LES MAUCIIES DE MARBRE ROSE
du poêle nous dire, avec son timbre connu et sa grâce négligente :
Mais vous souvient-il, mon ami,
De ces marches de marbre rose?
En allant à la pièce d’eau,
Du coté de l’oraujirric,
A gauche, en sortant du cliatcau.
Nous étions sur la bonne voie. La copie de la
Cléopâtre antique dont la répétition en bronze est
aux Tuileries, dormait toujours, à la même place,
le bras replié au-dessus de la tête, dans celle tranquille et gracieuse pose où la mort ressemble au sommeil, et sur la balustrade de la terrasse s’alignaient comme autrefois, ces cliarmants vases de bronze d’un caprice si varié sous leur apparente symétrie, avec leurs anses faites de chimères, de satyres et de petits génies ailés. Les marches n’étaient pas loin ; elles se trouvent prés d’un vase blanc « proprement fait et fort galant » auquel de Musset reconnaît le mérite de n’étre pas gothique. Il a, en effet, un très-beau galbe et ses flancs s’évasent comme la coupe d’un grand lis. A son ombre s’abritent les trois marches célébrées par le poète avec leurs tons de rose pâlie, leurs transparences azurées, d’un marbré si frais,
si vivant, si pareil à de la chair, qu’on ose à peine
y poser le pied de peur de froisser le sein d’une déesse. L’on sent alors, combien est vraie l’image du poète s’adressant à ce bloc qui eût dû être scellé dans le fronton d’un temple attiquc.
Quand sur toi leur scie a grincé,
Ces tailleurs de pierre ont blessé Quelque Vénus dormant encore,
Et la pourpre qui te colore Te vient du sang qu’elle a versé.
Nous restâmes là quelque temps comme à un endroit sacré où le pèlerin dit sa prière, et le calme descendait sur nous ; le sentiment de l’art oublié nous reprenait ; des idées de poésie voltigeaient autour de nous en palpitant les ailes comme des bouffées de colombe.
Nous songions à la forme idéale, au rhythme divin, à l’immortelle beauté, aux nymphes et aux vierges de Grèce qui courent les pieds nus dans la rosée, couronnées de smilax et de violettes, à tous ces beaux mensonges flottant comme un voile d’or sur la nudité de la vie.
C’était là sans doute la leçon que voulait donner le poète disparu dans la sérénité éternelle au poète resté parmi les agitations terrestres, car