‹ Tableaux peintsChapitre 4 sur 9 · PAR M. DEZOBRY · texte numérisé non relu

PAR M. DEZOBRY

Situation , proportions , plans et limites du Forum. — Le Forum romain, la plus célèbre place de Rome ancienne, était situé entre le mont Capitolin, que l’on voit au fond du tableau, le mont Palatin au sud, et les monts Quirinal et Esquilin au nord. Le cadre n’embrasse pas ces trois dernières collines, dont le mont Palatin serait à notre gauche, et les autres à notre droite.

La place s’étendait dans le sens de la vallée, de l’est, point où nous sommes, à l’ouest, qui est notre horizon, sur une longueur de deux cents mètres ; en d’autres termes, des premiers plans du tableau jusqu’au fond.

Sa forme était celle d’un trapèze, dont la plus grande largeur, au pied du Capitolin, était de soixante-cinq mètres environ ; et la moindre, à l’extrémité opposée, c’est-à-dire à l’est, de quarante mètres. Cette largeur est accusée d’une manière authentique : au nord (à notre droite), par la voie Sacrée, qui conserve encore aux deux extrémités des restes de son pavé antique; au sud (à notre gauche), par une deuxième voie à peu près parallèle, dont on ignore le nom, mais qui garde aussi, vers ses extrémités opposées, des restes de pavé antique.

Le Forum a ceci de remarquable que deux arcs de triomphe , Y Arc de Fabius et Y Arc de Septime-Sèvère, dont nous parlerons tout à l’heure, marquaient ses limites extrêmes. Le hasarda produit cette singulière rencontre pour le lieu qui était le quartier général du peuple le plus guerrier de la terre, car ces deux monuments furent élevés à plus de trois siècles d’intervalle l’un de l’autre.

Côte droit.

N. B. On a marqué d’une étoile* tous les édifices ou les monuments dont il existe encore des ruines. — Les Nos sont ceux du Plan et de la Vue joints à cette brochure.

I.* Temple d’Antonin et Faustine. — C’est le premier qui se voit à droite, avec six grandes colonnes corinthiennes de front, en marbre cipolin. 11 fut élevé par Antonin le Pieux, après la mort et en l’honneur de Faustine l’aînée, sa femme, que le sénat avait divinisée. Lorsque l’apothéose eut atteint l’empereur à son tour, le même sénat décréta que le temple serait aussi consacré au divin Antonin. Cette double dédicace est relatée dans une inscription gravée sur l’architrave de la façade.

Les dix colonnes du portique et une partie des murs latéraux subsistaient encore, lorsqu’en 1602 on restaura la cella du temple pour y constuire l’église actuelle de San Lorenzo in Miranda .

* Voie sacrée. — La rue qui passe devant le temple, et qui est pavée en polygones irréguliers, est la Voie Sacrée , la plus célèbre des rues de Rome. Elle se dirige droit jusqu’au pied du mont Capitolin, en traversant tout le Forum. C’était aussi une des plus anciennesrues de la ville , car elle datait du temps de Romulus et de Tatius, et reçut son nom de ce que ce fut sur son emplacement que les deux rois jurèrent alliance après la réconciliation qui suivit l’enlèvement des Sabines.

Il reste encore quelques parties du pavé de la voie Sacrée, devant le temple d’Antonin et Faustine, et aux abords de l’Arc de Septime- Sévère. Il est encadré dans de grosses bordures appelées marges , larges de 0m 65 ; la chaussée a 7“ 65.

Arc de Fabius. — 11 s’élevait à l’entrée du Forum, à l’est, à cheval sur la voie Sacrée (au second plan du tableau). Quintus Fa-

bius Maximus, consul l’an 632 de Rome, 121 avant J.-C., l’érigea à la suite d’une grande victoire remportée par lui sur les Allobroges (peuples du Dauphiné et de la Savoie).

Il ne reste rien de ce monument, mais sa position est très-clairement indiquée dans ce lieu.

3. Græcostase. — C’était un édifice qui servait de salle ou de galerie d’attente aux ambassadeurs étrangers que le sénat devait admettre à son audience. Son nom signifiait la station des Grecs , les Grecs étant pris ici pour désigner les étrangers en général.

