‹ Tableaux de la révolution française; an historical French reader ed. with notesChapitre 39 sur 83 · VICTOIRE DE VALMY (20 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

VICTOIRE DE VALMY (20 SEPTEMBRE

Mais le courage de nos soldats permet de détourner les yeux de ces abominables scènes pour contempler une des plus heureuses victoires de nos longues guerres. Quelques jours après les massacres, Dumouriez, à la tête de la jeune armée française, gagnait la victoire de Valmy. 160,000 Prussiens ou Impériaux étaient partis de Coblentz le 10 juillet, divisés en plusieurs corps. La France n'avait à leur opposer que 96,000 hommes sans discipline, sans confiance dans eux-mêmes ni dans leurs chefs, et qui, il faut bien le dire, car les armées fermes et solides ne s'improvisent point, n'eussent pu empêcher l'ennemi d'arriver jusqu' à Paris, si l'ennemi eût été habile et la marche prompte. Le 22 août, ils n'étaient encore qu' à Longwy, qu'ils prirent. Verdun ouvrit ensuite ses portes. Le commandant Beaurepaire y commandait. Le conseil municipal refusa de se défendre : " J'ai juré," s'écria Beaurepaire, " de sauver la place ou de périr, je tiendrai mon serment" ; et tirant un pistolet, il se fit sauter la cervelle dans la salle même du con-

seil (2 sept.) Un soldat refusa aussi de capituler. A l'approche des Prussiens il déchargea sur eux son fusil. Saisi aussitôt, il fut laissé libre, quoique gardé à vue, en attendant qu'on décidât de son sort. C'était un beau jeune homme au regard assuré, à la contenance calme et ferme. Près du poste où on le gardait était un pont de la Meuse, il monte sur le parapet, reste un instant immobile, puis se précipite dans le gouffre et y meurt. Voilà où les âmes étaient alors montées.

Cet acte d'héroïque énergie fit-il réfléchir Brunswick.** Il ne trouvait pas la France telle que les émigrés la représentaient ; et quoiqu'il n'y eût pas une seule place forte entre son armée et Paris, il hésitait à s'enforcer au milieu de ce peuple irrité. Il s'étendit lentement derrière la Meuse ; Dumouriez eut le temps d'accourir, et montrant à ses lieutenants les défilés de l'Argonne : " Voilà les Thermopyles de la France," dit-il. Il les occupa, forma en arrière deux camps retranchés sous Reims et Châlons, un autre à Meaux, où on recevait les soldats, qui accouraient de tous côtés. Deux mille volontaires sortaient chaque jour de Paris. Cependant un des défilés fut forcé ; la route de Châlons

était libre. Dumouriez, au lieu de se réfugier sous cette ville, persiste à rester dans l'Argonne, pays de facile défense, et à s'établir au besoin sur les derrières des Prussiens. Ceux-ci s'arrêtent pour le combattre. Kellermann venait de le rejoindre. L'effort principal porta sur la butte de Valmy où Kellermann avait pris possession avec ses conscrits, que les émigrés traitaient dédaigneusement de tailleurs et de cordonniers. Ces conscrits supportèrent le feu avec un sangfroid sur lequel l'ennemi ne comptait pas. L'action ne fut guère qu'une canonnade de plusieurs heures. Les obus ayant mis le feu à quelques caissons des batteries françaises, l'explosion blessa ou tua beaucoup de monde, et il y eut un moment de désordre. Brunswick en profita pour lancer son infanterie en colonnes d'attaque. Kellermann les laisse avancer sans tirer un coup de feu, puis se met au premier rang, et, au cri de Vive la nation! que toute la ligne répète, s'apprête à charger l'ennemi à la baïonnette. Ce cri immense qui se prolonge durant plusieurs minutes, cette fière attitude, arrêtent les Prussiens ; le canon de Dumouriez laboure le flanc de leur colonne, ils redescendent à la hâte, et Brunswick fait cesser l'action.

Le lendemain de Valmy, la Convention se réunissait et proclamait la république. La première réponse aux négociations proposées par Brunswick fut digne du vieux sénat de Rome : " La république française ne peut entendre aucune proposition avant que les troupes prussiennes aient entièrement évacué le territoire française." Les Prussiens cruellement décimés par la disette et les maladies commencèrent le i^' octobre leur mouvement pour sortir de France.

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