‹ Tableaux des moeurs du temps dans les différents âges de la vieChapitre 29 sur 31 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

DK

ZAIRETTE

Dcnxihnc partie

On a vu par quelles aventures la jeune Zaïrette avait été transportée de la capitale de France dans l'empire de Karakatay : il reste à rendre compte de la manière dont elle fit son entrée dans le sérail de l'empereur Moufhack.

Dès le moment do son arrivée, elle fut conduite pai- ti-ois eunuques noirs et trois vieilles femmes dans un appartement bas, vaste et beau. Les eunuques s'emparèrent des portes et y demeurèrent. Les trois femmes suivirent Zaïrette comme leur maîtresse et se tinrent près d'elle attachées à son service. Elle avait besoin de repos. Elle se coucha.

Le lendemain, son premier soin lut de parler de l'empereur, de s'informer de la manière don! elle serait reçue, de savoir quels étaient les usages de c(> siM-ail. et ce qu'elle devait penser de son esclavage, lue Erançaise. Jeuiu^ et jolie, est confiante partout. Zaïrette n'attendait que le moment d'être présentée devant son maître; mais c(> u\ouuiit n'arriva point, et la journée se passa sans qu'i-lle put s'instruire d'aucune chose, parce que les femmes qui la servaient n'avaient jamais vu ni l'intérieur du sérail, ni la pei'soniu^ même de l'empereur. Le jour suivant se passa comn\e le premier. Zaïrette. toute ivm|)lie de .sa situation, commençait à sinquiéter; mais enfin, considérant (le ([uelle conséquence il l'iail iiour elle de conserver ses aràces

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et sa boaiUé, elle ne s'occupa plus que de rafraîchissants, de bains et de parures : les femmes qui la servaient lui olFraient des robes à choisir : elle en changeait à tous les instants, et six jours se passèrent ainsi.

Le septième jour enfin, nne heure avant le coucher du soleil, au moment même que, sortant du bain, elle venait de mettre, par hasard, une robe légère, ouverte à la française, avec un simple corset blanc, un jupon de même, et qu'elle n'avait d'autre coiffure que ses cheveux bouclés, un eunuque i^arut et lui fit sig-ne de sortir. Là se trouva un palanquin i^orté par deux autres esclaves. Zaïrette s'j- plaça; le palanquin suivit. Elle traversa dans cet équipage deux grandes cours et plusieurs galeries sans qu'il se trouvât personne sur son passage. Elle arriva enfin dans im grand cabinet où elle se trouva seule, et se sentit d'abord fort agitée, croyant que dans le moment l'empereur allait s'y rendre; mais il n'y parut point. Ce fut une grande femme, d'une beauté majestueuse, coiffée à la grecque et vêtue d'une grande robe blanche, telle qu'on nous peint les prêtres de Diane, qui vint.

La présence de cette dame, ou plus encore la dignité de son maintien, imposa d'abord à la jeune Zaïrette et l'intimida. La dame s'en aperçut; elle lui lança un regard de bienveillance et lui adressa ces paroles : « Jeune étrangère, venez m'écouter, et qu'une sainte joie vous réveille et vous rassure, approchez-vous de moi, levez les yeux, abandonnez vos regards sur tout ce qui vous environne. La splendeur de ce palais vous apprend que vous êtes chez le roi des rois, et avant que la nuit commence, vous saurez que votre esclavage vaut ici des sceptres et des couronnes. Reposons-nous sur ces tapis, rangeons ces carreaux et asseyons-nous. »

Zaïrette, tout interdite, s'approcha respectueusement, se mit sur un carreau en face de la dame, cjui continua de jjarler ainsi : « Fille fortunée, vous voilà esclave d'un prince dont l'empire comprend les plus belles régions de la terre, d'un monarque qui, parmi ses sujets, confond des r jis sans nombre, qui, d'un coup d'œil, élève ou précipite les hommes, et qui n'emploie .sa puissance sans bornes que pour suffire à combler leurs vœux. Le grand Moufhack, ma fille, vous possède aujourd'hui et vous êtes une des roses dont il veut orner ses jardins. \'otrc éclat s'est fait jour jusqu'à son trône. Je n'en suis pas surprise : la tendresse de vos yeux, la finesse de vos traits, la souplesse

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«t l'élégance de votre sliucture justifieMl font ce qu'on en dit. On ne connaît rien dans le séjour de Karakatay qui vous ressemble. Vous avez paru aux yeux de l'empereur, sur le portrait qu'il a de vous, une beauté d'un genre nouveau dont il n'a pas de modèle, lui qui en possède mille dans ce sérail, inille beautés de son choix que ce prince a rassemblées de tous les pays, de toutes les tailles, de toutes les couleurs pour jouir avec elles d'un loisir délicieux, pour remplir ses goûts, ses caprices, et Jusqu'aux fantaisies les plus étranges, par l'espèce de plaisir que chacune lui donne, et que la valeur de son tempérament lui renouvelle chaque jour.

