‹ Tableaux de la révolution française; an historical French reader ed. with notesChapitre 49 sur 83 · LA TERREUR · texte numérisé non relu

LA TERREUR

Parmi les victimes qu'on venait journellement enlever au Plessis," la citoyenne Grimaldi, par son courage et sa noble fierté, fut celle qui nous laissa les plus douloureux souvenirs. Elle refusa de lire son acte d'accusation, pas la plus légère émotion n'altéra ses traits ; elle distribua aux indigens qu'elle soulageait habituellement, tout l'argent qui lui restait, embrassa sa femme-de-chambre, et se sépara de nous comme après une longue route on quitte des compagnons de voyage dont la société

nous fut utile et douce. La citoyenne L C

dormait auprès de ses enfans en bas âge," qu'on lui avait permis de garder auprès d'elle, quand à minuit les portes s'ouvrent avec fracas, et des voix sinistres font entendre son nom.

Éperdue, elle prend pour un songe, enfant de sa chimère, l'image de la mort qu'on lui présente au milieu des intéressantes créatures qui lui doivent le jour. Elle s'enlace de leurs bras, présente leurs grâces naïves, comme l'emblème de son innocence, veut attendrir ses bourreaux par le spectacle séduisant d'une mère éplorée : Aujourd'hui huit ans, leur dit-elle, je donnai la vie à ces jumeaux ; déjà

votre rage a assassiné leur père, vous ne voulez donc plus laisser sur cette terre sanglante, que des scélérats et des orphelins, des cendres et des cabanes ; on l'enleva sans lui donner même le temps de s'habiller ; elle ne revint pas.

Les Souvenirs cftin 'yeune Prisonnie?'. An 3^ de la République. Paris, 1794-95. Pages 68-69.

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