‹ Tableaux synoptiques de l'histoire du Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 37 sur 50 · CHAPITRE I L'ORGANISATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE I L'ORGANISATION

{ 1o Louis XIV (1638-1716) : en mars 1661, il inaugure son gouvernement personnel. — Sept mois après, Pierre Boucher arrive à Paris, accrédité par les lettres de M. d'Avaugour : — il expose au prince l’état précaire de la colonie, ses richesses naturelles, et implore des secours en hommes et en argent. — Il reçoit la promesse “ de l'envoi de 300 kommes, chaque année.” — La promesse se réalise ; — durant une quinzaine d'années, le progrès notable du pays est entièrement à l'honneur de Louis le Grand. — Sans doute Colbert est son bras droit, Talon son bras gauche ; — mais il est la tête : — de 1665 à 1672, il tire de son trésor royal le versement annuel d'au moins 300,000 livres.

20 Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) : — dès 1661, il est conseiller d'Etat, intendant des finances et de la marine. — Il préside aux levées des colons, de 1659 à 1665. — En 1663, il envoie Dupont-Gaudais au Canada comme commissaire enquêteur, — après avoir fait déclarer (février 1663) la déchéance des Cent Associés, il remit la Nouvelle- France à la Couronne ; mais, par malheur, pour en déposer la propriété aux mains des Directeurs de la Compagnie des Indes occidentales (mai 1663-1674). — Il organise les préparatifs du régiment de Carignan (1665), le renouvellement du Conseil souverain, la liquidation de la dette de la Compagnie des Habitants (25 juin 1666). — Il veille à l'exécution des obligations de la Compagnie des Indes, à l’établissement des officiers et des soldats de Carignan (1667-72), à l'institution du système seigneurial le long des deux rives du fleuve, à l’administration civile, judiciaire, criminelle, — Grâce à lui, le Canada, en 15 ans, a reçu 4,000 nouveaux habitants. — Il inaugure le système des intendants, contre-poids aux caprices des gouverneurs, ressort d'opérations économiques, agricoles, etc... Hélas! durant dix ans (1672-82), il vit dans la disgrâce de son Maître, qui écoute son rival, Louvois.- ‘Si j'avais fait pour Dieu ce que j'ai fait pour cet homme-là, je serais deux fois sauvé, et je ne sais ce que je vais devenir , ’ Paroles du ministre, au lit de la mort (1683). — “ Le roi fut ingrat ; le peuple fut ingrat ; la postérité seule a été juste ”, envers Colbert (Augustin Thierry).

ER en

30 Alexandre de Prouville de Tracy (1602-1670) :

“ chevalier, lieutenant général des armées de Sa Majesté dans les îles

de la terre ferme Organisateurs de l'Amérique méridionale et septentrionale, tant par terre que par mer, — seigneur des deux Tracy,” — Tracy-le-Val et Tracy-le-Mont,

de non loin de Compiègne, dans l’Oise.— I] est env

oyé par le roi reprendre Cayenne aux Hollandais (1664) et rétablir l’ordre à i

€ à la Martinique et la colonie à la Guadeloupe, d’où il se rend à Québec (30 juin 1665—. ) Homme droit, intrépide et intègre, ferme et conciliant, la vice-roi et lieutenant

(1665-1672) général commande aussitôt

puis : Sorel, Chambly, Sainte-Térèse (15 octobre 1665). — Le 4 sep- 600 Canadiens, 110 sau- Vages, au fort Sainte-Anne du lac Champlain, — d'où l’armée va ravager les bourgades des Agniers et prendre possession officielle de leur Pays. — Retour à Québec, le 5 novembre : —Ja paix est assurée pour 18 ans., L'année suivante, il rentre en France (28 août) ; —le 28

avril 1670, il meurt dans son &ouvernement de Château-Trompette, près de Bordeaux.

