LE MARQUIS, THÉRÈSE, AUGUSTE
LE MARQUIS
Bonjour, mademoiselle Aug-uste, je viens vous rendre visite.
AUGUSTE
Et comment êtes-vous entré ici, monsieur?
LE MARQUIS
Moi? Par la porte! Y a-t-il du mal à cela?... Ou'estce que c'est? vous me paraissez bien sérieuse, et cette demoiselle-là aussi, que je n'ai pas l'honneur de connaître.
AUGUSTE
Vous avez donc cong-é aujourd'hui au collège?
Oui; c'est mon valet de chambre qui m'a amené jusqu'à la porte et qui doit venir me prendre pour me ramener.
THÉRÈSE
Auguste, écoute... un mot... Qu'est-ce donc que tu me faisais accroire d'un neveu de la tourière?
TAIJLEAl X DES MŒLKS DU TEMPS 77
AUGUSTE
A son défau!, ne pourrait-on pas s'accommoder de celuici ? Gomment le trouves-tu ?
THÉRÈSE
II est de la plus jolie fig"ure du monde; il est charmant... Mais qui est-ce donc ?
AUGUSTE
Nous le retenons. Veux-tu que nous en fassions quelque chose ?
THÉRÈSE
Mais... s'il allait se fâcher ?
AUGUSTE
Laisse-moi faire.
LE MARQUIS
Eh bien! mesdemoiselles, vous êtes-vous tout dit? Puisje être présentement de la conversation?
AUGUSTE
Monsieur, qui vous a fait si hardi que d'entrer ici ?
Mademoiselle, j'ai cru bien faire. La tourière m'a dit que vous étiez seule. Si j'avais su que celte personne était avec vous, je n'aurais pas pris tant de liberté.
AUGUSTE
Vous la trouvez donc belle, cette demoiselle?
LE MARQUIS
Oui, par ma foi, belle et très belle, et si nous en avions au collège une comme elle et une comme vous, je n'en voudrais jamais sortir.
AUGUSTE
Et que prétendez-vous faire, monsieur, ici, entre elle et moi?
-yS l'œlvrk de crkbillox le fils
LE MAROUIS
Je suis à vos ordres. Vous me commanderez ce qu'il vous plaira.
AUGUSTE
Thérèse, je gag"e que ce petit coquin a de mauvais desseins et qu'il voudrait voir comment nous sommes faites.
LE MARQUIS
Ah ! mademoiselle, quel bonheur ce serait pour moi !... Quant à vous, Auguste, vous me l'avez promis, j'ose le dire devant votre amie.
AUGUSTE
Quelque jour, cela viendra... Oh! çà ! Thérèse, que ferions-nous bien pour nous divertir?
Voulez-vous, mesdemoiselles, que nous jouions à quelque jeu? Vous n'avez qu'à dire.
AUGUSTE
Je le veux bien : jouons aux tapes.
THÉRÈSE
Je ne sais pas celui-là. Comment fait-on?
LE MARQUIS
Je le connais... N'est-ce pas celui où l'un se lient la tète appuyée sur l'autre, qui fait la borne, et, le corps courbé en cet état, présente sa main par derrière pendant (lu'on lui tient les yeux fermés ?
THÉRÈSE
Eh bien?
LE MARQUIS
On lui donne des tapes dans la main, el lorsqu'il devine celui qui a tapé, il le fait mettre à sa place.
THÉRÈSE
Ah ! j'entends.
LE MARQUIS
Mais, à nous trois, nous ne saurions jouer ce jeu-là.
AUGUSTE
Pourquoi?
Ne voyez-vous pas qu'il faut qu'un de nous fasse la borne, qu'un autre se mette en posture de recevoir les tapes?... Il n'en resterait qu'un pour en donner; il ne serait pas difficile de le deviner.
AUGUSTE
Oh ! quand nous ne sommes que trois, voici comme nous faisons, nous autres : il y en a une qui fait la borne, l'autre qui appuie la tète sur elle et qui tend le derrière pour recevoir les tapes, et la troisième, qui les applique, donne à deviner de quelle main, si c'est la droite ou la gauche, et si on l'a deviné, la tapeuse est mise à la place de celle qu'elle a tapée; et on est assez embarrassé pour deviner, parce que, dans l'intervalle, la tapeuse passe et repasse vite et vite les mains ensemble sur le dos et la croupe de celle qui reçoit et que la tape arrive toujours en surprise... Veux-tu en essayer?
LE MARQUIS
Voyons, je ne connais pas celte façon, mais je me mettrai bientôt au fait.
