APPENDICES
di. — TERRE-NEUVE
lo Les Français : — de temps immémorial, les Bretons fréquentent les bancs de l'tle. — En 1614, “ les pêcheurs de l'tle Bréhat paient la dtme au clergé sur les pêches ès terresneuves, depuis 60 ans !”’ — En 1611, la mère de Charles-Quint d’Espagne ne permet au navigateur Agramonte d'aller vers Terre-Neuve “ que sous la conduite de deux pilotes bretons ”’: — En 1517, un poète anglais gémit sur l'exbloitation par les Français d’une moisson qui remplit annuellement 100 bâtiments de pêche. — En 1624, nos vaisseaux d'escorte, munis de pièces d'artillerie, luttent avec succès contre une escadre anglaise, — En 1627, un pêcheur anglais compte avec chagrin onze vaisseaux normands au seul port de Saint-Jean. — En 1684, Cartier aborde à T.-N. en vingt jours, grâce évidemment à des excursions antérieures ; — en 1542, il y donne rendez-vous au sieur de Roberval. — En 1664, Ja Brave, de St-Pol-de-Léon et {a Brave, de l’tle de Ré, se sacrifient pour sauver les convois de pêcheurs. — En 1665, deux bâtiments français, embossés à l'entrée du goulet de St-Jean, livrent un combat acharné à des corsaires espagnols : l’érection de deux fortins à l'entrée dénote notre mainmise sur l’tle. — A partir de 1560, des havres de France sortent de 25 à 35 terreneuviers par an. — La Cosmographie du pilote saintongeois A{fonse (1542), le routier de Hoyarsabal (1579) pilote basque, confirment l’assertion du pilote dieppois Grignon (1539), “ que les côtes de T.-N. avaient été découvertes — au moins les orientales et méridionales — par les Bretons et les Normands.”
30 Les Anglais : — en 1496, Jean Cabot aborde à T.-N. ; — mais il n’en fait point une prise de possession, au nom de Henri VII, faute d'y établir une habitation. — C'est sur ce fait passager que les Papiers d'Etat coloniaux, que les ouvrages de seconde et troisième mains, ceux d'Anspach, de Hatton et Harvey, ont appuyé les prétendus droits de l’Angleterre sur l'ile, à l'exclusion de la France. — Les pêcheurs anglais, ne sentant pas autant que nous les besoins d'une pêche lointaine, fréquentent le littoral par groupes restreints. Le6 août 1688, l'escadrille de sir Humphrey Gilbert déploya bien le drapeau britannique en rade de Saint-Jean ; — mais avec la connivence de l'amiral de la pêche qui était alors, selon un roulement international, un Anglais : il prononça l’annexion du territoire à l'Angleterre, en présence des équipages portugais, espagnols ou autres. — Les Portugais cèdent leur zone, moyennant un permis de pêche. — Deux jours après, sir Gilbert repète la cérémonie à Rognouse et se retire vers le sud océanique ; — il avait respecté “la sone française ‘’. — On sait que la reine Elisabeth elle-même reprochait aux Espagnols d'empêcher le commerce mondial ‘ en tous lieux où le droit qu'ils pouvaient avoir était d'y avoir abordé les premiers * ; — qu'elle affirmait le principe que “ la prise de possession d'un territoire, pour être valable, devait être effective ”.
80 Les Basques français ; — on 1591, les terreneuviers malouins eurent ordre de rallier les baleiniers basques : ils en recueillent bientôt le bénéfice par l’union défensive contre l'enneni commun. — Les marins de Bayonne et de Saint-Jean-de-Lus appliquent alors aux échancrures du littoral occidental une série de noms basques qui existent encore, bien que défigurés sur les cartes : celle de Denis de Rotis et colle de Pierre d'Etcheverry : Ulycillho, trou à mouche ou infesté de moustiques, Oporportu, vase à lait, lieu
calme (Port-au-Port), Portuchos. petit port (Port-au-choix), Barachoa port naturel, Amuix ou ca) du figuier, Miarits en souvenir de Biarits, Degrats ou sècheries de morues, P en mémoire d’une localité des Landes basques. — Le 25 sept. 1696, pour venger la prise du Saint-Esprit de Bayonne par les capitaines Crose et Then en 1591, Michel et Martin de Sancé pénètrent avec trois vaisseaux dans la rade de St-Jean, y pillent ceux du capitaine Clarke. — Preuve évidente que, à T.-N., les officiers britanniaues avaient des concurrents. (V. Le Correspondant, 1904, Ch. de la Roncière, La Question de T.-N.)
