PARLER ET ÉCRIRE
L'étude des mots de la seconde classe, comme introduction aux arts de parler et d'écrire, demande une classification qui en facilite l'emploi. Nous les avons, en conséquence, distribués de manière que, dans chaque table, se trouvent tous ceux qui occupent la même place et remplissent les mêmes fonctions dans la phraséologie. Ils forment trois séries, selon qu'ils se joignent aux substantifs, aux adjectifs ou aux verbes, mots de la première classe.
Le nombre des mots d'une langue ne répond pas à la diversité infinie des idées que l'esprit peut concevoir : on multiplie la représentation de la pensée de deux manières, soit en attachant plusieurs idées à un même mot, soit en suppléant par des phrases à l'absence des mots. Toutes les langues sont soumises à cette loi de leur nature ; mais la pauvreté de leur vocabulaire ne se manifeste pas toujours dans les mêmes cas; il s'ensuit que les mots de l'une correspondent souvent à des phrases dans l'autre. Quant aux phrases supplémentaires qui se produisent dans les mêmes circonstances, il arrive rarement que la construction en soit la même dans les deux langues. Ces idiotismes relatifs, qui con-
stituent une des grandes difficultés de l'étude d'une langue étrangère, et qui ne sont pas du domaine de la syntaxe , font le principal objet de nos tableaux. Les mots simples, à qnelque classe qu'ils appartiennent, sont limités dans leur nombre; les combinaisons de mots ne le sont pas : ces tableaux contiennent, les phrases anglaises les plus usitées qui diffèrent du français.
Nous avons adopté l'ordre alphabétique, sauf les cas où le petit nombre des mots et l'affinité entre eux ne paraissaient pas comporter cet arrangement. Les tables ci-après sont indépendantes les unes des autres; on pourra donc porter son attention sur telle ou telle table, suivant le besoin qu'on éprouve de s'en rendre les mots familiers.
Une simple connaissance des mots, c'est-à-dire le pouvoir de les reconnaître à la vue ou à l'ouïe, suffit pour comprendre le langage écrit ou parlé; mais, pour parler et pour écrire, ils doivent être gravés dans la mémoire, et tellement associés aux idées dans l'esprit, que ces dernières les rappellent instantanément selon les besoins de l'expression. On se les rendra, familiers par la pratique. A l'inverse de ce qui a été indiqué pour la lecture, on couvrira les mots anglais, et l'on cherchera à se les rappeler à la vue des mots français correspondants. Si l'on ne possède pas encore parfaitement la prononciation, on s'abstiendra de les étudier.
A mesure que chacune des tables devient un objet d'étude, on combine successivement et sans ordre fixe les mots qui la composent avec quelques-uns des mots de la première classe qui sont désignés en tète des ta-
bleaux. Leurs fonctions et leurs places se trouvant indiquées, ces combinaisons ne présentent aucune difficulté. On peut ainsi à volonté apprendre par la pratique les mots qu'on éprouve le besoin de connaître, en les combinant avec d'autres qu'on sait. Cette répétition des mêmes éléments dans des phrases différentes présente, par sa variété, plus d'intérêt que la répétition de mots isolés qu'on apprend par cœur, et on les retient mieux, parce que l'association et le jugement viennent en aide à la mémoire. Celle-ci, d'ailleurs, si l'on a suivi nos instructions, s'est enrichie de mots et de combinaisons de mots servant d'exemples, qui faciliteront considérablement ce travail.
Les mots, quels qu'ils soient, ne sont que des fragments de phrases : inutiles par eux-mêmes, il faut leur donner une valeur, en les faisant entrer dans des combinaisons syntaxiques ou idiomatiques, qui puissent servir à l'échange de la pensée. La nomenclature et la syntaxe ne forment pas deux acquisitions distinctes pour l'enfant qui apprend sa langue. Il n'emploie jamais un substantif sans déterminatif, ni une préposition sans son complément ; il associe les noms des choses avec les adjectifs qui en expriment les qualités et ceux des personnes avec leurs actions. Autour du verbe, élément essentiel de la proposition, il groupe un sujet, un régime et la circonstance qui le modifie; en un mot, c'est sur les phrases, non sur les mots, que se porte son attention, parce que ce sont des phrases, non des mots isolés, qu'il a toujours entendues et dont il s'est fait une habitude.
