‹ Tableaux des moeurs du temps dans les différents âges de la vieChapitre 30 sur 31 · HISTOIRE DE ZAIRF.TTE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE ZAIRF.TTE

cer. Voilà, aj(nila-t-elle, jciinc étiaiinrio, les desseins que j"ai sur ce qui vous regarde, cl c'est ce qu'il faut que je fasse avant la fin du jour, suivant l'ordre du souverain. »

Zaïrette, à ces mots, connaissant l'élat et le nom de la dame et voyant de quoi il s'agissait dans cet entretien, commença à lui parler avec un peu plus d'assurance : elle lui fit son histoire, telle que nous l'avons racontée; elle l'instruisit des mœurs, des usag-es de la nation française ; elle l'entretint de la liberté qu'ont les femmes dans son pays, de l'usag-e qu'elles en font, de la vie qu'on y mène et des amusements qu'on s'y fait, et enfin de l'étrang-e destinée qui l'avait fait passer dans le sérail deKarakatay; et c'est sur quoi Kalibeka l'interrompit et lui dit : « Ma fille, ne vous trompez pas: la fortune sans doute l'avait ainsi déterminé. Votre aventure était écrite sur la table de lumière; Babas, surnommé Farg'ani, le plus éclairé de nos Genethliaques, l'annonça ces jours passés à l'empereur, en lui disant que son bonheur n'était point aussi grand qu'il devait l'être par \\n événement rare et qu'il voyait prochain. On aurait pu, poursuivit-elle, vous annoncer la même chose en France, et i:)armi les plaisirs même qui vous flattaient le plus et dont vous avez eu tant de peine à vous séparer. Levez les yeux, dit-elle; voyez, ma fille, où vous êtes! Dans un pays que les astres chérissent, et que le génie de l'abondance protège incessamment. Vous avez quitté une région peuplée d'hommes sans foi, noircis de vices, en horreur à vous-même : vous voilà garantie de leur funeste société, (lelle de jeunes filles comme vous faisait tous vos plaisirs, tous vos amusements : vous verrez ici quatre cents filles, turques, grecques, esclavonnes. géorgiennes, toutes étincelantes du feu de leur jeune âge et de l'ardeur de votre tempérament; vous en veirez deux cents autres du pays de Kachemire, belles comme Fatmé et délicieuses comme des houris... Vous aimez les danses et les chants; oh! ma fille! quelle est votre fortune! Les brunes de Sérendib, les blanches du royaume de ïangutetraceront bientôt de votre souvenir les jeux et les divertissements de votre pays; vous jugerez s'il est des voix plus amoureuses et plus insinuantes, et s'il est possible de les imiter avec des instruments plus doux et plus harmonieux. Je ne vous parle point de la merveille des danses : tout ce que j'en pourrais dire serait autant au-dessous que les danses de vos pays dont vous faites tant de cas. Ce que je vois, c'est que vos spectacles représentent

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VOS mœurs ; qu'ils ne peuvent exposer à vos yeux que les vices de vos caractères, que la tristesse de voire état, que des inconstances, des infidélités, des trahisons ! et qu'y a-t-il de i^lus honteux que de se rechercher soi-même dans de pareils ouvrages ?

« Nos divertissements sont des tableaux de nos mœurs aussi; mais, grâce à la loi, la vie que nous menons n'est et ne peut être qu'une volupté de l'esprit, qui jamais ne s'altère, parce qu'une lasciveté continuelle en est l'Ame et le soutien, et qu'en cela nous remplissons nos devoirs et notre étude. Jugez de ce que nous pouvons faire en rejjrésentant des choses dont nous avons le cœur rempli. Vos jeux appartiennent à tout un profane public et sont assujettis à des ég'ards, à des retenues que ce public demande. Ouelle différence ! Les nôtres n'ont jamais pour objet qu'un homme seul; chacune des femmes qui l'environnent se regarde comme seule avec lui : chacune d'elle croit ne valoir qu'une partie de son plaisir : toutes y concourent et se concertent comme si toutes n'étaient qu'une ; et si la présence de l'empereur seul ne suffit pas pour les exciter, elles puisent dans leur lasciveté même un amour mutuel, une chaleur qui n'est que plus vive, qui toujours les anime en secret et souvent les transporte encore plus. »

A ces mots, Za'irette se sentit émue de joie autant que d'étonnement de se trouver dans un palais peuplé d'un si grand nombre de jeunes femmes, plus aimables et plus vives les unes que les autres, assez bien nées pour s'entr'aimer et jîour se donner entre elles des jouissances sans fin avec lesquelles on peut si bien s'affranchir du joug des hommes et se passer de leur secours.

Zaïrette était née avec ce penchant, et le commerce de quelques femmes de France le lui avait conservé. Elle le dit à Kalibeka qui reprit son discours ainsi :

« Oui, ma fille, c'est ici l'occupation la plus commune. Vous ignorez encore où vous êtes. Apprenez que nous vivons dans le sérail de l'Orient le plus nombreux, le plus superbe et le plus libre. Vous ne connaissez point l'immensité de ce palais ; vous concevez bien moins encore l'étendue des jardins qui l'entourent : l'enceinte des plus grandes villes ne doit point s y comparer; l'a'il n'en aperçoit point les bornes : on y est en effet enfermé, mais on y passe la vie sans le savoir ; et si on y pensait, on s'en féliciterait. Chaque esclave est ici logée comme

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iino fille de soiiveiaiii peut l'rd-e ailleurs; elle a dans son apparlemeni sa cliandjre de bains, ses cabinets de parfums et son ruisseau d'eau vive. L'empereur donne audience publique deux jours de la semaine; il choisit un troisième jour pour faire lancer ses léopards sur des g-azelles ; il emploie trois autres jours dans une espèce de recueillement (jui lui donne la douceur de se rapprocher de lui-même; personne, alors, ne pénètre jusqu'à lui; tout son cercle est réduit à quatre de ses femmes, qu'il nomme alternativement et auxquelles il envoie l'oidre avant midi.

Pendant tout ce temps, les fdies du sérail sont libres, se visitent et s'assemblent, font leurs exercices de chant et de danses, font résonner les cymbales et les harpes, ou recherchent dans leurs miroirs des positions de corps nouvelles, des attitudes amoureuses et lubriques qui puissent arrêter les regards de l'empereur ou attirer ceux de leurs prétendues rivales, pour qui souvent elles prennent tous ces soins...

« Lorsque ces jeunes filles s'assemblent dans leurs divers appartements, quelques eunuques noirs sont à la porte en dehors ; elles n'ont avec elles, en dedans, que des femmes comme moi, d'un âge presque mûr pour les accompa£:ner ; pour contenir, autant qu'il se peut, leur bouillante jeunesse; pour leur faire prendre haleine après les exercices et les inviter au repos, ou du moins à des amusements plus doux où le corps se rafraîchit et se délasse et où l'esprit seul demeure agréablement occupé.

« Voilà, ma fdle, comment on remplit ici les six premiers jours de la semaine, en attendant la fête du septième, dans laquelle vous allez être honorée comme nouvelle et étrangère. iMais enfin, continua Kalibeka, le temps s'écoule, le soleil se dérobe : il vous reste à prendre le dernier bain de parfums. Il est temps de vous instruire des usages du sérail et de l'étiquette que vous devez observer tantùl... .Ma fille, écoutez-moi! »

Alors Kalibeka respiia un moment, et, pendant ce temps, elle considéra Zaïrelte de la tête aux pieds et lui pt)rta des i-egards qui exprimaient plus que des paroles... Zaïrelte les entendit; mais, par respect, elle baissit les yeux et n'osa y répondre. Elle pria seulement Kalibeka de l'instruire de l'éti-- (piette, et enfin Kalibeka, rompant majostueusonient le silence, reprit .son di.scours ainsi :

« Ne parlons plus des pompes et dos fêtes du plus :;raiid des

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cmportMiis : rrtléchissoiis conihioji il est plus erand dans ses luxures I... .Méditez sur cela, Jiui liile, reii-ardez-vous dès oc moment eoinme uim^ fleur toujours prête à être cueillie, comme une source d'eau \iv(^ et pure qui doit servir tantôt à désaltérer votre niaîtic. à le refroidir, à apaiser les ardeurs et les fouj^ucs de son tempéra uieut : voilà l'objet de toutes les femmes de sou sérail; voilà leur principe; toutes se conduisent là-dessus. vous en vern'z des preuves sensibles, et voici comment la fêle se passera :

(c Je vous initierai, suivie de vos euniiipies. dans un cabinet obscur ; nous y serons enfermées un instant. Le Grand Moufhack i)araiti-a. i)récédé de douze eunuques, portant des torcbes de ciie parfumée. Il s'approcbera de vous, vous vous prosternerez ; il vous relèvera aussitôt. Une porte s'ouvi'ira ; les douze eunuques pas.seront ; vous me qui ttei'ez et passerez après les eunuques, immédiatement devant l'empereur. Vous vous trouverez d'abord dans une galerie dont la magnificence pourra plaire à vos yeux, si vous la considérez : j'en doute, parce que votre oreille aussitôt sera frappée d'un bruit étrange de tambours, de hautbois et de trompettes. Vous suivrez votre marche jusqu'au milieu de la g-alerie. Vous ti'ouverez là deux carreaux, pour l'empereur et jDour vous. Vous vous assiérez près de lui. pour entendre cette harmonie presque terrible ; vous en serez l'un et l'autre violemment émus, et c'est là l'effet qu'elle doit faire, pour disposer les sens à ce qui suit... L'empereur enfin se lèvera : les eunuques demeureront. Vous le suivrez seule dans une g-rande salle carrée, dont les murs blancs sont incrustés de jaspe et dont le plafond, de bleu céleste, soutient un globe de cristal taillé à mille faces, que les lumières des boug'ies font briller comme im soleil. L'empereur passera sans s'arrêter; une g-rande porte s'ouvrira : vous vous trouverez avec lui. ma fille, dans la première salle des actes.

« Cettc^ salle est ovale; ses murs sont tapissés de guirlandes de fleurs; elles se présentent sous la main et font respirer le <loux air du printemps. La voûte en est arg-entée et éblouissante de lumière, l.'n tapis précieux courve tout le parquet, et là seront cinquante jeunes filles, la gorge nue, assises et rang-ées en ovale sur des coussins de velours bleu ; les unes coiffées et vêtues jusqu'à la ceinture à la grecque, d'autres à la persane ou à la géorgienne, mais toutes sans caleçons et la plupart en robes très amples th; diverses couleurs qui leur tombent sur les

ZAIKETTK

D'iipivs rori!;in;il (l(> /(i/i/cmi.r ilrs iiKnirs du temps.