4. Curie Julia, ci-devant Curie Hostilia. — C’était une espèce de grande basilique, dans laquelle le sénat s’assemblait le plus ordinairement. Tullus Hostilius, troisième roi de Rome, l’avait bâtie vers l’an 100 de la ville, 653 avant J.-C., et elle porta son nom jusqu’à l’an 701 de Rome; alors elle fut incendiée aux funérailles du fameux tribun du peuple Clodius. Neuf ans après, les triumvirs commencèrent de la rebâtir; Auguste l’acheva, l’an 725, et la dédia sous le nom de Carie Julia, du nom de son oncle Jules-César.

Cet édifice est entièrement perdu ; mais sa position n’est pas douteuse devant le Comitium.

5. Basilique Argentaria, et devant : Tavernes neuves. — Au-dessus de la Curie Julia est la Basilique Argentaria , dite aussi Fulvia, du censeur M. Fulvius, qui la bâtit l’an 573 de Rome : le consul Æmilius Paulus la restaura l’an 699. Il n’en reste rien. — Devant, adossées à l’édifice, étaient les Tavernes neuves , dites aussi les cinq ou les sept tavernes, qui étaient des comptoirs de changeurs ou de banquiers.

O.* Basilique Æmilia. — A la suite de la basilique Argentaria, vers le mont Capitolin, ce bel édifice avec un grand portique de douze colonnes corinthiennes accouplées, au-dessus desquelles est un deuxième ordre formant une loggia, est la Basilique Æmilia , dite aussi de Paulus. Le consul Æmilius Paulus Lepidus la commença l’an 699 de Rome, et l’acheva l’an 720, ou 33 ans avant J.-C. Les colonnes avaient environ douze mètres de haut, et toutes étaient en marbre phrygien (aujourd’hui paonazzetto), blanc mêlé de violet. Æmilius déploya une telle magnificence dans cette construction qu’il n’aurait pu y suffire si César, qui méditait alors de s’emparer du pouvoir, ne lui avait acheté son appui par un don de 1,500 talents, valant de notre monnaie 7,82/i,900 fr.

On croit que l’église Saint -Adrien qui, au vne siècle, était dite quelquefois dans la voie Sacrée , s’élève sur l’emplacement de cette basilique, et que vingt-quatre magnifiques colonnes monolithes , qui se voyaient encore à Saint- Pau 1-hors-les-Murs, avant l’incendie qui détuisit cette église en 1823, provenaient de l’édifice d’Æmilius.

*. Temple de Janus Bifrons. — Ce tout petit édifice carré, un peu en avant du portique de la basilique Æmilia, est le temple de Janus Bifrons. Il était si petit qu’il n’y avait, à son intérieur, de place que pour la statue du dieu. L’autel est devant le temple.

Romulus etTatius construisirent cet édicule entre les monts Capitolin et Quirinal. Comme il était tout en airain, ainsi que la statue du dieu, il a dû être des premiers détruits quand Rome a été saccagée.

Fond du tableau. «

Nous allons passer maintenant au fond du tableau, en commençant par le pied du mont Capitolin et montant successivement.

8.* Arc de triomphe de Septime-Sévère. — C’est le premier monument qui se présente au pied de la colline, juste à l’extrémité de la voie Sacrée. Il est à trois portes et la voie passe sous la porte centrale. 11 fut élevé vers l’an 955 de Rome, 202 de J.-C., par le sénat et le peuple romain, à l’empereur Septime-Sévère et 5 ses fds Caracalla et Géta, qui furent admis à partager le triomphe décerné à leur père pour ses victoires dans l’Adiabène et la Parthyène ( partie du Kourdistan et du Khoraçan).

Cet arc, tout en marbre blanc massif, est encore entier, quoique bien endommagé dans ses détails. Le char à six chevaux qui le surmonte, les deux statues pédestres et les deux statues équestres sont des restaurations. Le monument a 23 mètres de hauteur, 25 mètres de largeur et 1 1 m 80 de profondeur, proportions d’un tiers environ plus fortes que celles de l’arc napoléonien du Carrousel, à Paris.

