ORDO IX. GALLINÆ
« La grande confiance que nous avons dans la scrupuleuse exactitude de M. George R. Gray nous a induit dans une erreur : celle d'appeler Turnix africana, Desfontaines, l’Hemipodius lunatus, Temm. Ce n’est pas en 1789, c'est déjà en 1787 que notre illustre botaniste l’a fait connaitre le premier, mais sous le nom de Tetrao sylvaticus, et non d’africanus.
» ILest certes bien pardonnable à un étranger de mal citer le travail d’un modeste professeur, enfoui depuis soixante-dix ans dans l'immense collection des Mémoires de l’Académie. Mais comment s'expliquer que nos savants français, lorsqu'ils ont eu à publier des Oiseaux d’Algérie, d’un pays si peu visité, et illustré par un nombre si restreint de nos concitoyens, aient complétement passé sous silence le beau Mémoire d’un de nos Académiciens, quand surtout ce Mémoire contient les descriptions et les figures de six espèces, dont quatre, alors entièrement nouvelles, ont été reproduites depuis, et quelques-unes tout récemment, sous tant de noms différents (1).
» Parmi les Francolinés, lisez Scleroptila au lieu de Scléroptère ! C’est d’ailleurs au Chætopus bicalcaratus que ressemble la nouvelle espèce de Tem-
minck, Fr. ahantes; et e’est le Fr. humboldti, Peters, qui aurait dû être signalé comme voisin de l'adspersus. »
(1) Au reste, cet oubli condamnable des travaux de nos devanciers se remarque dans plus d'un pays et parmi les écrivains de toutes les nations. C’est à une négligence de ce genre que nous devons la récente publication, dans un journal scientifique d'Allemagne, du Picus crucntatus, Antinor. Ce noble proscrit, qui sait si bien utiliser ses talents dans l'exil, a raison de ne pas vouloir qu’on rapporte son grimpeur au Picus medius de Linné. Mais si ce n’est pas P, medius (espèce que malgré sa forte taille il rappelle cependant, comme P. numidicus d’Al-
ORDO X. GRALLÆ.
Les naturalistes qui ne voudraient pas admettre la dernière famille de cet Ordre, celle des OCYDROMIDE, ni ses deux sous-familles, Tribonicinæ et Ocydrominæ, ni ses trois groupes secondaires, Himanthornitheæ, Triboniceæ et Ocydromeæ, n’auront qu'à placer les deux espèces qui composent la seconde sous-famille avec les Gallinulés, dont elles ont au moins les mœurs,
gérie rappelle P. major), c’est indubitablement Picus syriacus, Ehrenberg. Nous avons implicitement proclamé déjà cette vérité, lorsque dans notre Corspectus Volucrum Zygodactylorum nous avons cité Picus damascenus,; Ant., qui n’est qu'un jeune individu de son cruentatus, comme synonyme de P. syriacus. .
Un autre Pic, Picus cabanisii de Malherbe, remplace en Chine le Picus major d'Europe : il a aussi la poitrine ensanglantée, chose ordinaire dans les climats chauds.
Les erreurs d’Aabitat, dont les marchands d'objets d'histoire naturelle se rendent si souvent coupables, par ignorance, par négligence ou par calcul, sont pour les naturalistes la cause de bien des déboires. Mais ces erreurs sont bien plus regrettables et plus nuisibles lorsqu'elles nous viennent des Musées. Le nôtre, si remarquable à tant d’égards, n’en est malheureusement pas exempt; et nous avons déjà dû plusieurs fois signaler l’inexactitude géographique avec laquelle sont désignés les objets recueillis par M. Leclancher, dont les catalogues ont été irrégulièrement utilisés, sinon perdus.
Un Pic de la Chine, où il rappelle le P. mohrattensis des monts Himalayas, très-différent du Picus cabanisit quoique de son pays, a été distingué par M. Malherbe lui-même, qui à voulu me le dédier sous le nom de Picus luciani; mais, suivant l'indication de notre collection publique, il l’a attribué aux monts Himalayas, où il ne se rencontre jamais. Heureusement, avant de le publier sous un nouveau nom dans ses splendides Birds of Asia, M. Gould vient d'arriver à Paris, où, parcourant avec nous les galeries du Muséum, ila pu reconnaître sa future espèce, et se rendre à nos explications.
Qui nous aurait dit, lorsque nous décrivions dernièrement chez Gould sa Malacoey la dryas, de la Nouvelle-Grenade et non du Mexique, type d’un genre si remarquable surtout comme américain, que nous aurions sitôt l’occasion d’en décrire une seconde espèce? C’est encore à M. Sallée, qui nous l’a rapportée des environs de Jalappa, que nous la devons; et nous la nommons Mal. mexicara. Elle est facile à distinguer par sa teinte olive beaucoup moins pure, tirant au grisâtre ; et surtout parce que ses parties inférieures ne sont ni jaunes, ni tachetées.