3 [1 Les Basques
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lo Fondation de la Colonie anglaise : — Je philosophe Bacon écrit un opuscule où il déclare “ que les pêcheries de T.-N. sont plus productives que les mines du Pérou ”. — |
promoteur d’un grand mouvement : — le 29 avril 1610, une charte royale concède à la Compagnie des ‘‘ Adventurers and Planters ” l'ile de T.-N. et spécialement le littoral compris entre le cap Bona Vista et le cap Ste-Marie. — John Guy s'installe à Mosquito Harbour (Ulycillho). — En 1615, expédition de Richard Whitbourne, au port Saint-Jean. — En 1616, William V aughan obtient l'investiture du territore sis entre la baie du Caplan et celle de Plaisance, qu'il appela la “ Petite Cambrie ”, en souvenir du pays natal. —Le 30 mars 1628, une portion en est cédée, sous le nom d’ Avalon, aux catholiques fugitifs qu’amène Georges Calver!, 1ord Baltimore ; — d'autres catholiques, Irlandais, fondent
I1° Terre-Neuve au 17è siècle Les Anglais
J. Guy. — En 1687, néanmoins, David Kirke, l’un de nos ennemis acharnés, se fait investir du domaine de l’tle entière 5 — il essaie de nous évincer, en imposant nos pêcheurs
| étroites limites — sans s'étendre plus loin dans l'ile que les concessions de la charte de | qui se virent condamner à Ja payer de force. — La lutte éclate bientôt : — en 1658, | vingt-trois terreneuviers de Honfleur sont dispersés par neuf grands vaisseaux de guerre anglais, près de Cherbourg ; — en 1664, Quarante-six bâtiments de St-Malo tombent | par le travers de quatre frégates anglaises de 50 Canons : combat de cinq heures contre le capitaine Godfrey qui ne coule que deux terreneuviers. — Ces agressions mettent en mouvement l’action gouvernementale à Versailles, qui nomma un gouverneur à T.-N., { pour le maintien de nos droits.
20 Fondation de la colonie française : — le 3 janv. 1678, le marquis de La Roche est
nommé vice-roi aux Terres-Neuves. — Pour la Cour, l'île n'est qu'une dépendance du
therine le reprend à son compte dans son “ Mémoyre pour Terre-Neuve ” (1613). —
En octobre 1610, les Malouins arment deux gardes côtes pour le littoral occidenta]. —
2° Le 8 déc. 1613, les Rochelais protestent avec énergie contre tout établissement britan-
Les Français ! battre les séchoirs des poissons en l'île. — En 1626, quatre capitaines basques ont mission
d'y protéger le trafic avec leurs baleiniers armés en guerre. — En 1626, protestation de
(1603-55) | l'Assemblée des notables contre les empiètements britanniques. — En 1698, Saint-Malo
| seul envoie 112 terreneuviers au Banc. — En 1629, Bergeron, auteur d'un “ Traité de la
| navigation et de: voyages de découvertes *” écrit que “les Anglais commencent à nous
vouloir tirer des mains le trafic, la pêche et la domination même de ces Pays, qui sont de
| uotre conquête, travail, frais et possession paisible de si longtemps, l'ile des T.-N. tout
| particulièrement. — Le 26 mars 1640 règlement de police, émané des Malouins, pour
la distribution des havres de pêche ; — le 26 avril 1646, un arrêt du Parlement de Bre
| tagne oblige les ports à contribuer à l'entretien du garde-côtes melouin, qui a le caractère { d'un croiseur d'Etat : 12 canons, 72 hommes, six pataches bien armées,
