LA DISPERSION ET LA RENAISSANCE
lo Groupe du Nord :--en Nouvelle-Angleterre, dans le gouvernement
Acadiens déportés I ©
Auz Etats-Unis
du Massachusetts, à Boston surtout où arrivent (5 nov. 1755) ‘es six bâtiments de transports, pour s’abriter contre la furieuse tempête qui les a assaillis en sortant de la baie des Mines : — Je Three Friends avait à bord 160 âmes à destination de Philadelphie, le Dolphin 227 âmes vers le Maryland, l'Endeavour 125 âmes vers la Caroline du Sud, Je Sarah 151 âmes vers la Virginie, une goëlette 209 vers le même lieu et une corvette 206 vers le Maryland : total, 1,077 personnes. — On accorda la liberté à chaque capitaine de ne conserver à bord que 2 Acadiens par tonne et de décharger la différence. — D'autres expulsés viennent plus tard <e joindre à ce noyau : — en 1763, le Mass. compte un total de 1,043 personnes. - Le gouvernement du Connecticut
à la même date, en avait 666. (V. Rapp. des Arch. can., 1905, t. IT : 1911, p. 648).
20 Groupe du Centre : en Nouvelle York, 249 expulsés ; —en
Maryland, 810 répartis dans les districts de Baltimore, Annapolis, Newton, Snowhill, Oxford, Marlborough, Tobacco, Princestown : — en Pennsylvanie, 383 âmes. (V. Rapp. 1911, p. 618).
| 80 Groupe du Sud : — les déportés de la Caroline du Sud étaient au
nombre de 280 ;-- ceux de la Géorgie, 186 ; -— ceux destinés à la Virginie ne purent débarquer et furent dirisés sur les ports d’Angle-
Au Canada
III
Iles du golfe
| terre ; ——1es deux premiers contingents eurent la faculté, après 176: de passer à la Louisiane.
40 Résultats : -- environ 4,397 Acadiens sont exilés aux E.-U. ;à peu près 1,500 regagnent l’Acadie, d’autres le Canada, d’autre l’Europe : le reste meurt de misère, ou demeure et est assimilé.( Rapp. des Arch., 1905, t. IE, p. XVI : 191 1, 599 et ss.).
| lo Au sud de Montréal : — les exilés viennent par la voie du lac Cham plain, les rivières, le chemin d'Albany-New-York : ils formérent 1 paroisse actuelle de L'Acadie.
20 Aux environs de Québec : — il «1 vint des croupes nombreux ei 1756 et 1758, par diverses barques, soit aussi en caravanes venant pa les terres et les bois : les contingents atteignirent le chiffre d’enviro: 1,500. — Par malheur, la petite vérole les décima au nombre de 40 victimes : et la pénurie règna alors partout, avant-coureuse du sièg. de Québec.
30 Aux environs de Nicolet ‘-— d'autres émigrants se portèrent ver: Nicolet, Bécancour, Saint-Jacques-l’Achigan, la plupart dans le plu: pitoyable dénâment, fatigués par les, privations. — Un bon groupe s'établit à Saint-Grégoire, aux Trois-Rivières, au lac Saint-Paul, à Sainte-Angèle.
40 Dans Témiscouata et la Gaspésie : — un nombre relativement considérable, remontant les tributaires du fleuve St-Jean, et le fleuve lui-même, se réfugie dans ces deux régions et s’y est développé insen-
| siblement. — La baie des Chaleurs avec ses îles était facile à franchir: aussi les Gaspésiens, les habitants du comté de Bonaventure sont les représentants qui survivent au Grand Dérangement, de purs Acadiens. — En 1763, 87 Acadiens se sont réfugiés à la Rivière St-Jean, (N.-B).