Ma. cinereo-olivacea ; subtus albido fuscescens immaculata ; pileo late nigro : rostro flavoaurantio : pedibus flavo-corneis.
Le seul genre avec lequel Malacocychla ait des rapports intimes nous semble être mon Catharus des Turdiens; et il est très-singulier que l’un et l'autre se composent de deux espèces si voisines dont les habitats se correspondent, car des deux Catharus aussi, lun est de Caraccas (Catharus immaculatus, Bp.), et l'autre du Mexique (Catharus mexicanus, Bp.— Turdus aurantirostris, hinc Catharus aurantiürostris, Hart]. ).
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(36) sinon tous les caractères. L'espèce unique qui forme la première sous-famille pourrait, en ce cas, prendre place avant le genre Canirallus : et les quatre qui constituent la dernière rentreraient alors parmi les Rallés, se montrant, quant au genre Rallus, ce que Corethrura est au genre Porzana! Peut-être, dans cette hypothèse, les Porphyrionés devraient-ils suivre les Gallinulés, au lieu de les précéder.
» Cest par erreur que les Himanthopodés et les Récurvirostrés ont été élevés au rang de sous-familles des Himantopodiens et Récurvirostriens dans les Tableaux systématiques. C’est la version du Tableau géographique qui est la bonne ; et les sous-familles de l’ordre des Echassiers sont par conséquent au nombre de 20, non de 21.
» Malgré ses trois doigts (par l’absence de pouce) et malgré son bec droit même après la mort (caractere plus important), le genre Cladorhynchus, à raison de ses pieds courts et palmés et de son ceinturon roux, est bien plus étroitement lié avec Recurvirostra qu'avec Himantopus. Seul il suffirait à m'empêcher d'adopter les sous-familles qui se sont glissées dans le Tableau.
» La question sur la place définitive que devra occuper le genre Dromas ne peut être vidée que par la connaissance des mœurs. D'abord est-ce un ÆAutophage? Je penche pour l’affirmative, et c’est pourquoi je l'ai retiré des Hérons! Dans ce cas il ne peut figurer qu’à la place où on le voit dans nos Tableaux, quelque extraordinaire qu'elle puisse paraître, entre les HÆMATO- PODIDES et les RECURVIROSTRIDES, dont il aurait même, d’après M. J. Verreaux, le simulacre de nid dans le sable, plutôt que dans le voisinage des OEdicnèmes, avec lesquels il a plus d’analogie que d’affinité. Le savant D' Blasius, cependant, le considère comme un ÆEsacus aberrant!... Je ne cite que pour mémoire l'opinion de M. Blyth, qui voudrait le rapprocher des Sterniens ! !
» À Berlin, on applique autrement que nous le nom générique Burhinus, Illiger; ce qui vient de la malencontreuse confusion entre l’OEdicnemus magnirostris de Latham, et celui de Geoffroy-Saint-Hilaire.
» Le D'Hartlaub, que nous avons eu le bonheur de posséder à Paris ces jours derniers, croit fermement que l’OEdicnemus macrocnemus, Licht., ést une bonne espèce qu'il faut même distinguer du capensis ou maculosus, Cuvier. Comparez l’un avec l’autre ainsi qu'avec OEd. affinis de Rüppell.
» Il manque à mon second Tableau des Grallæ la Chettusia crassirostris, Hartl., non de Fiippi, synonyme de Chettusia macrocerca, Bp. ex Heuglin.
» Ce Tableau des CHARADRHDES suffirait à lui seul pour faire triompher la
(37) méthode parallélique. Jamais en effet cette méthode ne s’est montrée si admirable de perfection et de clarté.
» Les caractères principaux, et ceux qui leur sont graduellement subordonnés, s’y répètent de la façon la plus régulière depuis la réticulation des tarses, la forme (suraiguë, aiguë, arrondie, etc.) des ailes, l’existence des armures de l'épaule, ou des caroncules du bec plus ou moins développées, jusqu’à la présence ou absence (caractère le moins important) de l'inutile hallux (ou pouce). C’est ainsi que nous voyons des Pluviers à quatre doigts, tout comme des Vanneaux à trois ; et parmi les uns et les autres la même répétition parallélique de couleurs uniformes ou tachetées, de colliers et de ceinturons..., comme aussi de becs de différentes grosseurs.
