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PRÉFACE IX

el une trentaine d'etudes de Constable, des notes de couleurs vives et veloutées, la nature interprétée sur le vif, par le peintre dont l'influence fut dominatrice sur l'école moderne de paysage ; puis d'autres paysages et marines de Bristow, Collins, Cotman, Crome, Gainsborough, Lee, Morland, Priest, Stannard, Stark, Turner et Vincent.

Quant aux portraits de l'École anglaise, la collection n'en compte pas moins de soixante-dix. Je ne crois pas qu'on ait jamais montré un ensemble plus complet, nt plus varté, et plus capable d'expliquer l'irrésistible séduction qui se dégage de tous ces visages, surpris en pleine activité de pensée, en pleine expansion de grâce. C’est, de Gainsborough, le « Portrait d'une Princesse royale » et « Miss Boone »; de Hoppner, les portraits de « Mrs. Home » et de «Miss Raine », tout de charme; de sir Thomas Lawrence, le portrait de « M. Binny et de ses deux filles », une œuvre maitresse, majestueuse, sans déclamation, et tendre, et intime, malgré l'ampleur de son décor; de Rœburn : le « Colonel Ramsay et sa femme », une toile d'élégance et d'expression aiguë, « Margaret Moncrieff>, et « Mrs. Montetth >», l’une des plus jolies femmes que ce merveilleux maitre ait immortalisées; de sir Joshua Reynolds, le portrait penetrant de la comédienne « Schindlerin » ; de Romney, ceux de «Mrs. Tighe », de « Lady Hamilton, en Ariane »; de « Miss Gore », une page d’enchantement, une évocation antique du temps où les femmes etaient des déesses, à moins que ce sotent les deesses qui se soient grandies d’être des femmes. J'en pourrais citer encore toute.une série de Beechey, Cotes, Harlow, Khneller, sir Peter Lely, Opie, Russell, ait etc:

Ah! ces portraits de femmes! Ces regards, dans l'éclat desquels se cache le mystère d’une äme! Ces sourires qui passent sur des lèvres en fleurs; ces gestes qui disent la vie, ces cheveux qui voltigent, comme des pensees légères jaillies au hasard de cervelles d'enfants, ces épaules qui nous incitent à des rêves de beauté, parce qu’elles avaient une beauté de réve! Comme on demeure conquis par tant de génie plié à l'interprétation de tant de grace! Comme on se prend à les aimer toutes, ces belles, qui furent parfois des cruelles et des trairesses, et dont l'Art a fait, pour l'éternité, des pardonnees, des adorees!

L'École francaise avait là un voisinage dangereux; heureusement, la collection Sedelmeyer la présente, sans péril pour sa gloire, et nos maüres les plus fêtes attireront à eux des hommages triomphants. Comment, en effet, ne pas admirer : de Boucher, la « Jolie Pécheuse », et cette variation galante sur l'Amour, en quatre cCompostlions, que Dorat où Saint-Lambert pourraient seuls raconter en vers poudrés; de Chardin, le « Chäteau de Cartes »; de Fragonard, le « Réveil de

l’enus », un chef-d'œuvre où la lumière et la couleur s'unissent pour la plus

x COLLECTION CH. SEDELMEYER

divine harmonie qui soit; et du même maitre, un « Amour vainqueur » qui est une fleur d'anthologie; de Greuze, le « Reveil », un réveil ingénieusement pervers, et qui porte en lui toute la joliesse aimable du xrur siècle; de Lancret, une «Scène dans un Parc», une de ces comedies du sentiment et du bon ton, tels que les aimaiïent les petits conteurs et les belles coquettes contemporaines de Foltaire et de Diderot; de Pater, les « Fiançailles dans le Parc », qui figure parminles chefs-d'œuvre du maitre; des frères Le Nain, des scènes de paysans, pages de couleur et de réalisme fortement vécues; de Watteau, une « Lorgneuse » d'une insolente coquetterte, etc.

Et les portraits, donc! Des portraits tels, qu'ils puissent lutter avec ceux des peintres anglais; ceux. d'une « Jeune Femme et de sa Fille », dans:un parc etrcelur de « Mme de Noirmont », par Nicolas de Largillierre"; celui de « Turgot », par Van Loo, de « Marie Leczinska », et d'une ravissante « Jeune Fille », par Nattiers de « Mme Figee-Lebrun », par elle-même, ainstque celui de deux « Fillettes »..…. Je n'en finirais pas sije voulais tout citer, si je voulais m'arréter, comme ils le meritent, aux tableaux des autres peintres de l'École francaise, également bien représentés : Challe, Desportes, Duplessis, Baron Gerard, Vestier, Coypel, Tournières, de Troy.

La deuxième vente, qui fera l'objet du second catalogue, est entièrement consacrée à l'École hollandaise; M. Sedelmerer, qui a beaucoup aimé l'art sérieux et robuste des Hollandais du xvr et du xrir siècle, s'est préoccupe de ne laisser dehors aucun de ceux qui avaient, à un titre quelconque, concouru au succès de l'École, et l'on peut dire que presque tous les maîtres sont présents dans sa collection.

Je veux de suite citer le « Portrait de jeune Homme » et le « Portrait de la Mère du Maire >», par Rembrandt. Ce dernier portrait, encore qu'il ne marque pas parmi les œuvres importantes du peintre, me semble émouvant de simplicité et de vie : C'est un poème humain où se manifeste pleinement la joie de peindre, cette joie de peindre st nettement définie chez les peintres hollandais.

Et, autour de ces deux œuvres d'élection, dont Ch. Sedelmeyer ne pourra pas se separer sans mélancolie, je vois encore le grand paysage, avec figures et animaux, de Albert Cuyp, les « Joueurs de Trictrac », de Pieter de Hoogh; les beaux et francs portraits de C. Janssens ; une « Sortie de Bétail », de Karel du Jardin; un « Portrait de Femme aägee », de Maes; la « Jeune Femme lisant », de Metsu; la « Belle

1. Je crois qu'il est normal d'écrire le nom de Largillierre avec deux vx; le peintre ayant signé ainsi, pendant vingt-cinq

ans, les procès-verbaux de l'Académie Royale, et de nombreux actes de naissance et de baptéme où il fut témoin.

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