O. : Prison Mamertine. — Après avoir passé sous l’Arc de Sévère, on trouve, un peu sur la droite, une rue en degrés qui monte au Capitolin : c’est le Clivas de l'Asile. En bas, et à l’angle de ce Clivus, vous voyez la Prison publique. Sa façade est un mur lisse, en grosses pierres de taille, avec une seule porte, lue espèce d’attique forme son amortissement. L’escalier qui part à peu près du centre

de la façade, en descendant vers l’angle gauche, s’appelle les Degrés Gémonies ou, par abréviation, les Gémonies. Toute la façade a 1 5ni 00 de développement et 5m20 de hauteur; ce serait bien exigu pour une prison ; mais celle-ci était seulement un lieu d’exécution pour les criminels de lè$e-majesté : on les étranglait dans le Tullianum , partie souterraine de la prison, puis, avec de grands crocs, leurs cadavres étaient tirés de là et jetés sur les Gémonies. L’entrée des condamnés était du'côté opposé à la façade, sur la colline.

La Prison fut construite par Ancus Marcius, quatrième roi de Home, vers l’an 116 de la ville, 637 ans avant J.-C. On l’appela Marner line, de Mamercus, qui est le même nom que Marcius en vieux latin. Servius Tullius l’augmenta d’un cachot souterrain , qu’on appella Tullianum . Ce monument, qui a aujourd’hui près de 2500 ans d’existence, subsiste encore. En 1539, on a construit dessus une petite église consacrée à san Giuseppe de' falegnami (saint Joseph des charpentiers) et à saint Pierre dans la prison , parce que ce prince des apôtres fut enfermé dans le Tullianum avant d’être conduit au supplice, l’an 66 de J.-C.

ÎO.* Temple de la Concorde. — A gauche du Cliviusde l’Asile, en parallèle à peu près de la Prison, le grand temple avec portique en avant-corps, orné d’un fronton reposant sur six grandes colonnes cannelées, est le Temple de la Concorde. 11 est célèbre parce que Cicéron y réunit le sénat lors de la conjuration de Catilina, le lieu lui ayant sans doute paru plus propice pour faire passer immédiatement les coupables de l’assemblée dans la prison, où il devait les faire mettre à mort.

Ce temple, voué par Camille, l’an 388 de Rome, 365 avant J.-C. , fut restauré ou plutôt réédifié par Tibère l’an 76/i, car sa construction en marbre blanc dénote un édifice du temps des empereurs. Tibère y consacra le butin qu'il avait fait dans une guerre d’IIlyrie. Lne partie des murs d’enceinte de la cella et du pavé intérieur existe encore; on a trouvé dans les fouilles des fragments et plusieurs bases de colonnes d’un beau travail, et qui sont gardés aujourd’hui au musée Capitolih.

II.* Temple de Jupiter Tonnant. — Nous nommons ainsi le temple, de moindres proportions, situé en parallèle et à gauche du précédent. 11 fut élevé par l’empereur Auguste, l’an 732 de Rome, 21 avant J.-C., au retour de sa guerre contre les Cantabres (peuple de

l’Espagne Tarraconaise). Pendant cette guerre, voyageant de nuit, la foudre frappa sa litière et tua l’esclave qui l’éclairait. En reconnaissance de ce que la foudre divine l’avait épargné, il voua ce temple à Jupiter Tonnant.

Il reste encore deux colonnes de l’angle droit de la façade, et une troisième en retour du même côté. Elles sont en marbre blanc , d’ordre corinthien, cannelées, et de la plus belle architecture. Leur chapiteau, l’un des plus élégants qui existent, a servi de modèle pour ceux du palais de la Bourse de Paris.

Scola. Xantha ou Portique du Clivus — Ce sont les petits édifices à gauche du temple de Jupiter Tonnant, et au bord du Clivus Capitolin, rue qui, de ce côté, monte au Capitole. On les appelait Schola Xantha d’un certain Fabius Xanthus qui les fit restaurer; mais leur véritable nom était Ecole des scribes, des libraires et des hérauts des édiles curules, parce que c’étaient les chambres d’assemblées de ces corporations. Chacune a 7 mètres de haut sur 6 de profondeur environ. 11 en existe encore des ruines, ainsi que du portique en colonnade qui était devant.

13* Tabularium. — Portons nos regards un peu plus haut, immédiatement derrière les temples de la Concorde et de Jupiter Tonnant; nous y voyons un grand portique de onze arcades, à deux rangs superposés, avec colonnes doriques à demi engagées sur leurs pieds-droits, et dont les temples nous cachent presque tout le rang inférieur : c’est là le fameux Tabularium , archive du peuple romain, où l’on déposait, gravés sur des tables d’airain, les originaux des lois et des traités publics, et les sénatus-consultes.