» Les Hoploptérés et les Sarciophorés ont chacun leurs Vanneaux et leurs Pluviers, armés et à lambeaux, et qui se représentent mutuellement aussi bien qu'avec ces groupes par la forme des ailes et le nombre des doigts. Plus encore! Un terme qui semblait manquer dans la nature, est venu se faire découvrir tout à propos au moment même où je rédigeais mes séries (1). Et, en outre, une sorte de parallélisme d'erreur peut s’observer relativement aux espèces qui se représentent dans les genres similaires Hoplopterus et Chettusia, comme s’il ne suffisait pas du parallélisme de la nature. !
» Quoique je n’aie pas l'habitude de commenter mes Tableaux, il est un fait géographique que je ne puis passer sous silence. J'ai fait remarquer ailleurs que le seul Pluvialis apricarius d'Europe avait les longues plumes axillaires d’un blanc pur, tandis que celui des deux Amériques, Pluvialis virginicus, les avait gris foncé, et celui de l’Asie et de l'Océanie, Pluvialis longipes, d’un gris clair (2).
» Eh bien, en Islande on trouve exclusivement l'espèce européenne, tandis qu’au Groënland, c’est l'espèce américaine qui règne à elle seule. Ce fait remarquable vient encore de nous être confirmé par les collections rapportées par mon cousin le Prince Napoléon de son récent voyage dans les régions hyperboréennes : collections qu'il a bien voulu soumettre à
(1) Nous n’avions jusqu'ici, en fait de Vanneaux tridactyles, que le genre Stephanibyæ, Reich., semblable pour les couleurs aux CActtusia et aux Hoplopteri; mais mon genre Pti-
. doscelys (donné à tort comme tétradactyle) a jusqu'aux teintes métalliques des vrais Van-
neaux , comme les offre au reste Belonopterus des Hoploptérés, qui en porte jusqu’à la huppe.
(2) Un fait analogue, et que peut-être j'ai été le premier à faire remarquer, est celui de ces mêmes pennes axillaires, toujours rayées de noir dans les Courlis, mais sur un fond d’un blanc pur dans les espèces européennes, et roux dans celles de l'Amérique,
(38%) l'examen des professeurs Geoffroy-Saint-Hilaire, Moquin-Tandon et au mien. Quarante espèces d'oiseaux groënlandais et quinze de l'Islande, dont plusieurs manquent au Muséum, font partie de sa précieuse exposition, qui va être ouverte incessamment. La race orientale, plus voisine de l’américaine que la nôtre, est répandue dans les îles de la Sonde, à la Nouvelle-Hollande, en Chine, au Japon et en Sibérie; c’est elle qu’on rencontre dans l'Asie méridionale et jusqu’en Abyssinie, et en d’autres régions de l'Afrique orientale, d’où il n’est pas étonnant qu’un exemplaire (pris à tort pour PI. virginicus) soit venu se faire tuer à Malte!
» Un genre doit être ajouté aux Cursoriens, car Rhinoptilus bicinctus du sud de l’Afrique est beaucoup plus proche des vrais Cursorii que de Chalcoplerus : nous adopterions donc le genre Chalcopterus, Reichenbach, pour cette derniére espèce (Chalcopterus temminchkii, Reich.), si ce n’était pas un véritable Rhinoptilus, Strickl. En effet, on ne peut séparer chalcopterus d’avec bitorquatus, Blyth, espèce de l'Inde bien différente du bicinctus. Ces deux espèces si semblables et formant le passage de Cursorius à Charadrius, sont les types à la fois de Rhinoptilus, Str. et de Macrotarsius, Blyth. Gray, qui à raison de les fondre ensemble, se trompe complétement dans son appréciation des types, car celui du genre ainsi réuni est C. bicinctus, Jerdon, c’està-dire bitorquatus !
» Une grande confusion a régné jusqu'à présent entre les espèces d’Hæmatopus, confusion que l’on doit principalement attribuer à l'application d’un nom identique aux différentes espèces de pays divers. Cette confusion est surtout choquante pour les especes à plumage noir ou Melanibyx, qui TOUTES ont recu tour à tour le nom de Hæm. niger. J'avais préféré la restreindre à celle d'Afrique; mais, outre que celle à laquelle Pallas Pa donné le premier a incontestablement le droit de le conserver (r), il n’est pas même exact de dire que Cuvier ait appliqué ce‘ nom à la grossé éspèce d'Afrique. Il a, au contraire, confondu sous cette dénomination les deux espèces australes figurées par Vieillot et par Quoy et Gaimard. Tout bien pesé, un nouveau nom devenant nécessaire pour ce Melanibyx africain,
(1) Ce grand zo0ologiste l’a en effet donné dans l’orgine à l’espèce des Curiles qu'on trouve la même sur toute la côte ouest de l'Amérique, dépuis l'extrême nord jusqu’au Chili. Je l'avais nommé Ææmatopus ater, quoique sachant que Vieillot avait confondu sous ce nom l'espèce citée avec celles de l'Océanie, et que c'était même une de ces dernières (Hæm. fuliginosus, Gould) qu'il a figurée sous ce nom sur la planche 230 de sa Galerie des Oiseaux.