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III
La colonie française (1655-1713)
36 Répartition des pêcheries *— ordonnance du 10 mars 1670, laisse aux Anglais
1° Gouverneurs français : — Georges Gardiner de Peskam, dans sa * Description de Nouveau-Monde ” (1649) ne revendique point pour sa nation da souveraineté absolue de l'le, “bien que les Anglais y soient les plus puissants ”. — Le Rochelais, Nicolas Gargot, capitaine de frégate, emputé d'une jambe en Lorraine, arm: à ses frais 250 hommes du Léopard ; — en 1650, il est en croisière devant le beau site de Plaisance, dont 23 navires hispano-basques lui interdisent l'accès. — Le 18 août 1665, le Breton, sieur de Kéréon, est nommé premier gouverneur de Plaisance. — En 1658, le roi décore Gargot et lui accorde en fief héréditaire le port et le littoral sur 26 lieues de profondeur entre les caps Raye et Race. — En 1660, le roi le charge de chasser l'Anglais du Grand et du Petit Plaisance, du Petit-Paradis et des postes avantageux, et (1662) d'y conduire la garnison et des colons : — Thalour Du Perron, jeune Nantais devint le second gouverneur. — Celui-ci et son frère, peu de mois après leur arrivée, sont assassinés par les 30 hommes de la garnison en révolte. —En 1663, retour de Gargot, arrestation de 8 meurtriers qu'il exécute à bord en rade de Québec ; — il meurt en 1664, sans enfant et le fief de Plaisance reste sans titulaire. — Les 200 colons sont mis sous la protection de Bellot, dit Lafontair mmandant de fort ( 1664-67), dont l'administration maladroite ne contribua guère . prospérité de la colonie. — Aucune protestation, nulle intervention de la part des An, .ais contre notre installation. — Quoi qu’en dise le memorandum de lord Salisbury (1889), le traité de Bréda (1667) ne fait aucune mention, ni l’article 12 ni nul autre, de l’île de T.-N.- Au troisième Souverneur, Bellot, succèdent sans interruption à Plaisance : — le sieur de Palme, quatrième (31 déc. 1667- 70) ; — le sieur de la Poëpe, cinquième, (20 fév. 1670-13 janv. 1685) :— Antoine Parat, sixième, (2 juin 1685-28 sept. 1690) — Jacques-François de Brouillan, septième, (commission du ler juin 1690-1er avril 1702) ; — le sieur de Monic, qui le remplace durant son absence (24 août 1699) ; — Daniel Auger de Subercase, huitième (ler avril 1702.
sept. 1706) ; — Philippe de Costebelle, neuvième (10 avril 1706-24 sept. 1714). (V. F.-J. Audet, Can. Hist. Dates, p. 75).
la pêche du littoral avec le monopoie exclusif pour eux entre Bonavista et Race. — Louis XIV surveille, chaque année, le reste par une division navale, — Une Convention (1687) interdit entre Anglais et Français la pêche concurrente ; — la carte de Fitz-Hugh (1693) indique nettement la gone anglaise, au littotal oriental, défendue par cinq forts : — il en est ainsi jusqu'au traité d’Utrecht (1713).—Cependant la baie des Trépassés eut la concurrence, un amiral de la pêche étant Français ou Anglais tour-à-tour. — Une deuxiè. me zone était réservée aux Malouins ;— une troisième aux autres Français de toute Provenance ; — une Quatrième, à l'ouest, aux baleiniers basques de Bayonne, de Li. bourne, de St-Jean-de-Luz — à l'exclusion par le roi des Basques espagnols.
