‹ Tableaux, dessins et eaux-fortes (volume 2)Chapitre 2 sur 27 · PC PU · texte numérisé non relu

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paré quelquefois ; il est plus individuel, et moins synthétique. Celui de Millet a quelque chose. d’héroïque, comme le mineur de Constantin Meunier. Le paysan de VERSTRAETE réalise parfaitement ce que l’on a dit que doit être l’homme des champs dans l’art : il fait « partie intégrante de la glèbe, comme la destinée et ses travaux l’y ont attaché ; il participe par sa simple présence à l’universel poème, au même titre que les herbes, les pierres et la lumière qui l’environnent ».

Autant que Millet, VERSTRARTE est poète, mais il est peintre aussi, et il l’est constamment. Sa poésie n’a rien du rêve ; elle est puissante et forte, comme celle de Théodore Rousseau, mais avec plus de variété ; elle tient à la terre, — à la terre flamande. À une époque comme la nôtre, où l’art se transforme et cherche des voies nouvelles, il est un fait acquis, c’est que ces voies nouvelles s’attestent dans le sens d’un art qui réunisse étroitement à la réalité de la nature la puissance individuelle. À cet égard, VERSTRAETE peut être considéré, en ce qui concerne le paysage, comme un précurseur, un des premiers qui aient marché dans cette direction et donné au Paysage une expression plus large et plus élevée.

En 1855, les frères de Goncourt déclaraient, en présence de la magnifique efflorescence des maîtres de Barbizon : « Le paysage est la victoire de l’art moderne ». Et cette déclaration confirmait, consacrait le mot de Gustave Planche, qui, lors des débuts de ces maîtres, dès 1837, écrivait : « Le paysage prétend désormais à une poésie haute, réelle et pleine de nature ».

Cette parole était alors hardie, nouvelle, inattendue. Ce sera l'honneur de quelques-uns de nos peintres de la fin du XIXe siècle de l'avoir complètement réalisée ; et ce sera l'honneur de THéonore VERSTRAETE d’avoir aidé à la réaliser d’une façon que, peut-être, en ce temps-là, personne n’eût osé soupçonner. En donnant au Paysage un rôle aussi d'accord avec nos sentiments modernes, il a exprimé, dans la candeur de son inspiration, des choses éternelles, des choses qui, suivant l’expression heureuse d’un critique, sont « le rajeunissement de cette seule forme de Dieu qui nous soit perceptible, la Vie ».

Voilà pourquoi l’œuvre de VERSTRAETE nous semble admirable, et

voilà pourquoi elle doit nous être chère. Elle a tous les caractères de notre

race ; elle en a la franchise et la santé, elle traduit toutes les émotions,

douces et fortes, de notre cher pays, toutes les magies de son ciel, toutes les

féeries de sa lumière : elle reflète son âme entière, ingénue et tendre; elle nous en révèle les aspects tour à tour charmants, tragiques et calmes ; et, en nous les montrant avec cette ferveur, elle nous les fait mieux aimer.

Un poète, tout récemment, en un vers inspiré, disait : Il faut avoir l'émotion de sa patrie !

Tuéopore VERSTRAETE eut cette émotion-là, — et il a su nous la communiquer. Par là ilest un grand artiste, et ses œuvres seront toujours

vivantes.

LUCIEN SOLVAY.

L'ÉGLISE DE SCHORE

L'EGLISE DE SCHORE (Zélande)

Signé. Toile. Haut. 1,50. Larg. 1,05.

L'église, en briques sombres, avec son clocher au toit d’ardoises en flêche,

se détache sur un ciel d'hiver, livide, que strient de noir les branches de trois arbres dénudés. A droite un toit de ferme et un chaume. Au premier plan la

route plate, couleur de feuilles mortes, bordée d’une rare verdure. Autant

l'exécution est vigoureuse, autant la couleur a de la puissance dans sa sobriété,

autant il se dégage de l’ensemble une impression de mélancolie pénétrante et douce, infiniment désespérée.

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