Hæm. niger, Quoy et Gaim. (uricolor, Wagl. ex Forst.), mais non pas de Lichtenstein qui est celui d’Afrique, se distingue par l'absence du cercle rouge que l’autre porte autour de l'œil.
(39) nous l’appellerons Hæmatopus moquini,en honneur d’un confrère aux talents duquel les zoologistes et les botanistes ne sauraient assez rendre hommage ; et avec d'autant plus d'empressement que notre savant professeur Pa évidemment eu en vue dans son beau travail sur l’Ornithologie canarienne.
» Si nous avons placé le genre Jbidorhynchus, Vig. (Clonorhynchus, Agassiz ex Hodgs.) (1), à la suite des Hæmatopus, ce n’est que provisoirement (sans en constituer du moins une sous-famille, Zbidorhynchine !) et en attendant que son anatomie et ses mœurs nous soient mieux connues.
» En le plaçant avec les Ibis ou les Courlis, cette disposition, quelque mauvaise qu'elle soit, aurait pu passer inaperçue ; J'ai donc préféré le placer avec des COUREURS qui montrent avec lui une grande analogie dans la coloration et une forte affinité dans la conformation des pieds, et sans m'’arrèter à la crainte que cette réunion d’Oiseaux armés de becs si différents excite l’'étonnement, et, par suite, des réclamations.
» Dans aucun cas le synonyme de Clorhynchus strophiatus, Hodgs. (antea Erolia strophiata, Hodgs. — Clonorhynchus strophiatus, Agass.) n'aurait dû être omis.
» The Naturalist est un Magasin populaire mensuel que publie à Londres, avec de nombreuses gravures, M. le D' Morris. Parmi les excellents articles que contient ce recueil, nous lisons dans le n° 58 (Décembre 1855), le dernier du tome V, presque entièrement consacré à l’Ornithologie, l’intéressante capture en Écosse du Courlis des Esquimaux (Numenius borealis). Ce serait une nouvelle espèce à ajouter à la Faune d'Europe; et le seul Numenius à pennes axillaires rousses qui s’y montrerait.
» Depuis la publication de mon Tableau des Echassiers, l'expédition boréale du Prince Napoléon est venue confirmer ma nouvelle espèce de Cour-lis, Numenius melanorhynchus : il nous en a rapporté, avec ses œufs, des exemplaires d'Islande et du Groënland, où elle a sans doute été prise pour le Numenius phæopus. Jusqu'à présent je ne connaissais que le seul exemplaire recu parle Prince de Wied, de ses amis les Missionnaires Danois, et conservé dans son Musée de Neuwied, où j'avais encoreété le revoir cette année.
» Il nous est impossible de ne pas rectifier ici une détermination de M. le professeur Gervais (2). Il s’agit de sa prétendue Tringa? hoffmanni, des
(1) En 1829, Hodgson l'avait appelé Ærolia : en 1835, il changea lui-même ce nom en Clorhynchus.
(2) Ce principal élève de Blainville a jugé à propos de se nommer lui-même dans sa réclamation contre un passage de ce Mémoire, qui peut être inexact, mais qu'il n’a pas bien lu.
plâtriéres de Pantin, dont le bec ne ressemble en rien aux plus courts même de ceux que l’on rencontre dans la famille à laquelle appartiennent les Tringa, mais dont le pouce surtout aurait dù faire rejeter à ce savant toute idée d’un pareil rapprochement. Bien loin d’être court et haut implanté sur le tarse, ce pouce est long et placé au niveau des doigts antérieurs comme cela a lieu chez les Passereaux. Cet Oiseau nous semble se rapprocher beaucoup plus des Étourneaux ! que des Bécasseaux ! (1). Espérons pour la gloire du savant professeur de Montpellier qu'il ne s'obstinera pas à persister dan$ une telle erreur ! |
» On sait que dans les Rhynchæcæ les femelles ont le plumage plus brillant que les males : ce sont elles qui offrent ces belles teintes rousses remarquées par les naturalistes : anomalie qui rappelle celle plus importante observée par Steenstrup (2); à savoir que chez les Phalaropiens les mâles seuls couvent, tandis que leurs femelles, qui ne montrent jamais la région ventrale dénudée, propre aux couveuses (tache incubatoire des Allemands), mènent, plus que jamais, une vie errante, ne faisant, pendant ce temps, que coqueter et se jouer sur les flots.
