‹ Tableaux de la révolution française; an historical French reader ed. with notesChapitre 50 sur 83 · COLLOT D'HERBOIS ET FOUCHÉ À LYONS · texte numérisé non relu

COLLOT D'HERBOIS ET FOUCHÉ À LYONS

Le 4 décembre, soixante-quatre jeunes gens furent amenés, garrottés, devant la commission, et de là aux Brotteaux. On y avait creusé deux fossés parallèles que séparait une sorte de chaussée d'environ trois pieds de large. Les prisonniers furent placés à la file dans cet espace, attachés deux à deux. Une haie de soldats, le sabre en main, bordait chaque fossé, pour qu'aucune des victimes ne pût s'écarter de son rang. Deux canons chargés à boulets avaient été braqués de manière à enfiler la longueur de cette allée. La plupart de ces jeunes hommes avaient combattu pendant le siège, et ce n'était pas la première fois qu'ils bravaient le feu du canon. Le courage ne les abandonna point ; ils ne proféraient pas une plainte ; on n'entendait pas un gémissement, mais ils ré-

pétaient le refrain qui avait déjà servi de chant de mort à d'autres victimes :

Mourir pour la patrie, C'est le sort le plus beau, Le plus digne d'envie.

Ils chantaient encore, lorsqu'un roulement de tambours donna le signal ; les canons tirèrent, et les boulets emportaient aux uns la tête, aux autres le bras, ou des lambeaux de chair. Un tiers environ tomba frappé à mort, les autres cruellement mutilés. Le sang ruisselait dans les deux fossés. Les bourreaux s'étaient mépris dans leur calcul ; ils rechargèrent les canons à mitraille, et la fusillade fut en même temps commandée. Des victimes respiraient encore, et l'on entendait les cris que leur arrachait la souffrance. Alors il fut ordonné aux soldats qui formaient la haie de les achever à coups de sabre. Ces soldats étaient de l'armée révolutionnaire, mal exercés au maniement des armes. Le troisième acte du massacre se prolongea ; de sorte que cette scène de carnage dura deux heures. * * *

Des soldats de l'armée révolutionnaire vinrent prendre cent neuf détenus qui restaient dans la

prison et les emmenèrent pêle-mêle, tellement qu'ils entraînèrent avec eux deux personnes au service du concierge. La commission révolutionnaire, où ils furent conduits, les fit seulement comparaître devant elle, en demandant à chacun son nom. Ils étaient garrottés à mesure qu'ils passaient ; puis réunis dans la place des Terreaux, ils entendirent prononcer leur sentence. Les juges de la commission présidaient à cette signification sur le balcon de l'hôtel de ville. La sentence, après avoir énuméré les crimes imputés aux condamnés, ajoutait : "Ainsi que les coupables, dans leur interrogatoire, en sont eux-mêmes convenus." A ces mots les condamnés s'écrient : " Cela est faux ! " — " On ne m'a point interrogé ! " — " On m'a pris pour un autre ! " — " Ce n'est pas moi." La foule qui occupait la place avait été composée avec précaution de manière à ne point risquer qu'elle fût émue de pitié. Ses féroces clameurs étouffèrent les voix des victimes. On les entraîna au champ de carnage ; ils furent comptés encore une fois et l'on en trouva cent dix : le mandat portait le nombre cent neuf ; on alla consulter Collot. " Qu'importe un de plus," répondit-il, " ce sera pour aujourd'hui au lieu d'être pour demain."

Cette fois on avait renoncé à employer le canon ; mais on persistait dans l'idée de frapper les victimes du même coup de foudre. Chacun des prisonniers avait les mains liées derrière le dos et la corde se rattachait à un long câble fixé de distance en distance aux tiges des saules plantés en allée ; en face de chacun de ces malheureux un piquet de soldats de l'armée révolutionnaire devait, au signal donné, les fusiller au même instant. On a raconté que Collot d'Herbois, pour donner l'exemple à un soldat qui hésitait, avait pris son fusil et tiré sur un prisonnier.

Cette exécution fut plus affreuse encore que la première. Beaucoup ne furent point frappés à mort. Les uns, tombés à terre, essayaient de se relever tout mutilés ; les soldats eurent l'ordre de les achever. " Tuez-moi tout de suite," criaient les blessés ; " ne m'épargnez pas " ; d'autres, dont les liens avaient été rompus par les balles, essayaient de s'enfuir, ralentis par leurs blessures. Des dragons, lancés à leur poursuite, les hachaient à coups de sabre. Les fossoyeurs, qui arrivèrent ensuite, en trouvèrent qui respiraient encore ; ils furent achevés avec les bêches et les pioches.

Barante, Histoire de la Coitvention, vol. III., pages 418-422, abrégées.

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