6o Résultats : les villes de Québec et de Montréal comptent un afflux respectable d'Acadiens, surtout avant et pendant les années de la Cession. — Les noms les plus honorables, dans les rangs de l’épiscopat
(M£g Prince), du haut clergé, des professions libérales font la gloire des exilés et réfugiés acadiens.
lo Cap-Breton et Saint-Jean : -— ces deux îles, conquises à la se-
conde capitulation de Louisbourg, sont le théâtre d’odieuses pres-
| criptions : — mais la méprisable * vermine ” tint à s'attacher à la
| terre natale, revenant des bois, des baies, du fond des rivières avoisi-
nantes, où même de la terre lointaine de la déportation. — Aujourd’hui,
la race acadienne reste rivée à ce sol partagé entre Européens, écoassais, irlandais, et Loyalistes des É.-U.
20 Les autres îles : — celles de {a Madeleine surtout conservent les
rejetons de l’arbre ; — celui-ci Y a poussé des rameaux riches et féconds,
en dépit de l’aridité du sol et de la violence des coups de vent venant du large.
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| 80 Terre-Neuve : - Saint-Pierre et Miquelon principalement, parages demeurés français, donnèrent asile aux proscrits, paisibles pêcheurs
qui se contentent de peu, tant qu'ils peuvent se servir de leur langue pour prier et servir Dien.
re Au Pays de Galles : — exilés, refusés en Virginie et au Mass., les proscrits de l'Ile Saint-Jean embarqués par le féroce Boscawen (1758), sont débarqués dans les ports de l’ouest : 184 à Bristol, 224
à Liverpool (en 1763).
IV° 20 Dans le sud de l’île : - deux autres cargaisons sont conduites: 159 à Peryn et 219 à Southampton. — Le duc de N ivernais, plénipotentiaire En Angleterre de France à Londres, chargea M. de la Rochette de les visiter dans ces
villes maritimes : les srivations, le chagrin, les maladies enlèverent la moitié de leur effectif, en sept ans de captivité : 866 sur 1,509 languissaient encore, en 1762, et avec eux 90 Français capturés sur mer. — Le traité de Paris les vint libérer et transporter en France. (V. Rapp. des Arch., 1905, t. II, p. XVII).
lo À Cherbourg : — un groupe d'Acadiens, du Cap-Sable et de Pobomcou, y est débarqué en 1759-60, à moins qu'il n'ait auparavant accosté en Angleterre. — Le ministre leur alloua des secours de subsistance : — en 1767, on voit figurer sur la liste 70 à 75 noms, d’Entremont, Landry, Boudrot, Leblanc.
20 En Normandie : -- environ 179 personnes de l'île Saint-Jean, embarquées sur l’un des navires affectés par l’amiral Boscawen sont jetées
| dans le port de Boulogne-sur-Mer ; d'autres, dans celui de Granvilie, — Ces deux groupes rejoignent plus tard leurs compatriotes.
30 En Bretagne : — passés par l'Angleterre, y ayant séjourné durant sept ans, ces émigrés abordent à Saint-Malo et à Morlaix, ville natale de l'abbé Le Loutre. — Celui-ci, sorti de sa prison de Jersey, s'emploie
V° aussitôt au placement de ses chers Acadiens. auprès des États de Rennes, qui leur cède des terrains domaniuux dans Belle-Ile-en-Mer : — En France il y établit 77 familles (nov. 1765), les Granger, Daigle, Richard, Mar-
tin, Leblanc, Landry, Gautherot, etc.
40 En Saintonge Aunis :--Je 7 sept. 1758, M. Raymond de Villejoint, commandant à l'île Saint-Jean, capitule devant Boscawen : 700 hab. sont embarqués à destination de La Rochelle, sur 4,000 qu'il
| s’agit de déporter ; — entre 600 : 700 sont engloutis dans les flots avec les vaisseaux qui les portaient. — Rochefort reçut ain autre contingent, mais il revenait de la Guyane française. 5o En Poitou :--en 1772, le marquis de Peyrusse d'Escars offre au ministre d'établir une centaine de familles dans les landes d’Archigny.
à La Puye, à Bonneuil, à Maillé, entre Châtellerauit et Montmorillon,
où vivent encore leurs descendants. — Quelques-uns, vers la même
époque, se rendirent dans le Limousin et disparaissent dans la suite.
