III ÉPOQUE CONSOLIDATION ET CESSION
(1700°1800) ne A.— NOTIONS PRÉLIMINAIRES
lo Second mariage : — veuf de Marie-Térèse (1683), le roi épouse (1685) morganatiquement — avec une personne qui n’est pas princesse — madame de Maintenon, veuve du poète Paul Scarron, laquelle par le charme de ses vertus l’arrache au désordre. — Son fils unique, le Grand Dauphin Louis, élève de Bossuet, succombe à la vérole (14 avril 1711), laissant le trône au duc de Bourgogne, son fils, élève de Fénelon. — En 1712, le duc meurt et laisse deux fils, Louis et Philippe d'Anjou. | 20 Guerre de la succession d'Espagne (1701-14) : — ses causes sont : les prétentions au trône des Maisons rivales de: France, de Bavière, d'Autriche, — Le testament de Charles II lègue la couronne au jeune Philippe, duc d'Anjou, qui devient Philippe V d'Espagne : “Il n’y a plus de Pyrénées !”” s'écrie Louis XIV. — Lg Grande Alliance de La Haye coalise aussitôt Hollande, Autriche, Angleterre, Prusse contre F nee, Espagne, Bavière, Savoie, Portugal.
Trois périodes du conflit : — 1. la fortune des armes est indécise (170422); — 9. la France, accabléc de cruels revers (1704-10) ; — 3. elle est sauvée par des suweès ines-
I° pérés (1710-14). — En 1713, signature du traité d'Utrecht (Hollande) avec l Asigleterre :
le roi de France reconnaît l'accession de la Maison de Hanovre, tolère l'expulsqy pré-
Louis XIV tendant catholique Stuart, Jacques III, subit la cession de la baie d'Hudsoz Seadie, © de Terre-Neuve, la démolitinn des fortifications de Dunkerque. — Les résuls + lutte
(1700-15) sont : — pour la France : détresse financière, épuisement des effectifs milis es dation de la dynastie des Bourbons sur le trône d’Espagne ; — pour l'Ang do-
mination des mers, extension coloniale en Amérique, acquisition de Gibraltar & se Port - Mahon, abaissement des marines rivales, tutelle mise sur la Hollande et le Port :gal.
30 Testament royal : — Louis XIV lègue la banqueroute à son successeur Son héritier, Louis XV, est un enfant de cinq ans ! — En mai 1715, afin d'écarter sès nt la branche d'Orléans bourbonnienne, il déclare Princes royaux, héritiers éventesr. y tr'ne, le duc du Maine et le comte de Toulouse, issus de l’altière Montespan. — }} titue au jeune Dauphin un Conseil de Régence, présidé par le duc d'Orléans.
40 Mort du roi : — il s’alite en août 1715. — À Louis XV il dit avec amertume : “ ÿ trop aimé la guerre ; ne m'imitez pas en cela, non plus que dans les grandes dépenses Prenez conseil en toutes choses. Soulagez vos peuples, et faites ce que j'ai eu le mat beur de ne pouvoir faire moi-même ”.— Le ler septembre, il meurt, après 2 de règne. — Massillon Prononce l’oraison funèbre : “ Dieu seul est grand!” — Le peuple -parisien insulta aux dépouilles royales... — Malgré ses fautes, la postérité lui a décerné le surnom de Grand Roi. — Madame de Maintenon mourut sans postérité (1719).
lo Son caractère : — fils de Philippe d'Orléans, unique frère de Louis XIV, et de Charlotte-Élisabeth de Bavière, il naquit le 2 août 1674 3; — il épousa mademoiselle de Blois, fille légitimée de madame de Montespan. — Son premier acte fut de faire annuler par
Il°
Philippe II
d'Orléans ou Le Régent
III° Louis XV le Roi (1723-74)
le Parlement le Testament royal. — Sa Régence dure du 2 sept. 1715 au 22 fév. 1723. — Il est doté de brillantes qualités natives et acquises : esprit vif, élocution facile, érudition, bravoure, cœur généreux ; — mais elles sont stériles pour le bien public, en raison de la paresse, des amusements, du scepticisme, de l’inconduite. -— Louis XIV l'appelait un fanfaron de vices.
20 Réaction générale : — réaction de la noblesse, tenue à l'écart si longtemps : les Secrétaires d'État sont remplacés — jusqu'en 1728 — par sept conseils de 10 membres chacun (70 conseillers), tous aristocrates. — Réaction du Parlement, muet durant 60 ans, qui rétablit le droit antérieur de remontrances. — Réaction à la Cour, où le Régent et ses roués — de Broglie, Brancas, Canillac — passent de l'austérité et de la dévotion officielles aux excès d'une dissolution et d'une incrédulité cyniques. — Réaction politique, par l'alliance avec l'Angleterre et la Hollande contre l'Espagne, où gouverne le célèbre cardinal Albéroni.
