DIALOGUE P
Mère CHRISTINE, maîtresse des novices et des pensionnaires, M"e DE SE..., pensionnaire sous le nom de
LA MERE
Qu'est ceci, ma fille? A peine êtes-vous hors de table que vous vous mettez à votre toilette, sans vous donner le temps de prendre voire récréation !
THÉRÈSE
Il est vrai, ma mère, que je suis entrée tout de suite dans ma chambre pour m'habiller; c'est qu'où m'a dit que ma chère maman pourrait bien venir me voir cette après-midi.
LA MÈRE
Non, ma tille, elle ne viendra point; j'en suis très sûre; elle me l'a mandé.
HÔ l'œuvre de cuébillon le fils
THÉRÈSE
N'importe, ma mère, i)uis(iue J'y suis, permeUez ({iie j'achève, quand ce ne serait que pour montrer à ma
.^gouvernante, lorsqn'elle rentrera, que je sais bien, quand elle est absente, me passer d'elle et me coiffer
ftoute seule.
LA MÈRE
Je VOUS trouve, ma fdle, un air de contentement fxépandu sur tout votre joli visage.
THÉRÈSE
Ola doit bien vous prouver, ma mère, le ])laisir que j'ai de vous voir.
LA MÈRE
J'ai bien peur que cela ne serve à prouver loute autre -chose. Vous ne voulez point de nous, ma chère fille, vous ne sonçez (ju'à nous quitter. J'avais invoqué notre saint fondateur; je l'avais prié de vous appeler à lui, de 'VOUS inspirer le dessein d'embrasser sa règ-le. Soit qu'il n'ait pas voulu m'exaucer, soit que vous n'ayez pas voulu l'entendre, je m'aperçois déjà depuis quelque temps que vous vous éloignez de ce chemin-là et que les mauvais conseils qu'on vous donne aboutiront enfin à vous jeter dans les abîmes du grand monde.
THÉRÈSE
Hélas! ma mère, je n'ai point de conseils à écouler làdessus, je n'ai que des ordres à suivre, et ma chère xnaman fera de moi ce qu'elle voudra.
LA MÈRE
Vous n'auriez pas cette résig-nation, ma fdle, si vous n'étiez bien assurée des sentiments de madame votre mère. Kh ! je les comprends aisément; elle voudra vous avoir auprès d'elle et faire de vous une mondaine ; elle n'a
pas d'autres exemples devant les yeux; elle ne connaît ([ue la vie profane et ses délices; elle compte pour rien les écueils qui s'y trouvent et le tourment qu'on y endure par toutes les effroyables passions dont on est agité; elle y g'oûte peut-être de faux plaisirs qu'elle croit véritables. Tel est l'aveuglement des femmes du siècle, qui ne se font aucune idée des suavités de la vie religieuse et qui ne savent pas que si nous nous imposons des privations temporelles, nous en sommes dédommagées au centuple par les consolations intérieures que goûte une âme bien épurée, mais surtout par ces ineffables jouissances spirituelles devant lesquelles toutes les choses terrestres ne sont dignes que de mépris. Montez sur le Thabor, ma fdle, et voyez en esprit ce qui se passe dans le monde d'ici-bas. Vous y apercevrez l'envie, la haine, la discorde, en un mot le péché, Satan lui-même, déguisé sous toutes les formes imaginables, s'emparant des cœurs et des esprits des hommes et les entraînant tous dans le chemin de perdition. Vous y verrez des avares refuser de faire part de leurs richesses aux plus nécessiteux ; vous y verrez les ambitieux sacrifier leurs meilleurs amis pour marcher à la fortune; ici, ce sera un mari jaloux, surprenant sa femme en adultère et lui ôtant la vie ; là, ce sera une femme abandonnée par un mari qui la laisse manquer du nécessaire.
THÉRÈSE
Ma mère, vous me faites frayeur; finissez, de grâce. L.v :\iÈRi:
Eh bien ! ma fdle, quittez ces vilains objets ; rentrez parmi nous; vous y verrez régner une charité chrélieime qui nous inspire et nous guide en tout; une concorde, une affection tendre et réciproque, parmi des amusements choisis, et qui sont toujours sans reproches.
i8 l'œlvui: de cukhillon le fils
TlIKUÈSi:
Oui, ma mère, je connais, et i)ar mon expérience, combien on est heureux dans cette maison. Je vous avouerai môme que j'y suis si bien accoutumée que, s'il me fallait en sortir, je ne sais pas comment je pourrais me priver de voir tout ce qu'elle renferme, tant je me sens portée d'inclination pour toutes nos mères et pour la plupart des pensionnaires.
LA UÈKE
Tout de bon, mon enfant, ma chère enfant, auriez-vous du goût pour la maison? Ah ! que vous y seriez aimée et caressée, et que nous en ferions de belles fêtes ! Ah ! ma ciière fille, où est-on mieux (ju'aux lieux où l'on nous aime? et quand c'est le bon Dieu <iui nous aime, où eston mieux qu'avec lui? C'est ici sa maison, vous y êtes et vous ne serez vraiment heureuse nulle part comme
Ma mère, en vérité, je le pense de même