Dans les relations sociales, on questionne; on affirme.
on nie. Ce sont les verbes qui expriment ces modifications de la proposition ; on doit donc se les rendre familiers pour pouvoir, dès le début, modifier l'expression selon l'exigence de la pensée. On ne pourrait, sans la connaissance des quatre formes du verbe, dont nous donnons des exemples, prendre part au plus simple entretien. Deux personnes peuvent à peine échanger leurs idées pendant quelques minutes sans avoir occasion de les employer toutes. Ce sera par une pratique constante de la construction phraséologique dans laquelle entreront ces diverses formes du verbe, que les étudiants parviendront à s'en rendre complètement maîtres pour tous les besoins de la conversation.
Ce n'est pas la connaissance de phrases toutes faites, quelque nombreuses qu'elles soient, qui confère la puissance de l'improvisation, c'est-à-dire le pouvoir de parler spontanément sur tous les sujets, c'est la faculté de construire soi-même et de modifier à volonté sa phraséologie selon les besoins de la pensée et les circonstances infiniment variées dans lesquelles on se trouve.
La langue anglaise n'ayant qu'une conjugaison, il est facile de connaître toutes les modifications que subissent ses verbes, et l'on se familiarisera bientôt avec ceux qui se présentent le plus fréquemment dans le discours. En les étudiant, l'attention doit se fixer sur l'idée qu'ils représentent, sans y attacher les dénominations grammaticales par lesquelles on désigne leurs diverses parties, et sans prononcer le français correspondant. Ainsi, l'on gagnera du temps, tout en préludant à l'art de penser en anglais.
L'élève doit d'abord, sous la direction de son maître, et ensuite seul, combiner fréquemment avec les verbes les mots qui en complètent le sens. Il exprimera ainsi des idées, au lieu de répéter de simples conjugaisons. On aura soin d'en varier les modes, les temps, les personnes. L'application fréquente des mêmes verbes à la phraséologie usuelle n'est pas seulement le plus sûr moyen de se les rappeler, ainsi que les mots avec lesquels on les combine ; elle dispose encore l'élève à la persévérance dans un travail dont il reconnaît à chaque pas l'utilité.
Quant aux substantifs et aux adjectifs auxquels on devra attacher les mots de la seconde classe, on donnera la préférence à ceux d'un usage familier, et qui ont dû se graver dans la mémoire par suite de leur retour fréquent dans la lecture et l'audition. Il serait peu judicieux de charger de bonne heure sa mémoire d'un grand nombre de ces mots, quand on ne peut pas encore les faire servir à l'expression de la pensée. On ne saurait non plus en faire une provision pour l'avenir, car on les oublierait avant d'avoir occasion de s'en servir. Le souvenir des mots se conserve, non pas en raison de l'intensité d'attention avec laquelle on les a étudiés à une époque quelconque, mais en raison du temps qu'on les a mis en pratique. Il ne faut, d'ailleurs, qu'un bien petit nombre de substantifs, d'adjectifs et de verbes pour les besoins ordinaires de la conversation. On reviendra constamment sur les mêmes mots jusqtfà ce qu'ils se produisent spontanément comme une habitude de l'esprit.
C'est entre les mains du professeur qu'un recueil de
mots de la première classe devient un auxiliaire utile. Il y aura recours suivant les besoins de ses élèves, et y puisera les éléments de la phraséologie sur laquelle il veut les exercer. Connaissant lui-même l'usage et la valeur de ces éléments, il en fera aisément ressortir les diverses acceptions par la diversité des combinaisons dans lesquelles il les fera entrer.
A une période avancée de l'étude, apprendre par cœur des substantifs, des adjectifs et des verbes, si une lecture assidue ne les a déjà gravés dans la mémoire, deviendra pour l'étudiant un exercice facile, intéressant et profitable ; parce qu'il peut alors aisément en tirer parti, et l'emploi qu'il en fera dans la formation des phrases sera le meilleur moyen d'en déterminer la valeur et de les fixer dans sa mémoire. La véritable connaissance des mots consiste à pouvoir les incorporer instantanément et avec justesse dans des locutions qui expriment notre pensée.
