‹ Tableaux de la révolution française; an historical French reader ed. with notesChapitre 40 sur 83 · DÉFENSE DE LILLE ; VICTOIRE DE JEMMAPES · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE LILLE ; VICTOIRE DE JEMMAPES

Pendant que Dumouriez arrêtait à Valmy l'armée d'invasion, mais la poussait mollement dans la retraite, Custine, le long du Rhin, avait pris l'offensive, enlevé Spire,Worms, même la grande ville de Mayence. Sur les Alpes, Montesquiou conquit la Savoie et Anselme le comté de Nice. Aux Pays- Bas, les Autrichiens avaient attaqué Lille avec une barbarie sauvage ; ils y avaient lancé six jours durant des bombes et des boulets rouges, qui y brûlèrent quatre cent cinquante maisons, en endommagèrent sept à huit cents, mais ne purent vaincre la constance de cette patriotique cité (20 sept.-7 oct.) On vint dire sur le rempart à un

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canonnier, que sa maison brûlait : " Mon poste est ici," dit-il, "feu pour feu " ; et il continua de servir sa pièce. Dumouriez arrivait avec l'armée de Valmy pour venger cette cruauté inutile. Il gagna la bataille de Jemmapes (6 novembre), qui lui donna les Pays-Bas. Le 13 novembre il entrait à Bruxelles. Un de ses lieutenants à Valmy et à Jemmapes avait été le fils du duc d'Orléans, plus tard le roi Louis-Philippe.

Ainsi, dès la première campagne, la France nouvelle, formant sous le feu ses jeunes soldats, repoussait l'attaque des rois et mettait la main sur les terres à demi-françaises, que Louis XIV. lui même n'avait pu saisir.

À Valmy, le grand poëte de l'Allemagne, Goethe, se trouvait dans l'armée prussienne, non comme soldat mais en curieux, car c'était moins une guerre que les coalisés croyaient faire qu'un voyage à Paris, une course rapide et au bout une entrée triomphale. Il partageait leur confiance présomptueuse : le canon de Valmy dissipa cette fumée. Le soir, au bivouac, on demandait au poëte de chasser avec sa verve ordinaire les sinistres pressentiments qui déjà s'éveillaient. Mais ils l'avaient

saisi lui-même : il resta long-temps silencieux. Lorsqu'il parla enfin, sa voix était grave et solennelle : " En ce lieu et dans ce jour, dit-il, commence une nouvelle époque dans l'histoire du monde."

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