AUGUSTE
Pour mieux faire, ôtons d'abord nos robes.
LE MARQUIS
C'est bien dit, et moi mon habit; il est si charg-é de réseau qu'il m'étouffe.
TUÉRÈSE
Moi, pourquoi oterais-je la mienne? je ne veux faire que tenir celui ou celle qui tapera.
8o l'œuvre de créhillon le fils
N'importe, ma mig-nonne, ôte toujours... Bon... Ah! friponne, que tu as la taille fine... Oh! rà, Thérèse, il faut l'asseoir sur le pied du lit.
le marquis C'est donc sur mademoiselle qu'il faut que je m'appuie la tête?
auguste Oui, elle fait la borne, cela l'instruira.
THÉRÈSE
Me voilà toute prête.
le marouis Allons ! allons !
auguste Thérèse, prends garde qu'il n'y voie : passe les bras par-dessus lui... bon; tiens-le bien embrassé. Là, fort bien !
LE MAROLIS
Il faut avouer, Auguste, que je présente une belle croupe. Allons, voyons donc si ce sera la main gauche ou la main droite qui me donnera la première tape : je gage que je la devine. ..Eh bien ! où mets-tu donc ta main?... que fais-tu donc? Ma cousine, ma cousine, tu me déculottes !
AUGUSTE
C'est que j'avais oublié de te dire qu'on ne joue ce jeulà qu'à cul nu, et qu'au lieu de taper sur la main, c'est sur la fesse.
THÉRÈSE
Comment, Auguste, c'est là ce joli cousin dont tu m'as tant parlé?
Oui, vraiment, c'est lui.
TABLEAUX DES McELRS DU TEMPS 8l
LE MARQUIS
Me voilà tout de bon déculotté : tant mieux, tant mieux, puisque c'est à cul nu! Chacun aura son tour... Ah ! ma cousine, comme tu me trousses !
AUGUSTE
Thérèse, tire à toi sa chemise et la retiens bien.
LE MAROUIS
Tu conviendras, ma cousine, qu'on ne peut pas le donner plus beau. Me voilà bien à ta discrétion; tu n'as qu'à taper.
AUGUSTE
Tiens, Thérèse, regarde! \'ois comme il a de jolies fesses.
LE MARQUIS
Ma chère Auguste, tu les manies à ton aise, fort bien! tu me les brosses à merveille. Mais tape donc d'une main, si tu l'oses !
THÉRÈSE
Aug"uste, je suis tout étonnée; je croyais les g-arrons autrement faits que nous : c'est tout à fait la même chose.
AUGUSTE
Tâte comme il a la peau douce !
TUÉRÈSE
Ma chère amie, fais-moi un plaisir.
AUGUSTE
Quoi?
THÉRliSE
Découvre-moi ton derrière, là, auprès de lui, troussetoi.
AUGUSTE
Veux-tu nous comparer?... Tiens!
82 l'œuvre de crébillon le fils
LE MAROl IS
Mais moi, qui reste là, je veux voir aussi.
THÉRÈSE
Non, monsieur, non... Aug^uste!... Ma foi, il est aussi beau que nous !
AUGUSTE
Oui, mais attends... Tiens, vois-moi un peu plus haut... la chute des reins...
THÉRÈSE
Oh ! tu l'as plus belle que lui !
AUGUSTE
Allons, allons, voyons ce derrière... Frottons, frottons !
LE MARQUIS
Fort bien!... fort bien!... tape donc... Ahi!... c'est la main droite.
Non, c'est la gauche.
LE MARQUIS
Bon, bon... continue... Ahil... c'est la droite pour le coup.
THÉRÈSE
Non, encore la gauche.
LE MARQUIS
Mademoiselle Thérèse, je compte au moins que vous ne trichez pas : je m'en fie à vous.
AUGUSTE
Ne remue donc pas tant... Tu qigotes comme quand on te donne le fouet.
LE MARUriS
Oui, c'est une habitude que j'ai prise; mais tu me frottes toujours les fesses et tu n'oses taper... Ahi!...
AUGUSTE
Quelle main?
LE MARQUIS
Ma foi, je ne m'y connais plus... Allons, allons... Mais, je sens bien des mains sur mes fesses... Est-ce qu'il y en a plus de deux?
THÉRÈSE
Monsieur, me croyez-vous capable?
LE MAROUIS
A toi donc, Aug"uste! tiens... je ne puis pas mieux me présenter... Ahi!... c'est la main de mademoiselle, et je la liens.