•xrciili' s.iiis ildiilr |iar I(i)C(|ii('l |iuiir M. do La PopeliniiTe.

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pieds, dos babouches bordées de perles, et des bas blancs garnis de toutes couleurs.

« Aussitôt que l'empereur Moufhack paraîtra, toutes se lèveront, et, d'une souplesse admirable, prendront mille attitudes différentes, sans quitter leurs places, et lui diront à peu près ceci : Grand Moufhack, mon maître et mon amant, es-tu vaillant comme on le dit? Viens m'assiéger; viens forcer les portes étroites du petit séjour qui t'attend. Viens me débarrasser d'une étoffe qui me couvre et qui me g-ène : je n'ai pas la force de la lever moi-même, mais ta main luxurieuse, du seul toucher, m'en sépai*era... L'empereur répondra : Mes femmes, je ne puis; j'ai une femme nouvelle qui, peut-être, s'en offenserait... Là-dessus, ma fille, vous répondrez : Seigneur, je suis la plus petite de vos esclaves ; je ne suis ici que pour servir mion maître ou ses esclaves favorites ; je lèverai pour vous leurs robes, leurs jupes et leurs chemises, s'il le faut... Après quelques discours semblables, ma fille, écoutez ceci... Mais, pour mieux vous le faire entendre, ôtez cette robe et je vais faire comme vous ferez... »

Zaïi-ette ne se le fit pas dire deux fois ; elle ôta promptement sa robe. 11 ne lui restait qu'un léger jupon et son corset blanc, qu'elle entr'ouvrit pour découvrir son sein. En cet état, elle s'approcha devant Kalibeka, qui reprit la parole. « Vous vous mettrez en marche, dit-elle, et précéderez l'empereur. Vous parcourrez tout l'ovale de la salle avec lui, et ce sera vous qui lèverez la robe, la jupe et la chemise des cinquante femmes, l'une après l'autre et chacune à son tour, et voici comment... Tenez-vous, continua Kalibeka, tenez-vous, ô belle tige de cyprès ! tenez-vous droite devant moi. Vous trouverez, au bord des jupes et des chemises, de petits anneaux d'or; il doit y en avoir tout autour; vous prendrez ensemble la jupe et la chemise ; vous les lèverez l'une avec l'autre jusqu'aux épaules, où vous trouverez deux boutons de perles : vous y attacherez les petits anneaux comme je fais... »

En effet, Kalibeka se baissa ; elle prit le jupon blanc de Zaïretle, qui se tenait debout, et sa chemise ; elle les leva, elle les roula et lui eii fit une espècedeceinture qu'elle arrêta sur ses hanches. Alors elle mit un genou en terre pour considérer plus attentivement la blancheur et le contour du ventre de Zaïrette, la rondeur de ses cuisses et surtout l'ouverture et l'entrée du corridor d'amour...

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« Vous attacherez, lui dit-elle, ma fille, à peu près de cette maaière la jupe et la chemise des cinquante femmes l'une après l'autre, et successivement ; puis vous vous rapprocherez plus près d'elles et vous en recevrez pour remercîmeat un baiser semblable à celui-ci.

« Ce baiser, ce fut Kalibeka qui le donna à Zaïrette : elle avait toujours un genou en terre ; mais sans se déplacer, elle attira Zaïrette, elle la serra dans ses bras, elle promena sa langue sur son sein, elle termina sur sa bouche ce baiser, qui dura si long-temps que Zaïrette en perdait la respiration. Kalibeka se releva et continua d'instruire Zaïrette... « Toutes les femmes, reprit-elle, resteront debout en cet état, en attendant la visite du Grand Moufhac... Vous, alors, ma fille, prendrez place avec elles, c'est-à-dire la dernière et au bout du rang. Peu après toutes les cinquante ne manqueront pas de s'offrir à aous rendre le même service ; mais l'empereur le permettra à une seule, et celle-ci viendra vous joindre, attachera sur vos belles épaules ou sur vos hanches votre jupe et votre chemise roulées, et mettra au grand jour l'albâtre de ces cuisses, les saphirs de ces veines, et ce rubis céleste cju'elles environnent. Vous donnerez après le baiser de remercîment... Eli ! comment le donnerez-vous ? » s'écria-t-elle.

Zaïrette, qui n'avait d'autres vues alors que d'acquérir le suffrage et la protection de Kalibeka, crut bien faire de lui rendre à elle-même le baiser qu'elle en avait reçu ; elle s'y hasarda : elle sauta à son cou, et Kalibeka en parut satisfaite. « Madame, lui dit-elle après, de grâce, achevez de m'instruire : resterons-nous longtemps dans cet état, à demi nues les unes devant les autres? » — « Je ne sais, ma fille, repartit Kalibeka. La volonté de l'empereur en décidera. Vous le verrez, poursuivit-elle, venir à vous comme aux autres, faire dix fois son tour, vous caresser toutes, vous exciter, vous chatouiller, vous pincer, s'asseoir sur vos coussins, vis-à-vis de vous, et vous remarquerez une formalité dans ce cas : c'est que la maîtresse du coussin doit aussitôt tomber à genoux, pour se mettre à portée de préluder d'avance... Peu après, vous verrez Moufhac se lever brusquement : quatre petites portes s'ouvriront : trois des femmes qu'il aura nommées s'y jetteront précipitamment ; Moufhack passera par la quatrième ; vous l'y suivrez, pendant que la grande porte s'ouvrira de même, par où tout le reste disparaîtra... »

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« Comment ! madame, reprit vivement Zaïrette, je me trouverai donc tout à coup livrée à lui, que je ne connais point, que je n'ai jamais vu ! Au moins donnez-moi quelque idée de sa personne, que je puisse m'en faire une image, pour éviter un embarras dont je ne serais pas maîtresse, et qui pourrait lui déplaire. » — Rassui^ez-vous, ma fille, répondit Kalibeka, vous verrez un héros, dans le brillant de son âge, dont le visage est brun, la taille noble et leste, dont les yeux étincellent et dont les regards dévorent le plaisir.

« Vous suivrez, continua-t-elle, Moufliack, et vous vous trouverez dans un petit cabinet à la mauresque, dont le plancher n'est autre qu'un matelas de coton couvert de velours pourpre avec des coussins de même, de toutes les formes. » — « Madame, lui dit Zaïrette, l'empereur viendra donc s'asseoir sur mon coussin?... » — « Oui, ma fille, répondit Kalibeka... » — « Il paraîtra donc devant moi avec le sceptre en main?... » — « Peut-être, ma fille, ropiit Kalibeka... Les choses de la vie les plus extrêmes se touchent. Il y a moins de distance qu'on ne croit d'un sceptre redoutable à un chalumeau de berger; le grand Moufhack éprouve souvent de ces métamorphoses, et il n'en murmure pas. »

Zaïrettre se représentait bien ce que c'était que ce prétendu sceptre redoutable que l'empereur pouvait tenir dans la main, mais il ne lui était pas aussi facile de se faire une idée juste du chalumeau. Elle n'osait s'en expliquer, de peur de blesser la modestie de Kalibeka ; elle désirait pourtant de tout savoir. Kalibeka comprit sa peine et lui dit : « Ma fille, quand le grand Moufhack met eji évidence son spectre, il règne alors, il commande ; c'est à son esclave d'obéir et de se soumettre. Quand, au contraire, il tient ce sceptre en réserve, c'est à vous à le chercher où il peut être, quelque difficulté qu'il y oppose : il est de votre devoir de vous en saisir, de vous en rendre maîtresse. Peut-être vous arrivera-t-il, en le découvrant, de n'y voir, de n'y reconnaître qu'un jouet propre à l'amusement d'un enfant. Dans ce cas, vous devenez l'enfant, ma fille; vous devez vous en faire un jouet à vous-même ; vous devez le tenir, le serrer, le presser, ou badiner légèrement autour avec les doigts de la main droite... »

(c Vous me demandez, ma fille, quel sera le sort des trois autres femmes qu'il aura nommées comme vous : il sera tout égal au vôtre. L'empereur choisit toujours quatre jouissances

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dans celle première salle. C'est par celte raison qu il vous quittera peu après et que, pour s'y disposer, il passera de ce cabinet dans un autre, où il se renfermera seul, pour y prendre un demi-bain... » — « Et moi, madame, interrompit Zaïrette, que deviendrai-je?... » — « On vous en fera prendre un de même, répondit Kalibeka ; on vous rafraîchira d'essences nouvelles, et il se trouvera là deux femmes domestiques à cet effet. »

Zaïrette avait toujours le devant de son jupon et le devant de sa chemise roulés sur les hanches. Elle avait eu tout le devant de son joli corps nu pendant ce discours ; mais alors, Kalibeka déroula le jupon et la chemise, les rabattit et les remit dans leur état ordinaire ; après quoi, Kalibeka respira un moment. Ce moment fut long pour Zaïrette; elle était dans l'impatience de tout savoir. Quelque respect que lui imposât le sérieux de Kalibeka, elle rompit le silence et la supplia de l'instruire de la suite...

« Vous reviendrez, ma fille, lui dit Kalibeka, dans la première salle des actes : l'empereur y arrivera pour vous conduire et vous installer dans la seconde, qui suit.

« Cette seconde salle est aussi vaste que la première, mais elle est ronde ; un tapis de satin bleu couvre les carreaux du plancher ; il règne tout autour un divan ; ce divan est plus élevé que nos sofas ordinaires ; il est haut de trois pieds et large de quatre : un tapis matelassé du même salin bleu le couvre et le garnit jusqu'à terre ; on peut s'y asseoir, comme on peut s'y coucher. Autour de ce divan sont rangés en niches, dans le mur, des urnes, des vases de toutes les formes : c'est ce que la Chine et le Japon ont jamais eu de plus précieux. Le mur de la salle est revêtu de porcelaines à fond blanc, où sont représentées en bleu toutes sortes de fruits et d'animaux. Un dôme s'élève, du milieu de cette salle, revêtu de carreaux de porcelaine et blanc comme l'air ; tout y est radieux par les lampes et les bougies, qui répandent en se consumant le parfum exquis qu'on leur a donné.

