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LA DERNIERE ESPERANCE

/qi^Es pins sont ébranlés , et leurs cimes fimêbres Répondent en sifïlant aux voix de l'aquilon , Et de pâles éclairs courent dans le vallon , Comme de blancs Esprits au milieu des ténèbresi.

Et toi , tu dors , ma mère . au pied de ce coteau , Tu dors, tu n'entends pas le vent du nord qui gronde ; Le bruit des orages du monde ]N e troiû)le pas le calme du tombeau . .

Et siu' le frais gazon de la tombe que j'aime , Lorsqu'au déclin du jour ma douleur vient pleurer , Mes pleurs sont moins amers , et la mort elle-même Me pai4e d'avenir et me dit d'espérer !

11 existe au-delà de ces demeui'es sombres D'invincibles liens entre mon coeiu' et toi ; Ton ombre quelquefois fuit la rive des ombres , Et revient doucement errer autour de moi.

Oh ! quelle douce voix m'appelle dans mon rêve ? Au fond de mon exil , oh ! qui vient me chercher? Dans mon abattement quelle main me relève , Me soutient et me guide , et m'invite à marcher?

C'est la main dont les soins délièrent les chaînes

Qui retenaient mes premiers pas ; La voix qui me disait dans mes premières peines :

Oh ! mon enfant , ne pleure pas !

Non , non , tu ne m'es point devenue étrangère ; Tu descends quelquefois du séjour immortel. Dans l'humide vapem% connue toi passagère, Le soir, je vois blanchir ton image légère , Et mon œil suit ton vol dans les plaines du ciel.

C'est en vain (|u'à mes yeux ce prestige s'efface , Je souffi'e , mais j'espère , et j'attends tous les jours , J'attends V heure où vers toi m'élancant dans l'espace , 1 J'irai te voir aux lieux où l'on se voit toujours ;

Dans ces lieux où notre âme , en extase ravie , Brûle , comme un parfum sur l'autel allumé ; Dans ces lieux étemels où l'amour est la vie , Où l'on aime encor plus ce qu'on a tant aimé !

^( C'xfortntta.

C'est la religion qui fait gémir, au milieu de la nuit , la Vestale sous ses dômes tranquilles; c'est la religion qui chante si doucement au bord du lit de l'infortuné.

Chateaubriand.

L4 HARPE DE GLORTINA,

f^^H ! de la niiit qui trouble le silence

Par ces vagues concerts et ces divins acceus ?

Serait-ce un luth léger qui dans l'air se balance?

Est-ce un prestige de mes sens t

a42 TABLEAUX

Descend-elle du ciel cette douce harmonie? Est-ce le bruit lointain des flots de l'océan ? Non ; j'entends une feninie , et sa voix est unie Aux sons doux et légers des accords d'Ossian.

Et vers un vieux château , dans des bois druidiques

Où le hardi chasseur seulement a passé ,

Je marche au doux appel de ces notes magiques ,

Et saisissant le lierre , au vieux mur enlacé ,

Je m'incHne en tremblant sur les vitraux gothiques.

J'admire de ce lieu la sombre majesté; Une lampe d'airain , au faîte suspendue , Luit sur des armes d'or, et sa faible clai^té

Se prolonge et se perd dans la vaste étendue.

Sur un lit entouré d'armes et de drapeaux , Un vieillaixl reposait dans sa pourpre royale , Et des chants qu'élevait une voix virginale , Appelaient sm^ son front les songes du repos.

C'est Glorvina : c'est sa fille chérie Qui , par de doux refrains mollement cadencés ,

Sur la harpe de la patrie Lui dit de ses grandeurs les beaux jours éclipsés.

D'une agrafe d'azur la pierre éblouissante Relève sur son front la gaze obéissante ; . .^ ^ j^^.^ Et ses cheveux plus dop^ps encor, Ses blonds cheveux , sur sa tête charmante Sont attachés par une aiguille d'or.

a44 TABLEAUX

Elle (lit dans ses chants , cpie le sort est volage; Que ce qu'on nomme le bonheur Est plus léger que le nuage , Plus éphémère que la fleur.

Puis sa harpe frémit sous un accord moins tendre ,

Et l'humble vierge fait entendre

L'hymne héroïque des combats.

Le vieillard lui soui'it , et lui tendant les bras : « O ma fille ! dit-il , ma fille bien aimée ! ce De ces airs belliqueux mon oreille est charmée ; « Je reviens dans les camps , j'entends rouler les chars, a Je vois briller dans l'air nos légers étendards , « Et séduit par tes chants je crois à la victoire. « Tu me rends mes plaisirs , ma jeunesse , ma gloire; « Tous les enchantemens renaissent à ta voix.