o Origine de la lutte : — le recensement de 1687 évalue la population totale de notre
colonie à 638 âmes : — la Cour eut tort de négliger les fortifications multiples, à T.-N. comme en Acadie et au Canada. — L'avènement de Guillaume d'Orange, ennemi irréconciliable de Louis XIV, alluma une guerre sans merci sur mer. — Le 26 fév. 1689, Plaisance est surpris à l'aube par les Anglais : arrestation du gouverneur Parat, du commandant du fort, pillage et détérioration des canons- — mais les Malouins sauvent la colonie en attaquant Forillon, en Capturant un vaisseau de guerre et un convoi, — Le 16 sept 1691, cinq navires de 60 canons s'embossent devant Plaisance : le commomodore Williams bombarde le fort Louis durant cing heures : M. de Costebelle, M. de St-Ovide de Brouillan, le baron de Lahontan tiennent bon et sauvent la place.
20 Assauts successifs : — en 1694, le chevalier de Nesmond rend aux Anglais leur visite,
avec dix Vaisseaux, à l'entrée du port Saint-Jean qu'il ne put forcer. — Un Canadien, Pierre d'Iberville, imagine bientA’ l'attaque par terre, —le 19 sept. 1696, il mouille en rade de Plaisance, avec l'asser jent du roi, une compagnie de 80 chasseurs canadiens, un groupe de sauvages. en l' sence de M. de Brouillan, qui s'est rendu par mer à St- Jean : — on sait l’éclatant succès de M. d'Iberville et de ses héros. (V. Tabl. Syn.,t. I): — la jalouse malveillance de M. de Brouillan sauva les derniers Anglais à Carbonnière
Iv° et à Bonavista d'une expulsion définitive. — Le traité de Ryswick (1697) resta muet sur la question de T.-N.:; en 1698, le Parlement de Londres ressaisit la pêche insulaire, formant le dessein de se venger à bref délai.
Les dernières 80 Dernières résistances : — la guerre de la Succession d'Espagne rouvre les hostilités. luttes — En 1702, l'escade du capitaine Leak apparaît au sud de l’île ave l'ordre de nous en déloger : — il s'empare du fort érigé à l'ile Saint-Pierre, où commande Lafosse, ayant 8
(1702-13) canons et 50 fusils ; — mais il échoue devant Plaisance. — En 1708, nouvelle tentative
et même insuccès, — M, de Subercaze amène de l’Acadie des Micmacs, qui percent en trois jours jusqu'à Carbonnière et Bonavista, tandis que Chacornacle tient la mer avec deux brigantins et que le commandant Degrés de Sourdeval réoccupe Saint-Pierre et le capitaine Lafosse un fortin à 15 lieues au nord. — En 1706, M. de Subercaze échoue devant St-Jean ; — mais en 1709, les marins du Fidèle, secondés d’une petite troupe, 160 hommes en tout sous les ordres de M. de Saint-Ovide, emportent Saint-Jean en une une demi-heure, soit 120 soldats et 700 habitants sous les armes. — En 1710, ce héros commandant la Valeur, prise aux Anglais, est enlevé durant une croisière du côté de la Virginie. — Les Anglais, regardant Plaisance comme imprenable, se déterminent à l'affamer, par d’incessantes croisières : —En 1711, 28 de leurs bâtiments opèrent le blocus ; — En 1712, même tactique. — Néanmoins le gouverneur de Costebelle tient bon, dénué de tout ; — quand, en juillet 1713, une corvette française lui apporte l’ordre d’évacuer Plaisance, en vertu du traité d’Utrecht (11 avril 1713).
40 Un reste de droit : — l'article 13 nous enlevait la souveraineté de l’tle — par malheur, M. de Ponchartrain s’en tint aux rapports de M. de Saint-Ovide qui donnaient une haute idée des avants 4 'e l'Ile-Royale, au détriment de ceux de T.-N. — Plus d’habitation permise ; — la p'he :t le séchage du poisson sont localisés entre Bonavista et la jointe, Riche ; — perte du littoral méridional. — Le French Skore restait le régime du monopole exclusif, antérieur au traité ; — sevlement, en 1768, ses limites sont portées du cap Bo-
[ navista au cap Saint-Jean et de la pointe Riche au ca Rouge. (V. La Roncière loc. cit.)
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