« Vous serez surprise, ma fille, poursuivit Kalibeka, à l'entrée de cette salle : vous y verrez cinquante jeunes garçons qui viendront environner le Grand Moufhack et vous ; leur beauté, leur taille fine et leste vous intéresseront!... les uns ayant le demi-turban sur la tête ; d'autres la tête et le front bandés d'une seule toile légère brodée d'or; d'autres coiffés de leurs.

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cheveux en grosses tresses ou en boucles retenues par des nœuds de rubans ; tous ayant le triple esclavag^e de perles au cou, de petites vestes, couleur de rose, justes et faites exprès pour accompag-ner la beauté des épaules et la chute des reins; presque tous des ceintures blanches autour d'eux, et tous des caleçons de satin bleu, justes comme leurs vestes, et embrassant leurs cuisses de près. »

A ce début, Zairette fut interdite et embarrassée; elle ne pouvait comprendre à quoi étaient destinés ces cinquante jeunes garçons : elle n'osait se persuader que ce fût pour l'usag-e des femmes, et toute autre idée la révoltait. Elle en témoig"na de l'inquiétude, mais Kalibeka reprit son sérieux et continua :

« Attendez, ma fille, lui dit-elle; écoulez-moi. Voici ce cjue celte folle jeunesse viendra dire à 1 empereur : 0 Moufhack ! le plus grand des hommes, peux-tu suffii^e à toul ce qu'il nous faut? Nous sommes une troupe de jeunes g'arçons déterminés à te combattre. La renommée de ta luxure, qui remplit l'univers, excite notre courag-e et nous rassemble ici, pour te prouver que nous ne craignons pas tes assauts...

« A quoi l'empereur leur répondra : Mes fils, il faut, malgré moi, que je vous refuse. Voici ma nouvelle femme, elle dispose de mes volontés ; et vous ma fille, poursuivit Kalibeka, vous répliquerez : 0 grand monarque ! je suis la dernière et la plus humble de vos esclaves; je n'ambitionne que votre plaisir. Si ces jeunes gens s'offrent à vous, ne les refusez pas : ils sont si beaux, si vifs et si lascifs!... Et vous ajouterez à cela, ma fille, ce que leurs charmes vous inspireront en effet... Non, répliquera l'empereur, je n'en ferai rien; je lai juré... Vous verrez, ma fille, alors les jeunes garçons redoubler leurs attaques et leurs emportements, et après bien des refus lui dire : Moufhack, ne viole point ta parole sacrée ; accorde-nous seulement la faveur du bouquet de myrte ou de jonc... Et si tu ne veux pas encore nous faire cette faveur, ordonne du moins à ton esclave nouvelle de prendre ce soin... L'empereur répondra : Mes fils, je consens que ma nouvelle femme vous donne ce soulag-ement... Aussitôt, mon enfant, poursuivit Kalibeka, vous verrez les cinquante jeunes g'arçons s'arranger à trois pas l'un de l'autre, en cercle autour de ce divan matelassé, sur lequel ils s'étendront de la ceinture en haut, les pieds posés à terre et le derrière tourné. Vous ne perdrez pas de temps;

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VOUS les servirez Tiin après l'aulre comme les femmes de la première salle... »

Zaïrette ne put écouter tranquillement ce discours : son ctï'ur s'y soulevait ; elle était prête à perdre le respect et à faire éclater son indignation. Kalibeka ne la laissa pas plus long-lemps dans cet état ; elle lui jeta un regard de bienveillance et reprit la parole : « Ma fille, lui dit-elle, que vos alai-mes cessent. Ecoutez-moi... Vous devez savoir que la plupart des princes d'Oi-ient ne sont que trop sujets à la détestable manie des garçons ; c'est ce ciui cause le malheur de leurs femmes et qui engendre dans les sérails bien des troubles et souvent blea des désordres. Le judicieux Moufliack en a connu les conséquences : il a juré en notre présence qu'une telle indignité n'entrerait jamais dans son cœur, et c'est en reconnaissance de ce serment inviolable que nous avons institué la cérémonie de la seconde salle des actes, et qu'un nombre de jeunes femmes s'y présentent sous ce déguisement, qui leur plaît à elles-mêmes beaucoup.

« Rassurez-vous donc, ma fille, poursuivit Kalibeka, et sachez que ces prétendus garçons sont de jeunes femmescomme vous; les unes de Cachemire, d'autres de Lahore,. d'autres de ma patrie, belles, en effet, et vives comme je viens de vous les dépeindre. »

A ces paroles, Zaïrette reprit toute sa sérénité : une douce joie se répandit sur son visage et en ranima les couleurs. Elle pria Kalibeka de lui pardonner une inquiétude et une impatience qu'elle n'avait pu surmonter ; elle s'en excusa sur son ignorance, qui ne lui avait pas permis d'imaginer des usages aussi étranges pour elle et aussi singuliers pour tout le monde^ Elle prit la main de Kalibeka, elle la baisa et lui demanda avec empressement quelle serait la suite de cette cérémonie.

Kalibeka continua son instruction en ces termes : « Aussitôt, ma fille, que vous aurez bien déshabillé les fesses de la première femme, vous en ferez autant à la seconde, à la troisième et de suite à la ronde à toutes les cinquante, jusqu'à la dernière. Cette cérémonie ne sera pas plus tôt faite qu'il en faudra recommencer une autre. Elles vous y assisteront toutes, avec une voix tendre et touchante, ou avec des cris perçants et tumultueux. Venez à moi, vous dira l'une ; non, vous dira l'autre, ma sœur, c'est à moi, mon derrière a été le premier découvert. Venez voir le mien! s'écriera une autre: vovez.

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comme il se présoiilc; il a froid, ma sonir; venez à mon secours!... Alors, ma fille, poursuivit Kalibeka, et pendant toutes ses clameurs, vous ramasserez des filets de lavande ou des branches de larix, de thym ou d'autres branches et racines choisies pour cet usag-e, que vous trouverez partout sous vos pas répandues à cet effet; vous en composerez une espèce de verge ou de bouquet, et vous retournerez aussitôt à la pi-emière fille du côté gauche qui vous attendra... Vous passerez d'abord trois fois la main sur ses fesses, puis vous en donnerez trois petits coups ; elle vous en demandera ; vous continuerez, vous redoublerez, vous flatterez les deux fesses également ;, vous appliquerez tantôt sur l'une, tantôt sur l'autre ; de temps en temps, vous donnerez fort, et quand son derrière aura pris la couleur de la rose, vous le baiserez et irez à la secoade femme en faire autant, et de suite à toutes les autres^ sans aucun, égard pour celles qui voudraient vous arrêter... Il en est dont la blancheur vous paraîtra longtemps la même et qui vous exciteront à redoubler de vitesse pour mettre leurs fesses au point de couleur qu'il faut ; il en est d'autres qui vous embarrasseront par la vivacité de leurs mouvements. Vous verrez ce qu'elles savent faire, quoiqu'elles paraissent à demi couchée.s sur le matelas du divan ; vous verrez avec quel feu elles boji' dissent et s'élèvent par mille caracoles pour offrir toujours le derrière d'une manière nouvelle, pour lui donner des phases et des aspects différents. Vous en trouverez de ces femmes que vous caresserez plus fort et plus vite que vous ne voudrez, qui par leurs discours lubriques, leurs attitudes et l'agitation qu'elles se donnent, exciteront malgré vous le bouquet de verges que vous aurez dans la main et vous feront tomber vous-même dans une espèce d'emportement qui ressemblera fort au leur. Et c'est alors que le grand Moufhack vous remplacera, les visitera toutes, la verge à la main, et parviendra peut-être à les apaiser...

« Aussitôt après, ma fille, poursuivit Kalibeka, trois de ces femmes viendront à vous et vous diront : Ma chère sœur, nous voudrions vous rendre une partie du bien que vous nous avez fait... Vos fesses de nacre n'ont-elles point besoin de nous? Votre cul d'ivoire n'est-il point incommodé du fioid ? »

« Comment, madame, s'écria Zaïrette tout étonnée, ou troussera mon derrière aussi? Quoi! il faudra que je le montre à tout le monde !... Encore, dit-elle, si c'était en parti/nilier !.„ »

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— « N'importe, ma fille, reprit gravement Kalibeka, l'éticiuette veut que vous répondiez à ces femmes ainsi : Oui, mes frères, je suis bien aise que vous vouliez me servir ; j'en ai besoin et mon derrière a froid... Tout de suite, vous vous tournerez, vous vous appuierez sur les matelas du divan ; elles lèveront promptement votre jupe et votre chemise, qu'elles attacheront, pour manifester aux yeux de l'empereur le plus beau cul que le sérail ait peut-être vu luire depuis long-temps, pour le flatter avec la simple branche ou le bouquet entier, pour l'exciter à des positions et à des mouvements qui puissent servir encore à l'embellir davantage. Je ne doute pas qu'il n'y ait déjà de grandes dispositions, mais comme il faut que je m'en assure, approchez-vous de moi, ma fille. »

Comme Zaïrette obéit à ces mots, elle s'approcha ; elle comprit aussitôt l'intention de Kalibeka ; elle lui tourna le dos et se tint debout. Kalibeka alors mit un genou en terre, prit le jupon blanc et la chemise de Zaïrette par derrière, comme elle avait déjà fait par devant, les roula l'un dans l'autre, lui découvrit les cuisses, les fesses et même la chute des reins, d'autant plus aisément que Zaïrette, par complaisance, tenait elle-même son jupon et sa chemise roulés tout le plus haut qu'il était possible.