40 Jean Talon (1665-1694) :— originaire de Châlons-sur-Marne, en Champagne, il devint commissaire des guerres (1663), intendant du Hainaut (1655-65), puis deuxième intendant de la Nouvelle-France

M: 1665-68, 1669-72), pour la justice, police et finances (25 mars). Par malheur, Colbert néglige la délimitation de ses pouvoirs et de ceux du gouverneur : source de conflits à perpétuité. — ji] aborde à Québec

| (12 sept. 1665) en compagnie de M. de Courcelle, — Dès le 4 octobre, il transmet à Colbert ses impressions sur les Jésuites, les troupes, les

habitants, le projet de retirer à la Compagnie des Indes “ la propriété des terres au Canada.”

les causes civiles et criminelles, à le pouvoir ‘‘ d Montréal, Trois-Rivières des tribunaux en Première instance ”, de “’nommer des prefiers, notaires, etc.”, -— dispose de la traite des fourrures, du trafic des colons avec les marchands de France, de la dépense des deniers publics, — Le i faire de l'opposition au Bouverneur, à l'intendant, au roi lui-même.

En réalité, Je Jourernemeni de la Nouvelle-France est à organiser de toute pièces, — Pour le résime odministratif, judiciaire, financier ou

économique, agricole, industriel, militaire, ecclésiastique. — Talon est l'homme de l'heure.

| Lo Peuplétiont levée des colons en France : | ilekciit des terres dans ln selghéile de N. Jésuites depuis 14144 : tétlamalion des seigneurs. — ]] Passe outre : | il fait bâtir Bourg-Houal Bsiig la fiiine, Bourg-Talon. — En février et | mars 1666, recensement : 24 familles, duyil 2,034 du sexe masculin, (]

— dès novembre 1665, -D. des-Anges, propriété des

1,181 du féminin, en tout 3,215 personnes. — Deux procédés servent à la levée des recrues en France : celui des engagés et celui des “ pauvres familles ”’, — employés l’un et l’autre par les agents de la Compagnie. — Du régiment de Carignan, 412 soldats s’établissent en 1667, 160 en 1669, 250 en 1670. — Pour fixer les volontaires, impatients de courir les bois, il rend le mariage obligatoire ; — il donne des primes aux fils d’habitants : — en 1672, le roi dépense 6,000 livres en cadeaux de noces ; — Colbert défend le retour définitif en France.

20 Etablissement des recrues : — ‘ Sa Majesté, dit Talon, prétend faire la dépense entière pour former le commencement des habitations.” — Hardes, instruments de labourage, abatis, culture de deux arpents, maisonnettes, mélange des soldats libérés avec les cultivateurs, il pourvoit à tout. — Après quatre ans, il exige des capitations pour aider les nouveaux venus, qui à leur tour solderont la même dette plus tard.

30 Seigneuries et fiefs : — le roi accorde à Talon (1669) pleins pouvoirs pour la distribution des terres, pour ‘“ peupler de proche en proche”, — sans l’assentiment ni de la Compagnie des Indes, ni du Conseil souverain, ni du gouverneur. — Il a soin de ramener les concessions à des dimensions moindres : — en moyenne, une lieue de front sur une lieue de profondeur. — 10 Région de Montréal : — rive gauche : l'ile Perrot au gouverneur Perrot de Montréal, l’tle Sainte-Hélène, l’Assomption, l'ile Bouchard à Robineau, La Valtrie au lieutenant de Carignan ; — rive droite : augmentation de Longueuil, Tremblay, Boucherville ox les tles Percées, Varennes au lieutenant de ce nom : cap de la Trinité, Guillaudière, Verchères à l’enseigne de Carignan, Bellevue à Denis de Vitré, Contrecœur au capitaine de ce nom, Saint- Ours au capitaine de Carignan, Sorel au capitaine de Sorel, Chambly au capitaine du même nom.— 20 Autour du lac Saint-Pierre : — rive gauche : le Du Pas, Chicot, Maskinongé aux Legardeur, Grosbois ou Yamachiche à P. Boucher, Gatineau à un de ses fils ; — rive droite : Lussaudière, Laubia où de Cressé, tle Moras. — 30 Du lac St-Pierre à Québec : — rive gauche : Marsolet, Sainte-Marie, Sainte-Anne de la Pérade, Dorvilliers, Tesserie, La Chevrotière, Belair ou les Ecureuils ;— rive droite : Lotbinière, Maranda, Villieu plus tard Tilly. — 40 Au-dessous de Québec : — rive gauche : la baronnie des Islets à Talon (1671), comte d'Orsainville, à côté de Beaupré ; — rive droite : Beautont, Bellechasse au capitaine Berthier, La Durantaye au capitaine Morel, St-Joseph de la Pointe-au-Foin, Vincelot à Amyot, l’Islet, Sainte-Anne de la Pocatière, la Rivière Ouelle à M. de la Bouteillerie, l’Islet du Portage. — Telle est l’origine des paroisses de même dénomination. — C'est mettre la colonie en état de se défendre contre l'Iroquois. — Le roi voudrait franciser les Indiens ; — il dote de 150 livres toute alliance de sauvagesse avec un Français.