(1) Voyez p. 220, t. XLIX, f. 4, de la Zoologie et Paléontologie françaises.
(2) Nous sera-t-il permis de faire observer, à propos de ce savant, combien il est regrettable qu'en général les découvertes zoologiques des naturalistes du Nord ne soient peut-être pas aussi appréciées, ni surtout aussitôt connues chez nous qu'elles le mériteraient. Ainsi pour citer des exemples récents et dignes de la plus grande attention, ne füt-ce que pour contester, peu de personnes savent en France que l’on prétend aujourd’hui en Allemagne que les Bourdons, ou mäles des Abeilles, naissent d’œufs non fécondés!
Que les Ammocètes ne sont que les larves des Lamproies; et que notamment l’4mm. branchialis est la larve du Petromyzon planeri, celles des autres Petromyzon restant à découvrir, puisque chaque espèce doit avoir la sienne.
Que le Sagitta, Quoy et Gaimard, cet animal singulier si commun dans les mers du Nord, découvert par nos intrépides voyageurs, et ballotté par les savants entre les Mollusques , les Vers et jusqu'aux Acalèphes! possède dans la première période de sa vie une grosse corde dorsale qui en fait un Vertébré subissant une métamorphose rétrograde dans le sens de Rathke. C’est à M. Meissner, jeune professeur à Bâle, qu'on doit cette belle découverte. Cet animal, qui dans l’état actuel de la science ne pourrait être regardé que comme un Porsson pour ainsi dire dégradé, mériterait de former une classe à part, bien plus encore que l’4mphyoæus où Branchiostoma, dont notre savant Président a fait le type de sa classe des Myélaires (MxeLozoa), depuis 1852.
En effet, la corde dorsale (qui forme le distinctif essentiel des Vertébrés) s'oblitérant et disparaissant complétement dans l'adulte, constitue un caractère tellement important, qu'il ne peut désigner un groupe d’un rang moins élevé que celui de Classe; il pourrait étre convenable de donner à cette Classe le nom d’Aphaniaires où APHANOZOA.
» Les exemplaires de Rhynchées provenant de Madagascar se montrent sensiblement différents de ceux du Cap dans la forme des taches de leurs ailes et de leur queue.
» M. Guillemeau, dans son Essai sur l'Histoire naturelle des Oiseaux des Deux-Sèvres, publié à Niort en 1806, établit d’après les chasseurs, comme je l’ai fait depuis en 1820, deux espèces de Bécasses d'Europe; mais, contrairement à ce que j'ai fait, c’est la petite race plus grise, à bec plus long, aux pieds bleus (ma scoparia), qu'il considère comme type; tandis que j'ai regardé comme tel la grande, qu'il nomme Scolopax major, à bec moins long, à pieds noirs, plus sombre, et avec le sommet de la tête noirâtre partagé par une ligne intermédiaire de couleur päle.
» Sous le nom de Tringa nilotica, nous avons recu d'Egypte une Bécassine (Gallinago scolopacinus, d. niloticus, Bp.), Cauda rotundata; rectricibus 14, extimis laticulis, albicantibus, fasciatis; trop semblable à notre Bécassine commune d'Europe, pour que nous l’en distinguions comme espèce.
» Il en est de même de celle du Japon (Gallinago scolopacinus, e. japonicus, Bp.).
» M. Ghisbrecht a envoyé de Tabasco (Mexique) au Musée de Bruxelles plusieurs Bécassines à queue formée de 16 pennes, qui, comparées à celle des Etats-Unis (Scolopax wilsoni, Temm.), n’en different que par la taille un as moins forte.
» L'Amérique méridionale en a quatre espèces. La petite Bécassine à bec court du Chili (Sc. magellanica, Less.), Cauda valde cuneiformi, rectricibus 14, extimis angustis, candidis, nigro-fasciatis, impossible à confondre avec la grande à long bec du même pays (Sc. longirostris, Cuv. ; australis, Less. nec Lath.), a été rapportée par M. Poplairs au susdit Muséum de Bruxelles.
» La plus c commune dans le Brésil septentrional, où elle occupe une grande étend de pays et se répand sur une partie considérable de l'Amérique du Sud, k la Sc. cayennensis, Gm. Elle est de la taille de la nôtre : sa queue, arrondie à l'extrémité, se compose de 16 pennes, pareillement arrondies; les trois extérieures de chaque côté, dont la seconde outrepasse la premiere d’une bonne ligne, sont trois fois plus étroites que celles du milieu.
» Dans le Brésil méridional, au contraire, c’est la Sc. paraquaia; Vieill., qu prédomine ainsi qu’au Paraguay. Elle est plus grande, plus obscure, et n’a que 1/4 pennes à la queue; les extérieures offrent une coloration uniforme très-singulière ; elles sont grisâtres, barrées de noir ; toutes les pennes latérales sont remarquablement étroites, la derniere surtout.