Kalibeka fut saisie de la finesse, de l'élégance, des grâces de cette partie du corps de Zaïrette ; elle resta un genou en terre pour s'en rassasier de plus près ; elle considéra ces fesses longtemps, sans proférer une seule parole ; puis, tendant les bras : « 0 croupe de houri ! s'écria-t-elle ; ô fesses plus blanches que la cime du mont Imaiis! pommes de cristal, est-il écrit que VQUS serez froides, impassibles et sans mouvements, pendant qïià vous exciterez l'impatience de la main qui vous tiendra ? Cela ne se peut, poursuivit-elle. Essayons. Recevez, ô charmantes fesses! mes doigts comme des branches de myrte, et toute ma main comme un bouquet qui vous flattera mieux qu'un autre et plus encore à mon gré. »

Kalibeka alors passa le bras droit sous le ventre de Zaïrette, qui était d'une taille très fine. Elle s'en trouva enveloppée et sentit sa main sur sa chute de reins. Kalibeka, de son autre main, fit un frottement très vif sur les cuisses et sur les fesses de Zaïrette, entrecoupé par de petites claques légères, dont elle ne laissa pas de se sentir émue; en sorte que, soit par ce sentiment, soit par condescendance, Zaïrette agitait son petit cul

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avec assez d'enjouement; et Kalibeka continuait toujours en disant : « Non ! non ! fesses précieuses ! voiisn'ùtes point insensibles, toutes glacées que vous êtes. Je sens déjà, sous ma main , de petits trémoussements semblables au sourire des joues, qui me sont d'un grand augure ; vous êtes pleines de vie et de sentiment : vous pourriez déjà prétendre aux plus grands honneurs dans les jeux qui se feront tantôt. »

A ces mots, Kalibeka se releva et reprit son maintien ordinaire. « Eh bien ! madame, reprit Zaïrette en souriant, que deviendrai-je en cet état? » — « A l'instant, ma fille, répondit Kalibeka, vous verrez quatre petites portes s'ouvrir, comme dans la première salle ; trois filles y entreront et l'empereur passera par la quatrième. Vous l'y suivrez, dans un petit cabinet rond, bâti d'un bois odoriférant. » — a Et à quel traitement, madame, repartit Zaïrette, dois-je m'attendre dans ce cabinet? »

« Il est de votre devoir, ma fille, répondit Kalibeka, de vous présenter à lui comme vous voilà. Vous ferez plus : vous verrez des verges accrochées tout autour du mur; vous en prendrez une, vous la lui offrirez, pour qu'il vous fasse la faveur qu'il aura faite aux autres ; vous lui présenterez votre derrière debout; s'il ne vous dit rien, vous vous mettrez à ses g:enoux, toujoui's les fesses bien découvertes ; s'il ne vous parle point encore, vous vous coucherez sur le ventre et ferez jouer vos belles jambes en l'air. Peut-être arrivera-t-il que tout cela ne le touchera point ; alors, ma fille, il faut emprunter toute l'apparence de la colère; il faut vous venger de ses mépris; vous devez vous relever dans le moment, l'attaquer, le combattre, le renver.ser sur un carreau, détacher sa culotte, découvrir son derrière, sans ménagement, tomber dessus, la verge en main, jusqu'à ce qu'il se réveille. Cela ne tardera pas, ma fille : l'empereur, rendu à lui-même, vous saisira, vous enlèvera dans ses bras et vous renversera sur les carreaux à votre tour... Je me tais sur le reste qui dépendra de son caprice ou de son goût. »

Tout ce discours fit à Zaïrette une impression profonde ; elle en demeura rêveuse un moment. Elle cherchait à se rendre raison d'une cérémonie si singulière ; elle ne concevait point comment l'empereur, si bien à portée de posséder une femme de son goût, ne jouissait pas d'elle en effet de la manière la plus prompte et la plus décisive; elle n'imaginait pas ce qui

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avait pu donner lieu à ces exercices de verg-es, ni quelle utilité on en devait tirer. Elle le comprenait d'autant moins qu'elle ne croyait les verges propres qu'à corriger des enfants, comme elle l'avait elle-même éprouvé dans sa jeunesse première. Zaïrette ignorait alors qu'il n'est point de vigueur, mâle ou femelle, qui puisse se conserver dans l'ardeur du premier feu ; qu'il est dans l'un et l'autre sexe des tempéraments naturellement tièdes : qu'il en est d'autres qu'un exercice continu fatigue et endort à la fin et qu'on ne peut réveiller avec succès qu'autant qu'on emprunte de pareils secours. Kalibeka l'instruisit à fond de toutes ces choses, qui lui parurent bien nouvelles ; mais elle étonna encore plus Zaïrette, lorsqu'elle voulut lui persuader que ce dernier état est de tous le plus à désirer, en ce qu'il ne permet que des jouissances en quelque manière pénibles et douteuses, d'où naît toujours une irritation de désirs et par conséquent une supériorité de plaisir.

Zaïrette n'avait jamais fait ces réflexions, qui ne se présentent pas, en effet, à tout le monde. Elle convint qu'on pouvait les appliquer aux hommes ; mais comme elle jugeait du tempérament vif des femmes par le sien, elle avait peine à croire que son sexe pût tomber dans le cas d'avoir besoin de semblables moyens.

« Madame, dit-elle à Kalibeka, permettez-moi de vous demander si les femmes se déterminent aussi facilement que les hommes à employer ces sortes d'expédients. » — « Oui, ma fille, répondit Kalibeka : elles en font bientôt les premières épreuves ; successivement, ce devient un usage, et le besoin s'ensuit immédiatement après. » — « Le besoin ! s'écria Zaïrette étonnée. » — « Hélas ! ma fille, reprit Kalibeka, tout se suit dans la nature, tout se lie et tout se tient. Si l'on voit les besoins engendrer des habitudes, on voit de même les habitudes engendrer des besoins... » — « Madame, ces sortes de besoins ne m'entrent point dans la tête, à moins que vous n'ayez la bonté de me dire si vous avez par vous-même quelque expérience là-dessus. » — « Oui, ma fdle, répondit Kalibeka. Je suis entrée à quinze ans dans ce sérail ; j'en ai plus de ti^ente, et vous devez vous en rapporter à moi. » — « Mais, madame,, reprit Zaïrette, vous représentiez donc aussi, dans cette seconde salle des actes ?» — « Ma fille, lui dit Kalibeka, je pourrais y reparaître encore, puisque je suis honoraire dans toutes les salies. » — « Mais, reprit-elle, madame, si l'habitude fait

niSTOIRK DE ZAIKKTTE 297

naître en vous le l)esoin, cominonl le hesoiii ne vous est-il pas reste?... »

A ces mots, Kalibeka releva la tète et lui dit : « Petite étrang-ère, vous me manquez de respect! » Zaïrette lui demanda pardon de cette indiscrétion ; elle lui jura qu'elle n'avait pas cru lui déplaire et que c'était de sa part une simple curiosité. « Non, non, reprit Kalibeka, d'un ton plus animé, vous voulez développer des secrets que je renferme. » Zaïrette protesta que ce n'était point sa pensée. « Non, non, poursuivit Kalibeka, vous voulez savoir si l'usag-e de la seconde salle me plaît, si j'en aime l'exercice : je vous vois prèle à me proposer d'en faire une répétition. » Zaïrette était toute craintive et tout embarrassée. « Petite étrangère, poursuivit-elle, vous affectez une humble contenance, mais vos reg-ards décèlent votre audace, et je sens que si je vous mettais à môme, je ne pourrais m'en g-arantir : je le sens, je le vois, dit-elle avec colère, et il faut que je vous châtie ! »

A l'instant Kalibeka tira de dessous sa robe une longue verge de joncs, et du bras droit prit et enleva par la ceinture Zaïrette, de qui le jupon et la chemise étaient encore en état. Mais du même mouvement, Kalibeka la remit à terre, lui donna la verge qu'elle avait dans la main, et lui dit : « Jeune fille, voyons si je ne me trompe point. Essayons jusqu'où peut aller votre témérité. » Tout de suite, Kalibeka se voila le visage, se jeta sur un lit, s'y coucha sur le ventre et ne parla plus.

Zaïrette fut d'abord troublée de cette démarche et se trouva un moment inquiète sur le parti qu'elle avait à prendre : d'un côté, le respect qu'elle avait pour cette dame et la peur de lui déplaire lui causaient de vraies alarmes ; d'autre part, la grande verge que cette dame lui avait remise, le discours équivoque, cette dame elle-même couchée sur le ventre, tout lui servait de preuve que Kalibeka s'attendait à l'exercice de cette verge et qu'elle le demandait... Zaïrette prit son parti : elle s'approcha du lit et lui dit en souriant : « Madame, savezvous qu'on ne tourne jamais le dos à quelqu'un sans lui présenter le derrière? Savez-vous, madame, continua-t-elle, que je suis à même du vôtre, qu'il ne tient qu'à moi de le découvrir,, de le voir, et que j'en suis toute tentée? >i Kalibeka ne répondit rien. Ce fut un bon signe pour Zaïrette : elle senhardit ; elle troussa son grand manteau, qui traînait à terre, elle le replia et le rangea sur le lit et par-dessus sa tèto. «. .Madame, reprit-

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elle, voilà votre grand manteau troussé : je pourrais bien en faire autant de cette jupe... » A toutes ces propositions, Kalibeka ne faisait point de réponse et paraisait seulement occuper sous elle ses deux mains. Zaïrette leva cette jupe. « Madame, dit-elle, voilà de plus votre jupe sur votre tète. » A cela, point de réponse encore. Elle leva la dernière jupe de même, en sorte qu'il ne restait que la chemise. Zaïrette, pour lors, passa sa Ijetite main par dessous, fut trouver les fesses de Kalibeka, qu'elle sentit très fraîches; elle les caressa, les mania; elle les frotta et leur donna un assez grand nombre de claques à peu près comme celles qu'elles venait elle-même d'avoir. Enfin elle leva la chemise tout à fait et découvrit entièrement son cul, qui lui parut d'une couleur brune, mais ferme et charnu et dans de belles proportions. Aussitôt, elle y appliqua quelques coups légers de sa verge et Kalibeka se réveilla, pour ainsi dire, alors de son assoupissement : elle se mit tout à coup dans un mouvement extraordinaire, qui fit tomber, malgré les précautions de Zaïrette, ses jupes et sa chemise. Zaïrette s'en impatienta : elle les retroussa sur les reins de Kalibeka ; elle monta sur le lit et se mit sur sa croupe, et de cette éminence elle vergeta un moment les fesses de Kalibeka. Mais cette dame, d'un couj^ de cul, l'éleva bientôt en l'air et la fit tomber au pied du lit. Zaïrette devint une petite furieuse : elle lui assembla les deux cuisses, elle lui rapprocha les deux genoux et se mit à cheval sur ses gras de jambes, elle fouetta le cul de Kalibeka beaucoup plus à son aise et de toutes ses l^etites forces. Pendant tous ces mouvements, Kalibeka parlait, mais semblait parler à elle-même et trop bas jîour qu'on pût l'entendre. Il lui échappa un grand soupir : « 0 Mahomet, s'écria-t-elle tout à coup, permets-tu qu'on traite ainsi des fesses de souveraine! Que tout un cul de la fille du roi de l'Inde soit à la merci d'une fille d'Europe! » Zaïrette continuait cependant et fouettait avec courage, lorsqu'enfin Kalibeka fit deux ou trois grands soupirs consécutifs et lui dit : « Suffit, suffit; ce n'est pas là mon compte! » Zaïrette se leva bien vite; Kalibeka se releva de même aussi promptement et passa dans un cabinet, ayant toujours le visage voilé.