Les phrases formées en français par le professeur, pour être traduites en anglais par ses élèves, doivent être très-simples d'abord : un substantif et un déterminatif, une préposition et son complément, un adjectif et son substantif, un verbe et son complément direct ou indirect, puis un adverbe. On compliquera encore ces phrases par l'introduction de plusieurs noms, pronoms ou adverbes. Quand les étudiants sont maîtres de verbes tels que espérer, penser, apercevoir, savoir, dire, se rappeler, etc., qu'on peut faire suivre de tout autre verbe, ou de deux verbes quelconques qui se combinent aisément, comme chercher et trouver, demander et répondre, payer et devoir, offrir et prendre, etc., on joindra deux proposi-
tions au moyen d'une conjonction ou d'un pronom relatif. Les étudiants, s'essayant ainsi à des combinaisons de plus en plus compliquées, et trouvant journellement plus de facilité à les former, ont ainsi la conscience de leurs progrès. C'est là leur plus grand stimulant pour de nouveaux efforts.
Une fois maître de tous les mots de la seconde classe, l'étudiant passera à l'imitation des phrases modèles idiomatiques, ainsi qu'il a été expliqué dans notre traité. Nous en donnerons plusieurs tables dans un volume spécial.
Pour aider ses élèves à vaincre les difficultés que présentent les phrases compliquées, le professeur les fera passer graduellement de la construction la plus simple à l'expression qui les avait embarrassés tout d'abord. Si, par exemple, on demande à un étudiant l'anglais de la phrase : Ne me le direz-vous pas? et qu'il hésite, on la lui fera trouver au moyen des questions suivantes : Q. Dire. R. to tell. — Q. je dirai. R. 1 will tell. — Q. vous direz. R. you will tell. — Direz-vous iWill you tell? Le direz-vous? Will you tell it? Me le direzvous? Will you tell it to me? Ne me le direz-vous pas? Will you not tell it to me? Par ce procédé analytique, l'étudiant résoudra de lui-même ce genre de difficultés.
Lorsque les étudiants auront acquis une grande facilité d'exécution dans cet exercice, ils associeront l'idée directement à la phrase anglaise qu'ils construisent, sans qu'on leur en donne préalablement l'équivalent en français. A cet effet, le maître, s'effaçant, les abandonnera à eux-mêmes, et se contentera de corriger les erreurs qu'ils commettent. En son absence, comme en
sa présence, les étudiants, livrés à leurs seules inspirations et s'aidant de l'analogie, pourront, dans le choix des phrases qu'ils construisent, ne consultant que leurs hesoins et leurs goûts, s'exercer à la formation de celles qui rendent leurs propres idées, ce qui n'a lieu que lorsque celles-ci donnent directement naissance à l'expression.
La connaissance pratique que les élèves possèdent de la langue, si nos prescriptions ont été suivies pour l'acquisition des deux premiers arts, fera trouver dans la grammaire un intérêt qu'elle ne pouvait avoir à l'entrée de l'étude, et la rendra un auxiliaire utile pour aider à parler et à écrire correctement. Aussi donnonsnous, à la suite des tableaux, des exemples d'idiotismes dans l'emploi des mots de la seconde classe. Les étudiants en déduiront eux-mêmes la règle, et, prenant ces exemples pour modèles, ils composeront des phrases semblables, ce qui leur sera d'autant plus aisé qu'ils auront lu davantage. Plus ils s'exerceront à ce travail d'imitation, et plus il leur sera facile d'en faire l'application pour l'expression de leurs propres pensées.
Les interjections n'étant point des signes conventionnels, mais bien de simples effets sonores que nous arrachent des émotions soudaines, appartiennent au langage d'action et sont comprises sans étude spéciale. Elles ne se combinent point, d'ailleurs, avec les autres mots, et ne peuvent, par conséquent, faire partie d'une nomenclature dont l'objet est d'expliquer la phraséologie.