‹ Tableaux des moeurs du temps dans les différents âges de la vieChapitre 27 sur 31 · L.\. COMTESSE · texte numérisé non relu

L.\. COMTESSE

Eh ! ce n'est pas ce qu'il peut dire (pie Je crains.

MONT AD E

Eh bien!... que pourra-t-il tenter? on ne prend point une femme de force; on ne viole personne.

LA COMTESSE

Mais si pourtant, quelqu'un en est capable, c'est lui. Il est naturellement brusque, et tu sais comme il est robuste.

3I0NTADE

Oui, comme un porteur de chaise.

LA COMTESSE

Sais-tu <[ue cet homme-là te prendrait, toi qui parles, qu'il te mettrait sous son bras et qu'il te fouetterait comme un morveux? Jug^e de ce qu'il ferait de moi dans ses fureurs.

MONTADE

Ma chère amie, je n'aurai jamais le fouet que de ta main, comme lu ne l'auras jamais que de la mienne. Mais nous ])erdons là le temps et nous avons de si bonnes choses à faire! Ouvre...

LA COMTESSE

Non, pas encore... Mets-toi là auprès de moi, pour causer un peu sur tout cola. Mettons-nous sur le c»')té, tous deux nez à nez.

MONTA DE

Est-ce comme ça? Attends, laisse-moi passer le bras sous toi, sous tes reins... passe le tien de même. Embrassons-nous à notre aise...

•j4^ l'œuvre de crkbillon le fils

la comïksse Tu me troubles : je ne sais plus ce que je te veux dire.

MONTADE

Je sais bien ce que je te veux faire, moi.

LA COMTESSE

Oh! mon ami, tu ne le feras pas de cette manière-là.

MONTADE

... Là... là... fort bien !

LA COMTESSE

A quoi donc l'amuses-tu?

MONTADE

Ce n'est pas moi, ce sont mes mains qui ne savent que faire.

LA COMTESSE

Ah ! ah !... cela est drôle. Fais, fais, divertis-toi !... Mais pourtant, cela ne va pas, et ton moineau n'est pas aussi franc qu'on dirait bien... Cela ne me fait rien, mon ami; je t'aime à la folie, et non point pour cela... N'en prenons qu'à notre aise...

MONTADE

C'est ne m'aimer que d'une façon : moi, je t'aime de mille. J'adore ton cœur et ton âme. Je donnerais ma vie pour ces yeux-là, pour ce nez-là, pour cette bouche-là. Baise-moi, mon cœur... Baise, baise... suce- moi la parole...

LA COMTESSE

Nonobstant cela, tu m'échauffes le derrière... Puis-je me prêter mieux?... Tu fléchis ! tu fléchis! ce n'est pas ma faute.

MONTADE

Je te demande pardon, mon ange; c'est que je suis occupé d'un petit cul que je n'ai fait encore qu'entrevoir et que je tiens à pleines mains... Est-ce que tu ne veux

TABLRAUX DKS MŒURS DU TEMPS 2^0

pas me permettre de faire connaissance avec lui? Il faut se voir pour cela.

LA COMTESSE

Que fais-tu"?... comme lu me tournes!... Est-ce que lu veux que je reste sur le ventre ! Cette situation-là ne me plaît pas.

MONTADE

Eh bien, morveuse, Je vous permets de vous mettre sur vos genoux, mais la tête en bas.

LA COMTESSE

La tête en bas?... pourquoi faire ?

MONTADE

Pour te voir un petit moment par ce colé-là; lu te remettras aussitôt.

LA COMTESSE

Sais-tu que j'ai presque honte, vis-à-vis de loi-même de me sentir troussée comme me voilà ! Mon derrière est à l'air.

MONTADE

Ah ! qu'il est doux de n'avoir qu'une chemise à lever !... Et (ju'il est bien qu'elle retombe pour la relever toujours!... Ah ! quelle croupe! quelle chute de reins! quels contours! quelle blancheur !...

LA COMTESSE

M'»*" de Rastard avait donc raison de l'aimer tant?

.^rOXTADE

Ma chère amie, tu nu^ déranges. Attends, que je relève ta chemise comme elle était... Ah! que tu es belle!... Voilà la chemise relevée sur tes épaules. Qu'il est joli ! qu'il est bien fait !... que je le baise encore!... je ne puis finir, je ne sais par où te prendre; je voudrais te tenir par tous les bouts, l'embrasser, te posséder, te baiser, te

200 L ŒUVRK DE CREBILLON LE FILS

pénétrer tout entière dans toutes les parties qui composent un si beau tout... Attends... attends!...

LA COMTESSE

Non, je ne veux pas cela ! je ne le souffrirai pas !.

MONTADE

Je sais bien, ma chère amie, que c'est la plus grande preuve d'amour qu'on puisse donner... et je te la demande.

LA COMTESSE

Dis la plus grande preuve de folie, et je t'en donne assez d'autres; mais pour celle-ci, non!...

MONTADE

Il n'est pas une femme qui ne l'accorde à son amant, quand un extrême amour l'exige... Attends donc... Ah! méchante amie, tu te couclies à plat; c'est bien le moyen de m'en empêcher... 11 n'y a aucun danger à cela...

Je le sens bien, mais tiens-toi là ; ne remonte pas.

MONTADE

Ah ! petite coquine ! Quand je voudrais avancer, je ne le pourrais pas... Ah ! qu'il y fait pourtant bon !...

LA COMTESSE

Je sens bien, malg-ré cela, que tu fais des efforts... Ah ! comme tu t'agites!... Eh bien!... eh bien!... Tournonsnous vite...

MONTADE

Oui, mon cœur... te voilà mieux... il n'y a pas un moment à perdre.

LA COMTESSE

Tiens ! M'aimes-tu, mon amour? En fais-je assez pour toi ?

TABLEAUX DES MŒURS DU TEMPS 20l

MONTADE

Je te mangerais de rag"e et de fureur ! Je dé\orerais ton charmant visage!... Donne-le-moi. Embrasse-moi; serre, étreins-moi de tes bras, de tes jambes, de tes talons... Bon !... ferme !... Je ne sais ce que je deviens.

LA COMTESSE

Ni moi, ni moi!... Ne parlons plus!... Tais-toi, mon amour!... Restons bouche sur bouche; achevons ici le dernier soupir !

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