Zaïrette se trouvant seule, celte verge à la main, encore tout agitée de ce qui venait de se passer, en demeura étourdie un instant; puis tout à coup, il lui prit un éclat de rire qu'elle eut bien de la peine à letenir. En effet, lorsqu'elle se représentait

HISTOIKE DE ZAIRKTTE

toute celle scène, lorsqu'elle rapprochait sous le même coup d'œil la dig-nité de celle dame, la jt;i'avUé de son discours et le comique de ses i^rocédés, elle était en droit, en qualité de Frauçaise, de reg-ai-der le mélang-e de toutes ces contradictions comme une véritable folie. Zaïrette en jugeait à la manière de son pays, où l'on sait que le langage du plaisir n'est autre chose qu'un froid et puéril enjouement, où toutes les affections lascives ont des mesures, où la luxure elle-même n'est jamais qu'une action simple, uniforme et légère, telle que l'inspire un sentiment frivole qui naît et se dissipe comme une vapeur, Elle ignorait que tout tire son caractère de l'instinct d'une nation ; qu'en d'autres climats que l'ardeur du soleil dévore, la luxure i^ègne comme la soif et la faim; que tout la réveille, que tout l'irrite ; qu'il n'est point d'appétits fantasques qu'elle ne suggère, point d'épreuves ni d'inventions imaginables qu'elle n'admette pour s'apaiser.

Zaïrette n'étant point en état de faire ces réflexions n'en faisait aucune. Elle devint seulement, après quelques moments, curieuse de savoir ce que la dame pouvait faire dans ce cabinet; elle prit garde que la pox'te n'en était tout à fait fermée; elle y regarda et vit un spectacle qui lui parut nouveau.

Kalibeka était toute nue, debout entre les cuisses d'une jeune négresse, qui s'était assise sur un carreau et de chaque main lui empoignait le bas de la jambe, pendant qu'elle avait le visage collé, ou sur son ventre, ou sur ses cuisses, et lui léchait incessamment, et avec un air d'avidité, toute cette partie du devant de son corps. Zaïrette, en même temps, aperçut deux auti-es négresses beaucoup plus petites ; elles étaient debout derrière elle, embrassaient ses genoux et promenaient leur langues, avec une prestesse admirable et à l'envi l'une de l'autre, le long de ses cuisses, sur ses fesses et sur tout le contour de son cul, qui, parmi ces figures noires, paraissait d'uiu^ blancheur extrême et d'une grande beauté.

Zaïrette fit beaucoup attention à cette nouvelle cérémonie, qui l'occupa et la léjouit un instant. Kalibeka, entre ces négresses, se remuait, s'agitait ou pirouettait incessamment...

Tout cet exercice avait été entrecoupé de paroles de part et d'autre si vives, même de quelques cris si souvent répétés, qu'on eût cru entendre une querelle, si l'on n'eût pas vu que ce n'était qu'un jeu. Mais alors il y eut un profond silence, et qui dura quelques moments. Kalibeka se réveilla enfin comme

300 HISTOIRE DE 2AIRETTE

d'un sommeil ; elle se releva, soutenue par ses négresses, et se plong-ea dans un bain. Les trois jeunes négresses se retirèrent : il en vint une autre qui l'étuva et la parfuma avec une promi> titude et une adresse extraordinaires.

Kalibeka sortit du bain. Zaïrette comprit qu'on allait l'habiller; elle revint et se rapprocha du lit où cette dame l'avait laissée. Elle allait s'y asseoir, lorsqu'elle y remarqua un instrum.ent que la dame avait oublié d'emporter avec elle ; elle crut d'abord que c'était une espèce de fruit du pays, étant pointu par un bout, où elle voyait la forme d'un bouton de rose vermeil; maiselle le prit et se détrompa quand elle levitcouvert de velours de la même couleur. Elle mesura ; il était plus longque sa main. Elle l'empoigna; c'est tout ce qu'elle put faire. Elle le sentit assez ferme du toucher, sans être dur; elle prit garde à deux petites boules qui tenaient à l'autre bout ; elle les pressa de la main tout de même, et alors elle fut assez surprise de voir qu'autant de fois qu'elle pressait il jaillissait, par la pointe de ce bouton de i"Ose, un filet d'eau d'une odeur douce et agréable. Zaïrette comprit d'abord l'usage auquel ce petit instrument était destiné... et dans le moment même elle entendit la porte s'ouvrir et elle vit Kalibeka paraître.

Zaïrette abandonna cet instrument, se remit à terre et vint lui dire : « Ah ! madame, dans ce moment-ci j'aurais un bon besoin de quelques négresses autour de moi ; que je serais heureuse si on voulait me les accorder! » — « Ma fille, répondit Kalibeka avec hauteur, votre demande est inconsidérée; on n'obtient cet équipage que du Grand Moufhack lui-même : c'est une récompense qu'il donne et qu'il faut mériter par ses services. »

Zaïrette fut bien étonnée de l'extrême froideur dont Kalibeka accompagna sa réponse. Cette dame, vêtue et coiffée d'une tout autre manière que le moment d'auparavant, paraissait elle-même une tout autre personne. Zaïrette ne pouvait se persuader que cette dame, si sérieuse et si recueillie, fût la même qui, un instant avant, l'avait excitée à lui trousser le derrièi'e et à lui donner des coups de Aerges sur les fesses. « Madame, lui dit-elle, à ce sérieux je ne reconnais point Kalibeka qui était là tantôt couchée sur ce lit. » — « C'est à cela même, réi)ondit-elle, que vous devez la reconnaître. » — « Mais, reprit Zaïrette, est-ce bien vous qui me présentiez tantôt les fesses de si bonne grâce, qui m'ont donné tant de

HISTOIRE DE ZAIKETTE 3oi

peine pour les tenir et tant de plaisir à les fouetter? » — « Je ne sais, cela peut être, répoiulit Kalibeka : il est en nous des •effervescences lubriques où l'âme se trouble... La qualité de nos tempéraments nous rend sujettes à ces espèces de fièvres semblables à de vrais délires, où l'esprit s'égare, se confond et se perd ; mais ce sont des accès qui passent, et la raison, qui n'a point eu de part à ce qui a eu lieu en son absence, reprend bientôt son empire et rétablit nos sens dans l'ordre et dans leur premier état.

« Revenons à votre instruction, ma fille, continua Kalibeka... Je vous ai laissée dans le cabinet rond de la seconde .salle des actes ; je vous y ai laissée avec le Grand Moufhack et à sa merci ; car vous y serez soumise à ses caprices : mais ce ne sera que pour quelques moments ; vous le verrez bientôt après disparaître ; il ira de suite, et suivant l'usage, dans les trois autres cabinets, où sei"ont les trois autres jeunes filles, préparées comme vous à tout événement. Pendant ce temps, aine femme viendra vous joindre, vous fera prendre un demiibain et vous donnera de nouveaux parfums ; et c'est ainsi que se doit faire votre installation dans la seconde salle des actes.

« Enfin, le Grand Moufhack se rendra près de vous et vous fera passer dans la salle des chants. L'architecture en est semblable à la précédente ; c'est une rotonde égale, mais les ornements en sont différents. Un amphithéâtre à trois degrés en fait le tour. Au-dessus de cet amphithéâtre règne un entablement d'où s'élève un mur plus blanc que les neiges, et ce mur est à demi masqué par un grand nombre de colonnes incrustées d'or en lames et parsemées de cornalines, de jacinthes et de topazes d'une énorme grosseur; les étoiles ne jettent pas un éclat plus vif ni plus varié.

« Vous y serez surprise, ma fille, d'un doux saisissement, mais qui redoublera bientôt à l'aspect de cet amphithéâtre à trois rangs, sur lequel vous verrez placées deux cents filles, l'image du ciel, toutes vêtues et coiffées d'une richesse et d'un goût sans pareil ; vous vous sentirez bientôt entraînée vers «lies : vous vous avancerez en effet, pour voir et considérer de près la galanterie de leurs parures, la beauté de leurs visages et la tendresse de leurs regards. N'ous les verrez tourner ou poser lascivement une tête ornée de fleurs mêlées à des guirlandes de diamants ou couverte de bouquets de plumes de toutes couleurs assorties d'émeraudes et de rubis, une gorge

302 HISTOIRE DE ZAIRETTE

d'albâtre découverte, que plusieurs cordons de perles et de saphirs sembleront caresser en s'y jouant. Leurs robes d'or, d'arg-ent ou de soie, relevées de mille pierreries, vous paraîtront étincelantes ; et chacune, en effet, ferait la richesse d'un vaste royaume. »

Zaïrette, qui n'avait jamais ouï parler d'une magnificence pareille, fut saisie d'une espèce d'éblouissement à ce discours. Elle avoua franchement à Kalibeka que tout le faste des princes d'Europe n'en donnait pas la plus petite idée, et elle se confondait en admiration, lorsque Kalibeka reprit la parole et lui dit : « Ma fille, que penserez-vous donc lorsque ces an g-es feront entendre des voix célestes, soutenues de l'harmonie de leurs divers instruments? Que deviendrez-vous, ma fille, lorsque tout à coup un chœur de fées frappera les airs et la voûte du nom qui vous sera alors donné, et qui doit vous rester, du nom de Nurmehall, de Nourgiaham, de Rauchenara, que sais-je ? Plus elles trouveront de beauté et de g'ràces en vous, plus elles chanteront et moins elles détermineront le nom seul que vous devez porter. Voilà quel sera le début du concert.

« Vous entendrez après ces charmantes filles chanter les vertus, la g-loire et les amours de leur souverain ; vous les verrez s'accompagner d'instruments militaires ou champêtres, mais surtout de plus de cinquante harpes semblables à celle de David, dont l'harmonie sourde est si tendre et si douce qu'elle semble échapper à l'oreille pour pénétrer plus tendrement les cœurs et répandre sur tous les sens sa mollesse et sa volupté. Elle excitera dans les vôtres de ces émotions que vous ne sentîtes jamais. Cependant, ma fille, continua Kalibeka, vous prendrez g-arde au dernier rang- de Famphithéâtre, et vous irez y occuper une place qui vous y attendra.