(V. Rameau, t. if, p. 230).
pe
N. B. — Le ministre des colonies en expédia 500 aux Antilles, à Saint- Domingue et en Guyane, d'où on les ramena ensuite.
1o Michel Franklin : -- né en Gr.-Bret., il arrive à Halifax (1752), où il est nommé conseiller député (1759), membre du Conseil (1762) ; — administrateur (1766-68), il devient lieut.-gouverneur jusqu’au 16 fév. 1776, et meurt en 1782. — La renaissance acadienne lui doit sa vitalité et son épanouissement : — après dix années de mortelle désolation (1766-66), il ramène dir années de résurrection féconde (1766-76) : — et le sage administrateur est appuyé et approuvé à Londres, dans son œuvre de justice et de restauration.
20 Epaves du naufrage : —en 1766, Rameau en fait ainsi l’énumé-
VI° | ration conz-'encieuse : — ‘‘ de Ristigouche à Shédiac, 1,000 âmes
sauvées ; — dans l’île Saint-Jean, 400 ; — au Cap-Breton et à Canseau, Reviviscence 400 ; — à Halifax et aux environs, 700 ; — épars en N.-E., 300 à 400 : total, 2,800 Acadiens survivants, — * De ce noyau est sortie la renaissance de ce petit peuple — grand par ses malheurs et ses vertus ! — dont le second développement, moins pittoresque peut-être, est plus curieux et plus surprenant que le premier ”. (Une Col. féod., t. IT, p. 180).
3o Changement de noms : — baie Française : baie de Fundy ; — Beaubassin : Amherst : — Cobeguid : Truro ; — Piziguid : Windsor : — les Mines: Horton : — Pobomeoup : Pubnico ; — Cap-Fourchu : Farmouth...
40 Premier exode : — en 1764, les instructions royales autorisent les Acadiens à s'établir comme colons, moyennant le serment d’allé- | geance. — Les détenus de Halifax se portent à Prospect au sud de la [
&:'< Acadiens
ville, à Chezetcook au nord, à Canseau, à l’île Madame, à Caraquet, à Shediac, à Tracadie, à Boutouche, à la baie des Chaleurs. ,
lo La caravane du Massachusetts : — au printemps de 1766, elle se
constitue pour opérer un retour par terre, à travers le Maine, jusqu'à
la baie de Fundy, ensuite jusqu'à Shédiac : hommes, femmes, en-
fants ; — ce fut au prix de périls, de fatigues, de privations inouïes,
beaucoup mourant de lassitude, de froid, de faim. — La colonne des
proscrits arrive à la rivière Petcodiac, à celle de Memramcouk : on
leur apprit que les Anglais avaient tout incendié partout. — Néan-
moins 120 familles s'installèrent dans ces régions ; — 60 à 60 autres
descendent jusqu’à Annapolis, où elles furent plus mal accueillies
qu'ailleurs. — La population anglaise se décida à renvoyer ces misé-
reux?sur la bâie Sainte-Marie et à Yarmouth, sur la plage de Tousquet,
VII° à Pubnico. — Des survivants de la famille d’Entremont se virent remis en possession de leur ancien domaine (1767-68 et 1771-72).
Retour 20 Au Nouveau-Brunswick : — sur l’isthme de Chignictou et au nord,
se fondent peu à peu de nouvelles localités : Le Barachois, Cocagne,
des proscrits Bouctouche, Tracadie, etc. ; — Memramcouk, Menoudy, Petcodiac
à Saint-
nortelle féconde ouvé à
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nord, agne, odiac
sont surtout propices au développement agricole et attirent ainsi l'attention et le zèle des colons. — Miramichi, Caraquet, Miscou, Nibpisiguit, s'offrent comme stations de pêche. — Des réfugiés reviennent du Canada, des les, de Terre-Neuve, revoir leurs terres natales, s'y implanter de nouveau, au sein d’un labeur ardu et de la pauvreté, consolés par leur indéracinable foi religieuse et leur incomparable moralité sur le continent américain.
