L.\. COMTESSE
Eh ! ce n'est pas ce qu'il peut dire (pie Je crains.
MONT AD E
Eh bien!... que pourra-t-il tenter? on ne prend point une femme de force; on ne viole personne.
LA COMTESSE
Mais si pourtant, quelqu'un en est capable, c'est lui. Il est naturellement brusque, et tu sais comme il est robuste.
3I0NTADE
Oui, comme un porteur de chaise.
LA COMTESSE
Sais-tu <[ue cet homme-là te prendrait, toi qui parles, qu'il te mettrait sous son bras et qu'il te fouetterait comme un morveux? Jug^e de ce qu'il ferait de moi dans ses fureurs.
MONTADE
Ma chère amie, je n'aurai jamais le fouet que de ta main, comme lu ne l'auras jamais que de la mienne. Mais nous ])erdons là le temps et nous avons de si bonnes choses à faire! Ouvre...
LA COMTESSE
Non, pas encore... Mets-toi là auprès de moi, pour causer un peu sur tout cola. Mettons-nous sur le c»')té, tous deux nez à nez.
MONTA DE
Est-ce comme ça? Attends, laisse-moi passer le bras sous toi, sous tes reins... passe le tien de même. Embrassons-nous à notre aise...
•j4^ l'œuvre de crkbillon le fils
la comïksse Tu me troubles : je ne sais plus ce que je te veux dire.
MONTADE
Je sais bien ce que je te veux faire, moi.
LA COMTESSE
Oh! mon ami, tu ne le feras pas de cette manière-là.
MONTADE
... Là... là... fort bien !
LA COMTESSE
A quoi donc l'amuses-tu?
MONTADE
Ce n'est pas moi, ce sont mes mains qui ne savent que faire.
LA COMTESSE
Ah ! ah !... cela est drôle. Fais, fais, divertis-toi !... Mais pourtant, cela ne va pas, et ton moineau n'est pas aussi franc qu'on dirait bien... Cela ne me fait rien, mon ami; je t'aime à la folie, et non point pour cela... N'en prenons qu'à notre aise...
MONTADE
C'est ne m'aimer que d'une façon : moi, je t'aime de mille. J'adore ton cœur et ton âme. Je donnerais ma vie pour ces yeux-là, pour ce nez-là, pour cette bouche-là. Baise-moi, mon cœur... Baise, baise... suce- moi la parole...
LA COMTESSE
Nonobstant cela, tu m'échauffes le derrière... Puis-je me prêter mieux?... Tu fléchis ! tu fléchis! ce n'est pas ma faute.
MONTADE
Je te demande pardon, mon ange; c'est que je suis occupé d'un petit cul que je n'ai fait encore qu'entrevoir et que je tiens à pleines mains... Est-ce que tu ne veux
TABLRAUX DKS MŒURS DU TEMPS 2^0
pas me permettre de faire connaissance avec lui? Il faut se voir pour cela.
LA COMTESSE
Que fais-tu"?... comme lu me tournes!... Est-ce que lu veux que je reste sur le ventre ! Cette situation-là ne me plaît pas.
MONTADE
Eh bien, morveuse, Je vous permets de vous mettre sur vos genoux, mais la tête en bas.
LA COMTESSE
La tête en bas?... pourquoi faire ?
MONTADE
Pour te voir un petit moment par ce colé-là; lu te remettras aussitôt.
LA COMTESSE
Sais-tu que j'ai presque honte, vis-à-vis de loi-même de me sentir troussée comme me voilà ! Mon derrière est à l'air.
MONTADE
Ah ! qu'il est doux de n'avoir qu'une chemise à lever !... Et (ju'il est bien qu'elle retombe pour la relever toujours!... Ah ! quelle croupe! quelle chute de reins! quels contours! quelle blancheur !...
LA COMTESSE
M'»*" de Rastard avait donc raison de l'aimer tant?
.^rOXTADE
Ma chère amie, tu nu^ déranges. Attends, que je relève ta chemise comme elle était... Ah! que tu es belle!... Voilà la chemise relevée sur tes épaules. Qu'il est joli ! qu'il est bien fait !... que je le baise encore!... je ne puis finir, je ne sais par où te prendre; je voudrais te tenir par tous les bouts, l'embrasser, te posséder, te baiser, te
200 L ŒUVRK DE CREBILLON LE FILS
pénétrer tout entière dans toutes les parties qui composent un si beau tout... Attends... attends!...
LA COMTESSE
Non, je ne veux pas cela ! je ne le souffrirai pas !.
MONTADE
Je sais bien, ma chère amie, que c'est la plus grande preuve d'amour qu'on puisse donner... et je te la demande.
LA COMTESSE
Dis la plus grande preuve de folie, et je t'en donne assez d'autres; mais pour celle-ci, non!...
MONTADE
Il n'est pas une femme qui ne l'accorde à son amant, quand un extrême amour l'exige... Attends donc... Ah! méchante amie, tu te couclies à plat; c'est bien le moyen de m'en empêcher... 11 n'y a aucun danger à cela...
Je le sens bien, mais tiens-toi là ; ne remonte pas.
MONTADE
Ah ! petite coquine ! Quand je voudrais avancer, je ne le pourrais pas... Ah ! qu'il y fait pourtant bon !...
LA COMTESSE
Je sens bien, malg-ré cela, que tu fais des efforts... Ah ! comme tu t'agites!... Eh bien!... eh bien!... Tournonsnous vite...
MONTADE
Oui, mon cœur... te voilà mieux... il n'y a pas un moment à perdre.
LA COMTESSE
Tiens ! M'aimes-tu, mon amour? En fais-je assez pour toi ?
TABLEAUX DES MŒURS DU TEMPS 20l
MONTADE
Je te mangerais de rag"e et de fureur ! Je dé\orerais ton charmant visage!... Donne-le-moi. Embrasse-moi; serre, étreins-moi de tes bras, de tes jambes, de tes talons... Bon !... ferme !... Je ne sais ce que je deviens.
LA COMTESSE
Ni moi, ni moi!... Ne parlons plus!... Tais-toi, mon amour!... Restons bouche sur bouche; achevons ici le dernier soupir !