IX
Le marquis
de La Galissonnière
16è gouverneur
de Clau:le, chevalier et comte de Calan (Morbihan). -- En 1756, le marquis de Montcalm est hospitalisé à Brest par “ ce couple bien assorti, gens vertueux... M. Hocquart a été, dit-il, vingt ans intendant
en Canada, sans avoir augmenté sa fortune, contre l'ordinaire des intendants coloniaux.”
! 1o Gouverneur provisoire : — René-Michel Barrin, comte, puis mar-
| quis de La Galissonnière, né à Rochefort (Aunis) en 1693, étudie à
| Paris sous la direction du célèbre Rollin, entre dans la marine (1710),
| devient un officier de grande valeur. — Le 1er avril 1746, le marquis
, de La Jonquière est promu gouverneur de la Nouvelle-France ; —
| fait prisonnier par les Anglais à bord du Sérieux, il est remplacé (le 10 juin 1747) par Michel Barrin, qui débarque à Québec, le 17 septembre suivant.
20 Ses qualités : — hc ime très instruit, d’un esprit pénétrant, d’un Caractère élevé, marin énergique, administrateur consciencieux et habile, — il sait gagner l'estime et l’appréciation de tous ses subordonnés. — Noble, désintéressé, il n'a en vue que le progrès de la colonie, l'honneur national, la défense du pays contre les menaces du dehors et les intrigues du dedans : il tire le meilleur parti des ressources dont il dispose.
30 Administration : — il réorganise promptement la milice qu'il porte à 12,000 hommes. — I] étend sa sollicitude aux postes + défense éloi gnés de la Belle-Rivière (Ohio) et du lac Michigan. — Il fait ériger | fort de La Présentation (Ogdensburg) et celui de Toronto ; — il relève
| le fort de la baie des Puants (Baie-Verte) et ordonne d’en bâtir un
| autre sur le territoire des Sioux. — 1] fut l’un des commissaires, choi- | sis pour délimiter les frontières acadiennes. — Son activité et sa clair- | Voyante énergie eussent pu sauver le Canada.
| 40 Retour en France :-— en 1756, chargé de conduire à Minorque
| un corps expéditionnaire contre Port-Mahon, — il rencontre l'es-
| cadre de l’amiral Bing, et la défait. — Le 26 octobre de la même année, | il meurt à Nemours, près de Fontainebleau.
| 1o Antécédents ‘— Jacques-Pierre de Taffanel, marquis, né en 1685
à Graulhet, dans le Tarn (Languedoc), garde de la marine (1699), sert sous d’Estrées, Forbin, Duguay-Trouin. — Le 1er oct. 1731, capitaine de vaisseau ; — le ler avil 1746, chef d’escadre, et simultanément gouverneur de la Nouvelle-France. — Le 13 septembre, la superbe escadre du duc d’Anville est dispersée par la tempête en vue d’Halifax : — le vaisseau amiral réussit à y pénétrer, mais le 26 du même mois, | le duc d’Anville succombe à une attaque d’épidémie. — M. d’Estour- | nel, ancien chef d’escadre, prend le commandement : peu après il se | tue dans un accès de délire. — M, de La Joriquière ramène en France | les débris de la flotte... — Le 27 avril 1747, le ministre de Maurepas | a fait un nouvel armement, à l’île d’Aix (Churente). — Le 10 mai, La
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Xx°
Le marquis de
La Jonquière |
17è gouverneur
Le marquis de Duquesne (1752-55)
18è gouverneur
Jonquière met à la voile ; — mais l’amiral anglais Anson et son contreamiral Warren, bien renseignés, guettent l'escadre, à la hauteur du cap Finisterre (Espagne). — Le 14 mai, après une héroïque résistance, La Jonquière est contruint d'amener pavillon et emmené prisonnier à Londres... — Enfin, le 15 août 1749, il aborde à Québec. 20 Caractère : — homme d’un tempérament méridional, brave, brillant officier, — ‘* il ternit ces belles qualités par un défaut qu'on pardonne rarement à un fonctionnaire public, l’avarice ”. (Garneau) — “M. de La Jonquière, écrit Margry, n'avait jamais assez d'argent pour l'entasser, et Bigot pour le dissiper ”. 30 Son œuvre : — il entre en société avec l'intendant et d'autres comparses pour l'exp itation des postes de l'Ouest: c'est l’accaparement du commerce dans ces régions. — Aussi le gouverneur renvoie avec dureté les fils de M. de La Vérendrye ; — on a porté à 300,000 francs sa part personnelle de profit. — En 1750, il fait construire en A Acadie les forts de Beauséjour et de Gaspareaux. — Il exerça le népotisme en distribuant des places et des faveurs aux siens venus au Canada...
40 Sa mort :-— après deux ans, il sollicite son rappel et l’obtient, car il ne se sentait ni estimé, ni aimé. — En 1752, il tombe gravement malade de chagrin : il demande pardon de ses scandaleuses concussions par l'entremise de Mgr de Pontbriand :—il mourut, le 27 mars, et il fut inhumé dans l’église des Récollets, à côté de ses prédécesseurs : Frontenac, Callières, Vaudreuil.
10 Antécédents : — Ange Duquesne-Menneville, arrière-petit-neveu du célèbre marin, Abraham Duquesne, d'origine normande, — entre au service de mer à dix ans ; garde de la marine (1714), enseigne de vaisseau (1727), lieutenant-aide-major (1735), capitaine et major (1746). — 11 fut en même temps décoré du titre de marquis et de gouverneur général de la Nouvelle-France (1752).
