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CHAPITRE III PERTE ET RECOUVREMENT

[ 10 Causes : — les richesses de l’Acadie, sur terre et en mer, attirent la

convoitise des Anglais ; — ils l’ont fait envahir par Argall, coloniser

| par William Alexander, qui a inauguré la Nouvelle-Ecosse. — Les dis-

sensions des deux lieutenants, Menou d’Aulnay et Charles de La Tour,

appellent constamment leur attention ou leur intervention. — La Nou-

velle-Angleterre se peuple, tandis que l’Acadie ne reçoit presque aucun colon : la conquérir, c’est avoir la porte ouverte sur le Canada.

20 Absence de gouvernement : — le sieur d’Aulnay a été redouté à Boston, où l’on appréciait sa fermeté ; lui mort, il n’existe plus aucun représentant de l'autorité royale. — Le Borgne est un commerçant ; — les tuteurs des enfants de d'Aulnay demeurent en France ; — La Tour se cache dans son exil volontaire ; dès qu’il revient, il se tourne vers Boston, où il compte ses seuls amis.

80 Ambition de Cromwell : — le Dictateur, assassin de Charles Ier, a fait voter (1651) le fameux Acte de Navigation, qui monopolise, au

| profit de la marine anglaise, tout le trafic de l'Amérique. — En 1653,

il se fait décerner le titre de Lord Protecteur du Protestantisme dans l’uni- | vers entier ; — il est animé de haine contre la Hollande, l'Espagne, la France ; — il poursuit celle-ci jusqu’en Acadie.

lo Robert Sedgwick : — colon anglais de Charlestown (Mass), né en Angleterre (1590), il organise l'artillerie de Boston, devient major des troupes (1652). — En 1654, il est à Londres, où Cromwell lui confie le mandat de chasser les Français des forts de l’Acadie. — En 1655, il dirige une expédition contre les Espagnols de la Jamaïque, dont il est nommé gouverneur et où il meurt (1656).

20 Prise des forts : — Sedgwick s'empare d’abord de la place de Pentogouet, — puis du fort Saint-Jean, de celui de La Hève et de Port- Royal. — Le 16 août 1654, est signée la capitulation de ce dernier, ‘entre Germain Doucet, dit La Verdure, commandant et subrogé tuteur des enfants de défunt M. d’Aulnay, et Robert Sedwick, commandant anglais ; — Le sieur Jacques Bourgeois, beau-frère de La Verdure, lieutenant de la place, est laissé pour otage, ainsi qu Alexandre Le Borgne, fils du seigneur Emmanuel.”

30 Conditions du traité : — ‘‘ Le sieur La Verdure sortira du fort avec sa garnison, avec tous les honneurs de la guerre. — Les enfants mineurs de d’Aulnay ont la garantie de la réserve de tous leurs biens meubles et immeubles. — Les habitants auront la liberté de conscience, civile, commerciale... ; — ils ne perdent que le bétail pris par les vainqueurs. — Les missionnaires Capucins ont la faculté d'opter pour le retour en France ou pour le séjour au pays, à la distance de deux ou trois lieues de la forteresse.”

Fr

pr

{10 Gouvernement : — Je 18 septerabre 1656, commission de Cromwell, datée de Westminster, accordant l'Acadie à sir Thomas Temple, à William Crowne et à (Charles de La Tour ; — ce dernier intriguait à Londres, depuis deux ans. — Une clause de la concession affirme “ que tous trois ont promis qu'aucun soldat ne pourra demeurer dans les forts, ni personne habiter le pays, que les religionnaires protestants...” 20 Sir Thomas Temple (1614-1674) : — il était de la branche de Stantonbury, naquit à Stove (Angleterre), devint colonel de cavalerie (1642) et commissaire des chasses (1643). — C'était le premier gouverneur anglais, depuis la patente de William Alexander (1621). — En 1657, il prend la mer avec le capitaine Thomas Breedon, riche commerçant de Londres et fixa sa résidence à Boston, — ainsi que le colonel ITI° Crowne. — De là il dirigea les affaires de la colonie, qui l’enrichit rapidement. — I] émargeait surtout sur les pelleteries du Pénobscot et de la rivière Saint-Jean.

et 30 Restauration : Charles II (1660-85) : — le 3 sept. 1658, mort d'Olivier Cromwell ; — Richard son fils est reconnu Protecteur (1658restitution 59) ; mais le général Monk, duc d'Albemarle, rappelle les Stuarts. — » Charles II, fils ainé de Charles Ier, rentre en triomphe à Londres, le 4 juin 1660. — Temple se Fâte de renouveler son titre de gouverneur l'Acadie et ses privilèges. — Le 7 juillet 1662, il est créé baronnet de la Nouvelle-Ecosse, et, trois jours après, confirmé dans son gouvernement. —

(1657-67) En 1664, il achète l'île de Moddle, enclavée dans la ville actuelle de Boston, y bâtit son manoir, se livre à l'élevage, sans rien perdre de son | trafic des fourrures.

40 Restitution de l'Acadie : Bréda 1667 :— en 1664, les Anglais s'emparent de la Nouvelle-Amsterdam, et lui donnent la dénomination de New-York, en souvenir duc d’York, le futur Jacques II. — Le 31 juillet 1667, la paix de Bréda (Hollande) amène l'Angleterre à céder l’Acadie à la France, qui renonce à ses droits sur Saint-Christophe, Antigoa et Montserrat. — Effayé de cette restitution, Temple se rend à Londres (nov. 1668), où il subit un échec. — De retour, il entre en lutte avec Le Borgne, au sujet des limites de l'Acadie. — En 1670, il se voit débouter de ses projets, vend son manoir, ouvre une correspondance | avec Talon, rentre à Londres (1673) et y meurt, le 27 mai 1674.

