CLEMENCE ISAURE
^^UELs maux n'apaisent point les doux sons de la lyre ! Dans des songes heureux le poète s'endort. O Muses î quel mortel , en vous voyant sourire , Peut repousser la vie et se plaindre du sort?
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Recois donc notre encens , vierge d'Occitanie , Toi qui des troubadours couronnas les chansons; Toi qui les inspiras ; toi qui de leur génie Réveillas la langueur par tes douces leçons !
Messagère d'amour dans des temps de colère , Comme un ange de paix tu descendis des cieux ; Et tu lis succéder à de longs cris de guerre Et les tendres accords et les chants gracieux.
Des beaux-arts qui naissaient tu soignas la culture ; Ta lumière féconde éclaira les mortels.
Et des mortels ingrats t'ont prodigué l'injure ; Us ont nié ta vie et brisé tes autels !
Tu n'étais , disaient-ils , ([u'une brillante image ,
Un fantôme , un vain nom par l'errem- inventé ; Ce doute fait ta gloire ; il est comme un nuage Qui nous cache l'éclat de la Divinité.
Tout un peuple avec moi t'admire et te révère ; Quand ta fête revient , nous nous croyons encor Aux poétiques joui^s où le jeune trouvère Venait , la lyre en main , briguer tes palmes d'or.
Et tu n'existais pas, ô toi! vierge immortelle! Et mon cœui' bat , pourtant , à ton seul souvenir ! Et j'entends , dans les cieux , ta voix qui nous appeUe , Qui parle de triomphe et promet l'avenir :
«O poètes ! chantez; car la gloire , la vie,
» Et les rêyes du cœur, et les heureux penchans,
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» Et tout ce qu'on espère, et tout ce qu'on envie , » Et le ciel même est dans vos chants !
» Dans mon riant jardin , sur la verte pelouse , » Sous mon beau ciel d'azur venez, je vous attends; » Je vous garde les prix que je cueille à Toulouse , » Dans la corbeille du printemps.
» Oh ! venez tous à moi ; c'est moi qui vous couronne ; » Venez me confier vos vers et vos amours; » Oh ! venez tous à moi ; car je suis la patrone » Des amans et des troubadours. »
Ils y sont tous venus ; ils y viennent encore ! L'œil fixé sur les fleurs qui brillent dans ta main ,
Du beau pays où l'on t'adore Les poètes rêveurs prennent tous le chemin.
Il vint ce jeune Hugo s'essayer à combattre 80ns ton poétique drapeau ; Et couvrit d'un laurier la tombe d'Henri-Quatre Non loin de son royal berceau. *
Puis une de tes soeurs, en écartant ses voiles, Courba son jeune front sous ton plus beau laurier ; C'est elle qui la nuit et parmi les étoiles Avait vu sa lyre briller. **
O bonheur , ô succès , ô noble jouissance ! Isaure , le poète alors est plein de foi ;
"L'académie des Jeux Floraus applaudit la première au génie poétique de M. Viclor Hugo: il avail à peiue dixliuit ans lorsqu'elle couronna sa belle ode sur le réialjli.'senieni de la slalue de Heuri IV.
" MadameTasiu a obtenu plusieurs triomphes aux Jeux Floraux •. et sa pièce cliarmanie iiilllulée ^'Etoile de la l.yre a remporté le prix de l'ode.
l46 TABLEAUX POETIQUES.
Et vainqueur , il proclame , en sa reconnaissance , Qu'une Muse à Toulouse autrefois prit uaissauce , Et que cette Muse... c'est Toi.
l^S Sm^mllli^
quel bonheur peut valoir
Le charme d'ignorer ce qu'on cherche à savoir !
Jui.ES Lefèvre.