« Le trône de l'empereur est au milieu du cercle ; c'est une espèce de sofa peu élevé, couvert de velours pourpre et d'où pendent deux houppes de perles. Au-dessus du dossier est un globe d'or d'où partent mille rayons, et qui est couvert de diamants aurore; ce soleil est si radieux, que les reg-ards ne peuvent le soutenir. Au pied du trône est un paon d'or dont les yeux sont de rubis et le plumage du cou de semence de perles. L'empereur y est assis, s'y repose et y jouit de tout cet enchantement. Ce spectacle est regardé comme un repos, en effet, et un délassement pour lui ; la lubricité n'y devrait pas être admise, mais elle n'a point de porte fermée chez l'empereur de

HISTOIRE DE ZAIRETÏE 3o3

Karakalay, et loiil ce ([u'il peut faire est d'ol)serYer certaines formalités...

« II est sur ce trône, au milieu de cette salle, comme l'astre du jour au centre de l'univers, environne de ces jeunes fées semblables aux étoiles du firmament. Leurs regards fondent sur lui ; leurs chants assiègent son âme; tout le saisit, le retient et l'arrête dans un état délicieux et pénible où il ne saurait se contenir longtemps. Aussi, voit-on qu'il en sort bientôt et qu'il ne craint pas de fouler aux pieds toute règle, quand les talents, quand la beauté de quelqu'une de ces admirables filles le séduit et le décide.

(( A l'instant il l'appelle et lui déclare hautement qu'il veut l'entendre de près. Elle se lève, elle descend et vient, toujours chantant, se placer sur le trône même, où se trouve un coussin pour elle, à côté de l'empereur. Là elle continue de se faire entendre, comme si, en effet, elle n'y était que pour chanter ; mais la perfide sait ajouter à cela des accents si lascifs et si doux, des attaques légères du bras, de l'épaule ou du pied ; elle sait regarder son maître avec des yeux si pleins de désirs et de feu, que peu après il succombe toujours.

« Alors le paon qui est au pied du trône en ferme l'entrée : un seul ressort développe sa queue, l'étalé et masque le trône comme un nuage, et, si l'on y jette les yeux, on ne voit plus qu'une gerbe de plumes apparentes, chargées de pierreries de toutes couleurs et qui représentent avec un éclat éblouissant les plumes naturelles de cet oiseau et leur admirable variété.

« Le Grand Moufhack ne peut s'éclipser jdIus longtemps sous le nuage cpii le couvre. La jeune chanteuse se lève tout à coup, se met devant lui, sa harpe ou son luth à la main. Moufhack lève au plus tôt sa robe, sa chemise, lui met les fesses nues, et en cet état la fait asseoir sur ses genoux. 11 jouit ainsi de ce qu'il peut et comme d'un plaisir qu'il dérobe et qui n'est pas pour lui le moins grand. II est gênant, du moins pour la jeune fille : d'un côté, l'empereur l'occupe et l'inquiète, et, de l'autre, on est attentif à l'écouler, parce que rien ne la dispense de suivre les chœurs et les récits, soit en chantant, soit en accompagnant de l'instrumenl qu'elle a. C'est la rèele, c'est un égard et une bienséance qui sont dus à l'assemblée de cette salle. »

On peut comprendre l'impression que firent toutes ces images dans la tête de Zaïrette, l'agitation qu'elles lui donnèrent el l'impatience où elle était de pai'liciper à ces fêles, et on peut

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juger combien elle avait déjà tous ses sens disposas à en jouir dès le soir môme. Aussi u'iiiterrompit-elle Kalibelva que pour la prier d'acliever au plus tôt de l'instruire.

« Cette scène, reprit-elle, ma fille, dure quelques instants; on en apprend bientôt la fin par un cri plaintif et di.scordant de la jeune chanteuse, et qui donne lieu à un événement dont on est frappé la première fois : c'est qu'au moment môme l'harmonie cesse, les lumières s'éteig'nent ; tout à coup, on tombe dans une profonde obscurité et tout le monde se retire. « — « Et moi, madame? » reprit Zaïrette... — « Et vous, ma fille, répliqua la dame, vous demeurez en votre place sans inquiétude, et, peu après, l'empereur de Karakatay vous enverra quérir, par une esclave messagère qui viendra vous tirer par la main de cette salle obscure et solitaire, pour vous faire passer dans un grand vestibule, où vous demeurerez seule jusqu'à ce qu'il s'y soit rendu., » — « Mais, madame, reprit Zaïrette, quelles parures me fournira-t-on pour pouvoir me présenter dans toutes ces salles parmi des femmes vêtues et ornées de tant de sortes de goûts et avec autant de magnificence ? » — « Ma fille, répartit doucement Kalibeka, toutes réflexions faites, la nature y a pourvu : n'ayez recours qu'à elle. D'ailleurs, il est convenable qu'une femme nouvelle, inconnue à son maître, se présente dénuée de tout faste étranger... Il ne vous faut, ma fille, continua-t-elle, ni coiffure, ni robe ; vous avez de jeunes cheveux en boucles : mèlez-y quelques fleurs ; votre taille est fine et lég'ère ; ne la couvrez que d'un corset blanc qui l'accompag-ne bien juste ; votre g'orge, vos g-lobules de tétons font le charme des yeux : découvrez-les comme étant prêts à faire le charme de la main. Tout votre corps, de la ceinture aux pieds, est d'ini éclat si vif et si piquant, qu'il ne faut le vêtir ou plutôt l'ombrer que d'un simple jupon blanc fort court... Tel est, ma fille, l'habillement de l'occasion prochaine. » — « Et m'y voilà! madame, s'écria Zaïrette; je suis donc toute prête à partir. » — (( Oui, ma fille, repiùt la dame, il ne nous faut plus qu'un moment d'entretien. » — « Eh bien ! madame, s'écria Zaïrette encore, je me crois dans ce grand vestibule toute seule ; apprenez-moi, de g-ràce, ce que je vais devenir... »

«Jeune fille, lui dit Kalibeka, vous verrez bientôt paraître le Grand Moufhack. Il passera sans s'arrêter : vous le suivrez selon l'ordinaire. Vous vous trouverez seule avec lui dans un corridor fort étroit et fort long- : on ne peut y passer qu'en défilant l'un

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après l'autre ; il n'est pas d'ailleurs fort clair. Cependant, vous verrez l'empereur y marcher à g-rands pas, et incontinent, ma fille, vous vous attacherez immédiatement à lui, de peur qu'il ne vous échappe et ne vous devance ; et, pour plus de sûreté, vous ferez sagement, en marchant sur ses pas, de passer vos bras autour de lui et vos mains dans la ceintui-e de sa culotte.

« Cependant, vous remarquerez que peu à peu ce corridor s'élargit et qu'il aboutit à un beau salon, en demi-lune, fort éclairé. On y voit régner des gradins tout autour, et sur ces gradins, nne profusion sans égale de rafraîchissements, de fruits, de liqueurs et de vins de toute espèce, de tout ce que les terres de Chiros, de Casbin, de Candahar et de Kachemir produisent de plus exquis.

« Cette demi-lune paraît terminée par un rideau de toile d'argent qui fait face et vous arrête ; mais le Grand Moufhack fera un sig-ne de la main, le rideau disparaîtra, et tout à coup vous vous trouverez dans la quatrième salle des actes : c'est celle des jeux.

« Cette salle est une g-alerie assez longue et dont la voûte est fort élevée ; elle est, d'un bout à l'autre et depuis le pied du mur jusqu'à la corniche, revêtue de g-laces avec des encadremtents de bois d'aloès, de cèdre ou de santal. Au fond de la salle est une estrade de deux pieds de hauteur, couverte d'un satin vert : c'est là que se font les danses et que le trône de l'empereur est placé. Plus de la moitié de ce grand lieu est couverte du même satin, sur lequel on marche si mollement qu'on pourrait le faire sur un sofa, et toute cette étendue eu effet n'en est qu'un. L'inconvénient qu'on y trouve est qu'on ne marche pas d'un pied ferme ; mais ce qui dissipe toute frayeur, c'est que les chutes y sont douces. »

On jug^era bien qu'à ce discours, Zaïretle s'attendait à de nouvelles scènes non moins curieuses que les premières. En effet, elle était assise sur son coussin, en face et très près de Kalibeka, qu'elle n'avait g-arde d'interrompre, ses coudes sur ses genoux, ses mains sous le menton, comme inclinée devant toutes CCS merveilles, la regardant fixement, dévorant ses paroles avec un transport qui rag:itait de la tête aux pieds. Kalibeka ne voulut pas rendre son état phis pénible, et elle acheva ainsi sou instruction :

« Ma fille, dit-elle, attendez-vous à voir toutes les femmes de

3o6 HISTOIRE DE ZAIRETTE

cette salle coiffées, vêtues et déguisées suivant le caprice qui leur aura pris. Vous en verrez qui auront une demi-veste de coton blanche comme le lis, avec une jupe lég-ère et de couleur vive, des babouches g-arnies de perles et de rubans qui leur envelopperont le pied, couvriront le bas de la jambe et laissei^ont le reste nu ; d'autres avec des robes traînantes ; d'autres avec la chemise seulement et la jupe de toile claire au travers de laquelle tout s'aperçoit et s'embellit dans un jour plus tendre et plus obscur ; d'autres enfin à peu près semblables aux prétendus jeunes g'arçons de la seconde salle et qui porteront le caleçon de satin de toutes les couleurs. Telle est la liberté de cette salle, ma fille, et voici la cérémonie qui s'y observe:

« Dès le pas de la porte, vous trouverez cinquante filles rangées en haie pour aligner voire passage, vingt-cinq d'un côté et autant de l'autre.