4o Agriculture et industrie : — Talon a fait une habitation dans ls

| rivière Saint-Charles (les Islets). où il a aménagé : une basse-cour où | pépinière d'élevage d'animaux domestiques, une belle houblonnière

II° Œuvre de Talon 2è intendant

pour la brasserie, une tannerie pour le débit des cuirs ; — i] fait cultiver lin et chanvre, l’ortie sauvage, pour confectionner, avec la laine des moutons, le droguet, le bourracan ; — “ J'ai de quoi me vêtir des pieds à la tête ”. (Lettre du 2 nov. 1671 au roi). — L’abatis des forêts sert aux constructions de maisons et d’un graud navire de 400 tonneaux. — Fabrication du goudron, de la potasse ; — réserve du bois de chêne. — Exploitation de la pêche sédentaire, des mines de fer du Saint-Maurice, du charbon du Cap-Breton, du cuivre du lac Supérieur, — ce ne sont que des essais encore, mais combien utiles.

6o Commerce : — en 1663, le Conseil souverain dispose de la traite des fourrures ; il afferme ses droits pour trois ans au sieur Aubert de La Chesnaye (46,000 livres). — En 1665, la Compagnie installe un agent général à Québec. — Mais Talon obtient de Colbert la liberté de la

à la colonie se suffit, marchandises sèches ”, — —— taxés de dix pour cent. — En 1667, de pelleteries. — Commerce de bois, d'huile de loup-marin, de morue, de saumons salés, etc., avec les Antilles, qui donnent sucre, tabac, épices, et même les produits manufacturés en Europe.

60 Justice : — ‘ Elle est rendue, en premier lieu, par les juges des seigneuries ; puis, Par un lieutenant civil et crimine! que la Compagnie établit à Québec, aux Trois-Rivières ; enfin, par le Conseil souverain qui juge en dernidr ressort.” (1666). — Le Conseil d'Etat du

roi est le recours suprême. — Talon simplifie les assignations et signi-

fications ; — i] règle le papier terrier par les actes de Joi et hommages, aux seigneurs ( 1667-68). — I] règlemente le vagabondage des coureurs

| de bois, ainsi que leur mariage rendu obligatoire. To Ce8 : — le budget colonial retient son atte En 1665, les charges annuelles à prendre ‘ trouvent fixées à 35,000 livres :

ntion constante, — sur le fonds du pays ” se

— Talon les augmente aussitôt :

appointements du Gouverneur général, 8,000 liv. ; des gouverneurs de

Montréal et des Trois-Rivières, avec 10 soldats 4,000 ; de 40 soldats, 12,000 ; du capitaine de garnison, 2,400 : des cing membres du Conseil | souverain, chacun 1500 ; des juges, 300 par tête, cte. : le total est de

54,000 pour le budget ordinaire. — Le budget extraordinaire a ses fonds alimentés par le roi : soit 88,500 livres, de 1666 à 1669. — L'armement du régiment de Carignan coûte à Sa Majesté 234,070 livres ; son entretien de douze mois (1665-66) 404,500 ou 258,243 dollars. — Le j dans l'équilibre des deux budgets.