Cette construction, moins l’étage supérieur, existe encore, mais fort altérée. Le mur de soubassement est un ouvrage des Tarquins, fait pour soutenir les terres de l’Intermont, c’est-à-dire qu’il a près de 2500 ans d’antiquité. Il est tout en grosses pierres de taille posées et jointes sans ciment. — Le Tabularium date du temps de la république; ses colonnes en pierre tiburtinc (travertin) suffiraient pour l’indiquer. Il parait avoir été construit vers l’an 67/i de Borne, 79 av. J.-C., par Lutatius Catulus, consul.

Le Capitole. — Au delà du Tabularium on est sur le mont Capitolin, dont l’ensemble était appelé vulgairement le Capitole. 11 y avait cependant trois parties bien distinctes : au nord, c’est-à-dire à notre droite, le Temple de Jupiter ; — au sud, à notre gauche, la

Forteresse; — entre les deux, immédiatement derrière le Tabularium, Y Intermont.

Intermont. — Le mont Capitolin se terminait à chacune de ses extrémités par un mamelon, de sorte que le milieu formant comme une petite vallée en avait reçu le nom d'intermont ou Entremont. Elle était peu spacieuse et contenait :

14. Le Dois de l’Asile , refuge ouvert par Romulus aux fugitifs des pays voisins; — au centre, le Temple de Véjovis ou Jupiter Enfant. — Nous apercevons le haut des vieux arbres de l’Asile, et le faite du temple de Véjovis.

15. Arc de Scipion l'Africain , vis-à-vis du temple de Véjovis. 11 fut bâti, l’an 562 de Rome, par Scipion, qui établit de chaque côté une fontaine de marbre. Cet arc et ces fontaines nous sont masqués par le Tabularium ; mais par-dessus cette dernière galerie , nous apercevons encore ;

l<*. Deux colonnes monumentales, l’une était la Colonne rostrale d’.Emilius, érigée l’an /*98 de Rome; l’autre la Colonne de Jupiter , surmontée de la statue du dieu.

19. Temple de Mars Bisultor , à gauche du Bois de l’Asile. Il est circulaire, entouré de colonnes, et couvert d’une coupole. L’empereur Auguste l’érigea vers l’an 732 ou 733, pour y placer les enseignes romaines, jadis perdues par Crassus, et rendues par Phraate, roi des Parthes.

18, lî*. 20. Temples de Venus Ericyne et de Mens , voués l’un et l’autre l’an 535, et dédiés deux ans après: ils étaient fort petits et le Tabularium nous les masque ; — le Temple de la Foi, édifice plus spacieux, dédié par Atilius Calatinus, qui fut consul l’an £|95 de Rome. On l’aperçoit en partie, à droite de l’escalier qui conduit de rintermontau Temple de Jupiter.

2 1 . Temple de Jupiter. — C’est le grand temple que nops voyons à droite, sur la partie la plus haute du mont Capitolin. Il s’élève au milieu d’une esplanade formée par des murs de soutènement, et dont il occupe presque toute la surface. Cette esplanade, appelée Area Capitoline, dominait l’Intermont de 20 pieds romains (6 mètres) environ, et formait une enceinte close de murs, où l’on n’arrivait que par un escalier à cordonata, que nous voyons partir du sol de P Intermont et aboutir à un petit portique muni de fortes portes. Cette clôture était nécessaire, non-seulement pour la sûreté du

temple même, qui renfermait une foule d’objets précieux, mais aussi de l’Area, où beaucoup d’objets d’arts, et surtout de statues, étaient consacrés par la piété des Romains ou des étrangers; il y avait, entre autres, deux statues colossales que l’on aperçoit pardessus les murs de l’Area : à droite du temple, celle de Jupiter; à gauche, celle d’ Hercule, toutes deux en airain.

Revenons au Temple : il est d’ordre corinthien ; toutes les colonnes en sont en marbre blanc pentélique, et le toit est en airain, relevé de rosaces d’or. Au centre, on remarque un grand à jour, qui indique la nef devant la cella de Jupiter, parce que, suivant un antique usage, venu des Étrusques, le roi de l’Olympe devait toujours être adoré sous la voûte des cieux.