« La première de chaque rang qui sera près de la porte paraîtra debout, la gorge ornée de rubans et de pierreries et le sein presque nu. La seconde sera posée sur ses mains, le corps en haut, droit comme un pin, ses pieds folâtrant en l'air, et offrira tout le devant, où le grand Moufhack verra fort à la portée de lui la porte vermeille du trésor qu'elle a. Ce sont les filles de Lahore et de Serendib, qui savent se tenir dans ces attitudes et dont la souplesse est admirable, autant que leur lasciveté... La troisième femme de chaque rang se présente sur ses pieds, comme la première, et la quatrième paraîtra, comme la seconde, posée sur ses mains, tournée du côté contraire, eu sorte qu'à celle-ci comme à l'autre, et ainsi de suite jusqu'au bout des rangs alternativement, on verra des chemises et des jupes renversées tombant à terre, des cuisses et des fesses élevées en l'air et s'y jouant avec des mouvements hardis et des positions toujours nouvelles.

Votre marche sera précédée de tambours et de timbales, et voici ce qui y servira : six filles, négresses de Pembo, de grande taille et de forte stature, défileront deux à deux. Elles seront uniformes et vêtues d'une longue toile de coton mouchetée de mille couleurs, avec une ceinture de réseau d'or, la tête ornée de feuilles de palmier. Mais elle auront une écharpe d'une étoffe d'or très ample et très épaisse, qui, partant de l'épaule droite, sera attachée sur la hancho gauche et s'}' terminera. Chacune de ces négresses aura une autre fdle soutenue sur sa hanche par cette écharpe, qui la tiendra en l'air ou la

HISTOIRE DR ZAIRETTE 3o7

soulèvera du moius par le milieu du corps, la l(He tournée du côté de la porte, pour être portée à reculons, et suivra la marche en cet état. C'est ainsi que chaque négresse aura une fille attachée à son côté, dont elle ne verra que le derrière nu; et comme il se trouvera posé sous la main et à la bienséance de la négresse, elle le claquera avec méthode et battra dessus une espèce de marche avec beaucoup d'art. On voit toujours avec une espèce de satisfaction nouvelle ces six négresses claquer ensemble six jeunes culs pendant à leur côté, et se concerter aussi bien. Il est vrai qu'on y met en jeu de jeunes filles de Serendib ou des bords du Gange: elles sont un peu basanées, mais elles sont infiniment bien faites, leurs fesses sont de la dureté du porphyre, et les négresses qui savent appliquer dessus une main habile en tirent des sons clairs qui ont beaucoup d'éclat.

« Après les tambours marchent les timbales, et le timbalier est une jeune fille de la même nation, qu'on voit portée sur le cou de sa petite camarade, assise sur ses épaules, les pieds passés par devant, et précédée de trois grandes noires de Congo qui doivent former le groupe et représenter les timbales. Voici leur position : la première en tête, fière et ferme sur ses pieds, porte autour d'elle une large ceinture de soie; la seconde derrière elle tient des deux mains cette ceinture, y pose et appuie son front, lève le cul en haut et établit ses pieds sur les épaiiles de la troisième négresse, qui suit. C'est ainsi que la seconde, ayant la tête basse et le cul élevé bien haut, présente la timbale au timbalier et qu'il s'en élève deux pareilles à ses côtés; et toujours il arrive que la jeune espiègle rend bien sur les timbales tous les coups de tambour qui éclatent sur les fesses de ses compatriotes, d'autant qu'elle a beau jeu : le derrière de ces grandes négresses est semblable à un gros carreau de velours; leurs fesses ne sont pas molles, mais elles sont grosses et charnues, et la petite limbalière, qui tombe dessus à pleine main et de toutes ses forces, et qui en tire des sons plus sourds, les multiplie cepeiulant avec une grâce et une prestesse qui ne laissent rien à désirer.

« 0 belle Fanguy! s'écria Kalibeka, vous voilà donc à l'entrée de cette salle, marchant Ji la suite de l'empereur de Karakatay, entre les deux files qui forment votre passage... Ce n'est pas tout. A peine aurez-vous fait quelques pas que vous trouverez un arc de triomphe par dessus lequel il faudra passer.. Au

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bout de ces dcnx files sont deux de ces grandes négresses, nues de la tète au pieds, mais toutes couvertes de perles enfdées du même cordon, qui, par mille tours et retours, leur ceint les bras, le corps, les cuisses et jusqu'aux genoux.

« Ce sont là les deux colonnes sur lesquelle l'arc est posé. Ou y voit, non sans désirs, une fille de Kachemir, dont la peau, plus blanche et plus fine que la porcelaine, fixe les reifards un temps. Elle est plantée entre ces deux négresses, sur leurs épaules, faisant face à l'empereur, droite comme une tige de canne à sucre, et se balançant de même, comme invitée par le mouvement de l'air, mais bien plutôt pour varier les positions (W\ne molle volupté. Elle est nue: deux gros rubis brillent sur les deux boutons de son sein ; tout le reste de son corps est {•ouvert d'un cordon d'émeraudes qui l'environne et ne cache que trop sa beauté. C est ainsi que, le pied gauche sur une des colonnes, le pied dix)it sur l'autre, elle a ses cuisses tout ouvertes et forme une voûte céleste sous laquelle le Grand Moufhack s'arrête et qu'il a beaucoup de peine à quitter.

« Tout ce spectacle s'évanouit et se confond parmi la foule. L'empereur continue sa marche; il arrive au fond de la salle; il s'y asseoit sur un carreau de velours vert, et ce carreau devient tout à coup un trône, non de diamantsni derubis;ilest bien plus précieux: deux jeunes filles de Tiflis, masquées, la gorge couverte, vêtues jusqu'à la ceinture, et toutes nues de la ceinture en bas, posant la tète et les mains sur le mur, à la hauteur du carreau, qu'elles accompagnent des épaules, des reins et de la croupe, en se rangeant chacune de son côté comme un bras de fauteuil. Leurs derrières, leurs cuisses et leurs jambes nues, en face de la porte d'entrée, représentent les pieds de devant; et comme ces prétendus pieds de fauteuil sont des jambes fines, des cuisses moulées, des fesses en boules d'ivoire, on est toujours incertain que la main du Grand Moufhack y puisse reposser... Mais ce n'est point là divertissement entier. Vous verrez une fille grecque se glisser subitement derrière l'empereur, les pieds posés snr une saillie de lambris, le dos contre le mur, les cuisses nues, un peu écartées, pour ajouter à ce fauteuil une espèce de dossier, sur lequel le monarque ne manquera pas d'asseoir sa tète et de l'y laisser séjourner un peu, pendant que deux autres filles de Lahore, vêtues de même jusqu'à la ceinture seulement, paraîtront élevées sur les bras du fauteuil ou sur les épaules des deux Géorgiennes, se tenant

HISTOIRE DE ZATHETTE 309

la main avec celles qui foimont le dossier, rapprochant leurs trois tètes et formant ainsi l'impériale du trône, en se donnant mille baisers.

« De là, vous verrez sur l'estrade cinquante danseuses paitir, au son d'une harmonie vive, comme autant d'oiseaux échappés de la volière, embellis de plumayes différents, mais animés d'une même gaîté et transportés d'un même amour, tous en l'air, tous voltigeant, par ordre ou confusément, les uns parmi les autres, avec des enthousiames et des élancements de luxure qu'ils iront porter à tous les cœurs.

(c Cette sorte de confusion n'est qu'un début et qui dure peu d'instants: des symphonies mélodieuses se font entendre, elles aniinent des fêtes champêtres et des danses qui viennent peindre des passions plus douces et plus légères. Quelquefois c'est la représentation de deux bergers, habitant les boi^ds de l'Euphrate : ils apparaissent sur la scène ensemble, et chantent séparément leurs amourettes sur des musettes ou des hautbois. A peine ont-ils commencé que, du fond de l'estrade, on voit se glisser une bergère, innocente et timide, qui, pourtant attil'ée par des sons harmonieux, semble s'être échappée des mains de ceux qui la gouvernent, pour venir voir et jouir de ce qu'elle entend. Déjà le mouvement de l'air qui se joue excite et anime ses pas; déjà les deux bergers la partagent; elle veut être à chacun d'eux et à tous deux à la fois; elle les •devance, les suit, les environne, s'approche de l'un désirant l'autre, pirouette, voltige, et s'enchante elle-même jusqu'à l'épuisement.

« Souvent, ce n'est point cette scène; c'en est une aussi •expressive et aussi piquante. C'est un rendez-vous, où la bei"gère arrive la première et donne à ses pas et à ses mouvements un sentiment d'inquiétude et de colère. Son amant arrive et vole ■à elle; mais il n'en reçoit d'abord qu'un regard sévère. Elle veut le punir, elle le fuit; il se lance après, il la ramène; elle se tourne •et retourne et le trouve toujours sur ses pas; il l'embarrasse, il la fléchit, il lui saisit une main; elle le regarde et lui tend l'autre. Ils se tiennent, ils se serrent, ils croient alors être en faute tous les deux; ils separdonnent et semblent ne disparaître •que pour aller ensemble cacher leurs plaisirs aux yeux de l'univers.

« Plus souvent encore, c'est l'image ou la représentation d'un héros ledoutable, dont la vaillance surmonte l'effort

3l() HISTOIRE DE ZAIRETTE

(les hommes et le pouvoir des génies. On y voit lout un chœur de fées se rassembler, essayer leurs enchantements contre lui. venir, sous les formes les plus aimables et les plus louchantes, l'attaquer, l'environner, la guirlande de fleurs à la main ; combattre son insensibilité par des chants remplis de noblesse et d'amour; et l'on s'étonne de voir leurs charmes inutiles, quand tout à coup on est frappé de l'éclat d'une fée nouvelle qui semble avoir percé la nue et s'être lancée dans la foule, où d'abord les reg-ards fondent sur elle, où elle fixe tout. Elle aperçoit l'ennemi terrible; il se présente avec de fiers reg-ards, que cette jeune fée ose à peine confondre parmi la douceur des siens. Encourag:ée pourtant par une harmonie nouvelle, elle s'expose, elle développe à dessein ses bras timides et fait quelques pas jusqu'à lui. Mais quelle révolution! Elle est venue pour surprendre un cœur obstiné: on la croirait déjà presque surprise elle-même, presque atteinte du feu qu'elle allait porter. A la voir, on le juge du moins; on l'imagine de même. Un sentiment l'emporte; un autre la retient. Elle s'avance incertaine et s'approche, puis elle s'éloig-ne et va chercher, dans l'ombre des distances, à livrer librement son cœur aux mouvements qui l'ag^itent. C'est là qu'elle cède son état, qu'elle se voit, qu'elle se considère, qu'elle se recherche, et rend compte des grâces et des beautés qui sont en elle, toutes naissant les unes clés autres, dans la mollesse de ses attitudes, et toutes vivant de l'àme de ses regards. Cette ivresse la ramène et la rapproche; le héros n'y résiste plus. En effet, les armes lui tombent des mains: tant d'amour et de beauté le transportent et le ravissent...