80 Autres oeuvres : — de 1665 à 1669, de 1670 à 1672, Talon s’appliqua à ouvrir des chemins, à protéger les frontières, à organiser l'expédition de M. de Tracy, à instituer le voirie, la police des meurs, ja répression des délits, à règlementer les marchés intérieurs, de l’Acadie et des Antilles, de la baie du Nord (Hudson), le tarif des marchandises sèches

En

et liquides, le cours des monnaies, le mouturage des denrées alimentaires, le mouvement de la population, les alliances matrimoniales. — À son rappel, il laisse une création féconde, une colonie organisée, une situation prospère en Nouvelle-France, — dont il est l’un des fondateurs les plus méritants.

1o Causes du départ : — on a osé l’attribuer aux démarches hostiles des gens d’Eglise. — La santé de l’intendant ne s’acclimate point au Canada : c’est la raison de son remplacement par l’intendant Claude de Bouteroue (1669-70). — Avant la seconde intendance, il stipule la convention formelle d’un court séjour de trois années dans la colonie. — La divergence d'appréciation sur la trafic des spiritueux, qu'il ap-

prouva comme un commerce nécessaire, n’a servi que de raison appa-

rente de son retour en France ; — évêque, prêtres, missionnaires surent d’ailleurs estimer ses talents et ses vertus et lui en témoigner les marques de respect et de gratitude : “ Eternellement nous souhaiterons son retour au Canada.” (Relation de 1672).

20 Dernières années : mort : — durant douze années, il s'intéresse aux affaires de la colonie, “ qui deviendra quelque chose de grand.” — Sincèrement il désira d’y rentrer. — A Versailles, il est employé en qualité de “ premier valet de la garde-robe” ; — il est capitaine du château de Mariemont. — En 1675, il est secrétaire du cabinet du roi, qui érige alors la baronnie des Islets en comté d'Orsainville. — En 1685, il vend au domaine royal la brasserie, qui devint palais des intendants. — Jusqu'en 1683, Talon correspond avec l’Hôtel-Dieu de Québec. — Il avança 50,000 livres à Jacques II d'Angleterre, hospitalisé à Saint-Germain. — En 1692, il se défait de ses charges, et mourut célibataire, le 29 avril 1694, — Selon M. Th. Chapais, Talon était ‘ d’une grande piété ”, avait “ une grande confiance en la divine Providence et charité pour les pauvres.”

de de Talon

1o Louis Robert (1636-.. ?) : — sieur de Fortel — bourg actuel de 300 âmes dans le Pas-de-Calais — , premier intendant du Canade (1663- 65), conseiller d'Etat (1666), intendant de Bergues, près de Dunkerque (1667) et de Hollande (1672) ; — en 1679, président de la Cour des Comptes. — Il était apparenté à Colbert. — Celui-ci, le 21 mars 1668, lui accorde la commission d’intendant en Nouvelle-France, — Qu'’ad-

IV° vint-il alors? Nul ne le sait. — Dupont-Gaudais, délégué inquisiteur, Premier vint informer au Canada et fit son rapport. — Robert, ou par frayeur (1663-65) de la traversée, ou pour raison de santé, ne parut jamais à Québec. —

Troisième Talon recueille alors sa succession.

Intendant | 20 Claude de Bouteroue — seigneur d’Aubigny (Touraine), conseiller

(1668-70) | à la Cour des Monnaies (1654), — remplace Talon (1669-70). — Hom- | me actif, de talents réels. mais ordinaires, se fait remarquer par son | attachement au devoir: — assistance aux séances régulières du Conseil i souverain, instruction des procès, rapporteur des causes en litige ; —

le 20 juin, règlementation de la vente de les bois, fixation du tarif du blé...

celle, — Il a bien mérité du Canada.

s spiritueux, de la course dans — Dissidence avec M. de Cour-

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