L’église de Santa-Maria de l’Ara Cœli est construite sur les ruines du temple de Jupiter Capitolin, mais dans un sens transversal au temple; on l’appelait même, originairement, Sainte-Marie-sur-le-Car pitolc. — En 1834, on a retrouvé quelques traces du grand escalier de l’Intermont, en faisant des fouilles derrière le musée Capitolin, qui en occupe la place.

La Forteresse. — Descendons maintenant de l’Area Capitoline, traversons l’Intermont, et montons à la Forteresse, par un second escalier à cordonata , que nous ne pouvons voir d’ici , mais moins long que l’autre, parce que le plateau de la Forteresse était de 3 mètres environ moins haut que celui du Temple. Ici, l’enceinte est munie de tours. A l’intérieur il y avait divers temples; les plus authentiques sont :

Temple de Jupiter Férétrien, dans la partie la plus éloignée. Petit temple bâti par Romulus l’an h de Rome, pour y consacrer les dépouilles opimes du roi des Céniniens, qu’il avait tué de sa main. L’édifice n’avait que 4m50 de long.

*211. Temple de Junon Moneta, entre le précédent et un autre petit édifice dont nous allons parler tout à l’heure; c’était l’endroit où l’on fabriquait la monnaie, dans des ateliers accessoires. Ce temple fut voué par Camille, l’an 410 de Rome, en l’honneur de Junon Conseil - 1ère , car c’est ce que signifie le mot moneta; il s’élevait sur l’emplacement de la maison de Manlius Capitolinus.

£4. Curie Calabra. — C’est le petit édifice que l’on voit sur la gauche et en parallèle du temple de Junon Moneta. Il datait des premiers temps de Rome, et c’était de son portique que les prêtres ob-

servaient chaque mois le lever de la nouvelle lune, pour l’annoncer au peuple à haute voix.

£5. Porte Pandana. — Derrière la Curie Calabra, à peu de distance, il y a dans la muraille une ouverture à rez-de-terre , que l’on pourrait regarder, à cette hauteur, comme une fenêtre; c’est une porte; elle n’a point de fermeture, et on l’appelle Panclana , c’est-àdire ouverte. Suivant la tradition, Brennus, après avoir pris Rome, et même le Capitole, dictant les conditions de sa retraite, fit engager les Romains à laisser, lorsqu’ils rétabliraient leur ville, une porte perpétuellement ouverte. Mais pour rendre illusoire l'effet de cette promesse, qu’ils avaient faite sous serment, les Romains placèrent la porte Pandana dans un lieu inaccessible, en haut de la roche Tarpéienne, que vous voyez au-dessous.

Les Cent Marches. — Sur le flanc de la roche Tarpéienne que nous venons de nommer, et en parallèle de la Curie Calabra, la grande rampe que l’on voit et qui s’élève jusqu’au plateau de la Forteresse, en se doublant, est un escalier que l’on appelait les Cent Marches , parce que c’était à peu près le nombre de ses degrés; car à partir du Clivus Capitolin, où il commençait, la roche Tarpéienne n’avait que 16 à 17 mètres d’élévation.

£? . Porte Stercoraire. — Nous ne pouvons l’apercevoir, parce qu’elle se trouvait dans le Clivus Capitolin, à droite de l’escalier des Cent Marches. Elle fermait une impasse appelée Ângiportum, où l’on déposait les cendres du feu entretenu sur l’autel du temple de Vesta.

£$. Arc de Tibère. — Il est un peu en deçà des Cent Marches, sur le Clivus Capitolin ; nous en voyons seulement le sommet. On l’érigea l’an 760 de Rome, en l’honneur de Tibère, sous les auspices duquel Germanicus avait vaincu les Germains et recouvré les enseignes perdues par Yarus.

Cote gauche.

Nous redescendons sur le Forum, et nous allons passer en revue la ligne de ses édifices qui regardent le nord.

Temple de Saturne. — II est au pied de la montagne, en deçà du Clivus Capitolin, et se présente de flanc, en s’avançant un peu sur la façade du temple de Jupiter Tonnant. Tullus Hostilius, 3e roi

de Rome, le construisit, ou du moins le commença vers l’an 83 de la ville ; Valerius Publicola, consul l’an 2/j5, l’affecta au Trésor public (Ærarium) , destination qu’il conserva perpétuellement.

