L.V COMTESSE
Soulevez-les donc par devant ! je ne marche pas à reculons... Eh bien!... eh bien! eh bien!
Qui est-ce qui a pu maltraiter des fesses comme celleslà?... Méritaient-elles qu'on leur fît le moindre chagrin? On leur a donc fait du bobo... bien du mali-malo !... N'y paraît-il plus?... Je meurs de peur qu'il y paraisse... 11 faut bien y prendre g"arde, pour y remédier vite... Viens, ma petite Thérèse, viens à moi !
LA COMTESSE
Tu veux t'asseoir encore là!... Laisse-moi mes pauvres fesses : elles se portent bien, je t'en réponds. Eh bien! que veux-tu faire de moi, tout debout, debout entre tes jambes?... Laisse-moi m'asseoir aussi. Laisse mon derrière : il n'a ni mal ni douleur, te dis-je!
MONTADE
Gela est trop important pour ne pas m'en assurer par moi-même... Fais-moi, ma petite amie, un baiser succulent... Bon !... encore... bon !... encore... encore... A cette heure, tourne-moi le dos, ce ne sera pas pour long-temps.
LA COMTESSE
Je t'attends, tu veux voir mon derrière tout entier? Tout est à toi; que pourrais-je te refuser? Tu me trousses beaucoup plus qu'il ne faudrait... Finis!... Tiens, je n'aime pas cela.
MONTADE
Je tâte, je reg-arde s'il n'y paraît rien. Attends, attends; voilà des marques, en vérité, qu'il faut elTacer tout à l'heure. Tourne-toi un peu de ce côté-ci... Un peu de
l'autre... Oui... oui... Ce ne sera pourtant rien; je vais y remédier dans le moment,
LA COMTESSE
Qu'est-ce donc que tout ceci? Est-ce que ton camarade s'en mêle?
MONTADE
Ah ! chienne ! tu me pinces !
LA COMTESSE
Non, te voilà passé.
MONTADE
Serre, serre-le donc comme dans un étau!
LA COMTESSE
Ah! jarni! il me brûle!...
MONTADE
Vous le méritez bien, pour le mal que vous lui avez fait... Ah ! ma mignonne ! qu'il est bien là!... qu'il y g-uérira vite ! Mets-toi sur moi, sur mes genoux... A merveille !
LA COMTESSE
Me voilà donc à cheval sur ton criquet, comme les petits enfants !... Veux-tu que nous fassions voyage ainsi? Je tiendrai mon bidet par la bride, et tu me suivras comme en croupe.
MONTADE
De tout mon cœur! Faisons Noyage... par exemple, allons sur le lit; nous y serons mieux qu'ici.
LA COMTESSE
Je gage que nous ne saurions faire autre chose.
MONTADE
Oh! que si !... Et ([uoi?
Monter dessus, tous deux, comme nous voilà, sans quillei- prise... Essayons... je ne puis... Nous ne sau-
242 l'œuvre de CRÉBILLON LE FILS
rions... Si je mets les genoux d'abord sur le lit, je ne te tiens plus.
MONTADE
Attends, serrons-nous ! Tiens bien ton bidet, approchons doucement... à reculons... Me voilà assis; c'est quelque chose. Tiens-toi toujours à cheval et ne te laisse pas désarçonner... Demeure sur moi, sur mes genoux. Je gage que j'ai assez de force pour t'enlever ainsi... Allons, tournons vite... Ferme !...
LA COMTESSE
Ah ! maladroit ! Où es-tu? Je ne tiens plus rien !
MONTADE
Hélas! non... Mais cela peut se réparer, si je baise tes yeux... Donne (a langue que je l'avale... Je veux ôter mon habit et ma veste, cela m'impatiente.
LA COMTESSE
Tu en seras mieux. Relève aussi (es cheveux; les voilà tout défaits. ^
MONTADE
Je prétends bien que tu ôtes ta robe aussi : il faut jeter tout cela sur le sofa... Bon!... voyons les rubans du corset... là... là... là donc. Laisse, que je défasse tes cordons de jupes... En voilà une...
LA COMTESSE
Mon ami... mon ami! tu me déshabilles tout à fait!
Ce cliien de jupon blanc tient si fort... le voilà défait aussi... Point de robe! point de jupes! la pure nature n'a que faire d'ajustements.
LA COMTESSE
Songes-tu que je n'ai plus que ma chemise?
MONTADE
C'est encore trop... mais je te la laisse pour cette fois...
LA COMTESSE
Me voilà comme tu me veux! Embrasse-moi donc, à présent, si tu m'aimes, et jure-moi que tu m'aimeras toujours! Jure, ou prends ton épée et tue-moi tout à riieure.
MONTADE
Tu m'enchantes, mon amour, et je te le jure, je ne connais de vie que celle que tu me donnes. Je veux voir tes petits tétons : tu les caches toujours avec tant de soin qu'on les connaît à peine.
LA COMTESSE
Tiens, mon ami... il me semble qu'ils grossissent, qu'ils veulent tout à fait se former sous tes yeux et dans ta main,
MONTADE
Oh ! quelle blanclieur !... Oh ! comme ils sont déjà rondelets ! qu'ils ont de jolis boutons! ce sont des boutons de roses!... Attends, que je leur donne un petit coup de lang-ue.