Gouvernement

| lo Occupation anglaise : — de 1654 à 1667, les Anglais occupent le | Pays sans le posséder. — Ils se contentent de se maintenir dans les | forts, où ils ont les magasins, poudre, munitions, provisions et marchandises. — Leurs représentants ne sont guère que des officiers et des commerçants. 20 Les familles acadiennes : — elles continuent à vivre sur leurs IV fermes ; — elles ne témoignent aux vainqueurs ni respect, ni soumission, Population hors de la portée des canons. — Leurs relations avec les indigènes n'ont subi aucune modification. — La Compagnie de l'Acadie ne cesse point (1635-65) i d'accorder des concessions territoriales, des permis de chasse, de pêche

ne <

| et d'exploitations forestières. — En Acadie, l'Angleterre est p'us forte,

| la France mieux assise.

30 Peuplement : — A la Hève d’abord, à Port-Royal ensuite, se sont établis les engagés, les métayers, les tenanciers, les seigneurs ruraux, sous la lieutenance de M. de Razilly et du seigneur de Menou. — Cinquante à soixante foyers, aux nombreux et'vigoureux enfants, peuplent l’Aca-

die, en 1665. (V. Peuplement, plus loin). 4

torique : — né à Tours (1598), il a pour père Jacques, sieur de la Thibaudière, pour frères Simon et Denys de Vitray (Allier), qui s’établissent à Québec ; — son fils Richard continuera son œuvre. — En 1632, il suit le commandeur à La Hève ; — bientôt il installe au port Rossignol (Brooklyn) une pêche sédentaire, organise un chantier près de La Hève (Riverport) ; — en 1636, il se brouille avec M. d’Aulnay, “ qui refuse le transport de son bois sur ses bâtiments.” — De là ses

préjugés et ses rancunes qu’il a insérés dans ses deux ouvrages. 20 Établissements :—Denys et son épouse Marguerite de La F aye s’éloignent alors vers le nord du golfe. — En 1645, il est à Miscou, occupé l à la pêche et au trafic des fourrures, à la culture et au jardinage. — Mais d'Aulnay vient à main armée s'emparer de ses biens et propriétés : il dut réparer son erreur et ses torts, car Denys était concessionnaire légal de lu Compagnie particulière de la Nouv.-Fr. (1648). — Aidé de son frère Simon, il érigea deux fortins, l’un à Saint-Pierre, l’autre à Sainte- Anne du Cap-Breton. — En 1651, “ es messieurs Denys furent faits prisonniers par madame d’Aulnay, et envoyés à Québec sur une frégate.” (Journal des Jés.) ; —en 1652, “le 4 mai, la frégate part avec M. Denys (Nicolas), afin de se rétablir vers Miscou ” : il se fixa à v° Nipisiguit (Bathurst), où Le Borgne le vint saisir et emmener pri-

sionnier à Port-Royal (1653). . Nicolas Denys 30 Commission royale (1654) : — remis en liberté, il passe en France, où il achète de la Compagnie des Cent Associés une charte commerciale, “en toute l'étendue de la grande baie St-Laurent, depuis Canceau jus- (1632-88) qu'au cap des Rosiers ” (3 déc. 1653). — Le 30 janv. 1654, commission royale de “ gouverneur et lieutenant-général en tout le pays, Cap- Breton, île Saint-Jean et autres îles adjacentes, et seigneur direct et propriétaires du dit pays.” — Le 15 oct. 1655, arrêt du Conseil privé qui oblige Le Borgne à lui faire restitution : — l'invasion de Sedgwick ne trouble en rien ses droits de possession, — En 1659, il commande au Cap-Breton et y trafique avec les pêcheurs ; — en 1663, à St-Pierre, où il est témoin du tremblement de terre qu'il décrit en détail ; — en 1667, il fonde un poste à Chédaboucton (Guysborough).

40 Ses œuvres : — sa commission devint caduque en 1664. — En 1670, il repasse en France, laissant son mandat à son fils unique Richard, — | En 1672, paraissent à Paris ses deux ouvrages : Description géorg. et

f lo Origine de la famille : — Nicolas Denys est une belle figure his- | | | | Î |

son rôle, son œuvre

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re hisa Thitablis- 1632, Rossirès de ulnay, là ses

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hist. des côtes de l'A mér. sept. ; — Iist. nat. des peuples, animaux, plantes.

(V. Edit. angl. Soc. Champlain, Toronto).

5o Dernières années : en 1680, il cède ses droits de pêche à la Cie de l’Acadie, présidée par M. Duret de C hevry ; — en 1682, il cède ses lettres patentes à Richard qui, le 13 août 1685, fait concession au Séminaire de Québec de “ trois lieues de front au lieu appelé Ristigouche, trois autres sur la rivière Sainte-Croix, et trois autres dans l’île du Cap- Breton, avec trois lieues de profondeur en chacun des dits lieux.” — Nicolas Denys mourut en 1688 : la mémoire de l'infatigable pionnier est encore conservée par les appellations de “ la rivière Denys ”, “ le mont Denys ”, “ Ja baie et le village de Cocagne ”.

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