et qui ne serait pour des hommes libres qu'un honteux et intolérable esclavage.

Je supplie l'Assemblée nationale :

1° D'ordonner que les instigateurs et les chefs des violences commises le 20 juin aux Tuileries soient poursuivis et punis comme criminels de lèsenation : "

2° De détruire une secte qui envahit la souveraineté nationale, tyrannise les citoyens, et dont les débats publics ne laissent aucun doute sur l'atrocité des projets de ceux qui les dirigent ;

3° J'ose enfin vous supplier en mon nom, et au nom de tous les honnêtes gens du royaume de prendre des mesures efficaces pour faire respecter toutes les autorités constituées, particulièrement la vôtre et celle du roi, et de donner à l'armée l'assurance que la constitution ne recevra aucune atteinte dans l'intérieur, tandis que de braves Français prodiguent leur sang pour la défendre aux frontières.

Mémoii'es du Marquis De Ferrures ^ Paris, 182 1— 1822, vol. III., pages 431-433.

Page 1