Ah! mon ami, que cela est chaud! que tu me chatouilles! Tu me mets la gorge en feu !
MONTADE
Que ne puis-je les baiser tous deux à la fois !... Prête... que je pose la bouche sur ton sein! je les sentirai du moins, les pauvres petits, qui me baiseront les joues.
LA COMTESSE
Que fais-tu donc? tu déchires ma chemise.
MONTADE
Pourquoi est-ce qu'elle m'arrête en chemin quand je veux te baiser du haut en bas !... Oui, je veux baiser ton petit nombril ; je veux conckiire ma langue conme un pinceau sur toutes ces petites veines bleues que je vois
244 l'œi^vre de crébillok le fils
là. Je voudrais porter ma bouche sur loul (on corps, qui •est enchautë.
LA COMTESSE
Tu me chatouilles que je n'y puis tenir.
MONTA DE
... Je perdrais la respiration dessus!
LA COMTESSE
Mais vous, monsieur, qui mettez une pauvre petite ifemme toute nue, pourquoi vous tenez-vous touthabillé?
MONTADE
Touthabillé?
•Oui, cette culotte...
MONTADE
Oh ! il est vrai. C'est que je ne la déboutonne jamais. •C'est une manière que j'ai prise au collège, où on m'en •éparg-nait la peine.
LA COMTESSE
C'est-à-dire que vous voulez qu'on vous la défasse •encore.
MONTADE
Oh ! je le veux bien !
LA COMTESSE
Tu .te mets à genoux pour cela?
MONTADE-
Oui, entre les jambes. Puis-je être mieux?
LA COMTESSE
Comment fais-tu donc?... tu te raidis... Je ne puis la -déboutonner.
MONTADE
Courage! courage! Mets-y toute ta force... Eh bien!... n'en voilà-t-il pas un défait?... ne voilà-t-il pas l'autre?... Allons... lève la toile comme au théâtre...
LA COMTESSE
Ah! si je pouvais aussi bien me dégager du joug" où mes parents m'ont attachée !
Quoi ! le joug- de ton mari? tu te moques de moi ! Je le mets au rang" des autres. Je ne veux absolument pas qu'il t'approche. Nous ne sommes point faits, cet hommelà et moi, pour avoir rien de commun ensemble... Et... s'avise-t-il de t'en faire souvent la proposition ?
LA COMTESSE
Mais... cela lui vient par boutade et toujours au moment que je m'y attends le moins. 11 sait de reste que cela ne me plaît point, mais rien ne l'arrête, et j'ai beau faire, il semble quelquefois que ce soit exprès pour me faire niche. Vendredi dernier, par exemple, je m'habillais pour aller à l'Opéra; il était cinq heures; M'"" de R... vint dans son carrosse à ma porte pour méprendre; elle me faisait dire à tous moments qu'il était tard : je me pressais; je fus prête enfin. J'allais descendre, lorsqu'il me prit part la main et me fit bon g^ré mal gré repasser dans ma garde-robe, sous le prétexte d'une affaire de conséquence.
MONTADE
Comment ! tout habillée, toute parée, il eut la brutalité?...
LA COMTESSE
Hélas! oui, tout en me disant que j'étais si belle qu'il en voulait passer son envie. 11 se jeta sur moi comme un taureau ; il me renversa sur une chaise longue et me fit ce qu'il voulut.
MONTADE
Ah! l'indigne!... Pouvais-tu voir cela sans horreur?...
246 l'œuvre df crkbillon le fils
Grâce à mon panier qu'il éleva jusque par-dessus nia lête, je n'en vis rien.
MOXTADE
Comment ! lorsque je t'attendais à l'Opéra, ({ue je piétinais d'impatience, c'était le rut de cet animal qui l'arrêtait?
LA COMTESSE
Eh! oui. Ne fallut-il pas après, me raccommoder de la tête aux pieds, pendant que les laquais de M'»»^ de R... ne faisaient que monter et descendre pour me faire venir? Voilà ce qui nous fit arriver après le prolog"ue, et ce qui me fit roug-ir de honte lorsque je crus voir tous les yeux du parterre et des logées sur moi... Souviens-toi que tu me reprochais d'être rêveuse.
M ONT A DE
Hélas ! oui, j'eusse été bien de même si j'en avais su la raison... Ma chère amie, il faut prendre un parti làdessus... Mon petit ang-e il faut le refuser tout net... 11 est à propos que tu en fasses confidence à ta mère. 11 faut lui peindre cet homme-là comme un amateur de filles avec lequel lu cours les plus grands risques. Et, en effet, combien connaissons-nous de femmes qui sont victimes de la débauche des maris! 11 faut que ta mère te soutienne làdessus. 11 ne manquera pas de se plaindre à elle; mais, comme elle t'aime mille fois plus qu'il n'en faut pour te croire, elle te donnera raison. Pendant cela, tu dois, de ton côté, lui donner extérieurement toutes les marques possibles de complaisance, même de respect. Cela fait deux biens : premièrement, c'est rang-er le public de son côté, voilà le plus g'rand point; de plus, c'est que les égards et les respects qu'on rend à un mari l'apaisent sur beaucoup de choses, et il en est plus d'un que cela
TABLEAlîX DES MŒURS DJ: TEMPS 2^7
dédominag"e de tout; car enfin, que ponrra-t-il dire au travers de tout cela?...