AUGUSTE
Quoi, lu te relèves !
LE MARQUIS
C'est la main de Mi'« Thérèse qui me tapait et que j'ai surprise, car la voilà !
THÉRÈSE
Ah! que je suis malheureuse!
LE MARQUIS
Oh! ma foi, mademoiselle, avec tout le respect que je VOUS dois, vous vous êtes mise du jeu, je vous y ai attrapée et c'est à vous, s'il vous plaît, à vous mettre à ma place, et Aug-uste fera la borne.
THÉRÈSE
Moi, monsieur, je n'en ferai rien.
LE MARQUIS
Mademoiselle, c'est la règle. Allons, ma cousine, assieds-toi sur le pied du lit et fais bien la borne, pour y appuyer la tête de M"'' Thérèse.
THÉRÈSE
Non pas, s'il vous plaît!
84 l'œuvre de crébillon le fils
Allons, me voilà... qui veut venir?... approche-toi donc, petit vaurien, que je lève un peu cette chemise-là.
LE MARQUIS
Ah ! voilà le beau côté, cela.
THÉRÈSE
Fi donc! Auguste, tu reg-ardes le devant d'un garçon ! c'est un crime au moins, et aussi grand que de montrer le sien.
AUGUSTE
Petit cousin, écoutes -tu Thérèse, qui fait la peureuse et qui doit coucher avec un homme dans six Jours.
LE MARQUIS
Avec un homme?
AUGUSTE
Elle se marie.
LE MARQUIS
Elle en verra bien d'autres.
AUGUSTE
Thérèse, de quoi as-tu peur?... tiens, vois comme c'est drôle.
THÉRÈSE
Faites toutes les sottises que vous voudrez sur le pied du lit. Moi, je \ ais monter sur le chevet et m'y coucher, et vous tourner le dos pour ne pas voir seulement ces vilaines choses-là.
Petit cousin, petit cousin... qu'est-ce donc que cela?
LE MARQUIS
C'est une guigui, mademoiselle. Prenez, prenez.
AUGUSTE
Et ceci, mon ami?
].E MARQUIS
Les g'uig'nes... ma petite reine... Tàte pour voir si elles sont mûres !...
AUGUSTE
Gomme cela plie sous mes doig'ts !... On dirait... On m'avait toujours dit que les g-arçons avaient là un os.
LE MARQUIS
Tu le croyais donc?
AUGUSTE
Oui, mais il y a une belle différence...
LE MARQUIS
Ma cousine, remue-le toujours...
AUGUSTE
Ah! ah!... Thérèse!
THÉRÈSE
Laisse-moi, vilaine.
Thérèse!... tourne la tête; reg-arde-le donc!
THÉRliSE
Je ne veux pas.
AUGUSTE
Oh! qu'il est joli, de cette façon-là...
THÉRÈSE
Ah! Aug-uste!... comment te mets-tu? Effrontée! tu découvres ton ventre!... que vas-tu faire?
LE MARQUIS
Mademoiselle, vous nous reg-ardez donc?
AU(;USTE
Approche, morveux... Couche-toi là...
LE MARQUIS
Tu as raison... m'y voilà !
AUGUSTE
Attends, que je relève toate ma. chemise, que je te tienne presque nu... là... mon miirnon !
THÉRÈSE
J'ai envie de m'en aller. En vérité, ce que vous faites est un fort grand mal.
AUGUSTE
Tu as bien tort : si tu ne te mets pas au fait, ton mari le prendra pour une bête. Tiens, vois comme cela est drôle.
THÉRÈSE
Vilaine Auguste !
AUGUSTE
Pousse donc, petit chien !... pousse donc!... fouette-le donc, Thérèse, avec notre verge ; cela le fera peut-être avancer.
THÉRÈSE
Non, vous faites là de trop grandes infamies; je ne veux pas m'en mêler.
AUGUSTE
Mon petit ami, me voilà si bien ! Je te le donne si beau!... Il ne tient qu'à toi... Pousse donc!... pousse donc!
le marquis
Je fais ce que je peux : il n'y a pas moyen...
AUGUSTE
Ah! petit coquin !... tu t'en vas... tu me quittes !... ta pauvre guiirui n'a ni force ni vertu; nous n'en pouvons rien faire. La voilà devenue comme un bout de lacet... Tu n'es qu'un franc morveux... Va... tu n'es bon qu'à déculotter et qu'à fouetter. J'avais bien meilleure opinion de toi.
