LIRE ET ENTENDRE
Nous avons établi que, dans l'étude pratique d'une langue, on se propose quatre buts différents, l'acquisition de quatre arts distincts (1) : 1° l'art de lire, 2° l'art d'entendre, 3° l'art de parler, 4° l'art d'écrire.
Comprendre la langue écrite est le premier but à atteindre ; la traduction du texte étranger dans l'idiome natal en est le moyen.
Nous recommandons, à cet effet, l'interprétation en regard du texte comme le procédé le plus expéditif et le plus conforme à la raison. Chaque phrase de l'original se trouvant ainsi expliquée par son équivalent en français, l'étudiant, par une analyse conforme au procédé de la nature, en déduira la valeur des mots anglais, et il ne lui faudra qu'un peu de pratique pour se rendre familiers les plus usités. Néanmoins, la connaissance de ceux qui reviennent le plus fréquemment dans la lecture, et dont le sens ne peut aisément se décou-
(i) Voir notre Traité de l'étude des langues, chap. ier.
vrir par le contexte, ne laissera pas que de faciliter au début la traduction. On pourra donc, simultanément avec la pratique de cette dernière, étudier les déterrainatifs (articles), les pronoms, les prépositions, les adverbes et les conjonctions, qui forment ce que nous avons nommé la seconde classe de mots, et dont le nombre est très-restreint : il ne s'élève pas à 500 ; tandis que les mots de la première classe — substantifs, adjectifs et verbes — dépassent 50,000, et néanmoins, telle est leur importance, qu'ils viennent dans la phrase en plus grand nombre que ces derniers (1).
La manière d'étudier ces mots, comme préparation à la lecture, diffère nécessairement de celle à laquelle on aura recours pour parler et pour écrire, car le moyen doit toujours être conséquent avec la fin. Pour cette première acquisition, il suffira de les reconnaître à première vue. A cet effet, après avoir lu les mots français qui correspondent aux mots anglais, on couvrira la partie française, et l'on essayera, à la vue de chaque mot anglais, de se rappeler son équivalent français, en se gardant de prononcer l'anglais ou de l'apprendre par cœur. L'ignorance où l'on est de la prononciation, au début de l'étude, justifie cette manière de procéder.
On pourrait, sans même savoir la langue étrangère, s'assurer des progrès que fait un enfant dans ce premier travail, en lui indiquant les mots anglais dont on lui demanderait les équivalents en français.
Concurremment avec l'étude des mots de la seconde classe, l'étudiant se familiarisera de même avec les
(l) Voir notre Traité de l'étude des langues, chap. n.
formes des verbes les plus usités, et, en particulier, avec celles de to hâve (avoir) et to be (être), qui, surtout comme auxiliaires, reviennent plus souvent que les autres dans le discours. A ces verbes, dont nous donnons la conjugaison, nous ajoutons celle du verbe to call (appeler), qui servira de modèle pour toutes les autres, la langue anglaise n'ayant qu'une seule conjugaison. Cette étude présentera de grandes facilités, par suite de la simplicité et de l'uniformité de la conjugaison anglaise. La connaissance d'un verbe modèle suffira pour pouvoir reconnaître, dans tous les autres, les modes, les temps, les personnes, à mesure qu'ils se présentent dans la lecture.
La connaissance préalable de ces formes et des mots delà seconde classe, dans nos tables, ne laissera certainement pas que de faciliter et de hâter l'intelligence de la langue écrite; mais il ne faut pas attendre qu'on la possède complètement pour commencer la lecture, car leur retour fréquent dans la pratique, aidé de la traduction en regard, atteindra toujours ce but, en même temps qu'il fera connaître leur valeur, leur fonction et leurs divers modes d'application.
Les exercices d'audition, qui initient à l'intelligence du langage parlé, rendent superflue une étude spéciale des mots articulés. (Voir Etude des langues, chap. iv.) Si, cependant, on ne s'est pas strictement conformé à nos prescriptions à cet égard, le maître aidera aux progrès de ses élèves dans l'art d'entendre, s'il leur lit fréquemment, pour les leur faire traduire, les mots de la seconde classe et les verbes.
La table que nous donnons de ces mots, à la fin du
volume, les contient tous. L'ordre alphabétique aidera à les retrouver, lorsque, dans le cours de la lecture, ils échapperont à la mémoire. Il en sera de même pour les verbes irréguliers, dont nous donnons également une liste alphabétique, lesquels demandent d'ailleurs qu'on en fasse une étude sérieuse comme étant les plus
usités.