30 Embarras financiers : — système de Law : — l'abbé Guillaume Dubois (1656- 1723), précepteur du Régent jadis, devient premier ministre, archevêque de Cambrai (1720), cardinal (1721); homme d'esprit fort délié, diplomate habile, très actif. — Le duc de Noailles, ministre des finances, tente de les équilibrer : ses expédients sut reconnus insuffisants. — Le vieux duc de St-Simon propose de déclarer la banqueroute du Trésor. Soudain, l'Écossais John Law de Lauriston (1671-1729) imagine d’opérer une révolution financière, — en substituant au numéraire, métallique, devenu trop rare, le numérairepapier ou billet de banque (1716). — En 1718, la Banque royale est fondée, et Law y rattache la Comp. des Indes occidentales ou du Mississipi : — fondation immédiate de la Nouvelle-Orléans. — Mais, en 1720, il émet pour 3 milliards environ de billets, quand le numéraire métallique ne dépasse guère 700 millions en France : plus de cent mille bourses sont vidées par les agioteurs. — La noblesse se discrédita par de honteuses spéculations. — Toutefois la catastrophe révéla l'efficacité du crédit comme principe de commerce. — L'aventure de Law déplaça et mobilisa la richesse, imprima une subite impulsion à la marine, à l'industrie, à l’agriculture, à la prospérité des ports de l'ouest, amena la suppression d'offices inutiles, etc.
| 4o Fin de la Régence : — né le 15 févr. 1710, fils du duc de Bourgogne et d’Adélarde
de Savoie, le Dauphin est sacré 4 Reims, le 20 oct. 1722, et proclamé majeur le 26 févr. suivant. — Le Régent dépose alors ses pouvoirs et ses titres, ne gardant que celui de premier ministre. — Mais le 2 déc. 1723, il meurt foudroyé d'apoplexie : triste fin d’une déplorable Régence !
lo Jeunesse : — à 14 ans, les mains sont trop faibles pour gouverner l’État. — D'une nature débile ; son enfance, souvent menacée de graves maladies, lui attira l'affection du peuple. — “ Il était beau, d'une taille avantageuse, avait l’a:r noble, le regard plus doux que fier. — Son éducation ayant été fort négligée, son esprit était peu orné.”. — Il resta de longues années sous la dépendance de son précepteur, le cardinal de Fleury, le seul de son entourage à qui il témoignât une confiance absolue.
20 Caractère : — il était doux et timide ; il avait un dégoût invincible pour les affaires. — Il ne cherchait ni l'éclat, ni la magnificence. — Le ministre Choiseul le définit : “ Un homme sans âme et sans esprit, aimant le mal, ayant tous les défauts d’une personne vile et peu éclair — Il ne fit guère qu'assister à son règne.
Lo Mariage : — le 5 sept. 1725, il épousa Marie Leczinska, fille de Stanislas, roi détrôné de Pologne. — Cette union prématurée n’apporta aucun avantage politique à la monarchie : c’est une faute capitale, a-t-on dit. — La reine, pleine de douceur et de bonté, donna l'exemple de toutes les vertus, soutenant un rôle effacé. — Elle eut dix enfants dont trois meurent au berceau ; six filles : Élisabeth épouse Philippe, duc de Parme ; Henriette, Adélaïde, Victoire, Sophie, Louise qui devint Cgrmélite. — Au début, le roi préside les Conseils ministériels, témoigne sa confiance au vieux et sage maréchal de Noailles, au vaillant maréchal de Saxe ; il commande les troupes (1744 et 1745) et se trouve à la victoire de Fontenoy. — Le peuple lui attribue l'éclat du règne ; et quand le roi tombe malade à Metz (1744), sa guérison lui mérite le surnom de “ Bien-Aimé ”.
| 40 Impopularité : — vers 1748, la nation change de sentiments, à cause des misères de | la guerre, auxquelles nul ne songe à remédier. — La paix d'Aix-la-Chapelle créa une profonde déception. — Indifférent aux affaires, livré au jeu et à ses soupers, à la lecture de la correspondanre policière, le roi s’abandonne aux J'avorites—la duchesse de Châteauroux, madame Lenormant devenue marquise de Pompadour, Jeanne Vauber comtesse du Barry ; — il devint odieux au peuple qui l'avait adulé (V. L.-G. Gourraigne, Hist. mod.) 5o Mort : — on lui attribue certaines assertions : ‘ La bonne machine — la France — ira bien toute seule !* —‘* Après nous le déluge !* — 11 déclare, avant d'expirer d'un mal infectieux (10 mai 1774), que “ quoiqu'il ne dût compte de sa conduite qu'à Dieu seul, il se repentait d'avoir causé du scandale à res sujets ‘”. — Sa disparition ne suscita aucun regret : l'on porta, de nuit, son cercueil à Saint-Denis à travers le bois de Boulogne. — Son unique fils, Louis, Dauphin de France, était marié à Marie de Saxe, et mourut { à 36 ans (20 déc. 1765), laissant deux filles et trois fils: Louis XVI, Louis XVIII, Charles X. — Marie Leczinska décéda en 1768.