LE MARQUIS
Je te demande pardon, ma cousine; je n'ai jamais vu de fdle ni ne m'étais encore essayé de cette façon-là. On pardonne une première fois; je réussirai mieux à une seconde. Si, par exemple, à cette heure, M"'' Thérèse voulait se mettre là, je t'assure que ma §^uigui revienilrait bien vite.
AUGUSTE
Ah ! Thérèse, j'entends, c'est qu'il t'en veut.
THÉRÈSE
Que me veut-il faire, à moi?
AUGUSTE
La même chose.
THÉRÈSE
Dieu m'en g-arde ! Je ne suis pas si résolue que toi.
LE MARQUIS
Mademoiselle Thérèse, laissez-moi lever cela. Otez vos mains.
AUGUSTE
Allons, mademoiselle, puisque j'y ai passé, vous y passerez... Marquis... elle a le plus joli ventre et les plus jolies cuisses du monde... Tu vas voir... Allons, mademoiselle... Je crois que vous vous défondez!... A moi, petit cousin !
THÉRÈSE
De ce côté-là, je ne le veux pas, non, je ne le veux pas!... Tiens ! je me fâcherai tout de bon !
LE MARQUIS
Eh bien ! à la bonne heure ! nous n'avons qu'à reprendre le jeu des tapes, qui nous divertira tout autant... Allons... allons... mademoiselle Thérèse, c'est à vous à recevoir à présent.
88 l'œuvre de CUÉiULLON LE FILS
THÉRÈSE
A moi? Je n'rlais pas du jeu.
LE MARQUIS
Mais vous vous en êtes mise; et la preuve, c'est que vous m'avez brossé et tapé comme Auguste, et (jue je vous ai attrapé la main.
AUGUSTE
Il a, ma foi, raison. Belle Thérèse, c'est à ton tour.
THÉRÈSE
Moi?... Je ne lui ai donné que deux ou trois tapes, parce que (u m'as fait sig-ue de le faire pour l'fMîibarrasser.
LE MARQUIS
Eli bien ! oui, voilà le jeu.
THÉRÈSE
Je ne pensais pas que cela pût m'exposer à rien.
AUGUSTE
Tu y as été prise, ma chère Thérèse, il faut que tu t'y mettes.
THERESE
Je ne saurais m'y résoudre : songes-tu que je me marie incessamment? Si ton cousin allait dire cela quelque part, je serais perdue...
LE MARQUIS
Comment donc, mademoiselle ? Est-ce que vous me prenez pour un coquin?
Non pas, monsieur.
LE MARQUIS
Jouez donc le jeu.
THÉRÈSE
Auguste, si ton cousin voulait faire la borne, tu pourrais, loi, me donner des tapes. J'y consentirais plut(M.
LE MARQUIS
Non pas, non pas, mademoiselle, c'est mon droil.
THÉRÈSE
Gela me désespère... Monsieur, si vous vouliez bien, au moins, que ce fût par-dessus la jupe et sans trousser.
LE MARQUIS
Ce n'est pas le jeu, mademoiselle.
AUGUSTE
Allons, il y a de la justice; il faut que tu te mettes comme il était.
THÉRÈSE
Comme il était ?
LE MARQUIS
Oui, mademoiselle, s'il vous plaît.
Ah! que vous me voulez de mal tous deux!... 11 faut donc nous ôter de dessus ce lit, pour que je me mette comme il s'est mis.
AUGUSTE
Oh! que non! Nous sommes sur ce lit encore mieux qu'à terre. Tiens, tu vas voir. Je vais m'asseoir, moi, sur le traversin. Tu vois bien que cela me donne assez d'élévation.
LE MARQUIS
Elle a raison, elle est bien là.
AUGUSTE
Ma belle mariée, tiens-toi sur tes genoux, et viens à moi, entre mes jambes.
THÉRÈSE
Eh ! voilà déjà ton cousin derrière moi, entre les miennes!... Ah!... il me trousse!
9o l'œuvre de crébillon le fils
LE MARQUIS
Vous n'êtes pas bien, mademoiselle; baissez donc la tète et l'appuyez sur Aug'uste."
AUGUSTE
Cela est vrai; penche-toi, appuie, là, ton joli visag"c sur mes cuisses.
TIIKRi^:SE
Tu me mets la tète plus bas que je n'ai le derrière.
Sans doute, et le voilà comme il faut pour jouer... Elle se dérang'e!... Ma cousine, tiens-la donc bien; je ne puis parvenir à la trousser comme il faut.
AUGUSTE
C'est que tu n'entends pas cela. Tu es grossier, et c'est là une demoiselle délicate qu'il faut trousser proprement.