(c Mais le rêve bi'illant de mes premiers exploits , « Et les grands souvenirs de ma toute-puissance , c( Sont moins doux à mon coeur que ta douce présence ; « Ta présence , ma fille , écarte mes douleurs ; » Et ses yeux attendris laissaient tomber des pleurs ; Et la harpe exhala des sons dont la magie Répandait dans les sens la douce léthargie.

La vierge touche alors encor plus doucement , De ses doigts plus légers le magique instrument ; D'un murmure expirant elle enivre son père , Elle suit dans son cours le charme qu'elle opère ; Ses doigts ont oublié les accords assoupis , Elle pose son pied sur le moelleux tapis ; Jusqu'au front du vieillai'd son beau corps se soulève, Et s'approche de lui comme un céleste rêve.

246 TABLEAUX POJÊTIQUES.

De ses regai^ds d'amour protégeant son sommeil , Elle retient long-temps son haleine craintive ; Et près du lit , penchée , immobile , attentive , Comme un ange qui prie , elle attend son réveil.

C'est une femme, un ani^e à la forme charmante ; Car ce peuple d'Esprits, cette famille aimante , Qui pour nous, près de nous, prie et veille toujours, Unit sa pure essence en de saintes amours.

Alfued de Vigny.

^E leur séjour brillant de gloire et de liuiiière Les anges quelquefois franchissent la barrière ; Au ciel même , leurs fronts d'étoiles couronnés, Pour veiller sur nos maux, vers nous sont inclinés.

25o TABLEAUX

Et l'immortel éclat des sphères radieuses , L'ineffable concei;t des voix mélodieuses . Et les célestes fleurs qui naissent sous leurs pas , Quand nous les appelons, ne les retiennent pas.

Et toi , comme eux brillante , et cejiendant voilée ,

Tu vins , tu vins à moi quand je t'eus appelée ;

Tu vins comme un bonheur dès long-temps attendu ;

Je reconnus un chant dans mon rêve entendu î

Et ce ciel que ta voix sut me faire comprendre ,

Dans un de tes regards sur moi sembla descendre.

Sur moi d'un jour divin l'éclat se répandit ,

Un horizon plus pur devant moi s'étendit.

Je connus ce bonheur, cette extase nouvelle

Oii l'âme par l'amour à l'âme se révèle,

Et dans le long espoir d un hymen enchanté ,

POÉTIQUES. 25l

Retrouve le secret de rimmortalité,

Aucune autre avant toi, dans sa toute -puissance , IN 'eut un charme à mes yeux si doux que ta présence. Aucune autre après toi n'oserait m'émouvoir , Ni même sur mon coeur essayer son pouvoir.

Tu me montras des biens inconnus dans la vie ,

Le néant douloureux des choses qu'on envie ;

Et les douces vertus qui consolent nos jours ,

Et les premiers secrets des éternels amours.

Et détournant de moi la coupe trop amère ,

Tu m'appris un bonheur qui n'est point éphémère .

Nous passons sur la terre en nous donnant la main, Ensemble nous marchons dans le même chemin.

252 TABI.EAUX POÉTIQUES.

L'aveiiii' a pour nous les mêmes espérances ; Et je vais dans ton coeui' déposer mes souffrances , Comme on va dans un temple , après de longs malheurs , Au pied des saints autels déposer ses doideurs.

uu'mu^Mm

A Alexandre Soumet. 5

Ondine , ou l'Esprit de l'Eau. i5

Le Voile. 25

Le Convoi d'Isabeau de Bavièbe. 29

L'Étoile. 3^

Le Charme. 4*

La Jeunesse. 47

Le Bal. 55

Delphine. A M"" Delphine Gay, 61

Delphine a la coupole de Sainte-Geneviève. 67

La Soukce des montagne^. Ti

i54 TABLE.

Le Pèlerin. f,-

Le Passé. 83

L'Infidèle. 89

La Bayadère. A Emile Deschamps, g5

La Fête. lOi

Les Troubles.

Le Schall.

L'Odalisque. ' m

L'Amour. laS

Le Souvenir. . i3i

Sa Fuite. iS^

Clémence Isaure. 141

Le Secret. 149

La Crainte. i53

L'Empressement. 167

La Promenade du soir. i65

Invocation. 169

La Villageoise. 175

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