Ce temple fut restauré par Munatius Planchus, l’an 711 de Rome, et plus tard, sous Vespasien, à la suite d’un incendie. 11 en reste encore 8 colonnes ioniques, en granit gris, 6 de la façade, et une en retour de chaque coté.

30* Rasilique Julia. — Au-dessous du temple de Saturne, en venant vers nous, ce grand édifice en arcades par le bas, avec colonnes à demi engagées dans les pieds-droits, et en colonnade par le haut, est la Basilique Julia . Une rue la sépare du temple de Saturne.

Cette basilique était un des plus beaux monuments de Rome ; Jules-César, dont elle portait le nom, la commença; Auguste l’acheva. Pendant son règne, un incendie la détruisit; il la réédifia plus grande et plus belle, sous le nom de ses fils adoptifs Lucius et Caïus, et lui donna même le nom de ces jeunes gens; mais le nom primitif prévalut sur celui de Basilique de Lucius et Caïus. — On a retrouvé l’emplacement et beaucoup de fragments de cet édifice.

31.* Temple de Castor et Pollux. — C’est le dernier grand temple, entouré d’une colonnade corinthienne cannelée, qui se présente à nous de liane sur le troisième plan du tableau. — Le Temple de Castor et Pollux fut voué par le dictateur Posthumius, pendant une guerre contre les Latins, l’an 255 de Rome, et dédié 15 ans après, ce qui annonce que c’était une construction importante. Celui que nous avons sous les yeux est une rééducation faite par Tibère et Drusus. Elle est tout en marbre blanc, comme les édifices de l’époque impériale.

11 reste de ce temple trois colonnes debout avec leur architrave ; ce sont les àe. 5e et 6e du portique latéral que nous avons sous les yeux, 5 partir de l’angle de la façade sur le Forum : elles sont magnifiques.

39. Bois, Temple de Vesta et Atrium Regium ou Régla. — Ce bois que nous voyons au second plan du tableau, en deçà du temple de Castor, est le Bois de Vesta. Devant passe la voic\euve , qui vient longer le côté occidental du mont Palatin.

On voit, par-dessus les touffes du bois, le haut du Temple de Vesta , de forme circulaire, avec un petit appendice derrière où était le sanctuaire des Pénates du peuple romain; le temple est orné de co-

lonnes corinthiennes engagées, et couvert en airain de Syracuse.

En avant, vers le Forum, c’est-à-dire à notre droite, les toits et la cour en portiques sont V Atrium Regium qui lui servait de vestibule fermé et l’isolait des bruits du dehors. Autour était l’habitation du souverain pontife ou du roi des sacrifices, ce qui faisait appeler aussi cet atrium Regia. — Dans un péristyle derrière le temple habitaient les Vestales.

Numa fit construire le temple de Vesta, qui fut depuis réédifié avec somptuosité. Il habitait la Regia, qui, après l’expulsion des rois fut affectée au roi des sacrifices et au souverain poutife.

33. Porte Romana. — Elle est indiquée seulement ici, à l’extrême gauche du tableau, par deux statues équestres qui en ornent l’abord. Cette porte était à l’angle nord-ouest du mont Palatin , et fermait son accès de ce côté. Elle datait de la fondation de Rome sur cette colline.

Centre «lu Forum.

Nous allons passer en revue la place même du Forum avec ses petits monuments, ses colonnes, ses statues, etc. Nous commencerons par le haut, c’est-à-dire par la partie la plus rapprochée de nous, et nous irons en descendant vers le mont Capitolin.

34. Statue équestre de Clélie. — Érigée à Clélie, l’otage de Porsenna, l’an 2/j6 de Rome, elle était en airain, et se voit en haut de la voie Sacré, près de l’arc de Fabius.

35. Tribunal du Préteur. — C’est le grand hémicycle de pierre qui se développe un peu au delà de l’arc de Fabius. Il avait environ 15 mètres de diamètre, et c’était là que le préteur de Rome, chef de la justice, tenait ses audiences, assisté de quelques juges. Tout le monde était en plein air. En été, on tendait quelquefois des voiles au-dessus du tribunal. Deux statues s’élèvent aux deux angles de l’hémicycle; ce sont celles de Sylla et de Pompée.

