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Tableaux romantiques de littérature et d'art

A quoi sert un avant-propos? A raconter complaisamment au public ce que l'auteur a voulu faire; mais ce qu'un auteur a voulu faire ressort du livre même et ne doit pas avoir besoin d'être expliqué ni commenté d'avance.

G Si ce garçon-là avait jamais pu apprendre quoi que ce soit de bon, il n'en serait pas réduit à composer des livres! » disait jadis l'oncle Heine, parlant de son coquin de neVeu, et encore n'était-il question dans sa pensée ni de préfaces, ni d'avant-propos, ni de rien qui ressemble à ces feux d'artifice qu'on tire devant le péristyle d'un édifice littéraire en travail d'inauguration. J'épargne donc au lecteur les confes-

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sions et les explications, et le tiens quitte de tout avertissement sur les tendances de ce livre. Et d'abord est-ce bien un livre?

Toutes les théories du monde et tous les soins ingénieux que nous pourrions prendre pour donner couleur de chapitres aux divers morceaux dont se compose ce volume, n'empêcheraient pas que ces divers morceaux n'aient paru séparément dans la Revue des Deux-Mondes^ mais d'autre part, si ces monographies, ces esquisses sont reliées ensemble par un même esprit de culture et de doctrine, si l'on sent à travers circuler un cliquetis d'idées vivantes et vibrantes, peut-être ces fragments disjoints, qu'on eût été d'abord tenté de prendre pour de simples improvisations et variations sur des motifs donnés, retrouveront-ils aux yeux du public cette unité absente au premier coup d'œil : unité dans la variété; et, l'électricité aidant, tous ces anneaux juxtaposés formeront chaîne.

S'il était maintenant nécessaire de nous justifier d'avoir introduit la musique en ce chapitre, nous répondrions par d'irrésistibles prédilections denfance. Que le ciel nous ait fait poëte, historien ou critique, il importe aussi beaucoup

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d'être artiste. Qui dit intelligence, dit rayonnement. L'homme ne naît pas spécialiste, il le devient par force de volonté et parti pris d'élimination; autrement, avec ce besoin qu'il a de goûter à tout, le dilettantisme l'envahirait. Tout poëte, tout philosophe et tout critique est doublé d'un peintre, d'un sculpteur, d'un architecte ou d'un musicien; de même qu'il n'y a peintres ni musiciens dignes de ce nom qui soient^ à leur moment, poètes, philosophes et critiques. Quant à nous, nous n'avons pas choisi, et ce que nous pouvons dire, c'est que ce goût studieux d'un et de plusieurs arts, que virtuellement nous ne pratiquons pas , nous fui imposé de nature, se mêlant aux sensations intimes des premières années , et nous tenant en quelque sorte d'aussi près que la poésie et que les lettres.

Comme on pourrait nous reprocher le caractère parfois polémique de notre discussion, nous irons au-devant de l'objection en invoquant l'esprit des temps. Les principes les plus contraires sont aujourd'hui dans l'air et s'y entrechoquent avec furie, pareils à ces dieux des Nibelungen qui bataillent au sein des nuées dans les tableaux de Kaulbach. C'est la guerre

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sur toute la ligne, et chacun a le devoir d'intervenir pour la défense de ses dieux. L'unique affaire est d'être convaincu, d'avoir la conscience nette, et là-dessus nous sommes sans reproche : boiia conscientia valde multa potest portare et valde lœta est inter adversa.

Biarritz, villa Agnès. — Avril 1878.

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