20 Csractère : — ‘“ homme haut, altier et suffisant... ne raisonnant pas ”. (Abbé de l’Ile-Dieu) — Il a jugé les Canadiens avec des sentiments contradictoires, mêlant les éloges aux plus injustes récriminations. — 1Îl se trouve humilié du médiocre succès qu'il cueillit chez ses subordonnés ; — il demanda néanmoins de finir ses trois années de gouvernement.
30 Administration : — Charles Le Moyne, second baron de Longueuil,
gouverne la colonie, durant cinq mois, au décès de M. de La Jon-
quière ; — Duquesne se hâta de discréditer auprès du ministre son gouvernement provisoire. — Il envoie le valeureux lieutenant Joseph
Marin, Canadien, bâtir sur l'Ohio les forts Duquesne, de la Presqu’ile,
de la Rivière-aux-Bœufs, de Machault :—M. de Céleron de Blainville et
M. de Contrecœur vont chasser les Anglais de la vallée, — Guet-apens
et meurtre de Villiers de Jumonville par Washington. — 11 prépara les
contingents qui allaient bientôt se signaler à la Monongahéla, avec le zèle d’un administrateur consciencieux et résolu.
40 Retour en France —le marquis, mécontent de son successeur, repasse l'Océan par les derniers vaisseaux (1755). — Il est aussitôt nommé chef d’escadre, “en reconnaissance de sa ferme et loyale administration ”. — En 1758, il est promu commandeur de l'Ordre de Saint-
| Louis. — Demeuré célibataire, il vit encore en 1770.
{10 Antécédents — Pierre-François de Rigaud, cinquième enfant de | l'ancien Bouverneur, né à Québec le 22 novembre 1698, est nommé major des troupes en 1726, aide-major en 1729, chevalier de Saint- Louis en 1730, gouverneur des Trois-Rivières en 1733, — de la Loui- | siane en 1743, — I] avait épousé Louise-Térèse de Fleury d’Escham- XII° | baull. — “ Les lermes qu'ils ont fait répandre à la Nouvelle-Orléans, à leur départ, et les regrets qu'ils y ont laissés, sont d'heureux pro- Le marquis nostics ” (Abbé de l’Ile-Dieu). — Le 1er janvier, sur les instances des Canadiens, il est promu au gouvernement du Canada : il reçoit sa de | cemmission à Paris, le 22 mars, et arrive à Québec, le 23 juin suivant. 20 Son caractère : — i] n'a ni l'intelligence, ni le jugement, ni les qua- Vaudreuil- lités administratives, ni l'indépendance de caractère, ni surtout la fer- | meté de son père. — Il est bien estimé de ses compatriotes, très popu- Cevagnal laire. — Sa physionomie morale est indécise, au milieu de conjonc- -ures fort complexes : les historiens le jugent diversement, ou “ in- (1755-60) capable et borné ”, ou “ faible et débonnaire ”, ou encore “ jaloux et | ve:uteux ”. ou enfin “ignorant des affaires de la guerre ”. “ n'ayant 19è gouverneur | ni assez de lumières pour comprendre toute l'étendue du mal, ni assez | de volonté pour y résister ” (Abbé Casgrain). | $o Administration : — elle embrasse les événements heureux et mal- | heureux de la Guerre de Sept Ans, en Nouvelle-France ; — ses difficiles | relations avec Bigot, avec Montcalm et ses officiers, avec les vain- | queurs et la métropole...
{10 Antécédents — fils de Louis-Amable, conseiller au parlement de Bordeaux, cousin du marquis de Puysieux, ministre, et du maréchal d'Estrées, il naît le 30 janvier 703. — Le 9 sept. 1739, commissaireordonnateur, chef du conseil 8 érieur de l’Ile-Royale, subdéléqué de l'intendant, à Louisbourg. — En 1745, après la prise de la place par les Anglais, il reçoit en France l’intendance de l'escadre du duc d’Anville (1746). — Le 1er janvier 1748, nommé intendant de la Nouvelle- France ; — il débarque à Québec, le 26 août suivant.
20 Son portrait : — 4, Physique, “ petit de taille, bien fait, délicat, de visage laid et couvert de boutons (Régis Roy). — Au moral, ‘ dur avec les faibles, souple avec les forts, fin et roué à l’extrême, “°ns scrupules, malhonnête en affaires, joueur et dépensier, hautain et plat à volonté : — il veut faire fortu.:e, repasser en France, y jouir en repos, avec ses complices, du fruit d: ses rapines ” (Rochemonteix,
XIII° | t. IL, p. 130). — Dans son mandement du 15 février 1756, Mgr de Pont-
| briand Joue “ ses lumières, son activité, sa vigilance, son industrie
Frnaçois Bigot pour trouver des ressources, là où les autres n’en apercevaient pas.”
80 Ses agissements : — son audacieuse habileté consiste : à se faire
\ un abri de l’autorité du ministre de Versailles et du gouverneur de
Québec ; — à s'assurer la collaboration, la complicité d’un groupe
| d’affidés ; — à semer la division entre le gouverneur et le commandant
général des troupes ; — à organiser, sous le couvert de sociétés mul-
tiples, tout le commerce, toutes les fournitures à l’armée, tous les trans-
ports à l’intérieur et à l'extérieur, sans contrôle et sans surveillance...
— Durant le carnaval de 1758, il perd en jouant plus de 200,000 livres !
40 Sa fin : — après la cession, à son retour en France, il est incarcéré
à la Bastille, où il séjourne une année. — Son procès terminé, il subit
| a à vie et la confiscation de tous ses biens (10 décembre 1763).
15è intendant