| lo Avant le gouvernement personnel (1723-45) : — Ministère du due de Bourbon (1723-26), arrière-petit-fils du grand Condé, né en 1690, mort 1740, —- il succède au Régent, se comporte en seigneur épris des arts et des lettres, mais prince cupide, livré à une intrigante, la marquise de Prie. — I] négocie (1725) le mariage du roi. La levée d'une milice, la création de nouveaux impôts, du “ don de joyeux avènement ”, la taxe du cinquantième sur les immeubles; la coïncidence de mauvaises récoltes le rendent impopulaire et amènent sa disgrâce. — Ministère de Fleury (1726-42), âgé de 73 ans, homme ‘sans conséquence ”, de façons modestes, cardinal (1726), pacifique par nature, esprit délié, “ traitant la France comme un corps robuste qui se rétablit de lui-même ” (Voltaire). — Le peuple estima sa politique pacifique et économe. — Né en 1653, il meurt le 2° 29 janvier 1743.
20 Gouvernement personnel du roi (1745-74) : — il ne manque alors ni de dignité, ee ni de bon sens. — Nature indolente, il est incapable d'idée et de décision : il laisse faire. Ses ministres — La marquise de Pompadour ou Jeanne Poisson, bourgeoise intelligente et jolie, artiste et lettrée, amie de Voltaire, est anoblie et instituée souveraine du royaume ; — elle fait (1723-61) et défait (1745-64) les ministères, les commandements, décide la suppression des Jésuites et la néfaste Guerre de Sept-Ans. — lo Ministère de la guerre : le comte d’Argenson (1743-57) réalise d'importantes réformes concernant le casernement des troupes, les hôpitaux, le service des vivres, les soldes et les retraites ; — il fonde à Paris l'Ecole militaire en faveur de 500 fils de gentilshommes pauvres. — Son frère aîné, le marquis d'Argenson de Paulmy (1757-58), homme timide, mais fort intelligent, lui succède, et est remplacé par Fouquet, maréchal de Belle-Isle (1758-61). — 20 Ministère de la marine: le comte Phélippeaux de Maurepas (1738-49) montre dans ses fonctions beaucoup d'activité, de finesse, de pénétration. — Il a pour successeur Jean-Baptiste Machault d’Arnonville (1754-57) ; — puis M. de Moras et M. de Massiac, enfin M. Berryer et le comte de Stainville, créé duc de Choiseul (1761-72). — Ministère des affaires étrangères : M. de Puysieux, M. Rouillé, comte de Jouy (1754-57), le cardinal de
Bernis (1758), M. de Choiseul (1758-61).
lo Guerre de la succession de Pologne (1733-35) :—à la mort d’Auguste II (1733),
la Diète polonaise proclame roi Stanislas Leczinski, beau-père de Louis XV. — Russie,
Prusse, Autriche proclament Auguste III, fils du défunt. — Stanislas lutte mollement,
comptant sur la France, et se réfugie à Dantzig, où l’assiègent les Russes. — Une es-
« cadre française de 2,000 hommes débarqués est taillée en pièces... — Le 15 février 1737,
FEI Louis XV nomme Stanislas roi de Lorraine et duc de Bar.
20 Guerre de la Succession d'Autriche (1741-48) : — Charles VI meurt le 20 oct. 1740. — Les puissances compétitionnaires contestent le trône à sa fille Marie-Térèse. — La France n’entre dans le conflit européen qu’en mars 1744 : alliée de l'Espagne, adversaire de l’Autriche, elle déclare la guerre à l'Angleterre... — En Amérique, un seul épisode
(1733-60) important : la prise de Louisbourg (1745) par les Anglais, — Le lutte maritime et colo-
Ses guerres
1 o Guillaume III
| niale se déploie surtout dans les Indes orientales, menée par deux génies, Dupleir et La Bourdonnais (1745-62).
| 3o Guerre de Sept-Ans (1756-63) : — 1. Ses causes sont la vive jalousie de l’Angleterre contre la France, dont les colonies sont prospères, la marine assez florissante. —
| Au Canada, une ligne de forts relie le pays par l'Ohio au Mississipi et à la Louisiane ; — l'extrême-ouest, grâce à la Vérendrye, est ouvert aux transactions jusqu’à la Baie d’Hudson. — En fait, la question des limites de l'Acadie française et de l'anglaise reste sans solution.—Ainsi, la Nouvelle-France et ses dépendances enserrent la Nouvelle-Angleterre et lui ferment : accès à l’intérieur.—2. Ses conséquences en ce qui concerne le Canada sont la seconde prise de Louisbourg, de l’Acadie française, des forts de l'Ouest, de la Nouvelle- France.