3 «. Putéal de Libon et Colonne de César. — L’espèce de petit autel rond, un peu en arrière du tribunal, est le Putèal de Libon. Les Romains appelaient Putèal une margelle de puits posée sur un lieu frappé de la foudre, afin que personne n’y marchât plus, ce qui eût été le profaner. Le Putéal de Libon était le rendez-vous des prêteurs d’argent.

Colonne de César. — Elle s’élève près du Putéal , non loin de l’arc de Fabius. Le peuple l’érigea à César, après son assassinat. Elle était haute de 20 pieds (6 mètres environ), en marbre de Numidie (paonazzetto) , et portait sur sa base l’inscription : au père de la patrie. Pendant longtemps le peuple lit des vœux et des sacrifices au pied de cette colonne, qui marquait l’endroit où le corps du dictateur avait été brûlé, y apaisait les différends, en jurant par le nom de César, autrement dit du divin Jules.

Comitium. — Les Romains nommaient Comitium la partie du Forum où se traitaient plus particulièrement les affaires politiques : c’était l’espace compris à peu près entre la curie Julia, ci-devant Hostilia, à droite, et le temple de Castor, à gauche. Il était élevé de quelques degrés.

Le Canal, voie transversale qui coupait le Forum à peu près en deux, séparait le Comitium du reste de la place, qu’on appelait le Bas-Forum.

3 7 . Statue équestre de Marcius Tremulus. — Elle était en airain et lui fut décrétée l’an hhl de Rome, pour avoir défait les Herniques. On l’érigea devant le temple de Castor.

3S. Lion de pierre. — Cette statue de lion couché, vers l’angle gauche du canal, dans le Comitium, couvrait, suivant une tradition, la sépulture de Romulus, ou celle de Faustulus, son père adoptif.

30. Statues de Farius et de Scipion l’Africain. — L’une et l’autre est près de l’arc de Fabius, devant la Græcostase. 11 y avait aussi au même endroit deux statues grecques, sans autre désignation ; c’étaient sans doute des statues héroïques, c’est-à-dire nues.

40. Statue équestre de César Octave. — Devant la curie Julia et le Comitium, elle est en airain doré. Le sénat la lui décerna l’an 718 de la ville. — Sur le perron de la Curie, à gauche, statue de l'augure Attus Navius ; à droite, statue du roi Porsenna, en airain.

41, 4£. Janus supérieur et Janus inférieur. — Petits arcs quadrangulaires, à jour au moyen de quatre portes dont les axes se croisent. Tous deux sont près de la voie Sacrée, à gauche, l’un dans le Comitium, partie haute du Forum, d’où son nom de Janus supérieur; l’autre, à gauche et vis-à-vis du Canal, dans la partie basse du Forum, ce qui le lit nommer Janus inférieur. On les appelait Janus, du nom du dieu des portes. Ces petits arcs étaient le rendezvous des emprunteurs et des usuriers. On désignait par Médius

Janus Fintervalle qui les séparait. C’était comme la bourse de Home, féconde aussi en lucres subits et, non moins souvent, en naufrages financiers.

45. Colonie Ménia. — Vis-à-vis des Tavernes neuves. C’était une colonne toute simple, reste de l’atrium d’une maison vendue par un certain Ménius à Caton, l’an 568 de Home, pour bâtir une basilique sur son emplacement; Ménius s’était réservé cette colonne afin d’avoir le droit d’y établir un échafaud pour voir les combats de gladiateurs que l’on donnait alors sur le Forum. Les triumvirs capitaux, magistrats de police, tenaient leurs audiences à la colonne Ménia ; c’était donc là véritablement le tribunal de police correctionnelle de Home. — A gauche de la’ colonne était la statue de Venus Cloacine , déesse des purifications; c’est dans ce lieu que les Sabines vinrent séparer les Romains et les Sabins qui allaient se livrer combat , et qu’après la réconciliation les deux peuples furent* purifiés.