30 A Madawaska : — un groupe d'Acadiens s'y assemble et s'y développe merveilleusement sur des terres neuves, les leurs du haut Saint- Jean étant dévolues aux colons anglais, qui ont pris de tous côtés les terrains défrichés. — Divers contingents des États se joignent à ces Acadiens échappés à la déportation dans leur retraite, et protégés par les armes des Indiens alliés, si redoutés des partis de guerre anglais. (V. Rameau, t. II, 200 et passim).
lo Répartition en groupes : — M. Rameau répartit les Acadiens en huit groupes, noyés dans les diverses colonies accaparées par les colons d'Europe et de la Nouvelle-Angleterre : — 1° Sainte-Marie, Tousquet, Pubnico ; — 2° Isthme de Shediac : — 3° Canso, île Madame, Cap- Breton méridional ; — 4, Cap-Breton septentrional, Chéticamp ; — 5. Baies et presqu'iles du Golfe, baie des Chaleurs sud et nord (Gaspésie) ; — 6. Prospect et Chezetcook près de Halifax ;: — 7. Ile du Prince-Edouard ; — 8. Madawaska et nord-ouest du N.-B.
20 Population approximative : — à la fin du 18è siècle ; — districts de : 1° Sainte-Marie et environs, 1,480 : — 2° Shediac à Richibou:tou et Ristigouche, 2,121 ; — 3° Cap-Breton, 353 ; — 4° P.-E., et îles de la Madeleine, 1,093 ; — 5° Canso, 782 ; — 6 Halifax, 520 ; — 7° Nouv.-Br., 1,162 ; — 8° Madawaska, 446 : — un total d’environ, 8,800 âmes. — En 1812, 11, 630. — La nation acadienne renaissait de ses cendres, selon les desseins de Dieu, pour la gloire de Jésus- Christ et de son Église : — un petit peuple si humilié devait ressusciter ! (V. Rameau, tbid., p. 255).
30 Secours religieux : — 1. L'abbé Bailly (1768-72), plus tard coadjuteur de Québec ; — 2. Le P. Labrosse, S. J. (1770-74). — 3. L'abbé James MacDonald, Ecossais, à l'île St-Jean (1772-85). — 4. Joseph
VIII° Mathurin Bourg, premier prêtre acadien avec son compatriote Jean Bro, ordonnés le 15 nov. 1772. — 5. L'abhé Leroux, compatriote de
Assurance Mgr Briand ; — l'abbé Jones, de Cork (Irlande) : — l'abbé Antoine Girouard ; — trois Irlandais, Phelan, Power, Grace, —et le plus
de survie célèbre Edmond Burke (1786). — 6. Les prêtres français, fuyant la
Révolution : messieurs de Calonne, Desjardins, Ciquart, Sigogne, Jamtel, Picard, Champion et McEachern. (V. A. Gosselin, Egl. du Can., après la conquête, Ie et Ile partie).
4o De nos jours : —le peuple acadien, grâce à sa foi, à sa langue, à ses qualités natives, à la beauté de son caractère, à la simplicité de ses mœurs pures, à sa culture intellectuelle, religieuse, sociale, jouit
à bon droit des fruits qu'ont produits ses talents et ses adversités mémes. -— Il a été dispersé aux quatre vents : ausbi bien sa postérité Se perpétue en France, à Terre-Neuve, dans les Provinces Maritimes, en Louisiane, aux Etats de la N.-A., au Canada depuis le Labrador jus-
tingués dans l’arène politique, la littérature, les carrières professionnelles, le barreau, la hiérarchie ecclésiastique. — Sa descendance n: sauraft se limiter aux 200,000 âmes des Provinces Maritimes ; elle est doublée par la postérité éparse dans toutes les directions. — Fidèle à sa noble mission première, il mérite que l’on admire son histoire et le patrimoine d'honneur que lui ont légués ses ancêtres : grand par ses origines, auréolé par ses malheurs sans exemple, il sera grand et honorable en raison de son attachement à ses traditions glorieuses et à ses immortelles destinées.
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[° Terre-Neuve au 16è siècle 1 L]
Les Français 2°
Les Anglais