« C'est ainsi que le triomphe se partage, que la jeune fée paraît jouissante de ses propres soupirs et de ceux du héros qu'elle aime, voltigeant autour de lui, se multipliant à ses yeux sous des aspects toujours plus enchanteurs, où il semble en effet que ce soit un corps céleste accompagné d'ailes invisibles qui le soutiennent, le soulèvent et laissent poser à peine sur terre la pointe du pied. Le miracle est fait: le héros se prosterne ; il adore...

« Mais l'empereur de Karakatày se trouve si foi-t ému de cette situation qu'à l'in-stant môme le charme cesse! la jeune fée quitte le prétendu héros, qui n'est qu'une femme comme elle, et vole à lui comme un léger oiseau et se rabat sur ses genoux. he grand Moufhack veut la retenir; son trône disparaît. La

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jeune fée reste seule; elle tombe assise sur lui; elle l'embrasse de ses cuisses, et lui donne ravant-^oût d'une jouissance qu'on ne peut compai-er à rien. Je dis l'avant-çoùt: en effet, il n'a point de jouissance complrte, parce qu'il est très important de le bien exciter. Aussi l'instant d'après voit-on toujours la jeune fugitive s'échapper de ses mains et aller se confondre parmi les chœurs des danses. Aussi remarque-t-on de môme le monarque allumé la suivre à pas précipités ; et il est bientôt près de l'atteindre, lorsque, pour se garantir et se sauver, elle prend enfin un dernier parti, c'est de s'élancer par derrière sur deux filles esclavonnes, d'appuyer son sein sur leurs épaules, ses bras autour de leur cou, de les rapprocher l'une de l'autre assez pour recevoir tout à la fois de chacune d'elles un baiser. Son corps en cet état est suspendu, et les jambes flottantes; mais deux grandes femmes tartares sont là toutes prêtes à lui faire un appui de leurs mains, et elle ne manque pas d'y poser ses pieds, demeurant en cet état comme en sûreté et au-dessus des atteintes de l'empereur, qu'elle ne voit plus derrière elle. Mais le Grand Moufhack y est et n'a besoin que d'être élevé de même pour former son attaque. En effet, sur-le-champ on voit se présenter à chacun de ses côtés ces vigoureuses négresses, ayant l'une l'écharpe sur l'épaule droite terminée sur la hanche gauche; l'autre, l'écharpe sur l'épaule gauche aboutissant à la hanche droite. Le monarque ne perd pas de temps entre ces deux femmes: il passe un pied, puis un autre, dans ces deux écharpes, comme sur de forts étriers; il s'élève ferme sur cet appui à la hauteur de la jeune fée, qui ne paraît pas se douter qu'il soit si près d'elle, parce qu'elle n'en voit rien ; mais il la joint, il la trousse, il lui met toute sa belle croupe au grand air; il saisit ses cuisses, entre lesquelles il passe et qu'il soutient sur ses côtés, avec sa force incomparable, ainsi que ses jambes et ses pieds, qui folâtrent autour de lui, sur ses épaules et sur ses reins, pendant que cette jeune fée s'appuie sans peine et sans efforts sur le cou des deux esclavonnes, qu'elle tient ensemble embrassées, parce qu'alors elle est liée au Grand Moufhack par la ceinture et par le reste du corps, formant avec lui une espèce d'édifice cintré d'autant plus solide que Moufhack y met la clef de voûte, que les deux esclavonnes et les deux négresses en sont les colonnes et les arcs-boutants.

« C'est ainsi que l'empereur vainqueur jouira de la conquête tout à l'heure et sera porté en triomphe jusqu'au milieu de la

3 12 HISTOIRE DE ZAIRETTE

-salle parmi les danses, les sauts et racclamaliou çéuérale de toutes les charmantes filles qui lenvironneut. »

A ce tableau, Zaïrette ne put s'empêcher d'interrompre Kalibeka, en levant les bras au ciel et en se prosternant devant toutes ces m.erveilles. Mais Kalibeka la remit et continua son •discours.

« Ne vous éblouissez point, ma fille, lui dit-elle ; toute celte gloire n'aura pas de durée et sera bientôt l'image des pompes et des grandeurs d'ici-bas, qui sont toujours passagères. Le triomphe de Moufhack s'évanouira : vous verrez tout cet admirable édifice ébranlé ; les colonnes tressaillir, la clef de voûte se déplacer, la voûte même se disjoindre et se partager, tout l'édifice, enfin, crouler, fondre et se renverser...

(c Dès ce moment, toute la salle ne sera plus qu'une sul)version totale, qu'un abîme, qu'un chaos. Le Grand Moufhack, •après sa chute, paraîtra l'oulant par terre, presque accablé sous l'effort des filles qui l'attaqueront, néanmoins combattant avec valeur, renversant les unes, troussant les autres, culbutant parmi toutes ; de ses mains arrachant des jupes, des chemises, •des caleçons, mordant des fesses brunes, claquant des fesses blanches, pendant que deux cents mains fondront sur lui à •coups pressés, le claqueront lui-même, briseront sa ceinture, partageront sa culotte, lui pinceront les reins, lui chatouilleront la plante des pieds, mais d'une manière insupportable, qui épuisera enfin son courage et sa vigueur et le forcera •d'abandonner son sceptre entre les mains de la plus brave de ces filles, de demeurer immobile sous elle, et de s'avouer hautement défait et vaincu. )>

« Et moi, madame, s'écria vivement Zaïrette, que devien- <lrai-je pendant ce terrible combat ? » — « Vous en aurez ■d'autres, ma fille, à soutenir, lui répondit froidement Kalibeka. Ce sera une jeune beauté de Lahore, embrassant et serrant la •Géorgienne, lui lançant une langue de feu, qui vous dira : Ma sœur, je ne jouis de mon amante qu'à moitié : j'embi'tisse, je possède tout le devant qu'elle a, et je ne vois point dans les glaces des murs ses fesses, que j'aime autant que les deux astres du ciel... Troussez-la, vous dira-t-elle, que je la voie de partout... Vous n'y manquerez pas, ma fille, et la charmante Géorgienne en sera ravie et vous dira peut-être même : Ma sœur, où est la branche de myrte ? Donnez promptement à mon derrière la couleur de la rose, pour qu'il soit encore plus beau

HISTOIRE DE ZAIRETTE 3l3

aux yeux de mon amaiile... Aussilùl, ma fille, vous satisferez la Ciéorg-ienne, et comme la fille de Lahoi-e vous en demandera sans doute autant, vous découvrirez son derrière de même et lui donnerez la couleur de la rose, aussi vive qu'elle voudra. Vous serez peut-ctre obligée d'en faire autant à trois ou quatie Grecques qui s'embrasseront de si près qu'elles sembleront ne former qu'une tige ; autant encore à des filles de Kachemir, que vous verrez se donner des baisers où elles perdront la respiration. Quelques-unes seront vêtues en garçons, comme les femmes de la seconde salle, et vous prieront de détacher leurs caleçons et de ranimer leurs fesses, ce que vous ferez d'abord. Il pourra bien arriver, ma fille, que pendant que vous y serez occupée, vous vous sentirez saisie vous-même et troussée dans l'instant, chatouillée par devant du doigt d'une Grecque, caressée par derrière des deux mains d'une fille de Lahore ou de Serendib, qui de force ou de gré vous exciteront à vous défendre pour vous attaquer plus vivement ; qui vous pai'aîtront tantôt plus faibles que vous, tantôt plus fortes, et, enfin, vous abattront sur le satin du plancher, où, de la tête aux pieds, vous serez dévorée par elles de caresses et de baisers. Et votre jouissance ne leur suffira point : elles se rouleront d'un bout de la salle à l'autre avec vous, mais ce sera pour tirer la robe et le pied de tout ce qui se rencontrera ; elles en feront tomber d'autres parmi lesquelles vous vous mêlerez, que vous trousserez, claquei'ez et caresserez vous-même avec un égal transport ; ces autres en feront tomber de nouvelles encore, que l'esprit de luxure enflammera tout autant...

« C'est ainsi que toutes renversées, cidbulées, couchées, on ne verra sur le champ de bataille que des visages célestes, des yeux de feu, des épaules et des gorges d'ivoii-e. des cuisses •d'albâtre, des fesses de rose, agitées par les transports inouïs d'une lubricité furieuse, qui bondiront pêle-mêle et rouleront tumultueusement les unes sur les autres, comme peuvent faille les flots' d'une mer en courroux... » — « Ma mère ! ma mère ! .s'écria deux fois Zaïrette, je n'y tiens plus : je cours m'y préparer !

TflBUE DES IVIflTIÈHES

Introduction i

Essai bibliographique lo

Tableaux des mœurs ou temps dans les différents âges de LA vie.

Dialogue i". — Mère Christine, maîtresse des novices et des pensionnaires, et M"" de Se..., pensionnaire, sous le nom de

Thérèse ij

Dialogue II. — Thérèse; la g-ouvernante ly

Dialogue III. — M»" de Se... ; Thérèse 27

Dialogue IV. — M. le comte de... ; M"" de Se... ; Thérèse .... 32

Dialogue y. — iM"« Auguste ; Thérèse 39

Dialogue VI. — Le marquis; Thérèse; Auguste 76

Dialogue VII. — M"" de Se... ; la gouvernante 94

Dialogue VIII. — M™" de Se...; la comtesse 98

Dialogue IX. — M. le comte...; Chonchette 110

Dialogue X. — Chonchette; Minutte 120

Dialogue XL — Mi'« Auguste devenue M""= de Rastard ; M°"= Dodo 137

Dialogue XII. — M»" de Rastard ; M"" Dodo i53

Dialogue XIII. — M"'» de Rastard, vêtue en garçon et couchée sur l'herbe ; le beau-fils de M»" Copcn, déguisé avec les habillements de sa belle-mère 170

Dialogue XIV. — La comtesse de... ; Montadc 181

Dialogue XV. — Moutade; le comte; la comtesse aïo

Dialogue XVI. — La comtesse ; Montade 219

Dialogue XVII. — La comtesse; M"" de Rastard 202

Histoire de Zaïrette, seconde partie 279

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