‹ Tableaux poétiquesChapitre 26 sur 27 · LE PUNCH · texte numérisé non relu

LE PUNCH

^§)U'iLs sont doux les momens du soir , Lorsque près du foyer , en cercle on vient s'asseoir ! On cause sous les feux des regards , des bougies ; Le vieux conte succède aux jeunes élégies ,

11 évoque un fantôme , on tremble , on applaudit ; Pour cacher que l'on aime , en riant on le dit ; Ou dans l'ombre , plus loin , en secret on recueille Les débris d'un bouquet qu'une main blanche effeuiil c .

Dans le salon magique , un écho merveilleux Retient, redit long-temps des mots harmonieux. Mais au bruit des cristaux et des coupes dorées , Des femmes , à l'instant , charmantes , peu parées , Vous servent un lait pur et des fmits toujours verts Dont la fraîcheur insulte au brasier des hivers.

Les amis sont placés près de la table ronde ,

La flamme nait et meurt dans la coupe profonde ,

Et d'une voix légère une jeune beauté

Leur dit comment un jour le punch flit inventé.

Fatigués de l'ambroisie, Les dieux tristes dans l'Ether, Sentaient leur âme saisie D'ennui près de Jupiter.

On bâillait dans le ciel même Et Mercure, au pied léger, Veut charmer l'ennui suprême Par un breuvage étranger.

Au jardin des Hespérides , Le dieu cueille en souriant.

Ces fruits d'or, aux sucs acides , Dont s'embaume l'Orient.

Puis il vole au nouveau-monde.

Et prend cette plante encor, Qui de l'abeille féconde Fait oublier le trésor.

Par le divin assemblage De ces sucs délicieux, Hébé forme un doux breuvage Qu'elle verse ù tous les dieux ; Mais Vénus, peu satisfaite, Le blâme et dit : « Mes amis , » Il n'est de boisson parfaite » Sans le secours de mon fils. »

Dans cette liqueur nouvelle L'Amour plonge son flambeau , Et sa divine étincelle Fait jaillir un feu nouveau.

Le nectar bouillant pélille,

Il s'embrase, il est plus pur; Et dans une coupe il brille De flammes d'or et d'azur.

La coupe toujours remplie,

Qui circule aux mains des dieux ,

Chasse la mélancolie

De l'Olympe radieux.

Au bruit des chants d'allégresse ,

On voit la céleste cour

Savourer la double ivresse

Du nectar et de l'amour.

Touchés du malheur des hommes , Les dieux ont permis plus tard , Que dans l'exil où nous sommes Nous partagions leur nectar.

Comme l'immortelle troupe.

Mortels, laissons-nous charmer :

La jeunesse tient la coupe, Et l'Amour va l'allumer.

Elle se tait, s'incline , et son beau bras d'albâtre S'ari'ondit en jouant sous la flanune bleuâtre , Aux convives chai'més , elle verse à longs flots Avec le doux nectar, l'heureux oubli des maux. A l'oubli passager le cercle s'abandonne , Et chacun prend sa part du bonheur qu'elle donne !

Si l'on soufïre près d'elle , hélas ! c'est qu'ici-bas 11 n'est aucun asile où l'on ne souffre pas ; Mais son regard vous plaint et sa voix vous console ; Au milieu des parUuns notre douleur s'envole ,

Et la coupe , avec grâce , offerte par sa main , Enivre en circulant nos langueurs , nos tristesses ; Et les adieux du soir ont de douces promesses Pour se revoir le lendemain.

«S'f l'es i^oxtc^is.

Si l'homme qui n'a point d'éducation n'est pas laborieux, s'il mène une vie oisive, il est bien difficile qu'il soit vertueux.

M>"; LA C"ss^ DE Geklis.

LABEILLF/

qJ^'était quand le printemps de roses se couionne; Son souffle pur s'exhale en suaves odeurs; L'insecte transparent aux feux du jour bourdonne ; C'était dans la saison des Mouches et des fleurs.

■ Celle pièce fait partie du Recueil de fiiWes russes publié par le Comte OriofT.

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Deux Mouches se contaient leurs peines mutuelles , Et se plaignaient tout bas , et se disaient entre elles : « Allons voir d'autres cieux, visiter d'autres champs, »Car les hommes pour nous sont ici trop méchans. «Leur génie inquiet constamment nous assiège; wDans la coupe dorée ils nous tendent un piège ; )) Nous préparent la mort dans leurs mets séducteurs , »Et comme lem's propos, leurs festins sont menteurs. » Tandis que chaque jour un peuple parasite » De la bouche et des yeux dévore leur repas . » Délicats et cruels , leur mollesse s'irrite ))De nos légers larcins , dont ils ne souffrent pas.

»Le riche sur sa table a des cloches de verre

» Qui ne nous laissent qu'approcher, ji

» Et nous voyons des fruits beaux coilune dan s leur serre ^

POÉTIQUES. aSl

))Et nous mourons tout près sans pouvoir y toucher.

«Partons; car au retour de leur lointain voyage, ))De brillans perroquets dans leur brillant langage » Nous ont dit qu'il était , bien loin de ce pays , »Des pays où nos vœux ne seraient point trahis ;

«Partons. . . » Et les mouches volèrent ,

Et bientôt elles appelèrent

Une Mouche plus belle , une Abeille aux yeux d'or

Qui trempait de parfums son liquide trésor.

«Moi , vous suivre ! » leui- dit l' Abeille : )) Non; le printemps encore a pour moi de beaux jours ,

))Et pour changer en miel les dons de sa corbeille ,

«Dans mou berceau de fleurs je veux rester toujours.

252 TABIiEAUX POÉTI9UES.

))0n VOUS hait, dites-vous: moi, je travaille, onm'aimc.

» Cherchez quelques inondes meilleiu's , ))Mais vous serez partout inutiles de même , »Et les mêmes chagrins vous attendent ailleurs. »

^Sf^mxnct.

Dites -moi, dites-moi surtout, si son âme s'est dépouillée dans sa nouvelle vie, de tous les souvenirs de sa vie passée, si elle pense toujours à moi, et si quand je prononce son nom, ma plainte va jusqu'à son cœur?

Ch. Nodier,

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