» Nous n'avons pu nous dispenser d'élever au rang d'espèce, sous le nom
(4) de Gallinago latipennis, la Bécassine qui vit sur les bords de la riviere Gambie. Similis G. scolopacino; sed cauda subæquali, et rectricibus quatuordecim omnibus latissimis, ex toto rufis, fascia unica terminali nigra.
» La Spilura horsfieldi, si commune à Java et à Sumatra, vit aussi fréquemment dans les environs de Singapore. Si le genre dont elle est le type avait besoin de confirmation, peut-être la trouverait-on dans quelques parties du squelette. Le sternum, du moins, a les échancrures latérales beaucoup plus ouvertes, et l'extrémité inférieure tronquée au lieu de finir en pointe.
» Le Scolopacé du Japon, que nous avons cru pouvoir rapprocher dudit genre Spilura, diffère à peine de celui du Népal, nommé Scolopax solitaria par Hodgson, qui, s’il n’a pas 24 pennes à la queue, en a du moins 20, presque aussi étroites que dans l’espèce typique, ci-dessus désignée.
» Il vaut mieux transporter le genre 76. Calidris, qui rompt la série des Tringés semipalmés, au bas de la troisième colonne du Tableau, en lui imposant le n° 82. C'est en effet un Actinodromus à trois doigts entièrement séparés.
» On comprendra facilement que c’est seulement faute de place que le genre 89. Rhynchophilus, commence la seconde colonne au lieu de terminer la sienne.
» Quant au genre Actiturus, il se lie très-bien à Oreophilus ! (quoique plus Pluvier qu’on ne pense). Mais les deux espèces qui le composent different par la conformation des pieds, extérieurement palmés, comme dans la plupart des Totanés, dans la grande espèce qu’on pourrait isoler sous le nom de Bartramius longicaudus ; à doigts tout à fait séparés comme dans les Tringés, dans la petite, qu'on pourrait appeler seule Æctiturus rufescens (x).
» La plupart des Gambetta de l’ancien monde sont à peine des races, trois ou quatre seulement devant être conservées comme espèces : Totanus fuliginosus, Gould, lui-même, de la Nouvelle-Hollande, differe à peine du Tolané si,répandu dans l’est de l’Asie, le nord-ouest de l'Amérique et les iles de FOcéanie, et connu sous les noms de glareola, Pallas nec L. ; — pulverulentus, Muüll. ; — oceanicus, Less., — et polynesiæ, Peale; et pour lequel celui plus ancien de UNDUEATA, Forster, doit être réservé.
(x) I est temps de faire cesser une confusion intolérable. Quelques ornithologistes ayant reçu et accepté cette À. rufescers sous le nom de pectoralis, ont cru que la vraie pectoralis (maculata, Viaill.), le Pelidna tué à Yarmouth et à Anvers, était ma 77. schinzi, et l'ont nommée 77. bonapartii; c'est-à-dire, à la manière de Linné, l'espèce sur laquelle je me serais trompe !
» Le genre Ischiornis de Reichenbach n'offre aucun caractere extérieur ; mais nous l’adoptons à cause des modifications, quoique légères et de peu d'importance du squelette, qui sont si rares dans la Classe des Oiseaux.
:» L'espèce nouvelle de Râle colombien de Sclater, dont nous ne savions pas le nom lors de la publication de nos Tableaux, est Rallus semiplumbeus, Proc. Zool. Soc. Lond., 1856, p. 61, sp. 23. a Verreauxio ex Columbia. Affinis R. virginiano. Oleagino-fuscus, nigro-flammulatus; subtus cum capitis lateribus plumbeus ; loris nigris ; mento et vitta qulari albis; alis caudaque obscure fuscis ; alarum tectricibus rufis ; tectricibus caudæ infcrioribus albis nigro mixtis : rosto nigro, mandibula rubra : pedibus pallide fuscis. Long. 8 poll. — AL. 4 poll. — Caud. x 4 poll. — Rostr. 1 4
3" ORDO XI. ANSERES.
» M. Cassin énumère trois espèces du genre Chen, quil n’adopte pas. Il n’admet pas qu’Anser cœrulescens, L. (1), soit le jeune hyperboreus qu'il croit connaître fort bien; et donne le nom d’Anser albatus à une race occidentale dont il n'a pu obtenir que cinq individus, pendant vingt années de recherches, à Philadelphie. Sa nouvelle espèce est plus petite que la commune, et à bec plus court; la nudité à la base de la mandibule supérieure ne pénètre pas autant dans les plumes sur les côtés du front ; ses ailes sont longues, à seconde rémige dépassant les autres; la qneue est courte, mais se montre, ainsi que le tarse, comparativement plus allongée que dans l’espèce ordinaire; elle est d’un blanc pur, tacheté de roussätre sur le front et les joues; les rémiges sont cendrées à la base et noires sur les deux autres tiers de leur longueur : le bec et les pieds sont rouges.