44. Statues des trois Parques ou des trois Sibylles. — Très-anciennes statues qui sont devant la basilique Æmilia.

45. Rostres. — C’était la fameuse tribune du peuple romain. On la voit ici, à gauebe de l’arc de Septime-Sévère. Elle se compose d’un grand massif en pierre, sans garde-corps, exactement comme un piédestal, de sorte que l’orateur y était vu depuis les pieds jusqu’à la tête. La base en est ornée de six rostres ou éperons en airain, débris de navires pris sur les Antiates, l’an àl5 de Home, et qui valurent son nom à cette tribune. — Originairement, elle était dans le Comitium, au bord du Canal , devant la curie Hostilia, depuis curie Julia ; l’an 710 Jules César la fit transporter au lieu qu’elle occupe maintenant.

Statues «levant les Rostres. — Statue du Satyre Marsyas, à gauche ; elle était le rendez-vous des plaideurs. — Statues de Romulus et de Camille. — Statues de C. Fulcinius, de Clelius Tullius , de Spurius Nautius , de L. Roscius, qui, envoyés en ambassade chez les Véïens, furent tués à Fidènes l’an 318 de Rome. Un décret public leur décerna ces quatre statues, qui n’avaient que 3 pieds de haut (90 centimètres environ).

4 «. Mille d’or. — C’est la colonne tronquée que nous voyons derrière les Rostres, sur le côté gauche et tout près de l’arc de Septime-Sévère. Auguste la fit ériger en ce lieu, l’an 73à de Rome, et la

destina à servir de point de départ pour compter les distances, de mille pas en mille pas, sur les routes sortant de Rome. Les bornes milliaires étaient ordinairement en pierre ou en marbre ; mais celleci était revêtue d’airain doré, d’où lui vint le nom de Mille d'or. Vers le temps du Bas-Empire, on appela ce milliaire Y Ombilic de Rome ; en effet, quand Honorius eut reculé les murs de la ville, de manière qu’ils embrassaient tout le Champ-de-Mars et une partie du Vatican avec le Janicule, cet endroit fut à peu près le centre de Rome. Le Mille d’or se trouvait à l’extrémité et sur l’axe longitudinal du Forum.

4? . * Colonne rostrale de C. Duilius. — Elle fut érigée l’an 492 de Rome, 261 ans avant Jésus-Christ, en l’honneur de C. Duilius, qui remporta une grande bataille navale sur les Carthaginois. La base de ce monument a été retrouvée pendant le xvie siècle, près de l’arc de Septime-Sévère ; on la voit aujourd’hui au palais des Conservateurs, avec une restauration imitée de la colonne, qui était surmontée de la statue de Duilius.

49. Lac Curtius. — Vers le milieu du Forum, près de la basilique Julia, le petit bouquet d’arbres que vous voyez est ce que l’on appelle le Lac Curtius , bien que ce soit un véritable bosquet. Vers la fin du iv® siècle de Rome, un gouffre s’étant ouvert dans cet endroit, on tenta vainement de le combler. Les devins furent alors consultés, et déclarèrent que, pour refermer le gouffre, il fallait lui sacrifier ce qui faisait la principale force de Rome; que c’était l’unique moyen d’assurer à la république romaine une durée éternelle. Le sens de cet oracle, passablement obscur, comme tous les oracles, embarrassait tout le monde, lorsque Marius Curtius, jeune homme distingué à la guerre, et doué sans doute d’une perspicacité toute particulière à l’égard des énigmes sacrées, s’indigna qu’on pût hésiter un instant , comme si le plus grand bien pour Rome n’était pas la vaillance et les armes. Il impose silence, et, tourné vers les temples des dieux immortels qui dominent le Forum, les yeux sur le Capitole, les mains tendues au ciel ou sur les profondeurs de la terre béante, il se dévoue aux dieux Mânes; puis monté sur un cheval qu’il a richement paré, il s’élance tout armé dans le gouffre qui tout aussitôt se ferme sur le pauvre jeune homme, exactement comme une trappe d’opéra. Plus tard, il poussa dans ce lieu un figuier, une vigne et un olivier sauvages, à l’ombre desquels on

dressa un petit autel où le peuple venait faire des sacrifices expiatoires.

4» 9. Statue équestre de Domitien. — C’est la statue d’airain qui est au milieu du Forum, auprès de la voie dite le Canal , et tournée vers le mont Palatin. Elle était sur une très-haute base et foulait aux pieds le fleuve le Rhin.

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