« L'empereur m'a recommandé, ma fdle, de vous annoncer aujourd'hui votre fcte. Va, m'a-t-il dit, appelle Zaïrette, mon esclave nouvelle ! Dis-lui qu'à la chute du jour, elle s'apprête à recevoir les assauts de l'empereur d'Orient, parmi les jeux et les exercices du jour. Va l'en instruire et l'y préparer.

« Ces paroles sont sorties de sa bouche, que je révère, et m'ont frappées comme l'éclat des trompettes. Je désirais vous les redire; j'attendais impatiemment que vous fussiez sortie du bain; enfin, je vous ai fait venir dans mon appartement pour être seule avec vous et plus secrètement. Nous y sommes, ne craignez rien. Vos eunuques et les miens gardent les portes, j'en ai donné l'ordre... Je l'avoue, ce n'était pas sans raison ; depuis que le Grand Moufhack a parlé, votre présence excite dans ce sérail un murmure général parmi toutes les femmes, mais un inurmure qui vous plairait, s'il parvenait jusqu'à vous. Elles ne vous ont point encore vue, elles s'en impatientent, elles vous cherchent, elles vous imaginent; chacune d'elles déjà se représente et se peint votre image d'après le genre de beauté qu'elle aime et le goût particulier qu'elle a ; toutes voudraient être à ma place pour juger dès à jjrésent ce que vous valez... Vous m'entendez, ma fille... Ainsi, que rien ne vous alarme sur le compte de vos rivales. Apprenez qu'il règne ici une intelligence parmi nous, une amitié sûre presque inconnues dans les autres sérails. Nous n'y connaissons ni l'envie, ni la haine, ni ces tristes passions qui ne causent jamais qu'un malheur commun : nous jouissons toutes de la paix du cœur, et nous la conservons dans le plus vif exercice des sens. Vous saurez cela bientôt, et vous vous en féliciterez Aous-mcme...

K Présentement, nous n'avons à nous occuper que de la fêle

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de ce soir, qui tloil commencer une heure après la fin du jour. Vous êtes rétrangèro; vous y prendrez place, à ce titre, sur les carreaux mêmes de l'empereur, place que les reines de Caboul, de Kasgor, de Nangracus et tant d'an 1res vous envieraient vainement, parce qu'elle n'appartient point à la pompe des titres, mais uniquement à la beauté. Piiissiez-vous, jeune e.sclave, on être digne longtemps ! Je le souhaite avec un soupir profond!... n

Zaïrette, que le premier début de la dame avait d'abord interdite, reprit peu à peu ses sens à ce discoiii-s; mais il lui en resta ime confusion d'idées qui l'endjarrassait encore davantag-e. Elle y entrevoyait ce])eudant un avenir aaréable et, selon l'apparence, un plaisir procliaiii. Elle désirait fort d'en être mieux instruite et de savoir quelle était la dame qui l'instruisait et dont le maintien lui inspirait toujours beaucoup de respect.

« Vous êtes, madame, lui dit-elle d'une voix timide, sans doute une princesse dans ce palais? » — k Vous voyez, en etfet, lui répondit la dame, une femme que le ciel semblait avoir fait naître pour régner et dont le destin n'a voulu faire qu'une esclave comme vous. Je dois le jour au roi d'Hayacan, dont le fleuve Indus arrose les campagnes ; j'aurais tout le temps de vous faire son histoire et la mienne ; il me suffît aujourd'hui de vous dire que, depuis que le Grand Moufhack vit et règne en paix dans l'État sublime où le ciel l'a placé, je me suis vue attachée par mon état au destin de ce prince; que j'ai été quelquefois moins son esclave, sous le nom de Kalibeka, que sa compag-ne, et que quelquefois, de ses compagnes, je me suis vue la plus aimée et la plus heureuse. J'ai passé près de lui des jours d'or et de soie qui auraient mérité d'être filés plus lentement; mais il faut que tout passe, que tout se succède : la lilus l)elle tleur se fane et tombe à la fin ; les fruits de la terre ont leur saison ; la lumière du jour a sou temps. Je ne suis plus de la classe brillante des femmes qui font les délices du prince : je vis dans ce sérail, retirée, j'y jouis de moi-même, de ma liberté et d'un loisir qui m'est cher; car si le hàle du temps a tenu ma beauté, il n'a point fait d'impression sur mon cœur; mon zèle pour Moufhack est le même, et j'ai la douceur encore de le servir et de sentir au fond de mon âme les voluptés que je lui procure par le ministère des jeunes esclaves que j'instruis comme vous et ({ue je mets au point et à même de me rempla-

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