» Anser arvensis mérite de nouvelles études, le bec variant quant à la grandeur de manière à égaler celui d’4. grandis (2), tout en passant graduellement en d’autres individus à la briéveté de celui d'A. segetum.
(1) Anser cærulescens, L., ou, pour mieux dire, la race à laquelle Cassin réserve ce nom linnéen (qu’heureusement on n’a pas eu l’habitude d’appliquer à Cher hyperboreus, comme auraient dû le faire ceux qui considèrent le palmipède qu'il désigne comme le jeune de l’espèce unique), est la seule des trois qui se trouve en Europe, et, ce qui est singulier, presque toujours à l’orient,.
Qu'est-ce qu’Anser parvipes, Cassin, dans les Proceedings de l’Académie des Sciences de Philadelphie ?
(2) Nous avons vu chez le prince de Wied une Oie magnifique provenant du lac Baikal, aussi forte qu'A»ser grandis, mais beaucoup plus ferrugineuse. Serait-ce la véritable 4»ser rufescens, Brehm, qu’on aurait eu grand tort de réunir à 4nser cinereus, quoiqu’elle lui ressemble pour la taille et le plumage? Elle est d’un gris beaucoup plus brun, et très-remar-
» M. de Selys, si compétent dans cette matière, doute encore de l'existence comme espèce d’Anser bruchi. I voudrait que l’on instituât une troisième section dans le genre pour Ans. cinereus, qu'en tout cas, suivant lui, il vaudrait mieux réunir aux albifrontes qu'aux Oies proprement dites, ayant comme celles-là le bec sans aucune trace de noir, l’onglet blanc, et souvent même une espèce de cercle de cette couleur autour du front.
» Les Chloephaga, ou Oies-Bernaches, d’un blanc plus ou moins pur ou d’un gris roux plus ou moins ondulé de noir, ont besoin d’être ultérieurement étudiées. Celles de l'extrémité méridionale de l’Amérique, dont J'ai admis trois espèces (1), et dont on ne voudrait faire que deux, sont peut-être au nombre de cinq, car il se pourrait très-bien qu’Æ. candidus, Vieill., fut une bonne espèce dont un très-vieux mâle se voit dans nos collections; et qu’Æ. leucoptera, Gm., fût spécifiquement distincte d’antarctica et de magellanica.
» Rhynchaspis maculata, Gould, ne se rapporte pas, quoiqu il se cite à tort lui-même, à À. rhynchotis de la Nouvelle-Hollande : c’est au contraire le beau Souchet de l'Amérique méridionale dont le Muséum possède un grand nombre d'exemplaires, et dont M. Reichenbach a fait une espèce nominale; son nom légitime est Rh. platalea, Vieil.
» Ana falcata n’est pas le type de mon genre Eunetta : il est bon de le dire pour ceux qui prétendent que la première espèce énumérée doit être considérée comme telle. Sauf les filets de la queue, ce beau Canard se rapproche peut-être plus d’Anas acuta que de À. formosa, ou glocitans, type du genre tenant de plus pres aux Sarcelles. Quant à l'Ænas bimaculata, Penn., c'est tout à fait un Canard, et probablement même un métis entre Z. boschas et Mar. penelope, tout comme 4. breweri, Audub., est un hybride entre A. boschas et Mareca americana. Le métis décrit dernièrement par M. de Selys, et surtout le prétendu cucullata de Fischer, ne doivent pas non plus s'éloigner beaucoup de la vraie glocitans.
» C’est par erreur que M. G.-R. Gray (que j’ai le tort d’avoir suivi aveuglément) à rapporté au Mergus anatarius, métis dé Clangula chrysophthalma
quable par la teinte rousse, ou, pour mieux dire, d’un ferrugineux jaunâtre qui prédomine encore plus que dans Anser minutus adulte, mais sans la moindre trace de blanc au front.