THÉRÈSE
Tu te moques encore de moi. Trousse donc, trousse donc, puisqu'il le faut; voilà mon parti pris.
AUGUSTE
Cousin, est-elle bien à cette heure? Qu'en dis-tu ?
LE MARQUIS
Ah ! ma cousine, je n'ai jamais rien vu de si beau !
AUGUSTE
Ah! mon drôle, voilà ta g-uig"ui ([ui se dresse toute seule.
TIIKRÈSE
Elle a beau se dresser, monsieur, vous ne me toucherez pas par devant.
AUGUSTE
Vraiment, dans celle poslure-là, je le crois bien!... Mais pour ton derrière!...
TABLEALX DES MŒURS DU TEMPS 9l
LE MARQUIS
Ah! ma cousine, que mademoiselle est grassetle, qu'elle est blanche ! Ah! quelles fesses! quelles pommes de fesses !
THÉRÈSE
Mais, monsieur, vous baisez mes fesses à tout moment. Vous me maniez partout. Ce n'est pas là le jeu. Donnezmoi donc une tape, que je devine.
AUGUSTE
Attends, ma fdle, que je m'allong-e sous toi. Pvecommençons le petit jeu de tantôt, et laissons-le faire... Passe ton bras droit sous moi... avance cette main... ce doigt-là...
THÉRÈSE
Ah ! ma chère amie, que tu me chatouilles! fais, fais !... ah ! que tu me donnes de plaisir !
AUGUSTE
Que tu travailles bien aussi!... fort!... fort !... Ma mignonne, tu me ravis !
LE MARQUIS
Je suis pâmé d'aise, ma chère cousine.
THÉRÈSE
Auiiruste, en vérité, il me baise partout... Je crois vraiment qu'il me lèche... Ahi ! le chien! il me mord! Ah! jerny ! où me la mets-tu?... Ne pousse pas tant; tu me fais un mal horrible ; tu m'ôtes tout le plaisir que me fait ta cousine... Ah! Auguste, continue!... Ah!... fort bien!.,. Ah!... chien... chien!... que tu me fais mal!... Ah!... que mes fesses me cuisent!... Ah! ma cousine... le ^oilà entré, le voilà dans mon corps !... il est comme un tison ! ah !... que je souffre !
92 l'œuvre de crkbillo.n le fils
Redouble, redouble!... M'y voilà!... Ah! ah!... baisejuoi !... baise-moi ! cela est fini !
THÉRÈSE
Ahi !... ma chère amie!... j'ai la fièvre, j'ai le feu dans les reins... Ahi !... ahi !... je n'en puis plus !
LE MARQUIS
Ah ! je l'ai fait, à la fin !.... Les forces me manquent.... Je m'évanouis de plaisir!...
AUGUSTE
Eh bien ! nous \oilà tous trois à nous regarder sans nous rien dire.
THÉRÈSE
Ah ! malheureuse que je suis, que m'a-t-il fait?
AUGUSTE
Je crois bien qu'il t'a fait mal : mais avoue que je t'ai fait encore plus de plaisir.
THÉRÈSE
Je suis toute mouillée.
AUGUSTE
Et moi aussi; qu'est-ce que cela fait? 11 n'y aura qu'à se laver.
LE MARQUIS
Ma charmante Thérèse, je vous en demande pardon ; la beauté de votre corps m'a transporté... Je ^ous ai forcée, je NOUS ai violée ; mais je n'ai pu faire autrement, et je vous en demande pardon.
Aug-uste, ma chère Aug^uste, cela ne me laisse-t-il rien à craindre pour les suites?
AUGUSTE
S'il t'avait forcée par devant, c'était une autre affaire. Mais, par derrière, ce n'est rien.
THÉRÈSE
Tu m'en assures.
LE MARQUIS
Et moi aussi, mademoiselle, je vous en réponds. On n'a jamais fait d'enfants par là.
THÉRÈSE
Tu me consoles... Mais, pourtant, le derrière me cuit et me fait si grand mal !
AUGUSTE
C'est l'affaire d'une heure. Ce soir, il n'y paraîtra plus... Viens, ma Thérèse; approche, cousin; donne ta bouche et toi la tienne... Baisons-nous... encore !... aimons-nous bien!... Levons-nous. Allons, Thérèse.
THÉRÈSE
Je n'en ai pas la force.
LE .AFAROUIS
Moi, je ne suis pas pressé.
AUGUSTE
Allons, allons, il se fait tard : levons-nous pour le coup. Habillons-nous vite et nous séparons.