(1) Je ne compte ni 4nser melanopterus, Eyton (anticola, Tschudi), qui n’est peut-être pas de ce genre; ni irornata, King, à poitrine rousse ou rayée, suivant le sexe et l’âge, toujours si distinct par son très-petit bec; ni caragica, Sewart (picta, Pallas), de la Sibérie orientale, qui est plutôt une Oie qu'une Bernache, voire même une seconde espèce de Cher et non une sixième de C/oeyhaga.
etl de Mergulus albellus, la susdite Anas cucullata, Fischer. Sur les questions que je lui ai adressées, et par une de ces précieuses Lettres que l'amitié et la science savent si bien lui dicter, il rectifie la citation de son Genera of Birds. C’est maintenant les Nouveaux Mémoires de la Société impériale des Naturalistes de Moscou que cite M. Gray (vol. II, p. r12,t. IX), et en l’absence de l'Oiseau, il juge aussi d’après la figure, que nous n’avons pu voir, cette collection russe manquant à Paris, que le Canard en question est trèsvoisin d’'Eunetta formosa, si même il n’est pas identique avec cette élégante Sarcelle d'Orient, si inexplicablement confondue avec Ænas bimaculata.
» Marila collaris est presque intermédiaire entre les deux genres Fuligula et Marila : c'est pour cela que je l’ai placée la première, ne considérant nullement, comme on voit, cette place comme celle du type.
» La sous-famille des Fuliguliens mériterait peut-être un rang supérieur à celui que je lui ai assigné; mais ces nuances, faciles à saisir, sont presque impossibles à exprimer. Sous certains rapports, les Erismaturiens élevés par moi au rang de famille indépendante devraient au contraire leur être subordonnés. Les mœurs, représentées, quoi qu'on dise, par la membrane développée du pouce, isolent indubitablement les Canards qui en sont fournis.
ORDO XII. STRUTHIONES. (Rudipennes où Autruches.)
» Un naturaliste distingué par son zèle et son esprit d'observation, M. Florent Prévost, avait depuis longtemps reconnu les deux espèces de Casoars, ou pour mieux dire de Dromæius, de la Nouvelle-Hollande ; ainsi que nous en avons eu la preuve entre les mains moyennant les notes qu'il a bien voulu nous communiquer.
» Apterix maxima est basée sur une description détaillée portant tous les caractères de l'exactitude, description faite verbalement par d’intelligents insulaires de la Nouvelle-Zélande à M. Jules Verreaux , et corroborée par sa propre inspection de l'œuf, qu'il m’assure se trouver aujourd'hui dans la riche collection de l’Académie des Sciences naturelles de Philadelphie.
» Amicus Plato, sed magis amica veritas ! à toujours été et sera toujours ma devise. En butte, par cette raison, à des réclamations plus ou moins pénibles pour moi, la derniere Lettre que j'ai reçue d'Owen m'est doublement précieuse.
» Loin de m'en vouloir, et tout en plaisantant avec esprit sur certaines aptitudes à décrire par de courtes et significatives diagnoses les hommes comme les animaux ; ainsi que sur la position que je lui assigne dans la science au moyen d’analogies figuratives; cet illustre zootomiste approuve que
(46) je lui rappelle notre humaine tendance spécialement générale à erreur : tendance dont il est bon que le memento se présente à l'esprit des savants aussi souvent que possible; car plus ils avancent dans la vie, et plus leur réputation d’infaillibilité s’accrédite dans le monde instruit, plus on pourrait donner de poids aux erreurs dont nul n’est exempt.
» Après m'avoir remercié de la lecture de mon Mémoire qu'il lui plait d'appeler un sommaire des connaissances actuelles sur l’Ornithologie fossile, aidé, dit-il, et stimulé par ce travail, il se propose dediriger sur tous les os principaux du squelette des Oiseaux, beaucoup plus caractérisés qu’on ne le pense, les mêmes études qu’il vient de publier sur le tibia : et il s’en promet d'importants résultats.
» Il m'annonce avoir complété, reconstruit et entièrement rétabli le squelette du Dinornis dernièrement découvert (D. elephantopus), au moyen d’os appartenant presque tous au même individu, choisis parmi plus de mille échantillons. Cette belle pièce se voit aujourd’hui au Musée Britannique, dont elle constitue certainement un des plus remarquables ornements.
Les principes du grand naturaliste l’empèchent d’instituer ou d’adopter un genre pour ce type : n’admettant pas nos coupes modernes, et préférant ranger les espèces du vieux genre Dinornis dans sa belle intégrité en catégories, ou en simple série numérique, d’après les proportions de la jambe : mais il admet pleinement que dans ses proportions, D. KIphmiRpus est le plus outré de tous les oiseaux connus.
» Je dois ajouter à mon Tableau, comme Owen a la bonté de me le faire remarquer, son Dinornis gracilis, confirmé dans un Mémoire récent sur la complète restauration des os des jambes de cette espèce et du D. struthioides. C'est à côté de D. dromioides que D. gracilis doit prendre place, du moins quant aux proportions du tibia: »
PARIS. — IMPRIMERIE DE MALLET-BACHELIER rue du Jardinet, 12-
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